Nous, le peuple.

La question est claire « qu’est-ce qu’un peuple ? »
Peuple, c’est un concept. Comme tous les concepts, tant qu’on ne nous demande pas de les expliquer, nous voyons très clairement ce que c’est. Puis vient le moment de définir. Définir PEUPLE. Non, mais sérieux ?!!

 Qu'est-ce qu'un peuple ?

Mais c’était ce qui me plaisait dans cette question, ce pour quoi j’ai acheté ce livre. La question était simple, mais plus j’y pensais, moins je pouvais imaginer ce qui était dedans.

J’y ai trouvé une anti-définition.
« Car ‘le peuple’ n’existe pas. Ce qui existe ce sont des figures diverses, voire antagoniques du peuple, des figures construites en privilégiant certains modes de rassemblement, certains traits distinctifs, certaines capacités ou incapacités : peuple ethnique défini par la communauté de la terre ou du sang ; peuple-troupeau veillé par les bons pasteurs ; peuple démocratique mettant en œuvre la compétence de ceux qui n’ont aucune compétence particulière ; peuple ignorant que les oligarques tiennent à distance, etc. » Jacques Rancière, p.139.
« Il est toujours possible d’hypostasier ‘le peuple’ en identité ou bien en généralité : mais la première est factice, vouée à l’exaltation des populismes en tous genres tandis que la seconde est introuvable, telle une aporie centrale pour toutes les ‘sciences politiques’ ou historiques. » Georges Didi-Huberman, p.78.

J’y ai trouvé une exclu-définition. Nous l’utilisons quand nous voulons défendre le Peuple. Il devient donc ce qui est « en dessous » de nous. Les plus fragiles que nous. Mais jamais nous ne l’utilisons pour nous y inclure.
« La classe moyenne est le ‘peuple’ des oligarchies capitalistes. » Alain Badiou, p.19.
« Le peuple n’apparaît donc pas comme synonyme de classes subalternes mais comme la forme à travers laquelle les classes subalternes sont solidarisées de la République impériale, à travers la réhabilitation du vieux pacte républicain – tel qu’il est idéalisé en tous cas c’est-à-dire associant élargissement des droits démocratiques, mécanismes de redistribution sociale et nationalisme. » Sadri Khiari, p.127.

Ce qui est sûr, c’est qu’en dehors d’une pensée politique, le peuple n’est pas. D’ailleurs on parle plutôt des gens ou on utilise l’adjectif populaire. Mais personne ne parle réellement de peuple.
« Il apparaît ainsi que la notion de peuple est d’abord une notion politique. Elle a donc nécessairement une dimension stratégique. Le pouvoir est toujours à conquérir ou à conserver contre un ennemi ou un concurrent, réel ou supposé, du peuple. » Sadri Khiari, p.119.
« L’essence du politique est le dissensus. Le dissensus n’est pas la confrontation des intérêts ou des opinions. Il est la manifestation d’un écart du sensible à lui-même. La manifestation politique fait voir ce qui n’avait pas de raisons d’être vu, elle loge un monde dans un autre, par exemple le monde où l’usine est un lieu public dans celui où elle est un lieu privé, le monde où les travailleurs parlent, et parlent de la communauté, dans celui où ils crient pour exprimer leur seule douleur. » Georges Didi-Huberman cite Jacques Rancière, p.99.
« Le peuple, ce sont des rapports de forces, c’est une histoire, c’est une histoire de rapports de forces. C’est l’histoire à travers laquelle la notion de peuple s’est imposée à l’échelle universelle. » Sadri Khiari, p.115.

Il y a aussi le fait que le peuple, c’est sale. Parce que le peuple, ça sent et ressent. Ne riez pas : vous le savez. Le peuple ça parle mal : ça parle corps, ça parle avec son corps. Si, si.
« Le corps ne se transforme pas en pure pensée quand il parle, il représente les conditions organiques de la verbalisation. (…) L’intention la plus purement idéale ne peut se manifester en paroles sans sa condition organique. » Judith Butler, p.65.
« position selon laquelle l’histoire ne se raconte pas seulement à travers une suite d’actions humaines, mais aussi à travers toute la constellation des passions et des émotions éprouvées par les peuples. » Georges Didi-Huberman, p.96.
« Tout change lorsqu’une philosophie phénoménologique ou existentielle se donne pour tâche, non pas d’expliquer le monde ou d’en découvrir les ‘conditions de possibilité’, mais de formuler une expérience du monde, un contact avec le monde qui précède toute pensée sur le monde. » Georges Didi-Huberman cite Jacques Rancière, p.102.

Parce que voilà, en fait, le peuple, c’est qui ?
Le PARLEment représente-t-il le peuple français ? Oui, nous dirions oui. Mais en fait, il représente plutôt l’Etat, la Nation : autant les gens que le territoire. Parce qu’il décide aussi pour les étrangers vivants en France. Et pour les français vivants à l’étranger. Donc, pour le peuple non pas français mais de France, et même parfois, aussi le peuple d’un autre pays vivant dans un autre pays. Sinon pourquoi nos troupes armées iraient défendre la démocratie hors de France ?

Mais un élu devient élu du Peuple et non de ses électeurs. Ni des électeurs. Les abstentionnistes comme ceux privés du droit de vote sont des administrés comme les autres.
Alors, qui est ce peuple ?
Où le trouverons-nous ?

Judith Butler nous répond ‘dans la rue’.
« Quel est donc ce ‘nous’ qui se rassemble dans la rue et s’affirme – parfois par la parole et par l’action mais plus souvent encore en formant un groupe de corps visibles, audibles, tangibles, exposés, obstinés et interdépendants ? (…) Le ‘nous’ qu’exprime le langage est déjà réalisé par la réunion des corps, leurs mouvements, leurs gestes, leur façon d’agir de concert, pour citer Hannah Arendt. » Judith Butler, p.54.
« La souveraineté populaire peut bien être transférée vers un pouvoir des élus à l’occasion d’un vote, mais ce transfert n’est jamais complet. Il reste quelque chose dans la souveraineté populaire qui ne peut pas se transférer : le peuple peut aussi bien abattre les régimes que les élire. Si la souveraineté populaire légitime les formes parlementaires du pouvoir, elle garde aussi le pouvoir de les déligitimer. » Judith Butler, p.55.
« C’est donc une forme d’autogenèse linguistique qui est en œuvre dans ‘nous, le peuple’, un acte relevant plus ou moins de la magie, ou qui du moins nous incite à croire à la nature magique du performatif. »

« We, the people of the United States…» sont les premiers mots de la constitution des Etats-Unis. Notre constitution commence par « Le peuple français… » Certes, les deux acceptions sont différentes. Si différente que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, plus semblable historiquement à leur constitution commence par « Les Représentants du Peuple Français… » Nous aurions donc un peuple qui forme une nation outre-Atlantique et une représentation du peuple qui forme une nation ici.

Elle continue :
« Les ‘nous’ qui se rassemblent en affirmant qu’ils sont ‘le peuple’ ne représentent pas le peuple : ils donnent une base de légitimité à ceux qui vont représenter le peuple par le biais d’élections. »
Alors non, nous ne sommes pas si différents. La voix proclamée donne la base de travail au parlementaire.

Les gens dans la rue le 11 janvier ne sont pas ‘L’Intégralité Du Peuple Français’. Ils sont ceux qui voulaient être entendus par tout ou partie de la représentation nationale.

Mais que dit le Peuple au Politique ?
« Dans les récentes assemblées de ceux qui se désignent comme ‘le peuple’, l’accent est mis sur les besoins de base pour la survie du corps, la survie étant évidemment une condition préalable à toute autre revendication. Mais la survie, si elle est la condition de la politique, n’est pas son but. (…) Mais comment penser une vie vivable sans présenter un idéal unique et uniforme ? » Judith Butler, p.70.
« Il faut qu’un tel groupe tienne ensemble par une exigence, par un sens de l’injustice d’une vie invivable, par l’affirmation commune qu’un changement est possible et que ce changement doit avoir pour moteur la résistance aux inégalités, à la précarité qui s’accroît massivement ici et ailleurs, au contrôle sécuritaire qui menace le processus démocratique et les mouvements de masse. » Judith Butler, p.72.

Alors, qu’est-ce qu’un peuple ?
« Quand nous soutenons des droits comme la liberté de nous réunir, de nous constituer en peuple, nous les affirmons par nos pratiques de corps. (…) De fait, même au moment où nous faisons activement notre apparition dans la rue, nous sommes vulnérables, exposés à toutes sortes d’agressions. (…) Mais celui qui est privé de protection n’est pas pour autant réduit à l’état de ‘vie nue’. Au contraire, être privé de protection est une forme d’exposition politique, c’est être à la fois concrètement vulnérable et même cassable, mais potentiellement et activement rebelle et même révolutionnaire. » Judith Butler, pp.74-75.

Alors, ce 11 janvier, nous n’avons pas vu un Peuple qui voulait de la sécurité. Nous avons vu un peuple rebelle. Et nous fûmes rebelles avec nos corps, for real.

Retour(s) de La Rochelle

Le ciel est gris mais clarteux.
Voilà. C’est comme ça.

Le ciel est encombré, plein de nuages, des promesses d’orages. Mais la lumière nous éblouis.

Ne soyons pas trop éblouis. N’ayons pas peur de l’orage.
L’orage passe. La nuit vient. Puis le jour. Puis la nuit. Puis le jour.

ViveLaGauche (c) Le Monde

La réunion « Vive La Gauche » samedi matin n’était ni un début, ni une apogée. C’était un rendez-vous.

Ce n’était pas un début parce que les députés n’ont jamais commencé. Des députés qui décident d’amender des textes proposés par leur propre majorité, il y en a toujours eu. Ce qui n’existait pas, c’est qu’ils se réunissent en collectif que, in fine, soient obligés de rendre public le rapport de force.
Collectif, donc.
Collectif car sans chef. Sans chef car là n’est pas la question. L’urgence n’est pas au leader mais à la direction : la voie à prendre. La leur est simple : la feuille de route des élections de 2012. Une feuille de route, une direction, collectives. C’est tout.

Ce n’était pas une apogée non plus. Parce que l’apogée, c’est arriver tout en haut pour redescendre. Ça monte tout droit vers le ciel telle une fusée de feu d’artifice, ça pétarade, et ça retombe doucement en laissant quelques traces et de beaux souvenirs. Samedi, ce n’était pas une apogée : c’était une étape. Je me souviens du vote du TSCG à l’automne 2012 lorsqu’on avait dit que ceux qui ne l’avaient pas voté ne comprenaient rien à la real-politique. Je me souviens de Jérôme Guedj alors encore député qui expliquait la nécessité de devoir faire attention avec la création du CICE, qu’on pourrait mieux le cibler par exemple.
Ce n’était pas une apogée, parce que Vive La Gauche n’est pas une explosion mais un joli crescendo. Un chant entonné sur un chemin de campagne à la lisière du bois qui à l’entrée de chaque nouveau chanteur, prend de l’ampleur.
Et ce n’est pas un coup médiatique, parce que pour faire un coup de pub, il vaut mieux être tout seul. La couverture est plus facile à tirer à soi : elle est moins lourde. Un collectif, ce n’est pas un coup.

C’était un rendez-vous. C’étaient nos PARLEmentaires qui venaient nous parler. Et nous voir. Vérifier que nous existions vraiment, que nous étions vivants. C’était un rendez-vous où ils venaient vérifier qu’ils devaient continuer. Et où nous avons dit « oui ». On suit. Pas de problème. On a envie. Oui !

C’était un chemin de traverse de l’Université d’Eté du Parti Socialiste. Mais il y a eu sur la ‘grande route’ socialiste beaucoup de paroles dites. Et beaucoup allaient sur la même voie/x, une par une, voie qui n’est que celle du programme de François Hollande en 2012 : se battre pour une plus grande justice sociale. C’est tout.

Et la parole se libère. Il y a deux ans, il n’y avait que l’aile gauche qui osait dire tout haut que la politique menée n’était pas légitime, pas celle prévue. Et alors que Maurel, Lienemann, Guedj et leurs camarades ne baissaient pas les bras, on tentait de les leur tordre. Ces derniers jours, même les anciens ministres l’ouvrent, cette voie. Mais à un ancien ministre, on ne tord pas le bras. Tout juste on tente de couvrir sa voix.

Évidemment, elle est légale cette politique. Il n’y a pas de putsch, il n’y a pas de défaillance institutionnelle. Il y a une défaillance dans nos institutions, ce n’est pas la même chose. Personne ne triche, mais les règles ne fonctionnent plus. Lorsqu’on sait que les règles sont mauvaises, on tente de les transcender. On discute, on débat, on négocie : on s’arrange. On l’a souvent fait. Mais là aucun équilibre n’est plus possible, aucune écoute, aucun travail en commun, aucun esprit de complémentarité. Il y a un refus de trouver un équilibre entre la chèvre et le chou. Aujourd’hui, il n’y a plus que le loup.

Alors oui, la semaine passée est la semaine qui rend obligatoire la clarification. Il n’y a pas de guerre à faire, il n’y a que des choix à valider. Ce n’est pas si grave. Aucun combat. Aucune bataille. Sauf si nous devions avoir à combattre même pour avoir la possibilité de valider ces choix et de ce fait combattre pour redonner un esprit démocratique à notre parti.

ROUVRIR LES YEUX

« Votre vérité, vos mensonges, pas les miens.

Et alors que je croyais que vous étiez différent et que peut-être même vous ressentiez la détresse qui passait parfois sur votre visage et menaçait de déborder, vous aussi vous protégiez vos arrières de merde. Comme n’importe quel autre stupide salopard de mortel.

Dans mon esprit c’est là trahison. Et c’est mon esprit le sujet de ces fragments troublés.

Rien ne peut éteindre ma colère

Et rien ne peut restaurer ma foi.

Ce n’est pas là un monde où je souhaite vivre. »

Sarah Kane, 4.48 Psychose, 1999

PAROLES sarah kane

Il y a la radicalité de Kane. Il y a surtout son des-espoir. C’est la trahison de l’espoir le pire. Le plus sanglant. Le plus violent. Rien ne peut éteindre ma colère. Nous sommes plusieurs ce mercredi 27 août 2014 à penser cela. Rien ne peut éteindre ma colère d’espérant trahis.

Ce n’est pas un problème de personne. Il n’y a pas de personne qui vaille. La politique, si on est socialistes, c’est une question de ligne, pas de personne.
C’est une question de symboles. Mais pourquoi ? Pourquoi s’attache-t-on tant aux symboles ? Parce que le symbole c’est entendre le non-dit. Et qu’en ce moment, dire est proscrit. Dire est interdit. Dire est mourir.

Je connais des frondeurs, ils n’ont ni fronde ni pierre. Juste une ligne, des paroles, des actes qui bon an mal an vont avec leurs paroles, dans la mesure de l’esprit de corps, de groupe. Parce que lorsqu’on est socialiste, il n’y a pas de personnes, il y a un groupe.

Alors ils ne sont pas frondeurs ? Non. Ils ne le sont pas. Ils sont PARLEmentaires.
C’est tout. Et légitime.
On va leur intimer de taire leur légitimité. On va leur intimer de quitter leur terreau, leurs racines. On va leur intimer de se dédire et de médire.
Et s’ils ne le font pas, on leur mettra les échecs sur le dos.
Tous les échecs.

Ces hommes, ces femmes, prônent depuis 2 ans, 1 an, 6 mois des solutions alternatives, des compromis, des sorties d’impasse au fur et à mesure de leurs ‘raz-le-bol’ et on va dire que la chute, c’est eux.

Votre vérité, vos mensonges, pas les miens.

Le Parti Socialiste est un. Il a un bras gauche, un bras droit. Deux jambes. Une tête, mais deux hémisphères. Un cœur. Un bide. Des tripes.
Les tripes, c’est nous tous. Militants. Du haut et du bas.
Le cœur, c’est nous tous. Tous. TOUS. Parce qu’on s’occupe de tous, même de ceux qui ne nous aiment pas. Même de ceux qui ne nous connaissent pas. Là est notre moteur socialiste.

Aujourd’hui j’ai peur que le bras droit soit en train de couper le gauche en passant sa lame de couteau à travers les joues. Tétanie. La tête ne parle plus, de peur de se blesser. De peur de mourir.

Mais cette gymnastique est périlleuse. La tête devrait le voir. Les va et viens de la lame pour couper le bras gauche tranchent les joues. Atteignent les mâchoires. Pour couper le bras gauche, le droit déchiquète la tête en pièce.
Ça saigne. La douleur vide les tripes.

Il faut stopper la tétanie.
Il faut stopper l’hémorragie.

Il faut se reprendre.
Ce n’est pas là un monde où je souhaite vivre.

Il y a déjà eu, il pourrait y avoir de nouveau des moyens de se parler, de travailler ensemble. Regardons nous bien. Oui, les yeux. Nous n’en avons pas parlé des yeux. Les yeux, c’est notre rapport au monde. C’est ce qui va dans une seule direction, le gauche le droit la même. Les yeux sont là. Ils voient bien ce qui se passe dans le corps. Les yeux, s’ils se passent l’un de l’autre perdent tout relief. Un œil, plus de relief. Un œil, un monde plat. Atone. Amorphe. Deux yeux, un monde qui bouge, qui vit, qui vibre.
Les yeux, il faut maintenant les rouvrir. ROUVRIR LES YEUX.
ROUVRIR
LES
YEUX.

« NE LAISSEZ PAS CA ME TUER
CA VA ME TUER ET M’ECRASER ET
M’ENVOYER EN ENFER

Je vous supplie de me sauver de la folie qui me dévore
une mort hypo-volontaire

Je pensais que je ne parlerais plus jamais
mais maintenant je sais qu’il y a plus noir que le désir
peut-être que ça va me sauver
peut-être que ça va me tuer. »

Sarah Kane, 4.48 Psychose, 1999.

 

 

 

 

NUIT NOIRE.

Je ne sais pas ce que j’ai vu. C’était tendu. Ça tirait fort.

Ce que j’ai vu je ne l’ai pas vu. Le plus tendu, le plus tiraillant n’était pas là. C’était entre les deux. Entre avant et après. J’imagine.

Comment décider de bloquer un parlement parce qu’on ne peut l’entendre bouger ? Je ne sais pas. Je sais que demain, lorsqu’on va se réveiller, ceux qui célèbrent ce soir la victoire de la France et n’ont pas vu ce débat sans vote, ceux-là, une partie de ceux-là vont crier au scandale. Certains pérorer à la dissolution. Certains menacer à la dissolution. Mais il y a une autre solution. Il n’y a jamais qu’une seule solution. Il y a dix solutions.

Je m’excuse, il est tard. Il est tard dans la nuit, il est tard dans la République, il est tard dans la démocratie. Il est un temps où un Premier Ministre peut regretter que certains appellent à « une reparlementarisation à outrance » (Mais où serait l’outrage ?) pour menacer de la « mort de la Gauche ». Il est tard comme un jour où on ne veut plus de parole, plus que du silence, plus que du vide.

Mais la nature a horreur du vide. Elle le remplira. Elle le remplit. Elle met la folie. Quand les enfants dorment j’allume la télé. Quand la démocratie dort, le reste prend sa place. La consommation prend sa place. L’automatisme des actes prend la place. Quand on n’ose plus choisir, on n’est plus. Alors, le pire advient.

 

Aujourd’hui, ma République est sur une voie de garage. Soit on pète le mur du fond, soit on fait marche arrière. Moi je veux qu’on pète le mur. Je veux voir le jour, je veux voir ce que depuis ma naissance on me dit avoir existé. Je veux voir la Politique agir. Je veux un monde où la chose publique est décidée par des hommes et non par des systèmes. Moi, je veux qu’on pète le mur. Je veux cultiver le jardin qui est derrière le mur. Je veux me nourrir de ce qu’on nous cache. Je veux avancer, debout.

 

Je vois ce qui se passe. Je ne le comprends pas. Pas beaucoup. Pas entièrement. Un peu. Mais je le vois et je peux vous dire que la lumière est belle. Elle est belle. Forte. Elle fait mal aux yeux. Elle brûle. Mais elle éclaire.

 

Je veux qu’on arrête la nuit. Je veux qu’on arrête la nuit. Je veux le jour. Et des possibles.

Je veux choisir.

 

Et si on te demande… Je suis fière d’être au Parti Socialiste. Parce que je n’y ai pas adhéré pour ce qu’il est aujourd’hui, au moment M. Non. Je suis fière de faire partie de cette histoire-là, le Socialisme. Ça, c’est pour le passé. OK. Mais aujourd’hui je suis fière de cheminer auprès de ceux qui font, je l’espère, son futur. Le futur que je lui souhaite. Un futur qui dessine la société au lieu d’uniquement la gérer a posteriori.

Je suis fière d’être au Parti Socialiste, parce qu’il crie, il pleure, il a mal, mais il vit, il respire et il vit, d’idées et d’idéaux.

 

Précédemment publié le 1/07/2014 sur http://charlotpicard.tumblr.com/post/90398540270/nuit-noire