Jeudi 19, je vote Faure

J’ai adhéré il y a 10 ans au Parti socialiste, j’y adhérais parce que je voyais le monde changer et le parti de ne pas bouger. Le parti pour lequel je votais systématiquement au moins au 2e tour, me semblait figé.

Depuis, il a bougé.

Depuis, il s’est pris des grandes claques, par les électeurs et par la politique en général. Alors, il a bougé.

Il aurait pu bouger avant mais il lui fallait une nouvelle équipe et une prise de conscience réelle pour pouvoir le faire. Cette nouvelle équipe elle est incarnée par Olivier Faure, notre actuel Premier secrétaire national, qui est arrivé premier jeudi dernier, avec le plus grand nombre de voix socialistes.

Alors oui c’est assez insupportable pour certains, en fait c’est assez insupportable pour ceux qui souhaiteraient continuer “comme avant”. Je comprends qu’ils ne comprennent pas. 

Ce que je pense aujourd’hui c’est que nous devons sortir de nos habitus et entrer dans le XXIe siècle. Ce que je comprends aujourd’hui c’est qu’un nouvel élan vient enfin de recommencer à avoir confiance, ou plutôt de recommencer pouvoir avoir confiance dans le Parti socialiste. En parallèle, la gauche a sans doute enfin compris que sans le parti socialiste elle ne reviendra pas au pouvoir. Ce sont deux victoires. Deux batailles victorieuses pour pouvoir après gagner la guerre contre le néo-libéralisme, et surtout contre le fascisme.

Je suis fière du parti que nous avons reconstruit ces dernières années. Pas parce qu’il est parfait : rien n’est parfait en ce monde. Mais parce qu’ils écoutent, ils écoutent les pauvres et ceux qui le deviennent, ils écoutent les cris qui viennent de la rue, ils cherchent le meilleur chemin possible, et ils prennent en compte ce que les électeurs disent dans les urnes.

Nous nous faisons traiter de tricheurs par les mêmes qui ont réussi à faire 150 % de votants en plus sur un seul département par rapport au vote du dernier congrès et de l’investiture d’Anne HIDALGO. Nous nous faisons traiter de fossoyeurs du Parti socialiste par des gens qui ont vu les défaites s’accumuler et qui n’ont rien souhaité changer à leurs méthodes, ni locales, ni nationales.

Les électeurs nous ont dit, dans les urnes d’abord, qu’ils veulent une gauche forte, alors ils ont utilisé ce que nous les socialistes nous avions inventé : le vote utile. Les électeurs nous ont dit ensuite que l’union de la gauche, même avec LFI, c’était OK. Mais les électeurs du deuxième tour ont aussi dit que c’était plus facile avec le Parti socialiste qu’avec les autres. Évidemment, lorsque le centre doit voter à gauche contre la droite dure ou extrême, ils ont moins peur de nous, socialistes.

Lorsque nous sommes à terre et que nous voyons des mains se tendre vers nous, il faut sourire au lieu de leur cracher dessus. Ce que l’équipe si disparate autour de Nicolas Mayer-Rossignol, avec tant de gens qui se haïssent, des gens qui ont refusé de financer la campagne d’Anne HIDALGO un peu partout en France, mais qui maintenant expliquent à qui mieux mieux que le Parti socialiste ne l’a jamais défendue et que c’est pour ça qu’il faut virer Olivier Faure, ceux qui expliquent que l’union de la gauche est importante, ceux qui expliquent qu’il est hors de question d’aller avec toute la gauche, ceux, en fait, qui veulent juste rester maîtres chez eux… Ceux ci n’ont pas compris ce que les Français avaient dit.

Alors jeudi, chers camarades, si vous pensez que le parti doit continuer à avancer vers le présent, allez voter Olivier Faure dans toutes les sections de France. Le vote est secret, même si quelqu’un vous intime l’ordre de voter pour quelqu’un d’autre, votre vote est secret et il est à vous !

Et si vous n’êtes pas militant socialiste et que vous lisez cela, et que cette situation vous casse les pieds, au lieu de râler : adhérez !

Panser la culture, penser l’art.

Contribution thématique CULTURE
Parti socialiste
Congrès de Marseille, janvier 2023



Depuis toujours, les socialistes ont eu à cœur de développer ce qui est reconnu comme un facteur d’émancipation autant qu’un pourvoyeur d’intelligence et de compréhension du monde : l’art et la culture. Le Parti socialiste, là où il est élu, développe l’éducation artistique et culturelle et l’accès à la culture avec des politiques publiques de prix réduits pour les plus précaires, de développement des festivals ou d’événements d’envergure nationale dont le plus célèbre : la fête de la musique.
Aujourd’hui, même la droite maintient peu ou prou l’éducation artistique et culturelle là où la gauche l’a construite, mais cette consensualité ne dit pas que tout va bien. De ces décennies de politiques publiques de décentralisation, d’institutionnalisation, et de désengagement de l’Etat, il faudrait tirer un bilan, faire le point, et voir si le chemin est toujours le bon. Cette contribution n’est que ce qu’elle est : un pavé sur le chemin. Elle ne remettra pas en cause ce qui fonctionne bien et depuis longtemps, elle posera seulement des questions pour être sûr du chemin que nous empruntons. En France, le bon chemin est gravé aux frontons de toutes nos mairies, immenses ou toutes petites, de l’hexagone ou des outre mer, partout, toujours le même : Liberté, Egalité, Fraternité.

LIBERTE.

Penser l’Art.

La France est tissée de réseaux de labellisations en tous genre et de structures administrativement plus aisées à gérer par le politique, certes. Mais avons-nous fait un vrai bilan d’efficience de ces établissements public de coopération culturelle créés en nombre durant les années 2000 ? Nous, socialistes, demandons un audit de la structuration des politiques culturelles telles qu’elles existent aujourd’hui, pour pouvoir préserver et développer ce qui fonctionne, changer ce qui s’use, avec une règle : que la diffusion et la création soit au centre de ces projets plutôt que leur propre existence. L’objet des structures financées par le public ne peut être accessoire aux structures elles-mêmes.
Les créateurs en arts vivants comme en arts visuels se rendent compte que pour être soutenus par la puissance publique de nos jours, les appels à projet et les cahiers des charges fleurissent, pensés par le politique, voire par les équipes administratives, les artistes sont sous une contrainte souvent incomprise : une facilité technique voire un impensé, politique.

Les artistes travaillent absolument tous sous la contrainte. Contrainte de temps, de moyens (financiers et humains) et contraintes de capacités personnelles, ce n’est pas la contrainte qui pose problème, mais la sensation que le politique leur demande non pas de faire de la recherche artistique (leur métier) mais de l’aménagement du territoire (le travail du politique) tout en rendant accessoire la création. Il faut pouvoir sortir de ce système, car à chacun son rôle. Si le politique veut créer, qu’il le fasse : qu’il peigne, écrive, compose, cela ne pose de problème à personne. Mais quand le politique dépense de l’argent public, il engage sa collectivité et doit alors respecter le travail et l’expertise de ceux qu’il finance.
L’hyper structuration désirée par le politique ces derniers temps, due à l’effet ciseau de la décentralisation qui a été malheureusement accompagnée du désengagement de l’Etat devient un carcan qui empêche la liberté de création. Alors, des artistes s’essoufflent à faire des dossiers improbables quand des artisans1 de la culture bons en dossiers remportent les financements.


Nous avons donc besoin, pour que la France ne soit pas la 15e roue du carrosse de la création internationale, d’un Etat qui reprend ses responsabilités et refait du ministère de la culture un ministère qui fait de la politique. La France est plus grande, plus complexe, plus riche que cette pensée exigue. Par le fruit d’une longue histoire tourmentée et parfois douloureuse, la France, présente dans trois océans et sur quatre continents, est aussi un creuset qui s’est enrichi des cultures et des arts de ses Outre-mer. C’est un pays fort de ses créateurs dans les arts savants comme populaires. C’est un pays riche des femmes et des hommes qui passent leur vie dans l’idée de rendre le monde plus Beau, et de le partager, partout.


Depuis le quinquennat Sarkozy et son désengagement financier des Direction régionale des affaires culturelles, le ministère de la culture n’a plus les moyens des ambitions que les candidats à la présidentielle vendent en campagne électorale. Les ministres, et le président Macron ne s’en cachent même plus avec la dernière ministre nommée, ne sont plus que des gestionnaires du patrimoine existant. Avec beaucoup de force de conviction, ils arrivent parfois à faire un projet durant leur mandature, rarement deux. La dernière ayant réussi une mission était Aurélie Filippetti au début du mandat de François Hollande, avec son soutien aux libraires, puis, plus rien… Tant et si bien que les libraires ayant été la dernière idée politique du dit ministère, c’est cette même idée que le président Macron a ressortie durant la pandémie, oubliant tout le reste, oubliant ce qui ne relève pas des industries culturelles, donc ce qui crée du lien humain à plus grande échelle.


Ne nous y trompons pas, ne pas créer de lien humain en dehors de la consommation individuelle de biens culturels industriels est un projet politique. Emmanuel Macron sait ce qu’il fait : il met en place une politique culturelle incapable d’émanciper les gens, politique dont la consommation est le maître mot. Il laisse la part belle aux monopoles médiatiques industriels parce que la pensée unique des couches populaires lui convient parfaitement.

Nous avons besoin du courage de la politique culturelle émancipatrice, et pour cela nous avons besoin de nous allier avec les artistes. Oui, nous allier avec eux plutôt que de nous demander lesquels voudraient s’allier à nous à la prochaine campagne. Pourquoi ? Parce que les artistes pensent le monde, en particulier les artistes d’avant-garde. Et ils le font sur absolument tout le territoire, sans avoir besoin d’organiser le maillage territorial tant rêvé, parce qu’ils sont de partout. Il y a des artistes qui créent à Paris intra-muros et à Wallis en passant par toutes nos campagnes, îles et montagnes, villes et villages, avec évidemment des esthétiques qui ne peuvent que bouger aussi, des pratiques qui méritent des réponses et des écoutes politiques adequates. Les artistes sont partout et pensent donc le monde et notre pays, de partout. Ils ne sont pas forcément dans l’hypermétropolisation parce qu’ils sont, eux comme d’autres, exclus des métropoles, par précarité souvent, par besoin d’espace et de liberté, aussi.


Nous avons besoin, nous socialistes, d’aller dans ces lieux, ces moments qui sortent des sentiers battus, prendre un chemin qui n’est pas dans nos habitudes, pour écouter ce que ces artistes qui travaillent l’écologie depuis si longtemps, qui travaillent l’égalité dans les faits si profondément, ces artistes qui vont dans les maternelles, dans les prisons, dans les EHPAD et autres foyers, qui vont dans la plus profonde ruralité ou en banlieue et y montent des projets sensibles, nous avons, nous socialistes, besoin de nous inspirer de leur vision du monde.

EGALITE.


L’égalité existe. Il y a des bulles d’égalité, des moments d’égalité vraiment palpables dans notre monde. Ce ne sont que des bulles. Nous soufflerons doucement dedans pour qu’elles grandissent et accueillent de plus en plus de monde à l’intérieur. Comprenez que ces bulles existent où la liberté est plus grande pour les organisateurs, où les espaces publics sont accessibles, où l’économie n’a pas encore tout gâché, où les règles sont plus laches, donc souvent en milieu rural. Allons voir cela, non pas en visiteur d’en haut mais en expérimentant en soi cette égalité.
L’expérience émotionnelle est universelle en cela qu’elle traverse tout le monde, toutes classes sociales, tous âges, toutes origines… Les sociologues nous ont montré qu’il n’y a que deux catégories sociales qui n’arrivent pas à accéder à la curiosité : ceux à qui tout a été donné à la naissance, comme s’ils étaient blasés, et ceux qui doivent se battre pour remplir le frigo, et qui n’ont aucun temps d’attention possible pour autre chose que cette quête. Pour la première catégorie, nous espérons toujours que certains se rendront compte que le monde est plus beau lorsqu’on est curieux de choses nouvelles. Pour la seconde, il faut régler les problèmes du monde capitaliste trop mal arrangé pour les laisser libres et surtout ne pas les culpabiliser de ne pas vouloir profiter des aides mises en place : l’esprit fait ce qu’il peut, et cette injustice énorme c’est à nous qui en avons le pouvoir de la réparer.
Mais parfois tout le monde peut, sur une place publique, par hasard, tomber sur quelques notes de violon, sur une fil-de-feriste, sur une ligne de poésie, tomber en extase sur un moment de magie.

FRATERNITE.

Panser la culture.

Nous, socialistes, avons développé l’éducation artistique et culturelle, nous avons fait baisser les habitudes de prix des billetteries pour les institutions, nous avons oeuvré pour un accès à la pratique culturelle, aux droits culturels, ainsi qu’à la pratique de spectateur. Nous pouvons être fiers du chemin parcouru sous nos impulsions depuis 40 ans, partout en France. Nos idées sont devenues des réflexes politiques, et c’est une réelle victoire.
Mais nous, socialistes, ne pouvons dire que là où nous sommes aujourd’hui est la fin du chemin, la perfection. Il nous faudra repenser nos réflexes ces prochaines années, remettre nos hiérarchies des normes en matière de politiques culturelles sur la table, car la crise pandémique a précédé une crise économique dont nous ne voyons pas la fin. Il nous faudra panser la culture dans sa structuration pour qu’elle continue d’accueillir ceux qui le souhaitent, ceux qui le désirent.
Nos enfants ont besoin que l’école et l’éducation populaire leur permettent de pratiquer des arts à moindre frais, qu’ils habitent à Paris ou à Pagny.

Mais certaines théories n’ont toujours pas été testées politiquement. JM Leveratto, sociologue de l’art, parle de portes imaginaires à franchir à deux : un emmenant et un emmené, avec l’image de tenir la main pour donner les codes, seule manière possible pour initier réellement quelqu’un à la pratique de spectateur. Être en confiance, et être suffisamment peu nombreux pour, non pas appartenir à un groupe dans la masse, mais tenter d’appartenir à la masse des spectateurs. Apprendre les codes se fait en les pratiquant, et on peut le faire quand on se sent en sécurité, compris, rassuré. Il nous faudra réussir à trouver des moyens nouveaux pour mettre en place non pas ces chèques à dépenser seul, mais des accompagnements à inventer, pour créer du lien entre les spectateurs aguerris et les spectateurs en devenir. De belles choses sont encore devant nous, à créer ensemble.

Nos concitoyennes et concitoyens ont besoin d’un accès, non pas qu’à ce qui n’est que populaire, ni qu’à ce qui est savant, mais bel et bien à toutes les formes de cultures. Le plus simple étant souvent de faire nos politiques culturelles par rapport aux acteurs de terrain existants, de nous reposer sur les artistes et associations de nos territoires pour savoir ce qui plaît chez nous. S’inspirer de nos voisins est toujours intéressant, à condition de rester en cohérence avec le travail, souvent acharné, des personnes qui s’investissent pour la culture qu’elle soit patrimoniale, locale, d’avant-garde, classique, débordante ou minimale… Car leur énergie est une denrée rare qu’il faut chérir et dont sort souvent de belles choses.

Malheureusement, avant de penser au beau, il faudra réparer le monde du travail de la culture, il faudra panser le monde de l’Art. L’idée, si injustement répandue, qu’on y fait des métiers-passion et que de ce fait, la rémunération n’a pas à suivre le niveau d’expérience est délétère. L’habitude de se reposer sur les structures culturelles (artistiques ou de diffusion) pour penser nos politiques d’aménagement du territoire sans penser aux besoin réels des dites structures et du milieu artistique local est tout autant délétère. Et l’augmentation des demandes des tutelles, d’année en année, sans donner un penny de plus, créé une tension exponentielle sur les êtres humains qui subissent cet effet ciseau de plein fouet.

On ne compte plus les burn out, les démissions, les arrêts maladie dans les équipes administratives et artistiques, les fractures de fatigue dans les orchestres, les abandons de compagnies de théâtre, les reconversions venant de partout. Et rien, absolument rien ne s’est arrangé socialement dans le milieu de l’Art et de la culture depuis la pandémie. Tout a empiré. On a demandé aux structures qui ont demandé aux artistes, de faire deux saisons en une. Maintenant on leur demande de faire autant avec encore moins, nous maintenons la demande publique tout en pérennisant des crédits déjà insuffisants, tout en sachant que leurs frais vont augmenter… Cela ne pourra pas tenir. Nous nous approchons d’un point de rupture, d’un effondrement possible, alors que nous n’avons toujours de trouver de manière décente de rémunérer les artistes-auteurs (plasticiens, écrivains etc.).

Non pas que la fin de ce monde-là soit grave, puisqu’en art le nouveau n’est pas à craindre normalement. Notre question sera, sur les mois qui viennent, de se demander ce que nous, socialistes, souhaitons garder et ce que nous, socialistes, souhaitons transformer. Il ne pourrait y avoir de socialiste qui défende un système où les travailleurs souffrent, où être sous-payé est la règle. Nous avons donc confiance en notre parti pour participer pleinement à la transformation sociale de ce milieu.
Liberté, Egalité, Fraternité : émancipation !

La culture, telle que nous la rêvons, émancipe le monde des carcans dans lequel la période les met. L’art, les artistes, nous parlent du monde tel qu’il est et tel qu’il serait si on en prenait soin. Ils sont les éclaireurs de notre futur, ils y marchent chaque jour et pourraient nous guider vers des utopies encore impensées par le politique. Les émotions qu’ils nous permettent d’expérimenter ensemble, nous la foule d’anonymes qui partage ce moment, créé une communauté de fait. Pour nous, socialistes, qui souhaitons remettre du commun au cœur de la vie des gens, c’est fondamental. Et ce ne sera jamais un fondamental de salon, mais bien un fondamental du fond du cœur, celui qui bat, celui qui rend vivant, celui qui change la vie.

Premiers signataires : Charlotte PICARD, Clément SAPIN, Karine GLOANEC-MAURIN, Olivier BIANCHI, Marie COLSON,…

Pour signer à votre tour c’est ici.

1 : Cf L’art comme expérience, John Dewey, 1934

OBJET de BUZZ

Un mois est passé. Depuis chaque personne que je croise me parle de cet épisode et je répète tout cela, avec plus ou moins de temps pour le dire. Alors, pour tous ceux que je ne croise pas mais que cela intéresse, c’est posé là.

Le jeudi 29 septembre, vers 16h30, le 1er adjoint de Metz où je suis conseillère municipale d’opposition (de gauche) et qui remplaçait le Maire en arrêt maladie, m’a interpelée en me disant “Madame Picard arrêtez de rire, vous allez faire pipi dans votre culotte”. S’en est suivi une explication entre lui et moi, où il a fini par s’excuser tout en ajoutant qu’il fallait que j’avoue “que cette phrase était tellement bien choisie”, ce que je ne trouvais pas, puis une explication de vote de Marina Verronneau qui siège dans le même groupe que moi lui expliquant être “choquée” par ses propos ce à quoi il répondit “ça se soigne”. A ce moment là, nous avons décidé de quitter le Conseil Municipal et nous sommes rendus dans la salle attenante.

Le vote eut quand même lieu, sans nous. Puis le Docteur Khalifé, 1er adjoint, nous rejoignit pour “calmer le jeu”. Il s’excusa, ne comprenant sans doute pas pleinement la situation. Nous exigeâmes des excuses publiques puisque l’attaque fut aussi publique, sinon nous ne revenions pas dans la salle du conseil. Il accepta.
Le reste du conseil s’est passé plus calmement.

Le Républicain lorrain publiait durant le conseil un entrefilet sur cet échange intitulé “Le baptême du feu” où le journaliste expliquait que mon rire était ironique et donnait une des raisons à celui-ci.

Le soir, je publiais sur mes comptes instagram et facebook l’extrait de l’altercation tirée du compte youtube de la mairie et faisant office de procès verbal du Conseil municipal.
Le lendemain matin, cette vidéo était reprise par une journaliste après un échange en privé, et Marina Verronneau en publia une autre (avec le “ça se soigne” et son “on se lève et on se casse” qui marquait notre sortie). Les réseaux sociaux étant ce qu’ils sont, le soir, la France connectée était au courant.

Je recevais beaucoup de messages de soutien, d’amis, de camarades, d’élus, et d’inconnus. Et je vis beaucoup de papiers qui se ressemblaient tous être publiés et republiés, sans la ligne sur la raison de mon rire qui se trouvait dans le Républicain Lorrain. Beaucoup de réseaux féministes firent des articles, posts, images, vidéos sur cela. Mais personne ne me demanda ce qu’il en était, sauf la Secrétaire nationale à l’égalité femme/homme du Parti socialiste, dont je fais partie (du PS et de son secrétariat national).

Le lundi, un journaliste de La Semaine (hebdomadaire local) me téléphonait pour une interview, elle était publiée sur leur site le soir même. Il retenait surtout le fait que j’avais détesté les attaques racistes et/ou âgistes contre le 1er adjoint, et que je me sentais pas être la victime que le buzz avait fabriqué : je fais de la politique, je sais prendre des coups, et les rendre. D’ailleurs beaucoup de mes soutiens, publics et privés, ont salué la dignité de ma réponse et c’est sans doute ce qui comptait le plus pour moi : remettre de la dignité au sein du conseil de notre ville.

Toute cette histoire a fait le tour, de France Inter à NRJ chez Cauet, en passant par yahoo actu, TF1, BFM et des journaux espagnols. Mais dans le buzz, il manquait quelque chose. Il manquait moi. Pourtant, j’étais sensé être au centre de cette histoire.

Personne ne voulait savoir pourquoi je riais.
Personne ne voulait savoir ce que je défendais.
Personne ne voulait savoir qui nous étions.

Alors je vais l’expliquer ici. Je ne riais pas parce que je traînais sur les réseaux à lire des blagues. Je riais jaune, de colère démocratique et républicaine.

Nous parlions du point sécurité, G. Laloux du RN venait de faire une parfaite sortie xénophobe sur le fait que l’insécurité était due aux migrants. Je n’étais pas surprise : c’est son thème favori. Mais nous avions parlé avant lui, et nous n’allions pas pouvoir lui répondre de front, je ne me voyais pas l’écouter en étant placide. Je n’aime pas le racisme, ni les raccourcis fainéants.

Après, P. Thil avait joué son rôle de leader (pour un soir) du groupe majoritaire en tirant à boulets rouges sur l’inaction de la gauche au pouvoir durant les 2 derniers mandats. Alors je faisais mon rôle de défenderesse du bilan de mon camarade ancien Maire en rappelant un peu fort qu’il avait armé la police municipale (ce que j’avais assez décrié à l’époque pour m’en souvenir).

S’en est venu le tour de K. Khalifé, président du conseil ce soir-là, qui balayait tous les arguments. Lorsqu’il s’adressait à G. Laloux, il lui expliquait qu’“il y a les clochards que nous avons tous connus quand on était jeunes, pas M. Roques mais les plus anciens, ceux-là ne posaient pas de problèmes ils faisaient partie du paysage”. Entre la pique condescendante contre mon partenaire de groupe Jérémy Roques et le racisme mal caché de cette phrase, ma patience avait atteint ses limites. Et lorsque le Dr Khalifé a continué en expliquant qu’il n’y avait aucun problème entre le Maire et le Préfet (alors que l’un est l’autre s’invectivaient par voie de presse depuis 2 ou 3 semaines), et qu’il n’était pas question d’en faire “une question politique”, j’ai sans doute dit à voix haute le fond de ma pensée : on se fiche de nous!

C’est à ce moment-là qu’il m’a invectivée. Parce que j’avais vu son sous-entendu raciste, parce que j’avais vu la couleuvre qu’il essayait de faire avaler aux messins. Ce dévoilement l’a suffisamment troublé pour qu’il oublie dans son langage que je représentais les messins et que lui aussi, pour qu’il oublie toute bienséance, pour que le mépris soit flagrant.

Ce n’est pas la première fois que cela arrive dans un de nos conseils municipaux, mais d’habitude c’est par monsieur le Maire en personne, ou un de ses snipers, pas par son 1er adjoint. Opposition imbécile, réfractaire, khmers verts, j’en passe et des meilleures… Ce n’est pas le Dr Khalifé qui a dérapé, c’est le Maire qui a donné l’impression que le dérapage était une manière de diriger possible.

Dérapage raciste, aussi. Je me souviens du passage d’une subvention où M. le Maire avait fait durer le débat fort longtemps, donnant et redonnant la parole à l’ancienne présidente du groupe RN. Nous subventionnions alors une association faisant mémoire d’une ratonnade faite par les para contre les algériens de Metz, durant la guerre d’Algérie. Ratonnade faisant suite à une bagarre dans un dancing. Le débat avait tourné autour du fait que 2 paras et le patron du bar étaient morts dans la bagarre ce qui aurait dû, pour eux, équilibrer avec la ratonnade. Le Maire avait fini par dire “Je ne vois pas bien la différence entre une rixe à la sortie d’un dancing et une ratonnade”, j’avais dû, en explication de vote, rappeler que “la différence, c’est le racisme”.

Voilà ce que je défendais : l’égalité et la démocratie.

Et pourtant, quand on m’a défendue, moi, on a utilisé parfois des arguments racistes et âgistes. Il serait libanais, ce serait pour cela qu’il serait sexiste. Il serait vieux, ce serait pour cela qu’il serait sexiste. Non.

C’est un mandarin-carabin. Il a donc pour habitude, qui n’a rien à voir avec l’âge ou l’origine, de ne pas être impunément contredit. S’il a utilisé une expression familière, cela j’en suis certaine, c’est parce que nous nous entendons bien (tant qu’il ne m’explique pas qu’il faut arrêter de faire de tel ou tel sujet un sujet politique, comme si la politique était sale, lui qui est dans son 3è mandat). Mais il fut chef de service hospitalier durant une bonne partie de sa carrière. Allez faire un tour dans les services et dans les blocs opératoires pour voir quel respect y règne, pas partout, mais beaucoup beaucoup trop souvent. Ce n’est pas clairement du sexisme : c’est du mépris condescendant pour tous ceux qui sont sensés être inférieurs aux chefs, hommes ou femmes. Demandez aux internes. Demandez aux infirmiers. C’est du rapport de force de classes sociales. C’est de l’écrasement social. Et c’est contre cela que je suis devenue socialiste.

Mais mon altercation avec lui ne fut qu’un moment. Nous en aurons d’autres. Et nous aurons à nouveau l’occasion d’échanger voire de travailler ensemble sur certains dossiers. Dans mon altercation avec lui où j’ai été réduite à l’état d’objet (au sens philosophique), j’ai pu regagner mon rôle de sujet lorsque j’ai gagné le droit à des excuses publiques.

Ce ne fut pas le cas dans le buzz. Ce buzz, monté en épingle comme il se doit par les réseaux sociaux, tenu par beaucoup de réseaux féministes, ne m’a jamais proposé de redevenir le sujet de cette histoire. J’étais l’objet d’une guerre contre le patriarcat. J’étais un objet sans pensée, sans idéaux, sans combat, pour un combat que je vois encore plus maintenant comme ce que je ne veux pas faire.

Oui, je trouve normal et bénéfique que les réseaux féministes aient pris ma défense. Non, je ne trouve pas normal qu’ils l’aient fait sans connaître le fond de l’histoire. Est-ce que j’étais en faute ou non ? Est-ce que j’avais quelque chose à dire ou non ? Rien de tout cela ne m’a été demandé. J’ai passé la journée du buzz à voir ma batterie se décharger de notifications sans qu’un seul message privé me parvienne d’eux.elles, et je suis pourtant assez facilement trouvable. Pas un seul moment on m’a demandé si j’avais un nouvel angle à donner à cette histoire. Pas un seul moment on ne m’a demandé si j’allais bien, comment je vivais cela.

Si je m’étais sentie victime de l’attaque du 1er adjoint, l’augmentation de la dépossession de ma personne par ce buzz aurait sans doute été délétère. Mais je sais comment fonctionne le monde, alors je l’ai regardé, et j’ai attendu. Rien n’est venu.

Mes cher.e.s camarades féministes, n’oubliez pas les autres -istes, n’oubliez pas que les victimes sont d’abord des personnes, n’oubliez pas que la politique c’est plus large que la chute du patriarcat, parce que ce dont nous avons besoin c’est d’être tous traités en sujets de la société, et plus en objets.

Depuis des semaines, je me demande comment vit tout ce tapage médiatique Mme futur-ex-Quattenens. Lui m’importe peu, j’avoue. Je pense à elle, dont le patron, les collègues, les cousins, la grand-mère si elle vit encore, savent qu’elle s’est pris une claque par son futur-ex-mari, dont les enfants savent ou sauront, alors qu’elle n’avait fait qu’une main courante. Etait-elle d’accord pour ce tapage, cette publicité de son intimité ? La main courante, était-ce pour se protéger, par peur, ou juste pour le jugement de divorce et que cela se dépêche ? Depuis un mois, je me dis que cette pensée qui ne me lâchait pas était sensée.

Alors, ici, je redeviens le sujet de ma personne.

Je ne me bats pas contre le sexisme, je me bats contre le mépris. Et j’ai souvent été méprisée par des hommes mais aussi par des femmes, des femmes qui aiment défendre les femmes-victimes, qui aiment qu’on les défendent elles, mais qui essaient d’écraser les femmes qui les regardent dans les yeux, celles qui leur disent ce qu’elles pensent. J’ai été insultée par des hommes, avec le silence complice des femmes autour, voire participant à la vindicte, les mêmes qui ont parfois pris ma défense lors de cet épisode.

Mais j’ai été bien souvent soutenue par des hommes et des femmes non pas pour nos genres mais pour nos personnes, parce que nos personnes s’accordent, parce que nos idéaux s’accordent. J’ai bien plus été portée par les amitiés fugaces ou tenaces que blessée par des cons. C’est tout ce qui compte.

Ce que je sais, c’est qu’il ne faut plus laisser passer le mépris. Même lorsque c’est quelqu’un que nous n’aimons pas qui est méprisé, cela n’apporte rien. Combattre les idées, combattre les politiques, oui, avec force ! mais mépriser rend aigre.

Pour ceux qui sont arrivés jusque là, merci d’avoir pris ce temps. Cet épisode n’est pas, comme certains me le disent en haussant les épaules « un épisode malheureux » mais la réalité crue de nos vies. Mais c’est à nous de jouer maintenant, à nous qui voulons bien du grivois mais pas du mépris, qui voulons de la joie sans écrasement, à nous qui voulons vivre libres de prendre les choses en main, et de dire non à ce qui nous dérange. Le nouveau monde n’a jamais été aussi proche d’advenir, à nous de choisir ses couleurs. (Metz, le 1/11/2022)

L’angoisse du sapin

On était un samedi matin, et en buvant ma tasse de thé de week-end sans enfants, je téléphonais à une amie tout en regardant sans le son une chaîne d’info continue publique (ne cherchez pas : il n’y en a qu’une). Pendant que je lui parlais de mes difficultés de retour à l’emploi (de ma galère à retrouver un taff qui me permette d’avoir du temps à consacrer à l’éducation des gosses, parce que ça se fait pas tout seul et que ça, je le suis : toute seule), je voyais des gaz lacrymo, des coups de matraque, des tags sur l’Arc de Triomphe, un tabassage de policier… Et je ne supportais rien, mais sincèrement, j’avais besoin de son aide pour qu’elle m’aide à trier les solutions possibles pour ne pas retourner au RSA à la mi-février. Donc je ne mettais pas le son. L’image suffisait. L’image était horrible.

Credit:Eric Dessons/JDD/SIPA/1812021330

Depuis, cela me hante.
Pourquoi ?
D’abord, parce que je n’ai pas supporté cette violence physique et symbolique. C’est le plus immédiat, le plus tribal : insupportable. Un homme, quel qu’il soit, s’il est tabassé au sol par une meute, c’est que la meute n’est plus humaine, elle est inhumaine. Ce n’est pas quelque chose qui s’efface par un haussement d’épaule, l’inhumanité. Cette auto-exclusion est à punir, rien d’autre.

Mais il y a autre chose. Ce dimanche est le premier dimanche de l’Avent. J’ai la chance d’être catholique et donc de préparer Noël de multiples façons toutes festives et pas toutes commerciales. Oui, la chance. Parce que pour moi, mère célibataire au chômage et donc précaire, si cette partie n’existait pas, Noël ne serait qu’angoisse. L’angoisse du sapin.

Nous avons survécu aux vacances. Tant bien que mal, en allant moins loin et moins longtemps. Nous avons survécu à la rentrée, même si elle n’est pas encore finie : il reste encore des activités extra-scolaires à payer. Pourquoi des activités extra-scolaires ? Ah mais c’est simple, c’est que la Société m’impose d’être une mère parfaite, parce que le bien-être social et professionnel de mes enfants à l’âge adulte et donc leur capacité à être des êtres humains accomplis pour la société d’alors, dépend de l’énergie (et donc de l’argent) que je leur aurais mis à disposition durant leur enfance. Art & sport en dehors de l’école. Parce que la refondation de l’école n’est pas allée au bout : manque de moyens, alors je dois suppléer à ce que la Société (dont les forces publiques) me demande en tant que parent. Et c’est certes un effort mais aussi un plaisir, comprenez-le. Sauf que fin novembre, la rentrée n’est pas encore derrière moi, derrière nous. Et je n’ai toujours pas acheté les chaussures d’hiver aux enfants.

Malgré tout, mi octobre, les catalogues de jouets sont arrivés dans nos boîtes aux lettres, depuis la fin octobre, tous nos supermarchés nous accueillent avec des montagnes de jouets à acheter. Les chaînes de dessins animés, et même youtube, nous abreuvent de publicité où toutes les minutes j’entends dans le salon “je veux ça !!” accompagné du plus beau des sourires (et d’un nombre incalculable d’arguments pour avoir ce jeu où on va chercher des trucs dans la bouche d’un chien en plastique ou ce super Lego Harry Potter avec Ararog… pourquoi des araignées ?) et le 30 novembre, pour pouvoir payer les courses du week-end, j’ai demandé à mon fils de me prêter 30€ jusqu’à ce que mon chômage tombe, lundi. Les sous de sa tirelire.

Je répète.
Vous n’avez pas vraiment entendu.
Pour pouvoir aller acheter de quoi manger dans le train pour rejoindre leur père, pour aller au marché acheter le seul pain que mon système digestif tolère, j’ai ouvert la tirelire de mon fils et lui ai emprunté de l’argent. A mon fils. De 12 ans. Pris de l’argent, jusqu’à ce que Pôle Emploi me verse l’argent qu’il me doit parce que le 1er décembre tombait un samedi alors il fallait attendre le lundi 3. Enfin, si tout se passe bien. Et ce n’est pas arrivé le 3.

Expliquez-moi comment je leur offre les cadeaux qui feront de moi (non pas pour eux, eux comprennent, non, pas pour eux juste pour la Société) une bonne mère ? Vous ne savez pas ? Vous ne savez pas parce qu’il n’y a pas de réponse. Il n’y a pas de réponse parce qu’il n’y a pas de solution.

Si mon fils arrive au collège en janvier en disant qu’il a reçu une nouvelle paire de chaussures, une paire d’hiver, sous le sapin, il aura honte. Cette honte, dans l’univers de brusquerie, de violence induite qu’est le collège unique de nos jours, en fera un paria et potentiellement un enfant harcelé. Et donc de moi une mauvaise mère. Non pas de la société une mauvaise société, non pas du collège un mauvais collège mais de moi une mère défaillante qui n’a pas bien appris à mon aîné à se défendre.

Je vais trop vite ?
Allez dans un collège. Je ne vais pas trop vite.

On me demande d’être un bon parent. Mais l’éducation nationale n’a pas les moyens de donner les cours qu’il faut pour que mes enfants apprennent au mieux (c’est-à-dire pour eux et non pour les professeurs.)
On me demande d’être un bon parent. Mais si je veux être aidée pour mes vacances il faut qu’elles me coûtent très cher.
On me demande d’être un bon parent. Mais on me dit que ma voiture, sous prétexte qu’elle a quelques trous de rouille, devra être détruite en octobre 2019 alors qu’elle roule encore. Voiture qui est une clef du retour à l’emploi en province.
On me demande d’être un bon parent. Mais si je travaille, je dois payer quelqu’un pour s’occuper de mes enfants, pour les emmener à leurs activités extra-scolaires, car rien n’est organisé s’ils ne sont pas autonomes. Et s’ils ne font aucune activité ils ne sont pas assez épanouis. Et…
On me demande d’être un bon parent. Mais on ne me donne les moyens d’acheter que de la mal bouffe, des habits fabriqués par des enfants, des chaussures qui chaussent mal.
On me demande d’être un bon parent. Mais on prend dans mes poches pour donner à ceux qui ne savent pas ce que vaut l’argent qu’on m’a pris.
On me demande d’être un bon parent. Mais on crée une société où les valeurs de possession sont plus importantes que les valeurs de cœur. Où “n’être rien” est présidentiellement admis. Où nos anciens amis ont voté pour quelqu’un qui méprise les illettrés mais n’accepte pas qu’il serait bien incapable de faire leur métier. Une société où le seul usage est la compétition et la seule valeur est l’argent.

Il y a quelque chose de pourri dans la République de France, il y a quelque chose de pourri dans l’Union Européenne, dans l’Occident. On se sent moqués et volés par les super-puissants. Mais nous sommes le nombre, nous sommes le Peuple. We, the People… nous faisons les puissants puissant et nous pourrions donc les défaire. Et la seule société qui n’accepte pas l’idée de service, c’est celle portée par notre président de la République et son assemblée : le néo-libéralisme. Nous avons trop fléchi, auparavant. Nous avons trop déverrouillé de portes. Il ouvre tout avec une indécente aisance. D’où la colère.

Je viens d’entendre un gilet jaune dire qu’il faut entrer dans les institutions. Je suis d’accord. J’étais à peu près au même endroit social lorsque j’ai décidé de rentrer en politique. 2012, RSA avec un mi temps au SMIC, 2 enfants, seule. Et depuis je ne dis qu’une chose : “je suis nous chez eux”. Parce que non, il n’est pas naturel d’être une femme ou un homme politique et d’être pauvre.

Je vais vous le dire : pour faire de la politique comme il faut, il faut de l’argent, et pouvoir abandonner sa famille à un conjoint. Je ne peux pas faire 6 ou 8 assemblées générales, réunions, débats, visites d’EHPAD, photos call, coupures de ruban chaque week-end : personne ne fait mes courses, ne nourrit mes enfants, ne fait tourner mes machines si je ne suis pas à la maison. Et vous, électeurs, vous ne voulez voter que pour ceux que vous voyez, pas pour ceux qui ont une vie. Puis vous leur reprochez de ne pas avoir de vie.

Je n’ai pas non plus les moyens de faire adhérer dans mon parti plein d’amis pour qu’ils m’aident à obtenir l’investiture. Ça coûte, cher. Parfois, je n’ai même pas les moyens de payer de baby-sitter les soirs de réunions obligatoires.
Et non, sans parti, faire campagne est impossible. Quelle banque vous prêtera 40 ou 80.000€ pour que vous puissiez faire imprimer vos bulletins de vote, vos affiches et tracts officiels puis tout ce qui n’est pas obligatoire mais qui est tout à fait nécessaire ? Quelle banque ?
A moins que vous ayez 100.000€ sur un compte épargne. Mais alors, êtes-vous représentatifs de mes pairs ? Non. Moi j’ai une carte bleue qui appelle la banque même pour 1€ de dépense et qui est bloquée lorsque je suis à découvert. Voilà. J’ai pas 100.000 balles…

Donc il faut un parti. A gauche, il y a un choix à ne plus savoir qu’en faire, choisissez le vôtre. Se mettre en association pour collecter de l’argent ça va, dès que cet argent sert à faire élire quelqu’un, vous devenez un parti politique et ça devient très surveillé et très compliqué, sachez-le. Moi je suis toujours au Parti Socialiste parce que je sais que les autres partis assez proches de mes opinions ne me permettraient pas de militer sans trop dépenser faute de moyens mais j’y ai des amis, des camarades. Et puis maintenant, j’ai une place au PS, croyez le ou non je fais partie des cadres nationaux du Parti Socialiste. Place que je chéris comme je chéris les camarades que j’ai rencontré là et nulle part ailleurs, même si en ce moment je suis très fatiguée. Fatiguée, parce que j’ai des cadeaux à faire pour dire aux gens que j’aime que je les aime et que mes 1.100€ de chômage pour 3 personnes vont m’empêcher de le faire.

Donner des moyens à la base de ce qui crée une société : santé, éducation, culture. Je me suis coltiné, comme ceux qui bloquent les rond-points et les autres, aux déserts médicaux, aux urgences surchargées, aux profs épuisés, aux classes surchargés, aux enfants non considérés, aux lieux de spectacles qui ferment hors des métropoles, à l’avant garde qui disparaît, à l’obligation normative. Nous sommes dans l’ère où la santé l’éducation et la culture sont médiocres en France et l’État n’y change rien. Au plus haut de son action, il abandonne : il privatise.

Donner des moyens au Peuple : laisser les cotisations sociales tranquilles pour maintenir notre système social solidaire et efficace en place, mais rendre vraiment progressif l’impôt. Payer le travail pour ce qu’il vaut et non pour ce qu’il coûte. Faire payer 1€ symbolique d’impôt même aux gens au RSA pour qu’ils aient l’honneur de participer à nos routes et nos écoles, mais que cet impôt aille vraiment jusqu’aux très riches, jusqu’à la finance, ceux qui font de l’argent avec l’argent sur les dos des pauvres et de la planète. Protéger, avant notre planète, nos corps : rendre le “bio” normal et le pesticidé pestiféré, rendre la mal-bouffe l’exception, redonner le sens de l’agriculture et de leurs territoires à nos concitoyens, remettre des trains là où il y a des rails, des trains où on peut mettre des vélos, des trains à toute heure. Cela réglerait les problèmes de la planète, en fait. Mais cela demande une chose horrible pour l’UE de droite libérale que nous avons et surtout la zone euro et ses sacro-saints 3% : de l’investissement. Et cela, notre Président et son ballet ne le peuvent pas : ils veulent créer du fric, donc du court terme, donc non pas investir mais placer.

Ceux qui sont allé voter ont voulu cela. Nous voilà là : Marianne défigurée.
La démocratie, ça se choie. L’autorité, ça se mérite, ça ne se prend pas. On l’acquiert lorsqu’on protège bien ceux qui nous donne cette autorité. J’ai l’impression que cette notion à a revoir chez le Président-philosophe. Je lui conseille cette lecture : Qui doit gouverner ? de Tavoillot.

Il a choisi son peuple. Il n’aura jamais d’autorité sur eux car ils n’ont pas besoin de lui. Le Peuple de France, lui, est dégoûté, sans chef, sans vision. Chacun réagit comme il peut. Moi je rêve d’une vie à la campagne, entre feu de bois et potager et je vais passer l’Avent à faire des biscuits de Noël à distribuer. J’ai besoin d’équilibre et de joie. D’autres ont besoin de montrer leur colère en déséquilibrant leur vie quotidienne. Parce que leur vie, comme beaucoup, c’est rentrer chez soi harassé par le travail, sans énergie pour aider ses enfants tout en se demandant comment on va réussir à leur faire plaisir au moment où la magie est sensée nous porter, se demander durant tout le dîner si on va être obligé de tuer la magie de Noël ce sentiment est sans doute le fuel des gilets jaunes, là. Et l’angoisse du sapin est sans fin, comme la colère d’enfances volées.

Coincés, on a perdu l’essence.

« Faire de la politique autrement »,
mais avec les mêmes mots, les mêmes personnes, le même calendrier, les mêmes institutions, les mêmes réflexes, les mêmes idées.
Coincés.
« Parler au Peuple »,
mais avec une langue pré-écrite, technocratique, sans aucune fausse note, sans approximation, sans vie : machinale.
Coincés.
« Sortir de l’appareil »,
mais en étant élu, car sinon on n’est rien, on n’a rien fait, on n’a rien prouvé, on ne vaut rien.
Coincés.

Ce n’est pas uniquement la classe politico-économique qui est coincée, c’est la société toute entière. Il y a un chaos dans nos envies : elles tombent. Tous nos cadres sont vides, alors on s’y accroche agressivement, de peur de tomber nous aussi. L’équation est simple : contre le pareil, on prend l’autre mais celui qu’on voit depuis longtemps. Contre l’establishment en place, on prend celui qui veut prendre sa place. Contre le loup, l’ogre.

http://www.filipmarkiewicz.com/silentio-delicti/

Silencio Delicti – Filip Markiewicz, 2012-2045

Notre ennemi est la finance ?

La secrétaire nationale aux droits de l’homme de mon parti, socialiste, dit de moi que je suis conservatrice car je refuse de laisser changer le droit du travail dans le sens où la droite voulait le faire il y a 15 ans. Puis elle demande à ce que l’on soit plus véhément contre la droite d’aujourd’hui. Boire ou conduire, il faudrait choisir… « l’aile gauche du PS préfère la division et a prêté allégeance à une gauche radicale qui, dès le début, a parié sur un échec du gouvernement en misant sur la très hypothétique formation d’un Podemos à la française. » Je dirais plutôt, chère Rita Maalouf, que c’est le gouvernement qui a misé sur l’échec du programme présidentiel et législatif. C’est lui, qui a abandonnés et qui nous pointe maintenant comme une gauche radicale alors que nous sommes so FH2012.

Je connais bien, l’aile gauche : c‘est elle qui m’a ouvert les bras du PS. J’y ai vu beaucoup de choses, mais peu de conservateurs. Quant au Podemos à la française, c’est méconnaître et la France et l’Espagne que de penser nos deux régimes et cultures suffisamment identiques pour être reproductibles. La seule chose que nous avons pris à l’Espagne, c’est un dauphin, Louis XX de Bourbon, duc d’Anjou.

Contre l’obscurantisme, ne baissons pas les armes : soyons subversifs !

J’entends dire ici ou là qu’il faut battre le Front National, l’empêcher, le contraindre, le réduire. J’entends les mêmes dire, à quelques souffles de ça, qu’on doit faire attention et ne pas faire monter l’extrême-droite sur leurs grands chevaux. Mais qu’ils hennissent, fichtre diantre, qu’ils hennissent !! Et je n’ai jamais vu qu’une seule arme pacifique efficace contre l’obscurantisme : l’amour de la subversion. C’est le rayon de soleil dissipant le vampire. Être subversif, inventif, curieux et aimer ça.

Si vous voulez battre le Front National, levez-vous et arrêtez de demander « Et vous comptez toucher une large audience ? » mais, lorsque vous recevez des artistes, des passeurs d’art, des professionnels qui touchent aux âmes « Et, lorsque le public sort de votre représentation, peut-il être bouleversé ? »

Essayez cela, vous transformerez alors le monde. Parce que bouleversé, c’est ébloui ou choqué, c’est porté ou giflé, mais c’est vivant et ça bouge. La subversion ne choque que les conservateurs, et les conservateurs sont nocifs.

Silencio Delicti, Manifeste pour la dépolitisation du corps humain. Filip Markiewicz, 2012-2045.

Silencio Delicti, Manifeste pour la dépolitisation du corps humain. Filip Markiewicz, 2012-2045.

Il nous faut reprendre notre liberté calendaire dans nos réflexions. Oublions les élections lorsque nous souhaitons penser. S’il faut sortir des préconçus, fabriquer, ou faire la Politique par rapport au monde à inventer ne pensons plus aux échéances. Il nous faut aussi reprendre notre liberté politique face à nos opposant qui eux n’ont jamais perdu la leur. Qu’ils se débrouillent pour convaincre avec leurs idées, nous nous débrouilleront avec les nôtres. Et si parfois elles se rejoignent ? Et bien nous les construirons ensemble. Et moi, de la gauche archaïco-radicalo-conservatrice*, je dis oui : projet après projet, voyons où nous pouvons construire ensemble, droite et gauche réunies. Et où ce n’est pas possible, nous laisserons les citoyens choisir entre nous.

Réécrire le monde.

Nous sommes face à l’improbable : réécrire l’œuvre du monde dans une époque de résumés de textes et de slogans en langue-sms. Dans une Europe qui devrait se réinventer, on se renferme sur nos vieilles frontières. Pour dynamiser notre pays, on a découpé ses terres comme à la colonisation on avait découpé le Sahara : selon les intérêts économiques et politiques de ceux au pouvoir au jour J. Aujourd’hui on leur cherche des noms dans nos livres d’histoire médiévale. Appelez-moi Brunehilde… je suis reine d’Austrasie*.

Nous sommes face à l’incompréhension : le pouvoir nous dit qu’il ne peut plus rien. TINA est notre ennemie commune, alors on s’y accroche en se disant qu’un jour, elle nous embrassera. TINA ne fait rien, c’est une ogresse avide de chair humaine. Elle nous mange. Ensuite, elle crèvera de faim.
There Is No Alternative to death**. C’est la seule chose qui n’en a pas : la mort de toute chose vivante. Si tu n’es pas la Mort, quoique tu sois, tu peux disparaître de nos vies. Même le capitalisme financier a une alternative, qu’apparemment nous ne connaîtrons que lorsqu’il nous aura mangé. Nos petits-enfants le saurons lorsqu’il se sera étouffé de nous avoir mangé, qu’il aura chu.

Mais il y a aussi toute une catégorie de personne qui veut et fait, parallèlement, dans un ailleurs souvent salué par un haussement d’épaules.

Il est là le podemos : nous pouvons. Nous pouvons sortir du XXème siècle par le XXIème, un siècle où la pensée complexe sera envisageable. Nous n’avons pas à copier ce que nos voisins ont fait, mais nous sommes, nous, européens sans contraintes : nous allons construire l’Europe dont nous avons envie ensemble. Nous ne regardons pas nos voisins avec envie mais avec intérêt. Nous avons compris que nous sommes l’avenir, ensemble.

Nous pouvons penser la France comme faisant partie de la francophonie comme nous incite à le faire Alain Mabanckou. C’est si juste. Nous rendre compte que la terre est ronde et qu’à sa surface, il n’y a pas de centre, même pas Paris. Écouter enfin les mots des autres pour penser le monde en dehors des frontières de la colonisation. Sans mot d’excuse, mais en regardant enfin en face, droit dans les yeux, les noirs et les arabes que nous, blancs, ignorons si souvent. Ce n’est pas un mépris profond, c’est une vraie ignorance, une ignorance passive.

Et si nous donnions à la pensée francophone la place que nous donnons aux populismes occidentaux ? Et si nous donnions aux exclus l’importance que nous donnons aux populistes ? Quels en seraient les conséquences sur notre vie à court, moyen et long terme ?

 

* humour / second degré / auto-dérision / ce n’est pas sale
** il n’y a pas d’alternative à la mort

Communeurs, communeuses…

“Power resides where the men believe it resides. It’s a trick, a shadow on the wall. And a very small man can cast a very large shadow.”
Vary in Game of Thrones 2×03.

 Le Mouvement Commun

L’absence de Pouvoir pré-établi était ce qui a traversé tout ce dimanche après-midi, cet événement fondateur. “Ecoutez-vous avec bienveillance et gentillesse, c’est le seul moyen d’entendre ceux qui d’habitude ne parlent pas.” Le mot d’ordre. Bienveillance.
On a souri en entendant cela, et nos sourires se sont transformés en grimace de souvenirs. Les souvenirs de nos premières interventions, ou des dernières en date où nous fûmes moqués et houspillés. Alors oui, nous aurons une bienveillance active.
Nous essaierons, au moins.

MOUVEMENT : changement de position dans l’espace
COMMUN : qui appartient à tous
MOUVEMENT COMMUN : changement de position dans l’espace qui appartient à tous

Ce n’est pas le “mouvement de Pouria Amirshahi”. Il n’est que le réceptacle de nos additions. Il n’est ni le maître, ni le gourou, il est le recenseur. L’idée est simple : certains le faisaient déjà, d’autre n’en avaient pas encore eu l’occasion, l’idée est de créer des synergies d’échanges. Des mouvements d’idées mises en commun pour être mieux ensemble que seuls. L’idée est de déménager un peu de tous nos piédestaux et de marcher, enfin.

Pour nous, hommes et femmes politiques, militants politiques, reprendre parole avec ceux que nous souhaitions représenter lorsque nous avons pris notre carte. Jamais nous ne l’avons fait que pour nous, tous, nous avions une plus haute idée de la politique que cela. Nous l’avons toujours. Retrouvons-en l’élan.
Pour nous, militants associatifs, dirigeants de structures, reprendre parole avec ceux qui sont de l’autre côté de la table des décisions politiques. Jamais nous n’avons cru que nous pourrions faire sans eux. Parfois nous avons dû faire contre eux. Mais sans, ça n’existe pas.
Pour nous, citoyens, nous prenons tous part à la vie de notre cité, sinon nous ne serions pas au courant que ce Mouvement Commun existe, sinon, nous regarderions simplement ailleur, alors regardons ceux qui avancent et suivons-les.

Il n’y eut ni “vaincre” ni “sondage”. Il n’y eut aucun ordre, aucun calendrier avec ultimatums prescripteurs d’actes. Il n’y eut que de l’élan.

Le Mouvement Commun - événement fondateur

On nous appelle les communeurs. Il y a du commun, de la Commune, il y a beaucoup dans ce terme.
Moi ce que j’y vois, c’est un peuple de vigies, de gardiens de phares qui éclairent la voie aux bateaux dans la nuit, dans la tempête. Que les capitaines soient capitaines, que les marchands soient marchands, que les pirates soient pirates… que chacun soit à la place qu’il souhaite, qu’il aime, où il se sent utile. Mais ensemble, allumons les phares qui feront que chacun voie son utilité améliorée.
Je veux être différente de la personne qui sera à la table des communeurs, parce que je souhaite qu’elle m’apporte quelque chose que je n’ai pas. Je veux que nous soyons si différents dans nos méthodes, dans nos analyses, dans nos actes que 1+1=3 et non une unité lissée et fade où tous=1.
Toutes nos révolutions n’ont jamais arrêté notre civilisation de partager le pain à table, que cette table fut dans une chaumière faite de bois brut coupé à la main ou dans un gratte-ciel faite de verre et designée par Stark. Alors trouvons cette force de partage, trouvons ce liant au plus simple de nos énergies, trouvons notre pain.

Il est venu le temps où la nuit et la tempête nous forcent à allumer des phares à jamais éteints. Et comme ils éclaireront des routes jamais prises encore, nous pourrions voir émerger des idées, des pensées nouvelles pour, au bout du chemin, voir tout simplement qu’une autre politique est possible puisqu’un autre monde se crée déjà.

OXI et etc…

« Nous demandons qu’il soit fait une instruction aux citoyens pour diriger leurs mouvements. Nous demandons qu’il soit envoyé des courriers dans tous les départements pour les avertir des décrets que vous aurez rendus.
Le tocsin qu’on va sonner n’est point un signal d’alarme, c’est la charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, messieurs, il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et la France est sauvée. »
Danton, 2 septembre 1792.

Telle Paris se leva pour la France, la Grèce peut, aujourd’hui, se lever pour l’Europe.

Le tocsin de Metz, la tour de Mutte, a été remis en fonction la semaine dernière. Son son résonne à nouveau dans la ville. Hasard, sans doute mais il n’avait pas sonné depuis 1919 et le retour de l’Alsace-Moselle à la France par la signature du Traité de Versailles. Il se remit à tinter de son son grave qui prend le corps en entier, la même semaine où Tsipras décida de demander au peuple de Grèce quelle bataille il faut mener.

Je suis du côté du NON. Je suis du côté d’une Europe humaine. Je dis NON à une Europe dirigée par des capitaux. Je suis aux côtés d’Alexis Tsipras et de l’Europe qu’il veut construire. Elle est responsable, elle est solidaire, elle est éclairée et intelligente.
Je suis aux côtés de Tsipras comme je l’étais de Martin Schulz quand il disait que l’ « austérité en Europe est une erreur ».
Je suis aux côtés de Tsipras comme je l’étais de François Hollande quand il disait qu’ « il n’y a pas qu’une seule politique possible ».
Je suis aux côtés de Tsipras, parce qu’il a le courage de tenir sa parole. Parce que son peuple, nos peuples, l’Europe compte plus pour lui que la BCE, le FMI et des technocrates qui prennent des décisions si éloignées de nous qu’ils noient notre amour de ce qu’ils devraient représenter et le transforme en une méfiance épidermique.
Je suis aux côtés de Tsipras, parce que lui pense encore que la politique existe. Que les hommes debout peuvent avancer mieux.

Il n’est pas le seul.

Ce qu’ils font à Tsipras, au peuple grec, c’est un double broyage made by TINA. Ils le font à Tsipras, mais surtout au peuple grec. Ils le font au peuple européen aussi. Ce que nous voyons comme pressions, comme mensonges, comme revirements, est ce que nous aurions subi si François Hollande avait renégocié le Traité Merkozy. Ce qu’ils font au grec, c’est l’arrière-pensée en forme de bras d’honneur qu’ils nous font à chaque fois que nos dirigeants acceptent sans sourciller des règles dictées par les marchés dérégulés.

Alors à ce bras d’honneur, je dis NON. Pas parce que je ne respecte pas ce ils qui me nie, pas parce que je pense qu’il faut faire chuter les marchés par-delà les océans. NON. Je pense simplement qu’il n’y a pas qu’une seule politique possible, je pense que le Peuple ne peut être nié.

A notre génération, on demande de grandir et de vieillir dans la flexibilité ‘obligée’, ‘dictée’ par les circonstances. Alors on a appris : la FLEXIBILITE. Nous le sommes devenus. Nous ne mettons pas nos œufs dans un seul panier. Surtout percé.
Toi, Europe des technocrates, tu as bâti une génération d’êtres flexibles, adaptables à toutes les précarités, qui avale les manques comme un moindre mal.
Toi, Europe des technocrates, tu n’as pas vu que nous étions restés humains.
Alors, tu nous as rendus capables de faire changer le monde, puisque tu nous empêches d’avoir un monde personnel constant. Même inerte, nous saurons le faire bouger.

Nous vivons tant de choses hors des carcans de ce qu’ils comptabilisent. Toutes ces choses qui nous rendent heureux sont hors des marchés, hors du CAC40, ne sont pas touchées par les fluctuations des agences de notations. Nos sourires, nos émotions, notre raison de vivre se construit ailleurs que dans la réussite glorieuse qu’ils ont cassée. Alors, voilà : nous sommes LIBRES.

Tsipras a raison : il faut un système de santé, un système d’éducation, et une capacité à l’inventivité et du respect. Pour qu’un peuple avance, il faut cela. Le reste, il le créera lui-même. Un peuple n’est en inertie que lorsqu’il souffre, s’appauvrit intellectuellement, n’est plus en capacité de s’émerveiller.

Ce soir, j’espère que le tocsin du NON à l’Europe inerte dépendante des marchés sonnera. Ce soir, j’espère que le peuple grec nous fera ouvrir les yeux sur la vérité : nous sommes européens, nous sommes interdépendants, nous sommes ensemble, et nous sommes libres de construire quelque chose qui nous ressemble.

 

 

 

 

 

A Gauche Pour Gagner, étape 2 : LE POUVOIR DU POLITIQUE

“Tu sais, c’est compliqué.”
“On n’y peut rien.”
“C’est la seule politique possible.”
“Il n’y a pas d’alternative.”
“Vous devez comprendre notre époque, vous êtes d’un autre temps, vous êtes archaïques, vous ne comprenez pas le XXIème siècle.”

Vraiment ?

Vraiment ???

CGT Moselle (c) Mathieu29/04/2015 (c) Mathieu Delmestre

NON.
Non, simplement, nous croyons encore que la Politique est utile et qu’elle doit porter des utopies.
Voilà. Des utopies. Des directions qui permettent d’avancer. Des utopies pas si folles, en fait. Juste des utopies.
Ceux qui n’y croient plus ont admis que l’idéologie libérale (car ce n’est qu’une idéologie parmi d’autres, mais pas toujours la plus sympathique) a gagné. Acté la défaite. Acté l’adaptation au système. Acté la défaite pré-programmée de l’exercice du pouvoir.

Nous croyons qu’en plus de comprendre notre époque, il faut aussi construire la suivante.
Nous croyons qu’en plus de gérer le quotidien, il faut inventer l’avenir.
Nous croyons que l’idéologie n’est pas dépassée : elle est contrainte.
Nous croyons que l’Homme n’a pas à s’éteindre devant des systèmes, quels qu’ils soient.
Nous croyons même, pauvres de nous, que les êtres humains sont plus importants que les systèmes que l’Homme a inventé.

Alors ?!

Alors levons-nous et disons “Non !” car non, Thatcher n’est pas la grande philosophe constitutive du XXIème siècle. Non, Bruxelles, l’UE, le FMI, monsieur Sylvestre n’ont pas à contraindre l’Humanisme que nous portons en nos cœurs depuis des décennies. Non, nous ne sommes contraints par rien d’autres que par nos renoncements.

Oui, nous échouerons à ‎mettre en place 100% de nos utopies. Mais même 60% d’échec me plaît s’il remplace 100% d’abdication. Parce que rien ne remplacera la force d’une société qui se lève et qui rêve. Rien ne remplacera la force de NOUS, encartés ou non, debout, dans nos luttes.

Je refuse la peur. Je refuse la peur du mouvement, du changement. Non, une manifestation n’est pas une chienlit: c’est une PAROLE. Non, une grève n’est pas une prise d’otage: c’est une mise en écoute forcée de cette PAROLE méprisée. Non, dire n’est pas honnir. Non, s’exprimer n’est pas mépriser.
Au contraire.
Parler c’est respecter l’autre, c’est partager, c’est vouloir être ensemble et non contre. Parler, c’est dire ses idées, pas pour les figer mais pour les laisser vivre. Parler, c’est considérer l’autre comme digne de recevoir notre parole. Parler, c’est aimer les autres.

Alors voilà, au sein du Parti Socialiste, j’ai fini par rencontrer des gens qui aimaient que je leur parle. Quitte à me dire que je me trompais et à m’expliquer pourquoi. Alors, ils m’ont appris des choses. Alors on a travaillé ensemble.
Et, croyez moi ou non, j’y ai rencontré des gens qui portaient des utopies, des idéaux, qui savaient respecter leurs promesses, qui avaient des valeurs et savaient mener des combats pour la justice. La majeure partie de ces gens, je les retrouve aujourd’hui dans ce que nous appelons une motion (interne au Parti Socialiste, dans le cadre d’un Congrès). Elle s’appelle A Gauche, Pour Gagner. Parce que nous pensons que si nous ne sommes pas concrètement et clairement à gauche, nous perdrons.
Et nous ne perdrons pas que des élections. Nous perdrons aussi notre dignité. Notre dignité politique. Nous perdrons tout simplement le sens de ce qu’est “LA POLITIQUE”.

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne?
Ohé! partisans, ouvriers et paysans, C’est l’alarme!

Real.

“Real” du #DirectPR à #Nabilla.

Nous sommes entrés dans un monde où le réel n’existe plus. Il a été remplacé par le real. Real-politic. Real-tv.
Toutes ces acceptions ont en commun aucun sens de la réalité.
Toutes ces acceptions se mélangent.
Elles nous font croire que la réalité serait monolithe.
Elles ont tort.

Un jour, en 1998 ou 1999, un de mes profs de cinéma à la fac nous a dit « ok, la finale de la coupe du monde, on vous dit que ‘tout le monde’ a regardé parce qu’il y avait 18 millions de téléspectateurs devant. OK. C’est énorme, certes, mais nous sommes 60 millions de français. Il y en a donc en gros 42 millions qui n’ont pas regardé. »
Et bien nous vivons comme si nous n’étions que 18 millions.
Nous vivons comme si l’économie n’était que le CAC40.
Nous vivons comme si la politique n’était que gestion.

Nous vivons petits.

Nous vivons sous le regard des autres, et la peur de leurs jugements.
Tout le temps.

Et ça nous rend moches et rabougris.

Je crois que c’était dans un roman de Djian que j’ai compris une chose : une femme est plus belle quand elle danse pour elle, les yeux fermés, sans rien chercher d’autre qu’être elle sur la musique là, à ce moment-là. C’était il y a longtemps. Le souvenir est flou mais son impression reste. Et c’est vrai. C’est quand on ne cherche ni n’attend le regard de l’autre que nous sommes les meilleurs. Vivre dans le présent. Pas dans le real, juste dans le présent.

Vers demain.

L'écran et le zoo. Olivier Razac. Ed. Denoël Essais, 2002. Remplacez "spectacle" par "politique". Bienvenue en 2014.

L’écran et le zoo. Olivier Razac. Ed. Denoël Essais, 2002.
Remplacez “spectacle” par “politique”. Bienvenue en 2014.

Les hommes politiques d’aujourd’hui ont pris le pli du Zoo Humain qu’est la télé réalité. Ils ne veulent plus être eux-mêmes mais répondre aux critères des sondages, des moyennes, des plans. Aux habitudes. Ils sont enfermés dans des cases, des habitus. Ils prennent les ‘vrais gens’ comme existants réellement. Mais personne n’est un ‘vrai gens’. Le ‘peuple’ c’est les autres.

« Il est toujours possible d’hypostasier ‘le peuple’ en identité ou bien en généralité : mais la première est factice, vouée à l’exaltation des populismes en tous genres ; tandis que la seconde est introuvable, telle une aporie centrale
pour toutes les ‘sciences politiques’ ou historiques. »
Georges Didi-Huberman, ‘Rendre sensible’ in Qu’est-ce qu’un peuple ?
La Fabrique éditions, 2013.

Être soi pour parler au monde. Voilà ce qu’il faut retrouver. Voilà ce que certains cherchent. Et le monde choisira ce qu’il gardera.
Écouter. Imaginer. Vouloir. Essayer. Recommencer.

Notre société change au-delà de ce que nous imaginons. Le Peuple, parce que non monolithe, trouve des solutions alternatives. Les classes moyennes paupérisées ont les ressources intellectuelles pour pallier à la baisse de leurs ressources financières. La société éduquée va vers un monde où la consommation n’est pas une fin en soi. Et jusqu’à présent, c’est la bourgeoisie qui a fait renverser les modèles. La classe ouvrière a construit le monde du travail et de la solidarité, mais c’est la bourgeoisie qui a construit la société.
La bourgeoisie appauvrie peut donc rejoindre la classe ouvrière, si ce n’est dans un partage des habitudes, au moins dans la construction d’un monde commun, fait de partage et de nouvelles habitudes.
La nouvelle lutte des classes peut-être entre les passéistes et les visionnaires. Les pauvres qui voudraient que la richesse ne soit plus maîtresse du monde sont des visionnaires, et les riches accrochés à leurs cassettes… non.

Nous devons laisser le real à sa place : dans la société du spectacle médiatique, du divertissement bourdieusien c’est-à-dire du parler d’autre chose pour ne pas évoquer le fond du problème. Nous devons laisser Nabilla, Closer, et le manque d’ambition (politique) imaginaire pour le monde, au fond de notre tiroir à chaussettes seules. Tout au fond.
Il n’y a pas plus de qualité dans la real-politic qu’il n’y en a dans la real-tv.

Sortons.

Allons voir de la danse contemporaine. Allons voir de la poésie sonore. Allons voir notre paysan, notre boulanger. Trouvons les filières courtes qui rapprochent les gens au lieu de rapprocher les choses. Lisons. Allons là où la masse n’est pas.
Nous verrons le monde.

Et regardons dehors. Là est le réel.

 

silence écoute

« Le silence, dit Meschonnic, est une catégorie du langage. Et il définit le rythme comme l’organisation du mouvement de la parole dans le langage. Ça n’a rien à voir avec la rapidité ou la fréquence. »
Claude Régy, L’Ordre des Morts, 1999.

pavésEchanger pour changer.
27 septembre 2014.
La Bellevilloise.

Une pierre sur le chemin…

C’était une réunion sur la parole. Sur la parole donnée, sur la parole émise, sur la parole trahie, sur la parole empêchée. La “société civile” avait la parole. Alors ils sont venus rappeler aux socialistes qui avaient fait la démarche de venir les entendre, que nous n’avions collectivement pas tenu notre parole.
Ils s’en excusaient presque puisqu’ils savaient que les socialistes présents en souffraient autant qu’eux, différemment, mais autant.
Alors ils se sont levés, un par un, pour émettre une parole qu’en période de campagne nous sollicitons mais n’écoutons pas, qu’entre deux campagnes nous tentons d’éviter. Une parole d’acteurs de la vie.
Comme nous, militants, mais ailleurs.
Et pour une fois, ils avaient le pouvoir : ils avaient le micro.

Pouria Amirshahi leur et nous a dit bonjour. Puis leur et nous a dit merci. Et n’a rien dit d’autre.
Barbara Romagnan, Fanélie Carey-Conte, Cécile Duflot, Emmanuelle Cosse, Pierre Laurent, Emmanuel Maurel, Jérôme Guedj, Guillaume Balas, Pascal Cherki, Daniel Goldberg, Michel Pouzol, Christian Paul, Jean-Marc Germain, Frédéric Hocquard, Capucine Edou et les autres se sont tus. Parole empêchée, écoute activée.

Ils ont écouté.

“Quand on commence à faire des compromis avec les mots on continue à faire des compromis avec les principes et ça finit toujours mal.” Lénine.
Voilà avec quelle citation Gérard Miller, psychanalyste, nous laissait. Il nous avait salués en citant la chanson de Dalida : ‘Paroles, paroles’ pour donner le ton…
Aujourd’hui nous ne nous parlons plus, donc nous ne nous écoutons plus. Nous sommes une société de postures. Miller a raison : nous avons « abandonné un certain type de discours depuis la chute du mur de Berlin, [nous avons] adopté le langage de nos adversaires. Aujourd’hui les socialistes sont inaudibles quand ils parlent des chômeurs ou des roms mais très audibles quand ils parlent au Medef. »
Edwy Plenel a posé une parole non pas de passé triste mais d’espoir naissant : « les “frondeurs” nous invitent à faire comme eux, c’est-à-dire ne plus se lamenter, mais sortir de TINA, chercher un chemin… Inventer ce chemin vers le futur… Trouver le phare qui va l’éclairer. »
Philippe Torreton appuie sur le même point : « Si le débat ne se fait pas, libre à nous de le faire quand même !! »

Ils nous autorisent, car nous y accompagneront, à la parole recouvrée.
Non, pas la parole négative critique ou délétère, la Parole. Le son qui sort de son corps pour lier sa pensée à celles des autres. Retrouvons la phasis, nous redeviendrons en phase avec le monde.

Il n’y a rien de révolutionnaire, juste la permission de s’écouter au-delà des étiquettes, au-delà des habitudes… Juste s’écouter…

« Sans bruit, avec délicatesse, la réalité exacte laisse apparaître qu’elle n’est pas du tout une réalité finie. »
Claude Régy, L’Ordre des Morts, 1999.