Jeudi 19, je vote Faure

J’ai adhéré il y a 10 ans au Parti socialiste, j’y adhérais parce que je voyais le monde changer et le parti de ne pas bouger. Le parti pour lequel je votais systématiquement au moins au 2e tour, me semblait figé.

Depuis, il a bougé.

Depuis, il s’est pris des grandes claques, par les électeurs et par la politique en général. Alors, il a bougé.

Il aurait pu bouger avant mais il lui fallait une nouvelle équipe et une prise de conscience réelle pour pouvoir le faire. Cette nouvelle équipe elle est incarnée par Olivier Faure, notre actuel Premier secrétaire national, qui est arrivé premier jeudi dernier, avec le plus grand nombre de voix socialistes.

Alors oui c’est assez insupportable pour certains, en fait c’est assez insupportable pour ceux qui souhaiteraient continuer “comme avant”. Je comprends qu’ils ne comprennent pas. 

Ce que je pense aujourd’hui c’est que nous devons sortir de nos habitus et entrer dans le XXIe siècle. Ce que je comprends aujourd’hui c’est qu’un nouvel élan vient enfin de recommencer à avoir confiance, ou plutôt de recommencer pouvoir avoir confiance dans le Parti socialiste. En parallèle, la gauche a sans doute enfin compris que sans le parti socialiste elle ne reviendra pas au pouvoir. Ce sont deux victoires. Deux batailles victorieuses pour pouvoir après gagner la guerre contre le néo-libéralisme, et surtout contre le fascisme.

Je suis fière du parti que nous avons reconstruit ces dernières années. Pas parce qu’il est parfait : rien n’est parfait en ce monde. Mais parce qu’ils écoutent, ils écoutent les pauvres et ceux qui le deviennent, ils écoutent les cris qui viennent de la rue, ils cherchent le meilleur chemin possible, et ils prennent en compte ce que les électeurs disent dans les urnes.

Nous nous faisons traiter de tricheurs par les mêmes qui ont réussi à faire 150 % de votants en plus sur un seul département par rapport au vote du dernier congrès et de l’investiture d’Anne HIDALGO. Nous nous faisons traiter de fossoyeurs du Parti socialiste par des gens qui ont vu les défaites s’accumuler et qui n’ont rien souhaité changer à leurs méthodes, ni locales, ni nationales.

Les électeurs nous ont dit, dans les urnes d’abord, qu’ils veulent une gauche forte, alors ils ont utilisé ce que nous les socialistes nous avions inventé : le vote utile. Les électeurs nous ont dit ensuite que l’union de la gauche, même avec LFI, c’était OK. Mais les électeurs du deuxième tour ont aussi dit que c’était plus facile avec le Parti socialiste qu’avec les autres. Évidemment, lorsque le centre doit voter à gauche contre la droite dure ou extrême, ils ont moins peur de nous, socialistes.

Lorsque nous sommes à terre et que nous voyons des mains se tendre vers nous, il faut sourire au lieu de leur cracher dessus. Ce que l’équipe si disparate autour de Nicolas Mayer-Rossignol, avec tant de gens qui se haïssent, des gens qui ont refusé de financer la campagne d’Anne HIDALGO un peu partout en France, mais qui maintenant expliquent à qui mieux mieux que le Parti socialiste ne l’a jamais défendue et que c’est pour ça qu’il faut virer Olivier Faure, ceux qui expliquent que l’union de la gauche est importante, ceux qui expliquent qu’il est hors de question d’aller avec toute la gauche, ceux, en fait, qui veulent juste rester maîtres chez eux… Ceux ci n’ont pas compris ce que les Français avaient dit.

Alors jeudi, chers camarades, si vous pensez que le parti doit continuer à avancer vers le présent, allez voter Olivier Faure dans toutes les sections de France. Le vote est secret, même si quelqu’un vous intime l’ordre de voter pour quelqu’un d’autre, votre vote est secret et il est à vous !

Et si vous n’êtes pas militant socialiste et que vous lisez cela, et que cette situation vous casse les pieds, au lieu de râler : adhérez !

Conseil municipal juillet 2021 / culture et cumul des mandats

Conseil municipal – 8 juillet 2021

J’interviens aujourd’hui dans la suite de mes collègues, mais avant de vous parler de la délibération elle-même, j’ai un autre problème à porter devant vous, un peu plus général : il concerne l’exercice démocratique en tant que tel.
Vous n’êtes pas sans savoir qu’il ne nous a été permis de lire cette délibération que six heures avant la commission culture, et il fallut la demander deux fois aux services qui n’étaient pas en capacité de la mettre en ligne avant passé midi pour 18h.
Si nous voulons pouvoir être une opposition utile à Metz, monsieur le Maire, je pense que la règle des 48h en amont imposée aux services par M. THIL est une bonne règle : elle nous permet de concilier notre vie professionnelle et notre travail d’élus. Je pense bien que les services avaient tout mis en place pour répondre aux exigences de leur élu, il fallut donc que cela coince ailleurs.
Et j’imagine que vous n’êtes pas non plus sans savoir que les derniers conseil d’administration et comité de surveillance de Metz en Scène et de l’Orchestre se sont tenus en 60 minutes chrono. Il nous fut enjoint de ne pas poser trop de questions pour garder le quorum jusqu’à la fin des délibérations, et, tenant à ces deux entités et à leur bon fonctionnement, nous obéîmes. Nous n’avons, monsieur le Maire, posé aucune question pour permettre à ce CA et CS de se faire jusqu’au bout et aux décisions nécessaires à la bonne direction des établissements d’être validées.
Ce que je compris trop tard et m’étonna grandement, me laissant, moi, coite durant cette réunion, c’est que cette urgence n’était pas due à des questions techniques ou professionnelles des uns ou des autres, non, elle n’était due qu’à un meeting de campagne des régionales où la partie des membres du CA et CS de Metz en Scène et

de l’Orchestre venant de votre majorité devaient se rendre.
Vous voyez, je ne suis pas une grande pourfendeuse du non cumul des mandats, parce que je sais que les électeurs aiment voter pour ceux qu’ils connaissent déjà, et nous l’avons encore une fois bien vu durant ces dernières élections. Mais savoir que nous avons pressé du personnel qui travaille en notre nom pour le public, savoir que l’opposition n’a reçu les documents qu’à la dernière minute, parce que la campagne était trop prenante pour votre équipe et pour vous, me ferait presque réviser mon avis. Je vous félicite, monsieur, pour votre poste de Vice Président du Conseil Régional du Grand Est, et j’espère que ce n’étaient que des effets de campagne et que le travail à la ville de Metz ne devra pas payer le cumul des pouvoirs de ses membres.
Monsieur le Maire, ceci étant dit, si vous le permettez, deux points rapides sur cette délibération précisément. Je vois que le réseau LORA garde une subvention de 4000€, mais qu’elle est divisée en 3000€ de fonctionnement et 1000€ de projet. Il y a donc bien une baisse de 1000€ de fonctionnement, et vous savez que depuis la LOLF, l’un de remplace pas l’autre : une frontière les sépare.
Y a-t-il une justification pour cette baisse ?
J’aimerais, puisque pour l’instant nous ne savons pas exactement ce que deviendra Constellations l’an prochain, que nous ayions en tête que les arts visuels ont une existence à l’année à Metz, depuis fort longtemps, même avant et en dehors du Centre Pompidou Metz. Une existence d’une grande qualité artistique et pédagogique, si nous ne les laissons pas sur le bord de la route. Je tiens donc à saluer le soutien que vous apportez à Faux Mouvement et voudrais que vous sachiez qu’en tant que membres de la commission culture, nous sommes à votre disposition pour toute réflexion nécessaire à la refondation de ce projet, le cas échéant.

Le jour est sombre.

Le jour est mon épreuve. Mon épreuve qui se répète, chaque jour.

Le jour, c’est la somme des échecs, des failles, des chutes qui me tient. Somme assommante. Somme éreintante.

Ces jours sans liberté sont gravés dans ma poitrine. Mon sang est épais. Il ne coule plus bien. Il manque de l’élan.

Je ne sais plus me lever. Je ne sais plus marcher. Je ne sais sans doute plus danser non plus. Mais que signifie danser ? Pour danser il faudrait être léger. Qui est encore assez léger pour danser, même seul dans sa chambre sur Sylvie Vartan ? Qui. 

Je ne sais plus penser. Je ne fais que rêver. Rêver de frapper, rêver de contourner, rêver de clandestinité. Mon bonheur ne peut qu’être clandestin puisque le jour est sombre.

Ma liberté comate au fond de ma gorge, noyau d’abricot empêchant de parler. Je voudrais danser dans la rue, une samba douce, sentir la chaleur de la vie quelque part. Je voudrais qu’une samba nous libère, nous détache de nos canapés. Je voudrais une samba en moi. Je voudrais écrire une saudade sur notre vie gâchée un an à attendre que quelque chose arrête d’arriver. Je voudrais écrire une saudade où j’embrasserais l’air.

Le jour est sombre, il appelle la défaite du Peuple. 

Ma voix ne sort plus. Mes yeux ne lisent plus. Mon coeur bat sans comprendre trop pourquoi. Mes mains sont lasses. Mes pieds ne veulent plus.

Le jour est sombre et il ressemble à hier qui ressemble à demain.

Nous en sommes là, sombres. 

Mais nous, c’était autre chose. C’était rire et danser. C’était chanter et penser. C’était panser les blessures de l’autre sans lui demander quoi, ni pourquoi. C’était boire et manger, parce qu’on avait compris que la Vie, c’est court. Nous, c’était vouloir le Beau plus que tout. Le Beau avec une majuscule, pas le joli, non. Le Beau qui est Juste, qui est Vrai. Nous, c’était la Joie d’être vivants et la volonté de l’être pleinement.

Le jour est sombre parce que nos vies sont lumineuses, et qu’on les a éteintes.

Que quelqu’un prenne ma main, je n’arrive pas à me lever. Que quelqu’un prenne ma main et me ramène à moi. Vous vous souvenez de moi ? Je voudrais y retourner. Attrapez-moi et faites moi danser. Attrapez-moi, ne me laissez pas là, dans ce trou sans lumière, sans goût. Rattrapez-moi et je vous tiendrai pour qu’on en sorte. 

Je voudrais reconnaître les jours et les saisons à nouveau. Je voudrais le goût de l’Autre qui revient dans mon plaisir de le rencontrer pour la première fois. Revoir ceux qui me manquent depuis des lustres, parce que ces 12 mois furent trop long pour en supporter encore d’autres. Je voudrais les moyens de réunir tout le monde pour une grande bacchanale d’un mois de rattrapage humain. Je veux des corps, les corps de tous ceux que j’aime ou qui me font rire, ceux qui me font rêver ou danser, je veux tous ces corps inaccessibles depuis tant de mois, et je veux pouvoir les toucher sans plastique, sans parois, sans pixel. Je veux de vrais corps. Pas des images de corps. Laissez nous tranquilles avec vos images, on n’en peut plus de vos images. On veut la réalité. On veut du Vrai. 

Et nous, c’est Vrai.

An neuf.

Toute la journée, des messages, des gifs, des vidéos de gens qui… qui sont-ils déjà ? Une journée qui ressemble au brouillard qui trône dehors. Lire Régy, manger, chercher un sens à l’année qui vient, repasser le linge devant une comédie romantique, se demander si on vit vraiment ou si tout n’est qu’illusion, faire des listes, défaire ces listes, remplir le nouveau calendrier, voir les anniversaires qui viennent, le mien, les échéances qui viennent, qui hocquettent dans une société qui hocquette, des solutions à chaque problème mais toujours 3cm trop loin impossibles à atteindre seule, alors se poser, faire une pause, s’arrêter et écouter.

Écouter le monde, écouter l’air, écouter le silence, la voix de Glenn Gould dans cet enregistrement des variations, se dire que Bach et Gould, quand même, quelle rencontre… Écouter la vie des enfants dans leurs chambres.

Alors voilà, Régy est mort. Ou plutôt, la Mort a repris Régy. Mais nous, que faisons nous de cela ? De tout ce qu’il nous a appris ? De là où il voulait nous porter ? Où est la Vérité ? Notre Vérité ? Où est la justesse de la parole, sinon dans le silence juste avant le premier son ? Quand tout est là, entier, prêt à être dit ? quand l’inspiration se fait ? Que ferons nous dire à nos actes ?

Comment être ce que l’on dit être ? Comment se rendre compte lorsqu’on fait l’inverse ? Qui nous dira “arrête, vois-toi” avec suffisamment d’amour pour qu’on l’écoute ? Aurons-nous le courage de le dire à nos proches ? Sommes-nous de si fortes personnes ? Sommes-nous conscients de chacun de nos empêchements ?

Claude Régy, Du Régal pour les Vautours, p25
Claude Régy, Du Régal pour les Vautours, p26

Il faut donc réussir à exprimer ce que l’on ne comprend pas. Ces évidences qu’on ne s’explique pas. Les exprimer car les ressentir n’est pas une coïncidence. Être portés par nos évidences et laisser s’exprimer nos corps pour les vivre pleinement. Vivre pleinement. (Mais qu’est-ce ?) Et savons nous ce qui est, dans nos vies, dans ce monde, au delà de notre propre exprimable ?

J’aimerais savoir rapporter ces Variations de l’an neuf à des sujets bruts. Vous dire “ceci est le Vrai” sur les municipales, la République, l’Amour, Dieu, la Vie ou même la Mort. J’aimerais vraiment. Mais alors vous pourriez dire “elle a tort, elle se trompe, elle veut quelque chose de moi, elle biaise le sujet, elle se joue de moi”, alors que non, aujourd’hui, j’ai simplement pensé à Régy et à ma vie, à ce qu’elle aurait été sans lui, sans les ricochets de sa vie à lui qui ont bouleversé la mienne, il y a 20 ans, au tout début de ce millénaire.

Despentes se décrit comme brutale dans une interview récente. Je suis avec elle, de cette énergie. J’aime cela, la brutalité. La puissance. C’est une réaction. Je suis réactionnaire. Brutale par réaction aux apathies malveillantes.

Régy, lui, m’a offert la radicalité. Au monde par erreur, il me fallait bien tracer une voie. Il fallait trouver mes racines, elles étaient dans Kane lue avec Colas. La Mort qui donne Vie. Ma naissance dans son suicide. Depuis lors je ne tolère rien de médiocre. Et mon intolérance vous fatigue. Tant mieux. Vos médiocrités, à vous qui jouez les si forts que rien n’ébranle, m’épuisent.

En cet an neuf, je crois qu’il faut que je reprenne l’art de la parole. Parler, même dans le brouillard : peut-être qu’au-delà de mon regard, quelqu’un écoute, dans le silence.

Paroles impossibles

“Sortie”

Je ne regarderai pas les extraits de On N’est Pas Couché de samedi. J’aime les débats, j’aime quand les gens dérapent. Je n’aime pas quand on scénarise ce que je dois voir d’une dispute, d’une crise, d’un choc. Pas lorsqu’on me vend de la proxi-vérité.

N’est pas John Woo qui veut.

Si vous voulez mon avis, Sandrine Rousseau et Christine Angot ont raison. Et leurs manières d’avoir raison sont aussi sales que ce qu’elles ont subi.

Sandrine Rousseau a raison : les partis politiques, a fortiori de gouvernement, a fortiori dits progressifs doivent pouvoir entendre les agissements de harceleurs sexuels de ses membres.

La loi est claire, nous l’avons faite passer : le harcèlement est interdit qu’il soit sous une forme continue (appels, SMS, réflexions, gestes…) ou ponctuelle (demande d’acte en échange d’un service, d’une faveur…)

Alors, notre société doit être prête à entendre, comprendre et protéger.

Mais Christine Angot a raison: les structures n’y peuvent rien. On est seules. Lorsqu’il faut faire face au monde, lorsqu’il fait risquer d’être à nouveau face à lui, lorsqu’il faut retourner dans le monde où on ne nous regarde plus que comme une victime qui se sur victimise, qui exagère, qui s’est elle-même exclue, on est seule. Face au rejet de ceux qui étaient solidaires les premiers jours mais qui ne peuvent affronter l’Ignoble puisqu’il brille, et qu’en plus, il a dû subir notre violence rentrée, puisqu’il n’y avait pas mort d’homme et qu’on aurait pu arrêter d’en faire un plat, et surtout puisqu’il a fait plus pour eux que toi tu ne pouvais. Alors, on est seule avec son courage, ou pas.

Souvent pas. Pas le courage de sourire à des blagues de ceux qui savaient et l’ont gardé, lui, pas toi. Pas le courage de croiser sa femme dans la rue. Pas le courage de rien. Seule. On se terre.

Il est là le vrai harcèlement. Il n’est pas dans l’acte, parfois si ridicule, que tu l’as repoussé d’un revers de main, comme une mauvaise blague, comme tu en as déjà repoussé des dizaines… Le harcèlement c’est quand il est tellement vexé de ton rejet que même l’heure que tu donnes lorsqu’on te la demande lui est insupportable. Le harcèlement c’est quand tu dois sourire à ses côtés parce que, ça va, on a compris, hein, fais un effort. Le harcèlement, c’est quand ceux qui savent ne te protègent pas alors qu’ils pourraient, et rient avec lui. Parfois, ils donnent des leçons de Justice, ceux-là. Ça te met encore plus en colère que le comportement perverti de l’Ignoble.

Tous ceux là vivent. Toi, tu as arrêté, un peu.

Oui, seule, dans la colère contre eux tous. Seule, sans qu’aucune parole puisse y faire quoi que ce soit.

Seule, sans paroles, on attend les gestes. Notre violence nous ronge en attendant des gestes d’humanité, de solidarité. Et tant qu’on attend, on s’isole du monde qui rit.

Sandrine Rousseau a raison : il faut un espace de protection de la parole. C’est une question d’humanité.

Christine Angot a raison : c’est au centre de soi de remonter sur ses pieds, seules, là où l’altérité nous abandonne.

Ce que France 2 aurait dû dire, en tant que service public, c’est que l’émission était un mensonge puisque montée, mais que malgré tout, ces deux souffrances sont bien réelles, et qu’elles sont aussi dues à tous les taiseux, tous les hausseurs d’épaules, tous les “oh ça va, hein” que toutes les victimes ont reçu de notre part à tous.