Les Noms

Ce matin, je cherchais un moment de la Bible qui s’appellerait « Les Noms ». En fait, il n’y en a pas. C’est dans la Genèse. La base. Créer puis nommer. D’un seul élan. Créer et nommer.

Nommer, donner un nom. C’est si important.
J’ai dû le faire, deux fois. J’ai nommé mes enfants. Nommer, c’est immense. Une tâche incommensurable. Éternelle. Une définition en creux. Nommer c’est rendre la vie réelle.
Ce qui n’a pas de nom ne disparaît pas vraiment de notre monde puisqu’il n’y apparaissait pas. Ce qui est nommé y reste à jamais.

Cette semaine, les noms, les définitions, les mots m’ont posé problème. Souvent. Trop souvent. Il faut faire attention aux noms, propres ou communs. Ils comptent.

Quand vous dites le nom de quelqu’un il y a tout dedans. Sa taille, son âge, sa couleur, sa voix, son sexe, son humour, son intelligence. Quand vous dites le nom de quelqu’un, vous l’embrassez en entier.

Qui aujourd’hui sait que Léa, ce prénom si trop souvent donné dans les années 2010, était la femme de Jacob, qu’elle donna naissance à six des 12 tribus d’Israël ?
Ton nom, c’est ton prénom et ton nom de famille. Tu es Ruben, fils de Jacob. Tu es toi et une part de ta famille.

Nom gravé sur banc d'église

On a nommé Manuel DS. On a nommé Maxime H.
Du pouvoir aux médias, leurs noms étaient partout affichés, déclamés. Donner leurs noms de FAMILLE pour faire la nique aux idées reçues ? OK. Mais les prénoms n’auraient-ils pas suffi ? Pourquoi mettre leurs familles, ces familles déjà fragilisées, dans une position encore plus fragile ? quel est le but ? si ce n’est de les faire rentrer dans une réalité qui n’est pas la leur.
Et en plus, apparemment, on s’est trompé pour l’un deux.

On a déséquilibré pour rien.

Nommer c’est « Désigner quelqu’un ou quelque chose en disant ou en écrivant son nom. » (Larousse)
Désigner, c’est important.

Pour désigner il faut avoir ses pieds quelque part, être. Puis lever le bras, pointer le doigt, et viser. Désigner, c’est s’inclure dans l’histoire, c’est prendre part en étant un lien entre ce que touchent nos pieds et ce que montre notre index.

Le pouvoir comme les medias sont rentrés dans l’histoire de ces jeunes pseudo-musulmans, djihadistes embrigadés. Ils firent le lien entre ces hommes, le reste du monde et la famille de ces hommes. Comme pour rendre le spectacle plus réel.

Nous perdons les liens entre la réalité, le réel et la vérité. Nous sommes une société où la pseudo-immédiateté rend le temps saccadé. Le temps n’est plus un long fleuve tranquille, mais il fait des bonds, et des pauses.

Il faut laisser le spectacle aux gens de spectacle.
Il faut laisser le pouvoir aux gens de pouvoir.
Il faut laisser l’information aux gens d’information.
Que chacun nomme ce qu’il doit nommer de l’endroit où il est et non de l’endroit de l’autre.
Puis, on discute.

Le seul mot qui m’a parlé cette semaine, sur cette histoire, c’est « secte ». Oui, c’est sans doute un embrigadement sectaire. Oui, ça y ressemble. Quand on rentre dans une secte, on perd le sens commun, on change de nom, on est dé-liés. Et contre cela, comme contre le terrorisme, nous sommes sensés être armés, nous, société occidentale descendant des Lumières.
L’embrigadement sectaire, comme le suicide, nulle famille ne sera jamais totalement épargnée. On ne sait pas. Il faut veiller. Espérer. Protéger nos enfants.

Mais laissez le spectacle parler de cela en nommant, pour la catharsis, pour le recul. Pour comprendre, et chercher les bonnes réponses. Celles qui nomment les bonnes choses.

« There’s not a drug on earth can make life meaningful. » Sarah Kane. 4.48 Psychosis.
“Il n’y a pas une drogue sur terre qui puisse donner du sens à la vie.”
Quelques mois après, elle se suicidait.

Donnons du sens à la vie.