pendant-guerre

Faire un pas de côté.

Demain, j’enterre la dernière sœur de mon grand-père Picard. Demain, nous officialisons le changement de génération chez les Picard.

Clémence Paul et EmileClémence, Paul et Emile, vers 1922 (?)

Emile Picard était mon arrière-grand-père, je ne l’ai jamais connu. Je ne saurais même pas dire quand il est mort. Je demanderai tout ça à mon père. Mais il était beau. Très beau. Si beau.
Clémence, sa femme, Clémence Picard née Martin dans le pays des étangs, en 1891, je l’ai connue jusqu’à sa mort le 1er janvier 1992 au matin. C’était ma mémère, ma « petite mémère ».
Elle était la mère de Paul mon merveilleux grand-père, de Gabriel, de Marguerite et de Marie-Thérèse. Mon Grand-Père, Paul, je ne l’ai que peu connu mais je l’aime toujours. Merveilleux, oui, parce qu’il était magicien : il était si présent dans ma vie malgré sa mort qu’il est toujours une merveille pour moi. Encore aujourd’hui.
Il fut le père de mon père. Je ne vous dis pas comment il s’appelle parce qu’il est là, il me lit, et ça ne vous regarde pas. Papa, Grand-Père, Mémère. Et moi. On a brossé le XXème siècle. On a déroulé cette ligne généalogique hier avec mon fils qui est en train d’apprendre le siècle à l’école.

Mémère est née quand Metz était prussienne. Quand ma terre n’était pas la vôtre.
Grand-Père est né juste après-guerre, en 1919, quand ma terre a acceptée de redevenir vôtre.
Papa est né juste après-guerre, en 1949, quand ma terre était redevenue nôtre pour la 2è fois en peu de temps.
Elles étaient moches ces guerres. Elles salissaient, détruisaient, tuaient. Affamaient aussi. Elles ont transformé nos vies. Elles ont aussi figé quelques modes de pensée.

Mon arrière-grand-mère, Mémère, était née moins de 20 ans après la Commune pour vous, pour nous alsaco-mosellans elle était née quelques années après la défaite. Elle a traversé la 1ère guerre mondiale. Elle m’appelait « mom’feu ». Elle parlait le patois lorrain et a toujours refusé de parler allemand après 1918. Alors c’était dur d’être à Metz pendant la guerre, la seconde, quand Metz était allemande, quand Metz devait parler allemand.
Elle avait cousu des croix de Lorraine dans le corsage de ses filles, pour qu’elles sachent qu’elles n’étaient pas allemandes mais lorraines.
Son fils aîné était parti à Lyon. Son fils cadet était parti avec les Malgré Nous. Laissé pour mort, récupéré sur le front russe. Emprisonné des deux côtés. Sauvé. Il était beau mon grand-oncle Gaby.

Elle avait vu l’Indochine et l’Algérie emmener des garçons sous des latitudes où elle n’est sans doute jamais allée.
Et elle est morte après avoir vu la scission du monde en deux camps tomber, cette scission qui avait rythmé nos vies pendant si longtemps. Elle est morte quelques mois après la chute du mur. Ma mémère à moi, elle a vu tout ça. Mais ce qu’elle faisait le mieux, c’était nous prendre la main, pour nous toucher, pour rendre réelle notre présence, nos existences.

Elle a vu tout ça. Et pourtant, elle a toujours continué, en mettant tel un petit Poucet égrenant ses cailloux, toujours de l’entraide et de l’amour dans tout. Même dans ses râleries.

Mon fils lui, est né en 2006. Au XXIème siècle. 5 ans après le 11 septembre 2001. Il n’est pas né après-guerre, lui et sa sœur en 2009 sont nés pendant-guerre. Un pendant-guerre invisible et pernicieux. Mais oui, pendant-guerre. On ne naissait que peu pendant les autres guerres, les vraies guerres parce que les hommes étaient au front et parce qu’on vivait la guerre dans le quotidien et quand on a faim, on n’enfante pas. Là, ils meurent un par un. Et la nourriture est plus chère, mais on en a encore. Alors on enfante.

On ne sait pas comment faire la guerre d’aujourd’hui. Nous avons de vieux logiciels. Nous avons les pantalons rouges napoléoniens sur un terrain sablonneux. Mais surtout, nous refusons de comprendre que nous sommes en guerre, non pas contre une communauté, non pas contre un état, non pas contre une personne et sa légion, non. Nous sommes en guerre, depuis 13 ans maintenant, contre l’Hydre de Lerne.

Nous n’y arriverons jamais seuls. L’Occident tel qu’on le pense n’existe plus et ce n’est pas grave. Nous ne sommes plus des patries colonialistes, impérialistes, hégémoniques et ça va aller quand même. Nous n’avons plus ce pouvoir-là. Nous devons donc trouver nos frères, et demander à leurs enfants de nous aider et de cautériser chaque endroit où nous couperons une tête.
Héraclès tua l’Hydre comme ça : en demandant de l’aide au fils de son frère. Nous, enfants d’Abraham, devrions trouver les fils d’Ismaël pour faire la guerre contre l’Hydre avec eux.

Parce que ce n’est pas une guerre Orient / Occident. Ce n’est pas une guerre Islam / Chrétienté. C’est une guerre terreur / raison.

Ils auront gagné la guerre quand tous, nous paniquerons et aurons peurs de nos frères.

ROUVRIR LES YEUX

« Votre vérité, vos mensonges, pas les miens.

Et alors que je croyais que vous étiez différent et que peut-être même vous ressentiez la détresse qui passait parfois sur votre visage et menaçait de déborder, vous aussi vous protégiez vos arrières de merde. Comme n’importe quel autre stupide salopard de mortel.

Dans mon esprit c’est là trahison. Et c’est mon esprit le sujet de ces fragments troublés.

Rien ne peut éteindre ma colère

Et rien ne peut restaurer ma foi.

Ce n’est pas là un monde où je souhaite vivre. »

Sarah Kane, 4.48 Psychose, 1999

PAROLES sarah kane

Il y a la radicalité de Kane. Il y a surtout son des-espoir. C’est la trahison de l’espoir le pire. Le plus sanglant. Le plus violent. Rien ne peut éteindre ma colère. Nous sommes plusieurs ce mercredi 27 août 2014 à penser cela. Rien ne peut éteindre ma colère d’espérant trahis.

Ce n’est pas un problème de personne. Il n’y a pas de personne qui vaille. La politique, si on est socialistes, c’est une question de ligne, pas de personne.
C’est une question de symboles. Mais pourquoi ? Pourquoi s’attache-t-on tant aux symboles ? Parce que le symbole c’est entendre le non-dit. Et qu’en ce moment, dire est proscrit. Dire est interdit. Dire est mourir.

Je connais des frondeurs, ils n’ont ni fronde ni pierre. Juste une ligne, des paroles, des actes qui bon an mal an vont avec leurs paroles, dans la mesure de l’esprit de corps, de groupe. Parce que lorsqu’on est socialiste, il n’y a pas de personnes, il y a un groupe.

Alors ils ne sont pas frondeurs ? Non. Ils ne le sont pas. Ils sont PARLEmentaires.
C’est tout. Et légitime.
On va leur intimer de taire leur légitimité. On va leur intimer de quitter leur terreau, leurs racines. On va leur intimer de se dédire et de médire.
Et s’ils ne le font pas, on leur mettra les échecs sur le dos.
Tous les échecs.

Ces hommes, ces femmes, prônent depuis 2 ans, 1 an, 6 mois des solutions alternatives, des compromis, des sorties d’impasse au fur et à mesure de leurs ‘raz-le-bol’ et on va dire que la chute, c’est eux.

Votre vérité, vos mensonges, pas les miens.

Le Parti Socialiste est un. Il a un bras gauche, un bras droit. Deux jambes. Une tête, mais deux hémisphères. Un cœur. Un bide. Des tripes.
Les tripes, c’est nous tous. Militants. Du haut et du bas.
Le cœur, c’est nous tous. Tous. TOUS. Parce qu’on s’occupe de tous, même de ceux qui ne nous aiment pas. Même de ceux qui ne nous connaissent pas. Là est notre moteur socialiste.

Aujourd’hui j’ai peur que le bras droit soit en train de couper le gauche en passant sa lame de couteau à travers les joues. Tétanie. La tête ne parle plus, de peur de se blesser. De peur de mourir.

Mais cette gymnastique est périlleuse. La tête devrait le voir. Les va et viens de la lame pour couper le bras gauche tranchent les joues. Atteignent les mâchoires. Pour couper le bras gauche, le droit déchiquète la tête en pièce.
Ça saigne. La douleur vide les tripes.

Il faut stopper la tétanie.
Il faut stopper l’hémorragie.

Il faut se reprendre.
Ce n’est pas là un monde où je souhaite vivre.

Il y a déjà eu, il pourrait y avoir de nouveau des moyens de se parler, de travailler ensemble. Regardons nous bien. Oui, les yeux. Nous n’en avons pas parlé des yeux. Les yeux, c’est notre rapport au monde. C’est ce qui va dans une seule direction, le gauche le droit la même. Les yeux sont là. Ils voient bien ce qui se passe dans le corps. Les yeux, s’ils se passent l’un de l’autre perdent tout relief. Un œil, plus de relief. Un œil, un monde plat. Atone. Amorphe. Deux yeux, un monde qui bouge, qui vit, qui vibre.
Les yeux, il faut maintenant les rouvrir. ROUVRIR LES YEUX.
ROUVRIR
LES
YEUX.

« NE LAISSEZ PAS CA ME TUER
CA VA ME TUER ET M’ECRASER ET
M’ENVOYER EN ENFER

Je vous supplie de me sauver de la folie qui me dévore
une mort hypo-volontaire

Je pensais que je ne parlerais plus jamais
mais maintenant je sais qu’il y a plus noir que le désir
peut-être que ça va me sauver
peut-être que ça va me tuer. »

Sarah Kane, 4.48 Psychose, 1999.

 

 

 

 

Père de la vérité.

falling-skies tom mason 2Falling Skies.

 

Auctoritas, du latin auctor et itas père et vérité – racine du mot autorité.

Faire preuve d’autorité, c’est détenir une Vérité, dans sa complexité.
Faire preuve d’autorité, c’est avoir prouvé détenir la vérité et donc pouvoir bénéficier de la confiance des autres lorsqu’une parole est dite.
Faire preuve d’autorité, c’est savoir et protéger quand même.
Faire preuve d’autorité, c’est non pas exercer un pouvoir sur les autres, mais exercer un pouvoir pour les autres.

Connaître (naître avec)
Comprendre (prendre avec)
Réaliser (rendre réel)

 

Augmenter la fondation.
Auctoritas
vient du grec augerer : augmenter la fondation.

Hannah Arendt - augerer

Hannah Arendt – “La crise de la culture“, Ed : Folio, 1972, p190

 

Être un chef, c’est ça. C’est protéger le groupe dont on est chef, pour lui permettre de se développer et de donner le meilleur de lui-même, individuellement et collectivement, pour que l’ensemble se développe. Enfin, l’idée, ce serait ça. Être chef, qui plus est de gauche, ce serait ça idéalement.

Être chef c’est aimer et avoir confiance en son équipe.

Être un bon chef, c’est avoir une équipe qui se sourit et qui est une force de frappe même en son absence, et pas forcément au nom du chef, mais au nom du groupe voire simplement au nom de la cause défendue ensemble.

 

Alors toi qui voudrais être mon chef, toi, là, qui pense être à la tête d’un groupe dont je ferais partie, ou qui souhaiterais le faire, tu dois d’abord te demander sur quelles fondations tu le fais. Tu n’as pas le choix. Pour nous faire avancer tous ensemble, tu dois nous dire non pas comment on y va, mais où on va. On va te faire confiance si, et seulement si tu décides d’avoir confiance en nous. Nous en groupe. Nous ensemble. Nos décisions. Notre survie.

Et d’ailleurs, en fait, nous ne t’acceptons toujours qu’après avoir choisir une direction. Un but. Une raison de te mettre à notre tête :

 Ceux mêmes qui commandent sont les serviteurs
de ceux à qui ils paraissent commander.

St Augustin.

à écouter impérativement : Pouvoir, autorité et légitimité
http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-pouvoir-autorite-et-legitimite-2013-04-19

CULTURE.

Semer. Dans la terre. Semer et faire pousser.

Choisir la terre. Penser au soleil. Penser à l’eau.

Semer.

Décider de la graine. La choisir, semer, et laisser pousser.

Choisir le fruit. Décider de la graine. Choisir. Semer. Planter.

 

Temps.

 

Regarder pousser. Eau. Terre. Soleil. Pousser.

Arroser. Nourrir. Soigner. Pousser.

 

Temps.

 

Protéger. Tailler. Choisir. Protéger. Nourrir. Abreuver. Soigner.

 

Décision.

 

Cueillir. Récolter. Soigner. Apporter. Partager.

Partager.

Nourrir l’Autre. Se nourrir de la plante avec l’autre.

 

Culture nourrissante.

 

 

Je fais la culture des tomates sur mon balcon.

Je fais la culture des oignons au jardin.

Je fais la culture des mirabelles au verger.

 

La culture se fait dans mon jardin. La culture se fait dans mon village. La culture se fait dans ma ville. La culture se fait dans une grange ou un théâtre. La culture c’est ce qui me permet de te parler, et que tu me comprennes. La culture c’est ce qui nous fait pousser l’esprit et les os. C’est ce qui nous met ensemble, à partager quelque chose. Des tomates, une tarte aux mirabelles, un film, un match ou un spectacle. La culture c’est ce qui nous fait civilisation. Quelle qu’elle soit. La culture est la marque de notre civilisation.

 

Tue la et tu te tues.

 

Précédemment publié le 15/06/2014 sur http://charlotpicard.tumblr.com/post/88857069220/culture

Dés-ordres.

Je te donne ma voix pour avoir ta parole.
Suffrage Universel :
Je te donne ma voix pour avoir ta parole.

Principe simple. Parole donnée. Attendre les faits. Tic tac tic tac tic tac. Attendre les faits. Tic tac. Voir les fails. Toc.

La parole est ce qui reste quand le reste ne tient plus. Ce à quoi on s’accroche quand le temps est trop long. Un espoir infini, parce qu’elle fut donnée.

Le XXIème siècle est spirituel : il a rendu impossible l’insulte à nos esprits. Il a rendu impossible l’outrage à la vérité.
Nous sommes en train de vomir le trop plein de communication vide & vaine. Nous sommes en train d’annihiler l’automatisme de la réponse. Aujourd’hui, nous pensons. Nos esprits fonctionnent. Et c’est donc devenu plus compliqué.

Écouter.
Entendre.
Apprendre.
Comprendre.
Dire.
Faire.

La nouvelle voie de la voix du peuple.

Retrouvons nos oreilles. Maintenant.

 

déjà publié le 13 avril 2014 sur http://charlotpicard.tumblr.com/post/82614444720/des-ordres