Confinement. Jour 1. S’enfermer chez soi. Dimanche 15 mars.

A #voté.
Les précautions d’usage (lavage de mains et SURTOUT DISTANCES) étaient bien mieux respectées que l’agglutinement d’hier et avant hier dans les supermarchés, marchés… Et nous continuerons à devoir sortir et être en présence les uns des autres pour aller acheter de quoi nous nourrir, si possible pas trop mal.

Et comme un pied de nez à notre #confinement (#Jour1), le #ciel resplendit.
Au bout de 6, 8 semaines, vous verrez, nous saurons que c’est nous qui avons besoin de notre planète, et non l’inverse.
Bon dimanche. ❤️

Nous y sommes.
Le 1er tour est passé et normalement je devrais avoir discuté avec énormément de gens, à l’hôtel de ville et à la préfecture. #Metz a voté. Je suis sur une liste. J’y vais toujours. Savoir, comprendre, échanger. Avec nos opposants aussi. Nous avons vécu la même campagne de 1er tour. Nous vivrons avec certains celle du 2e.
Se battre contre souvent, ça créé des liens spéciaux.
Se battre avec aussi, mais ce soir ce très beau score qui présage que tout est encore possible, que #Metz peut plus que jamais rester à gauche, c’est par écran interposés que nous le vivons, que nous sommes ensemble. Ni local. Ni mairie. Ni préfecture. Aucun proche. Aucune humanité de chair.

Je n’y suis pas allée. Mon équipe se passait très bien de moi. Je suis allé dépouiller dans mon bureau de vote parce qu’ils manquaient de monde. Puis je suis retournée avec mes enfants. Parce que eux priment sur le monde entier.

On attend que je me sois changée pour faire un câlin quand je rentre. Nouveaux rituels acquis.
On mange le périssable en premier. Nouveaux rituels acquis.
Demain, nous organiserons d’autres nouveaux rituels.

Nous y voilà. #ShutDown
Pour la #vie, chérissons notre communauté virtuelle. Soyons là. Nous serons là. Nous y arriverons.
Prenez soin de vous. La #LanterneDuBonDieu a 800 ans. Cette photo a 36h. Je reprendrai la même dans 6 à 10 semaines et vous verrez : elle n’aura pas bougé. ❤️

Le ciel ce soir

Noir et rouge.

Nuit noire, nuages noirs. Lune rousse et mars rouge. Le ciel ce soir, c’est un roman romantique. C’est Julien Sorel qui court rejoindre Mathilde en abandonnant Madame de.

Si vous savez, vous, où est l’amour de Julien, dites-le.

Le rouge, le noir, la fatigue du jour la fatigue du ciel d’avoir tiré le soleil toute la journée. Trop occupé pour savoir qui suivre. Trop occupé pour tout, le ciel. D’ailleurs, il ne s’occupe pas de nous. Nous le divinisons, toujours, le ciel, là-haut. Les saints, les anges, les dieux, tout est au ciel. Là-haut.

J’envie et je plains ceux qui ne savent regarder le ciel. Je les envie de ne pas savoir lire la pluie qui vient, le froid qui revient. Je les plains de ne jamais s’émerveiller, de ne jamais faire partie de l’univers tout entier. On ne devrait pas vivre de vie sans émerveillement. On ne devrait pas.

Il y a des jours comme ça où la nuit n’arrive pas. Le ciel est rouge, même s’il est noir. L’air est respirable, enfin, alors il faut rester éveiller même si on ne peut rien faire. Rien faire, parce que trop tard, trop fatigué. Faire quand même parce que, enfin, il fait bon. De l’air. De l’air, bon dieu !

La nuit m’embête, parce qu’elle appelle le matin, et le matin c’est l’autre jour, celui où il faudra décider, vivre, faire, construire, avancer, décider. Décider. Avancer. Je veux que ça s’arrête. Que la chaleur nous plombe nos jours et le temps, que cela s’arrête.

Arrêter le jour, le quitter, non aucune envie de quitter ce jour. Aucune envie de sortir de la nuit, jamais.

Voir, c’est difficile. Voir les silences, voir les manques, voir les imperceptibles soupires du ciel qui nous transpercent, qui font vibrer nos muscles sans qu’on s’en rende compte, voir tout et ne rien savoir. Sans fin. Jamais savoir, tout voir. Vouloir disparaître, pour ne plus voir. Ne plus vivre vraiment, vivre dans un monde sans ciel, sans nuage, sans beauté mais sans pluie qui coule sur le visage maquillé, pluie qui fait couler, pluie au rimmel.

Vivre, sans.

Ou vivre avec. Je veux tout, et que ce soit entier ou alors je refuse. Je veux tout. Et que ce soit entier. Ou alors je refuse. Ô, Antigone. Je creuse la terre avec toi ce soir, prendre la nuit pour retrouver les morts pour les aimer vraiment quand on les met en terre. Ô, Antigone. Que ce soit entier. Ou alors refusons.

Prenons Mars. Prenons la Lune. Prenons le rouge, laissons le noir. Brûlons le reste. Le reste n’est pas au ciel. Et ce soir, ce qui importe, c’est le ciel.

être française

Une bonne année, hein. Et la santé. La santé surtout. C’est important. 2015 ne nous a pas épargnée, espérons que 2016 sera meilleure, hein…
Donc, tu vois, si c’est un terroriste, c’est pas grave si on lui enlève la nationalité française. Oui mais ça sert à quoi ? Parce que tu veux qu’ils restent français, toi, les terroristes ? t’as pas honte de vouloir qu’ils restent français ? Non, c’est pas ça, mais ça sert à quoi ? ça empêche quoi ? ça résout quoi ? Mais qu’est-ce qu’on en a à foutre de ce que ça résout ? moi je veux juste qu’ils dégagent. Mais, en faire des étrangers, ça veut pas dire les virer ; et puis, ils seront en prison pendant longtemps, quand même… ça sert plus à rien la prison, pour toi ? Nan, mais la question n’est pas là, la question elle est qu’ils ne peuvent plus rester français ! OK, et ceux qui sont uniquement français, on en fait quoi ? Ben ils dégagent aussi. OK, et ils vont où ? en apatridie ? sur la Lune ? sur Mars ?

Je l’ai déjà dit : à force de trahir nos promesses, nous n’en avions plus, nous avons trahis nos valeurs. Ce qui me rassure, c’est que je ne suis pas la seule à m’insurger: là Joxe et Quilès, là Amirshahi et là Lienemann… Ce qui m’angoisse, c’est qu’on en parle encore… ç’aurait dû être enterré il y a fort longtemps… Cela n’aurait même pas dû être envisagé : pour faire plaisir à la droite et à l’extrême droite, donner un symbole qui constitutionnaliserait l’inégalité entre français, je… Non, rien. Y’en a marre. Juste marre.

Alors tu tournes les pages du journal.
Michel Delpech est mort.

Alors tu vas sur les réseaux sociaux.
On s’insurge que Jean-Jacques Goldman soit toujours et encore la personnalité préférée des français.

Alors tu vas sur youtube, pour les écouter.
Il faut toujours revenir à la source : la rivière y est plus claire.

Une certaine idée de la France.

Parce que c’est ça Delpech, Goldman, c’est une certaine idée de la France. Mais on s’en fiche, parce qu’on n’y pense pas comme ça. Delpech, Goldman, si on les aime c’est parce que c’est “nous”. C’est tout.

La nationalité, c’est un rapport à la Nation, pas au territoire. Être française, c’est se savoir chez soi dans une ambassade française même à l’autre bout du monde. C’est savoir que la République, prend soin de moi, où que je sois : elle est attentive, protectrice. Alors là, oui : je suis la fille de ma Nation. La nationalité, ça m’apporte une appartenance, ça rend un pays responsable de moi, qu’il m’aime ou non, que je l’aime ou non. On n’est pas obligé d’aimer tous ses enfants, on n’est pas obligés d’aimer ses parents. Mais toujours, on s’appartient.

Le Peuple français vit sur toute la planète. Habitant ici, nous vivons dans le Peuple de France, il est multi-national. Et rien n’y fera. Habiter une frontière c’est trouver normal l’étranger. Vous verrez : on s’y fait. Parfois, l’étranger est même blanc et sa langue maternelle est française. Parfois, il me ressemble plus qu’un concitoyen de l’autre bout du pays. Une frontière, c’est un champs, une rivière, une colline, une rue. “L’étranger”, c’est une autre Nation mais pas un autre monde.
D’ailleurs, si tu y regardes bien, “étranger”, j’aurais pu l’être… nos grands-parents l’ont été…

Je ne sais pas ce qu’est “être français”. Non, je ne le sais pas. Pourtant, cela me tient à cœur parce que je sais ce que ce n’est pas : pour moi, c’est “ne pas être allemand”. Parce que Metz, bon… c’était chaud quand même. Et comme dit Michel Sardou : si les ricains n’étaient pas là, nous serions tous en Germanie. Surtout moi.
Je ne sais pas ce qu’est “être français”, parce que je ne demande pas leurs papiers à mes amis, ma boulangère, mon médecin. J’habite une frontière, on se croise, on se décroise. Je sais les accents des uns et des autres. Mais en fait, les luxembourgeois ont moins d’accent que les lorrains, alors on s’y perd.

Alors je cherche, pour moi, ce qu’est “être français”. Et je retourne à ce “nous” dont Delpech et Goldman parlent.
Il y a / Le Loir et Cher. Voilà. C’est ça. Il y a Le Loir et Cher. Je suis du pays où je me suis croûtée. Croûtée les genoux en tombant à vélo. Là est mon pays, ma terre, ma patrie : là où mon sang a rencontré le sol, pour de vrai, quand j’étais enfant. La France:

Il y a JJG

Pourquoi les aimons-nous tant, ces chanteurs ? Parce qu’on les connaît, nous avons grandi avec. On sait qui ils sont, on sait ce qu’ils veulent nous dire : ils nous le disent depuis des lustres. Parce qu’ils mettent en pratique leurs mots chantés. Ils parlent de “nous”, mais ils se mettent dedans. C’est pour ça qu’on les aime : ils sont dans notre “nous”, et nous mettent nous, dans le leur. Pas d’apartheid, des doutes au quotidien, comme nous. On les aime parce qu’ils nous aiment, même quand ils ne nous supportent plus. On les aime parce qu’ils sont attentifs à nous.

Et je sais que pour beaucoup de français, ni Delpech ni Goldman ne sont rien. Parce que certains de nos concitoyens ne se sont pas croûtés dans des villages près des lavoirs, les pieds dans la boue… certains se sont croûtés au pied des blocs, près des voies ferrées, derrière la station de métro et n’ont jamais vu de bébés lapins en allant jouer avec leurs copains. Pour eux, le “nous” a d’autres artistes que je ne peux pas citer parce que je les connais mal. Je ne veux pas faire semblant. Mais ces “nous” se confondent parfois, ailleurs. Une identité est une tresse entre soi et ses cercles. Il existe toujours un “nous” où s’identifier ensemble, si nous le souhaitons.

C’est la différence entre les artistes et les intellectuels. Les artistes sont dans le “nous”. Les intellectuels étudient le “eux”, même lorsqu’ils étudient leur groupe social, pour des questions d’objectivité.
C’est ce qu’a perdu la classe politique : être dans un “nous” et voir le “eux”. On refuse d’être estampillés “professionnels de la politiques” comme si c’était une insulte. Ce n’en est pas : c’est un constat, à nous de le rendre positif. Mais le pire, c’est qu’on ait arrêté de s’inclure dans le “nous” du Peuple alors qu’on ne sait plus lire le “eux” du peuple. Nous sommes des professionnels sans outils, sans main, sans pensée.
Nous avons, à force de pensée unique, de cercles de la raison, d’exclusion des uns et des autres, d’exclusion de tout Autre, perdu la Pensée, perdu la Raison, perdu nos visions.

Aujourd’hui, on continue. On exclue. On pense à exclure. On est embêtés de savoir comment réagir, parce qu’il ne faudrait pas déranger le pouvoir. Mais arranger les choses, on ne sait pas comment faire et apparemment, le Pouvoir non plus. Alors le monde s’enferme dans son aveuglement, il se crispe, on simplifie. Binaires, nous devenons simplistes, nous devenons bêtes.

On veut du neuf. On a Juppé et Attali.
On veut du vrai. On a du Coca Life.
On veut de l’espoir. On a de la peur.

Il faut sortir de là. Sortons. Chacun, sortons. Allons voir, chez Laurette, parce qu’On voyait bien qu’ell’ nous aimait beaucoup…

 

NUIT NOIRE.

Je ne sais pas ce que j’ai vu. C’était tendu. Ça tirait fort.

Ce que j’ai vu je ne l’ai pas vu. Le plus tendu, le plus tiraillant n’était pas là. C’était entre les deux. Entre avant et après. J’imagine.

Comment décider de bloquer un parlement parce qu’on ne peut l’entendre bouger ? Je ne sais pas. Je sais que demain, lorsqu’on va se réveiller, ceux qui célèbrent ce soir la victoire de la France et n’ont pas vu ce débat sans vote, ceux-là, une partie de ceux-là vont crier au scandale. Certains pérorer à la dissolution. Certains menacer à la dissolution. Mais il y a une autre solution. Il n’y a jamais qu’une seule solution. Il y a dix solutions.

Je m’excuse, il est tard. Il est tard dans la nuit, il est tard dans la République, il est tard dans la démocratie. Il est un temps où un Premier Ministre peut regretter que certains appellent à « une reparlementarisation à outrance » (Mais où serait l’outrage ?) pour menacer de la « mort de la Gauche ». Il est tard comme un jour où on ne veut plus de parole, plus que du silence, plus que du vide.

Mais la nature a horreur du vide. Elle le remplira. Elle le remplit. Elle met la folie. Quand les enfants dorment j’allume la télé. Quand la démocratie dort, le reste prend sa place. La consommation prend sa place. L’automatisme des actes prend la place. Quand on n’ose plus choisir, on n’est plus. Alors, le pire advient.

 

Aujourd’hui, ma République est sur une voie de garage. Soit on pète le mur du fond, soit on fait marche arrière. Moi je veux qu’on pète le mur. Je veux voir le jour, je veux voir ce que depuis ma naissance on me dit avoir existé. Je veux voir la Politique agir. Je veux un monde où la chose publique est décidée par des hommes et non par des systèmes. Moi, je veux qu’on pète le mur. Je veux cultiver le jardin qui est derrière le mur. Je veux me nourrir de ce qu’on nous cache. Je veux avancer, debout.

 

Je vois ce qui se passe. Je ne le comprends pas. Pas beaucoup. Pas entièrement. Un peu. Mais je le vois et je peux vous dire que la lumière est belle. Elle est belle. Forte. Elle fait mal aux yeux. Elle brûle. Mais elle éclaire.

 

Je veux qu’on arrête la nuit. Je veux qu’on arrête la nuit. Je veux le jour. Et des possibles.

Je veux choisir.

 

Et si on te demande… Je suis fière d’être au Parti Socialiste. Parce que je n’y ai pas adhéré pour ce qu’il est aujourd’hui, au moment M. Non. Je suis fière de faire partie de cette histoire-là, le Socialisme. Ça, c’est pour le passé. OK. Mais aujourd’hui je suis fière de cheminer auprès de ceux qui font, je l’espère, son futur. Le futur que je lui souhaite. Un futur qui dessine la société au lieu d’uniquement la gérer a posteriori.

Je suis fière d’être au Parti Socialiste, parce qu’il crie, il pleure, il a mal, mais il vit, il respire et il vit, d’idées et d’idéaux.

 

Précédemment publié le 1/07/2014 sur http://charlotpicard.tumblr.com/post/90398540270/nuit-noire