L’angoisse du sapin

On était un samedi matin, et en buvant ma tasse de thé de week-end sans enfants, je téléphonais à une amie tout en regardant sans le son une chaîne d’info continue publique (ne cherchez pas : il n’y en a qu’une). Pendant que je lui parlais de mes difficultés de retour à l’emploi (de ma galère à retrouver un taff qui me permette d’avoir du temps à consacrer à l’éducation des gosses, parce que ça se fait pas tout seul et que ça, je le suis : toute seule), je voyais des gaz lacrymo, des coups de matraque, des tags sur l’Arc de Triomphe, un tabassage de policier… Et je ne supportais rien, mais sincèrement, j’avais besoin de son aide pour qu’elle m’aide à trier les solutions possibles pour ne pas retourner au RSA à la mi-février. Donc je ne mettais pas le son. L’image suffisait. L’image était horrible.

Credit:Eric Dessons/JDD/SIPA/1812021330

Depuis, cela me hante.
Pourquoi ?
D’abord, parce que je n’ai pas supporté cette violence physique et symbolique. C’est le plus immédiat, le plus tribal : insupportable. Un homme, quel qu’il soit, s’il est tabassé au sol par une meute, c’est que la meute n’est plus humaine, elle est inhumaine. Ce n’est pas quelque chose qui s’efface par un haussement d’épaule, l’inhumanité. Cette auto-exclusion est à punir, rien d’autre.

Mais il y a autre chose. Ce dimanche est le premier dimanche de l’Avent. J’ai la chance d’être catholique et donc de préparer Noël de multiples façons toutes festives et pas toutes commerciales. Oui, la chance. Parce que pour moi, mère célibataire au chômage et donc précaire, si cette partie n’existait pas, Noël ne serait qu’angoisse. L’angoisse du sapin.

Nous avons survécu aux vacances. Tant bien que mal, en allant moins loin et moins longtemps. Nous avons survécu à la rentrée, même si elle n’est pas encore finie : il reste encore des activités extra-scolaires à payer. Pourquoi des activités extra-scolaires ? Ah mais c’est simple, c’est que la Société m’impose d’être une mère parfaite, parce que le bien-être social et professionnel de mes enfants à l’âge adulte et donc leur capacité à être des êtres humains accomplis pour la société d’alors, dépend de l’énergie (et donc de l’argent) que je leur aurais mis à disposition durant leur enfance. Art & sport en dehors de l’école. Parce que la refondation de l’école n’est pas allée au bout : manque de moyens, alors je dois suppléer à ce que la Société (dont les forces publiques) me demande en tant que parent. Et c’est certes un effort mais aussi un plaisir, comprenez-le. Sauf que fin novembre, la rentrée n’est pas encore derrière moi, derrière nous. Et je n’ai toujours pas acheté les chaussures d’hiver aux enfants.

Malgré tout, mi octobre, les catalogues de jouets sont arrivés dans nos boîtes aux lettres, depuis la fin octobre, tous nos supermarchés nous accueillent avec des montagnes de jouets à acheter. Les chaînes de dessins animés, et même youtube, nous abreuvent de publicité où toutes les minutes j’entends dans le salon “je veux ça !!” accompagné du plus beau des sourires (et d’un nombre incalculable d’arguments pour avoir ce jeu où on va chercher des trucs dans la bouche d’un chien en plastique ou ce super Lego Harry Potter avec Ararog… pourquoi des araignées ?) et le 30 novembre, pour pouvoir payer les courses du week-end, j’ai demandé à mon fils de me prêter 30€ jusqu’à ce que mon chômage tombe, lundi. Les sous de sa tirelire.

Je répète.
Vous n’avez pas vraiment entendu.
Pour pouvoir aller acheter de quoi manger dans le train pour rejoindre leur père, pour aller au marché acheter le seul pain que mon système digestif tolère, j’ai ouvert la tirelire de mon fils et lui ai emprunté de l’argent. A mon fils. De 12 ans. Pris de l’argent, jusqu’à ce que Pôle Emploi me verse l’argent qu’il me doit parce que le 1er décembre tombait un samedi alors il fallait attendre le lundi 3. Enfin, si tout se passe bien. Et ce n’est pas arrivé le 3.

Expliquez-moi comment je leur offre les cadeaux qui feront de moi (non pas pour eux, eux comprennent, non, pas pour eux juste pour la Société) une bonne mère ? Vous ne savez pas ? Vous ne savez pas parce qu’il n’y a pas de réponse. Il n’y a pas de réponse parce qu’il n’y a pas de solution.

Si mon fils arrive au collège en janvier en disant qu’il a reçu une nouvelle paire de chaussures, une paire d’hiver, sous le sapin, il aura honte. Cette honte, dans l’univers de brusquerie, de violence induite qu’est le collège unique de nos jours, en fera un paria et potentiellement un enfant harcelé. Et donc de moi une mauvaise mère. Non pas de la société une mauvaise société, non pas du collège un mauvais collège mais de moi une mère défaillante qui n’a pas bien appris à mon aîné à se défendre.

Je vais trop vite ?
Allez dans un collège. Je ne vais pas trop vite.

On me demande d’être un bon parent. Mais l’éducation nationale n’a pas les moyens de donner les cours qu’il faut pour que mes enfants apprennent au mieux (c’est-à-dire pour eux et non pour les professeurs.)
On me demande d’être un bon parent. Mais si je veux être aidée pour mes vacances il faut qu’elles me coûtent très cher.
On me demande d’être un bon parent. Mais on me dit que ma voiture, sous prétexte qu’elle a quelques trous de rouille, devra être détruite en octobre 2019 alors qu’elle roule encore. Voiture qui est une clef du retour à l’emploi en province.
On me demande d’être un bon parent. Mais si je travaille, je dois payer quelqu’un pour s’occuper de mes enfants, pour les emmener à leurs activités extra-scolaires, car rien n’est organisé s’ils ne sont pas autonomes. Et s’ils ne font aucune activité ils ne sont pas assez épanouis. Et…
On me demande d’être un bon parent. Mais on ne me donne les moyens d’acheter que de la mal bouffe, des habits fabriqués par des enfants, des chaussures qui chaussent mal.
On me demande d’être un bon parent. Mais on prend dans mes poches pour donner à ceux qui ne savent pas ce que vaut l’argent qu’on m’a pris.
On me demande d’être un bon parent. Mais on crée une société où les valeurs de possession sont plus importantes que les valeurs de cœur. Où “n’être rien” est présidentiellement admis. Où nos anciens amis ont voté pour quelqu’un qui méprise les illettrés mais n’accepte pas qu’il serait bien incapable de faire leur métier. Une société où le seul usage est la compétition et la seule valeur est l’argent.

Il y a quelque chose de pourri dans la République de France, il y a quelque chose de pourri dans l’Union Européenne, dans l’Occident. On se sent moqués et volés par les super-puissants. Mais nous sommes le nombre, nous sommes le Peuple. We, the People… nous faisons les puissants puissant et nous pourrions donc les défaire. Et la seule société qui n’accepte pas l’idée de service, c’est celle portée par notre président de la République et son assemblée : le néo-libéralisme. Nous avons trop fléchi, auparavant. Nous avons trop déverrouillé de portes. Il ouvre tout avec une indécente aisance. D’où la colère.

Je viens d’entendre un gilet jaune dire qu’il faut entrer dans les institutions. Je suis d’accord. J’étais à peu près au même endroit social lorsque j’ai décidé de rentrer en politique. 2012, RSA avec un mi temps au SMIC, 2 enfants, seule. Et depuis je ne dis qu’une chose : “je suis nous chez eux”. Parce que non, il n’est pas naturel d’être une femme ou un homme politique et d’être pauvre.

Je vais vous le dire : pour faire de la politique comme il faut, il faut de l’argent, et pouvoir abandonner sa famille à un conjoint. Je ne peux pas faire 6 ou 8 assemblées générales, réunions, débats, visites d’EHPAD, photos call, coupures de ruban chaque week-end : personne ne fait mes courses, ne nourrit mes enfants, ne fait tourner mes machines si je ne suis pas à la maison. Et vous, électeurs, vous ne voulez voter que pour ceux que vous voyez, pas pour ceux qui ont une vie. Puis vous leur reprochez de ne pas avoir de vie.

Je n’ai pas non plus les moyens de faire adhérer dans mon parti plein d’amis pour qu’ils m’aident à obtenir l’investiture. Ça coûte, cher. Parfois, je n’ai même pas les moyens de payer de baby-sitter les soirs de réunions obligatoires.
Et non, sans parti, faire campagne est impossible. Quelle banque vous prêtera 40 ou 80.000€ pour que vous puissiez faire imprimer vos bulletins de vote, vos affiches et tracts officiels puis tout ce qui n’est pas obligatoire mais qui est tout à fait nécessaire ? Quelle banque ?
A moins que vous ayez 100.000€ sur un compte épargne. Mais alors, êtes-vous représentatifs de mes pairs ? Non. Moi j’ai une carte bleue qui appelle la banque même pour 1€ de dépense et qui est bloquée lorsque je suis à découvert. Voilà. J’ai pas 100.000 balles…

Donc il faut un parti. A gauche, il y a un choix à ne plus savoir qu’en faire, choisissez le vôtre. Se mettre en association pour collecter de l’argent ça va, dès que cet argent sert à faire élire quelqu’un, vous devenez un parti politique et ça devient très surveillé et très compliqué, sachez-le. Moi je suis toujours au Parti Socialiste parce que je sais que les autres partis assez proches de mes opinions ne me permettraient pas de militer sans trop dépenser faute de moyens mais j’y ai des amis, des camarades. Et puis maintenant, j’ai une place au PS, croyez le ou non je fais partie des cadres nationaux du Parti Socialiste. Place que je chéris comme je chéris les camarades que j’ai rencontré là et nulle part ailleurs, même si en ce moment je suis très fatiguée. Fatiguée, parce que j’ai des cadeaux à faire pour dire aux gens que j’aime que je les aime et que mes 1.100€ de chômage pour 3 personnes vont m’empêcher de le faire.

Donner des moyens à la base de ce qui crée une société : santé, éducation, culture. Je me suis coltiné, comme ceux qui bloquent les rond-points et les autres, aux déserts médicaux, aux urgences surchargées, aux profs épuisés, aux classes surchargés, aux enfants non considérés, aux lieux de spectacles qui ferment hors des métropoles, à l’avant garde qui disparaît, à l’obligation normative. Nous sommes dans l’ère où la santé l’éducation et la culture sont médiocres en France et l’État n’y change rien. Au plus haut de son action, il abandonne : il privatise.

Donner des moyens au Peuple : laisser les cotisations sociales tranquilles pour maintenir notre système social solidaire et efficace en place, mais rendre vraiment progressif l’impôt. Payer le travail pour ce qu’il vaut et non pour ce qu’il coûte. Faire payer 1€ symbolique d’impôt même aux gens au RSA pour qu’ils aient l’honneur de participer à nos routes et nos écoles, mais que cet impôt aille vraiment jusqu’aux très riches, jusqu’à la finance, ceux qui font de l’argent avec l’argent sur les dos des pauvres et de la planète. Protéger, avant notre planète, nos corps : rendre le “bio” normal et le pesticidé pestiféré, rendre la mal-bouffe l’exception, redonner le sens de l’agriculture et de leurs territoires à nos concitoyens, remettre des trains là où il y a des rails, des trains où on peut mettre des vélos, des trains à toute heure. Cela réglerait les problèmes de la planète, en fait. Mais cela demande une chose horrible pour l’UE de droite libérale que nous avons et surtout la zone euro et ses sacro-saints 3% : de l’investissement. Et cela, notre Président et son ballet ne le peuvent pas : ils veulent créer du fric, donc du court terme, donc non pas investir mais placer.

Ceux qui sont allé voter ont voulu cela. Nous voilà là : Marianne défigurée.
La démocratie, ça se choie. L’autorité, ça se mérite, ça ne se prend pas. On l’acquiert lorsqu’on protège bien ceux qui nous donne cette autorité. J’ai l’impression que cette notion à a revoir chez le Président-philosophe. Je lui conseille cette lecture : Qui doit gouverner ? de Tavoillot.

Il a choisi son peuple. Il n’aura jamais d’autorité sur eux car ils n’ont pas besoin de lui. Le Peuple de France, lui, est dégoûté, sans chef, sans vision. Chacun réagit comme il peut. Moi je rêve d’une vie à la campagne, entre feu de bois et potager et je vais passer l’Avent à faire des biscuits de Noël à distribuer. J’ai besoin d’équilibre et de joie. D’autres ont besoin de montrer leur colère en déséquilibrant leur vie quotidienne. Parce que leur vie, comme beaucoup, c’est rentrer chez soi harassé par le travail, sans énergie pour aider ses enfants tout en se demandant comment on va réussir à leur faire plaisir au moment où la magie est sensée nous porter, se demander durant tout le dîner si on va être obligé de tuer la magie de Noël ce sentiment est sans doute le fuel des gilets jaunes, là. Et l’angoisse du sapin est sans fin, comme la colère d’enfances volées.

Et maintenant…

Un week-end politique dense.

Des amis qui partent du parti où je les ai rencontrés, on a beau s’y attendre et le comprendre, ce n’en est pas moins dur. Des camarades qui tensent ces mêmes amis, on a beau s’y attendre, c’est très désagréable. Emotionnellement dense, éreintant, mais voilà : le pas est franchi. C’est fait. Maintenant on avance. Il n’est plus sensé y avoir de doute sur qui est où et, donc, alors que tous les tremblements de terre semblent passés, nous allons savoir comment avancer, chacun de notre côté, sans doute bientôt ensemble sur certains sujets.

Le Parti Socialiste a travaillé aussi, ce week-end. Nous avons des textes qui nous permettent d’avancer (le texte Europe que certains en interne trouvent “trop à gauche”, ce qui devrait redonner le sourire à nos électeurs…) et puis des textes qui vont sans doute nous permettre de nous écharper entre camarades (comme si on avait besoin de changer nos statuts, sérieusement, quelle urgence ??). Bref, le Parti Socialiste n’est pas mort et sa direction accepte même d’être de gauche. Avançons.

Je continue en son sein, notre Texte d’Orientation appelé “L’Union et l’Espoir” au congrès d’Aubervilliers du Parti Socialiste sera porté par le duo de mandataires nationaux décidé en réunion vendredi soir : Nora Mebarek et Laurent Baumel, et nous allons continuer le combat interne au PS et en externe avec le PS, comme nous l’avons toujours fait. Collectivement. Voilà.

Trois voire cinq réunions plus tard, ce que je retiens de fondateur, ce qui continue à me trotter en tête après ce week-end de mi-octobre estival depuis que je l’ai entendu, c’est cela :

Raphaël Glucksmann est celui qui a réussi le geste politique le plus fort, le plus juste, le plus concret : engageons-nous.

Où vous voulez, mais engagez-vous.

Comme vous voulez, mais levez-vous et parlez.

Je l’ai fait il y a 6 ans, avec ce sentiment que c’était le moment, que ça allait craquer et qu’il fallait être à l’intérieur pour dire. J’ai décidé d’aller raconter de dedans. Parler de nos vies, différentes de celles des hommes et femmes politiques installés, mais non pas sur un marché lorsqu’on les rencontre rapidement quand ils sont en campagne, non : de dedans, de leurs réunions, peser sur leurs consciences en leur faisant connaître un exemple de nous. Je l’ai fait comme ça, en allant au PS, parce que c’était le parti qui m’était le moins éloigné et le mieux installé sur mon territoire et que la politique me tentait. J’aurais pu aller dans une association militante, mais je milite déjà pour la diffusion de l’avant-garde musicale. J’ai choisi un parti politique. Mais tout est possible.

Si vous êtes de gauche, ce qui si vous finissez par lire ceci est probable, vous ne pouvez plus dire aujourd’hui que vous n’avez pas de choix. Nous avons, par nos séparations successives, créé autant de partis, micro partis, sur chaque micro ligne politique que constitue la gauche. Et je dois dire que même au Parti Socialiste, les successives claques électorales ont permis à ceux qui se pensaient omnipotents et hégémoniques en interne de douter et d’accepter le débat, voire de changer. Donc si vous râlez dehors, allez râler dedans. Râler pour, râler avec, râler contre. Râlons ensemble.

Le climat, l’accueil des populations migrantes, l’appauvrissement de la population, l’appauvrissement intellectuel de l’enseignement… dans le désordre et de manière absolument non exhaustive, la politique d’Emmanuel Macron & Edouard Philippe nous offre une telle perfection libérale, délétère pour tous sauf “eux”, que chacun peut trouver une bonne raison de s’engager.

Tout le monde n’a pas à faire de la politique. Tout le monde ne peut pas, parce que croyez-moi sur parole : c’est dur et c’est souvent ch**nt ! Mais chacun de là où il est peut émettre son analyse du monde ou porter ceux qui le font. Ecouter, comprendre, apprendre, partager, poser des questions c’est aussi faire de la politique. Allez dans des partis, mais aussi dans des assemblées, des associations, des clubs, des réunions sans nom… mais ne vous laissez pas endormir par la tâche qui paraît trop grande, trop ardue. Chaque pas compte, chaque pas marque.

Soyons exigeants. Soyons têtus. Soyons protecteurs de notre planète et du monde de nos enfants. Soyons audacieux pour maintenir une qualité de vie correcte pour tous. Il en faudra, de l’audace !

Le ciel ce soir

Noir et rouge.

Nuit noire, nuages noirs. Lune rousse et mars rouge. Le ciel ce soir, c’est un roman romantique. C’est Julien Sorel qui court rejoindre Mathilde en abandonnant Madame de.

Si vous savez, vous, où est l’amour de Julien, dites-le.

Le rouge, le noir, la fatigue du jour la fatigue du ciel d’avoir tiré le soleil toute la journée. Trop occupé pour savoir qui suivre. Trop occupé pour tout, le ciel. D’ailleurs, il ne s’occupe pas de nous. Nous le divinisons, toujours, le ciel, là-haut. Les saints, les anges, les dieux, tout est au ciel. Là-haut.

J’envie et je plains ceux qui ne savent regarder le ciel. Je les envie de ne pas savoir lire la pluie qui vient, le froid qui revient. Je les plains de ne jamais s’émerveiller, de ne jamais faire partie de l’univers tout entier. On ne devrait pas vivre de vie sans émerveillement. On ne devrait pas.

Il y a des jours comme ça où la nuit n’arrive pas. Le ciel est rouge, même s’il est noir. L’air est respirable, enfin, alors il faut rester éveiller même si on ne peut rien faire. Rien faire, parce que trop tard, trop fatigué. Faire quand même parce que, enfin, il fait bon. De l’air. De l’air, bon dieu !

La nuit m’embête, parce qu’elle appelle le matin, et le matin c’est l’autre jour, celui où il faudra décider, vivre, faire, construire, avancer, décider. Décider. Avancer. Je veux que ça s’arrête. Que la chaleur nous plombe nos jours et le temps, que cela s’arrête.

Arrêter le jour, le quitter, non aucune envie de quitter ce jour. Aucune envie de sortir de la nuit, jamais.

Voir, c’est difficile. Voir les silences, voir les manques, voir les imperceptibles soupires du ciel qui nous transpercent, qui font vibrer nos muscles sans qu’on s’en rende compte, voir tout et ne rien savoir. Sans fin. Jamais savoir, tout voir. Vouloir disparaître, pour ne plus voir. Ne plus vivre vraiment, vivre dans un monde sans ciel, sans nuage, sans beauté mais sans pluie qui coule sur le visage maquillé, pluie qui fait couler, pluie au rimmel.

Vivre, sans.

Ou vivre avec. Je veux tout, et que ce soit entier ou alors je refuse. Je veux tout. Et que ce soit entier. Ou alors je refuse. Ô, Antigone. Je creuse la terre avec toi ce soir, prendre la nuit pour retrouver les morts pour les aimer vraiment quand on les met en terre. Ô, Antigone. Que ce soit entier. Ou alors refusons.

Prenons Mars. Prenons la Lune. Prenons le rouge, laissons le noir. Brûlons le reste. Le reste n’est pas au ciel. Et ce soir, ce qui importe, c’est le ciel.

Un monde de vicieux, et d’Hommes

Moi, à 14 ans.

8 ou 9 ans. Les seins qui pointent. Enfin, un sein qui pointe. Puis l’autre. S’ils pouvaient le faire à une vitesse égale et constante, mais non. Dès qu’ils arrivent, c’est un problème, ces trucs.
Un jour, mon frère entreprend de me parler. Mon Grand-Frère. 11 ans de plus que moi, qui fait des courses de voiture (autorisées) qui vont vite. Mon demi-dieu-vivant – euh, pardon – mon chiant de frère entreprend donc de me parler des hommes. Une règle, une seule, une simple :

“Si un mec t’emmerde, qui que ce soit, tu lui mets un grand coup de genou dans les couilles, sans réfléchir. Enfin, sauf à moi.”

Il m’inculquait un réflexe, encore jamais vraiment utilisé alors que j’approche des 40 ans maintenant. Mais j’en ai l’autorisation, j’ai l’autorisation de taper, de taper fort, avec un os, sur quelque chose de très douloureux pour eux et pas pour moi. Depuis le début de ma vie, j’ai l’autorisation, même petite fille, de frapper un homme, même un homme mûr.

Lui, mon grand frère, et mes cousins aussi m’apprirent ensemble l’adversité, mais dans l’amour. Ils m’ont appris à répondre, répondre toujours, répondre à tout, n’importe quoi, en toute occasion pour rire, parce que ne pas avoir le dernier mot c’est perdre et faire rire à nos dépends. Jamais d’apitoiement, toujours rebondir : trouver LA vanne suivante, même contre soi, parce qu’il faut être meilleur que l’autre. Rire, le maître mot de toute attaque : faire rire et rire ensemble même de soi. Nos réunions de famille, ça ressemble à un entraînement de Rocky Balboa de la vanne.

Mais dans ces moments, on apprend énormément. On apprend par exemple les réponses réflexes. On apprend le tempo du pouvoir. Non pas du pouvoir économique, mais du pouvoir garder notre propre intégrité face à l’Autre.

Alors voilà, aujourd’hui je voudrais leur rendre grâce (et Dieu sait qu’ils en manquent !). Grâce à eux, et à d’autres, souvent des copains du frère, même lorsqu’ils s’étaient – entre hommes – engueulé, grâce à tous ceux qui ont veillé sur moi comme on veille sur le niveau d’une rivière : de loin, mais alertant à chaque fois qu’il déborde, jusqu’à ce que mes propres digues soient construites, grâce à eux, j’ai toujours su quoi répondre. Quand j’avais 16 à 22 ans, mais même avant cela, à 10, 12, 14 ans, qu’ils étaient encore à côté de moi, je me suis entraîné. Entraîné à dire “non”. Entraîné à trouver étrange ce qui l’était et que je ne comprenais pas comme tel. Entraîné à voir ce qui était insupportable. Et il y en a eu, dès mes 8 ou 9 ans, qui m’ont emmené dans le monde des femmes que je ne comprendrai qu’après. Mais je me suis aussi entraîné à voir ce qui était joli lorsque ça l’était vraiment. Reconnaître le beau du moche, par la barrière qu’ils ont mise – ou pas – entre moi et ce qui arrivait. Le pire, c’est qu’ils l’ont fait comme ça, sans y penser vraiment.
Mais toujours, il y a eu un ange gardien, même un inconnu, soit pour dire “non” à ma place, soit pour autoriser mon “non” par une présence bienveillante. Même quand je ne comprenais ni à quoi ni pourquoi je disais “non”.

Mais alors, nous étions au siècle dernier.

Aujourd’hui, je n’ai plus que ce que mon frère et mes cousins m’ont appris pour me défendre : un répondant du tac au tac qui assomme le pervers, et, s’il n’est pas assommé, il reste que si quelque chose dérape, j’ai le droit de lui exploser les couilles avec mon genou, et je le sais.
Je ne suis plus une enfant, et je parais “dure” (si, sous prétexte de célibat, je ne suis pas simplement réduite à un statut de “femme libérée”… pourtant, depuis Cookie Dingler on le sait, que c’est pas si facile, d’être une femme libérée), alors, les anges gardiens ont disparu. Ils jaugent, maintenant. Ils jugent, même, parfois. Jusqu’à me trouver trop émotive. Trop dure, trop émotive, va savoir…

Ce que je n’avais pas appris, parce que personne ne peut apprendre ça à personne, c’est à gérer la blessure de voir que ceux qui paraissent le plus solidaires ne sont pas ceux qui le sont vraiment. La lâcheté, c’est souvent lâcher quelqu’un, en l’occurrence souvent la lâcher elle, souvent parce qu’on culpabilise de ne pas avoir su lui éviter ça. Ils se sont tu.

Il est là, le problème profond, plus profond que les vicieux qui profitent. Il est dans le silence du monde.

Il y a quelques jours, je suis passée pour une héroïne dans le bus, parce qu’un homme apparemment souffrant mentalement, en pleine crise d’angoisse complotiste, à la limite de la violence, faisait tout un foin et que des ados se jetaient dans la gueule de son angoisse en le regardant en souriant, cachant leur peur dans de la moquerie. Nous avions tous un peu peur, mais eux étaient inconscients. Discrètement leur donner le mode d’emploi. Juste ça. Aucun adulte présent n’y avait pensé : donner le mode d’emploi du monde pour protéger ces jeunes de la violence possible. “Regardez dehors et parlez de la pluie, il n’a pas besoin de vous, il a besoin de solitude, il ne se contrôle pas, regardez dehors et parlez d’autre chose.”

Une héroïne parce que je donne une clef de compréhension et de comportement à des ados que je ne connais pas. Sérieusement, société, réveille-toi. Accuser sert, un peu. Prendre ses responsabilités, en revanche…  ça peut “changer la vie” !

 

 

être française

Une bonne année, hein. Et la santé. La santé surtout. C’est important. 2015 ne nous a pas épargnée, espérons que 2016 sera meilleure, hein…
Donc, tu vois, si c’est un terroriste, c’est pas grave si on lui enlève la nationalité française. Oui mais ça sert à quoi ? Parce que tu veux qu’ils restent français, toi, les terroristes ? t’as pas honte de vouloir qu’ils restent français ? Non, c’est pas ça, mais ça sert à quoi ? ça empêche quoi ? ça résout quoi ? Mais qu’est-ce qu’on en a à foutre de ce que ça résout ? moi je veux juste qu’ils dégagent. Mais, en faire des étrangers, ça veut pas dire les virer ; et puis, ils seront en prison pendant longtemps, quand même… ça sert plus à rien la prison, pour toi ? Nan, mais la question n’est pas là, la question elle est qu’ils ne peuvent plus rester français ! OK, et ceux qui sont uniquement français, on en fait quoi ? Ben ils dégagent aussi. OK, et ils vont où ? en apatridie ? sur la Lune ? sur Mars ?

Je l’ai déjà dit : à force de trahir nos promesses, nous n’en avions plus, nous avons trahis nos valeurs. Ce qui me rassure, c’est que je ne suis pas la seule à m’insurger: là Joxe et Quilès, là Amirshahi et là Lienemann… Ce qui m’angoisse, c’est qu’on en parle encore… ç’aurait dû être enterré il y a fort longtemps… Cela n’aurait même pas dû être envisagé : pour faire plaisir à la droite et à l’extrême droite, donner un symbole qui constitutionnaliserait l’inégalité entre français, je… Non, rien. Y’en a marre. Juste marre.

Alors tu tournes les pages du journal.
Michel Delpech est mort.

Alors tu vas sur les réseaux sociaux.
On s’insurge que Jean-Jacques Goldman soit toujours et encore la personnalité préférée des français.

Alors tu vas sur youtube, pour les écouter.
Il faut toujours revenir à la source : la rivière y est plus claire.

Une certaine idée de la France.

Parce que c’est ça Delpech, Goldman, c’est une certaine idée de la France. Mais on s’en fiche, parce qu’on n’y pense pas comme ça. Delpech, Goldman, si on les aime c’est parce que c’est “nous”. C’est tout.

La nationalité, c’est un rapport à la Nation, pas au territoire. Être française, c’est se savoir chez soi dans une ambassade française même à l’autre bout du monde. C’est savoir que la République, prend soin de moi, où que je sois : elle est attentive, protectrice. Alors là, oui : je suis la fille de ma Nation. La nationalité, ça m’apporte une appartenance, ça rend un pays responsable de moi, qu’il m’aime ou non, que je l’aime ou non. On n’est pas obligé d’aimer tous ses enfants, on n’est pas obligés d’aimer ses parents. Mais toujours, on s’appartient.

Le Peuple français vit sur toute la planète. Habitant ici, nous vivons dans le Peuple de France, il est multi-national. Et rien n’y fera. Habiter une frontière c’est trouver normal l’étranger. Vous verrez : on s’y fait. Parfois, l’étranger est même blanc et sa langue maternelle est française. Parfois, il me ressemble plus qu’un concitoyen de l’autre bout du pays. Une frontière, c’est un champs, une rivière, une colline, une rue. “L’étranger”, c’est une autre Nation mais pas un autre monde.
D’ailleurs, si tu y regardes bien, “étranger”, j’aurais pu l’être… nos grands-parents l’ont été…

Je ne sais pas ce qu’est “être français”. Non, je ne le sais pas. Pourtant, cela me tient à cœur parce que je sais ce que ce n’est pas : pour moi, c’est “ne pas être allemand”. Parce que Metz, bon… c’était chaud quand même. Et comme dit Michel Sardou : si les ricains n’étaient pas là, nous serions tous en Germanie. Surtout moi.
Je ne sais pas ce qu’est “être français”, parce que je ne demande pas leurs papiers à mes amis, ma boulangère, mon médecin. J’habite une frontière, on se croise, on se décroise. Je sais les accents des uns et des autres. Mais en fait, les luxembourgeois ont moins d’accent que les lorrains, alors on s’y perd.

Alors je cherche, pour moi, ce qu’est “être français”. Et je retourne à ce “nous” dont Delpech et Goldman parlent.
Il y a / Le Loir et Cher. Voilà. C’est ça. Il y a Le Loir et Cher. Je suis du pays où je me suis croûtée. Croûtée les genoux en tombant à vélo. Là est mon pays, ma terre, ma patrie : là où mon sang a rencontré le sol, pour de vrai, quand j’étais enfant. La France:

Il y a JJG

Pourquoi les aimons-nous tant, ces chanteurs ? Parce qu’on les connaît, nous avons grandi avec. On sait qui ils sont, on sait ce qu’ils veulent nous dire : ils nous le disent depuis des lustres. Parce qu’ils mettent en pratique leurs mots chantés. Ils parlent de “nous”, mais ils se mettent dedans. C’est pour ça qu’on les aime : ils sont dans notre “nous”, et nous mettent nous, dans le leur. Pas d’apartheid, des doutes au quotidien, comme nous. On les aime parce qu’ils nous aiment, même quand ils ne nous supportent plus. On les aime parce qu’ils sont attentifs à nous.

Et je sais que pour beaucoup de français, ni Delpech ni Goldman ne sont rien. Parce que certains de nos concitoyens ne se sont pas croûtés dans des villages près des lavoirs, les pieds dans la boue… certains se sont croûtés au pied des blocs, près des voies ferrées, derrière la station de métro et n’ont jamais vu de bébés lapins en allant jouer avec leurs copains. Pour eux, le “nous” a d’autres artistes que je ne peux pas citer parce que je les connais mal. Je ne veux pas faire semblant. Mais ces “nous” se confondent parfois, ailleurs. Une identité est une tresse entre soi et ses cercles. Il existe toujours un “nous” où s’identifier ensemble, si nous le souhaitons.

C’est la différence entre les artistes et les intellectuels. Les artistes sont dans le “nous”. Les intellectuels étudient le “eux”, même lorsqu’ils étudient leur groupe social, pour des questions d’objectivité.
C’est ce qu’a perdu la classe politique : être dans un “nous” et voir le “eux”. On refuse d’être estampillés “professionnels de la politiques” comme si c’était une insulte. Ce n’en est pas : c’est un constat, à nous de le rendre positif. Mais le pire, c’est qu’on ait arrêté de s’inclure dans le “nous” du Peuple alors qu’on ne sait plus lire le “eux” du peuple. Nous sommes des professionnels sans outils, sans main, sans pensée.
Nous avons, à force de pensée unique, de cercles de la raison, d’exclusion des uns et des autres, d’exclusion de tout Autre, perdu la Pensée, perdu la Raison, perdu nos visions.

Aujourd’hui, on continue. On exclue. On pense à exclure. On est embêtés de savoir comment réagir, parce qu’il ne faudrait pas déranger le pouvoir. Mais arranger les choses, on ne sait pas comment faire et apparemment, le Pouvoir non plus. Alors le monde s’enferme dans son aveuglement, il se crispe, on simplifie. Binaires, nous devenons simplistes, nous devenons bêtes.

On veut du neuf. On a Juppé et Attali.
On veut du vrai. On a du Coca Life.
On veut de l’espoir. On a de la peur.

Il faut sortir de là. Sortons. Chacun, sortons. Allons voir, chez Laurette, parce qu’On voyait bien qu’ell’ nous aimait beaucoup…

 

La Fin du Déni

Antigone 1Aujourd’hui, je pleure.
Depuis hier en fait…

Pas à cause des élections mais à cause de la réponse (non) faite après ces élections.
Je suis fatiguée du déni. Le pouvoir nie alors qu’il devrait révéler. Nier, c’est faire disparaître. Je me souviens d’une prise de parole du Premier Ministre, notre camarade Manuel, venu annoncer à la tribune du Conseil National, fin 2014 “La Gauche va mourir”. Quelqu’un dans la salle a scandé “et c’est toi qui la tue”.
Nous savions. Nous savions tout. Et nous avons laissé faire.

Je ne vais pas vous parler des frondeurs. Depuis octobre 2012 ils sont sur le pont, ils sont épuisés. Mais ils sont loyaux et dignes. S’ils écoutaient les militants qui les soutiennent, ils demanderaient la démission de Manuel Valls voire celle de François Hollande, tant on n’en peut plus sur le terrain des trahisons aux promesses voire aux valeurs, et du regard des citoyens qui les accompagne, et ce depuis le résultat cataclysmique des européennes juste après celui catastrophique des municipales. Mais non, ils sont socialistes, ils passent par les instances.
Instances qui nous trahissent mais qu’il ne faudrait pas trahir.
OK.

Non, je vais vous parler des 289 (- 11 à 43) députés socialistes élus sur un programme et qui ont voté :

  • Le traité Merkozy et son pacte de stabilité et ses instances européennes antidémocratiques
  • L’ANI et sa flexi-sécurité
  • Le Pacte de Responsabilité et son CICE (que même l’UDI et la CGPME trouvaient injuste et inefficace !!)
  • La Loi Renseignement et ses folies sécuritaires
  • L’Etat d’urgence et la création d’un nivellement de la citoyenneté française…
  • ad lib…

Chers camarades députés qui écoutez avec tant de loyauté le gouvernement, comprenez ce qu’il se passe chez nous, dans nos vies, dans le démantèlement de nos valeurs. Et demandez-vous si vous allez assumer cela jusqu’au bout ? Parce que moi je n’en peux plus de vous dire qu’il faut que cela cesse. Là, les prochaines élections sont les vôtres. Et je ne sais pas si je me déplacerai pour vous. J’en ai marre de donner du pouvoir à des gens qui refusent de l’exercer. A des gens qui abandonnent, qui nous abandonnent. A des gens qui obéissent à ceux qui ont été nommés, alors que cela va à l’encontre des promesses faites à ceux qui les ont élus.

 

Si moi, simple rien, j’ai réussi à résister à des pressions hallucinantes la semaine dernière, à des mensonges et de la culpabilisation à outrance, à des menaces qui venaient des plus hautes sphères du pouvoir, chers camarades parlementaires, vous, vous allez y arriver aussi. Ou vous n’êtes pas faits pour représenter un peuple qui souffre et qui garde, malgré tout, nos valeurs en amour.

 

A force, nous n’avions plus de promesse à trahir,
nous avons trahis nos valeurs.

Antigone 2

Parce que non, le Peuple de Gauche ne vote pas Front National. Mais il ne vote plus socialiste. Et il n’a pas tout à fait tort.
Si je me suis inscrite au Parti Socialiste, c’est parce que j’étais socialiste. Pour moi, être socialiste, c’est juste penser que un être humain = un être humain, et le mettre en place.
Aujourd’hui, le pouvoir crée une sous caste de citoyens : les français binationaux nés français. Être socialiste, ce n’est pas ça. Être socialiste, c’est assumer. Assumer même les pires de nos concitoyens, parce qu’on nettoie nous-même nos merdes. Sinon, nous ne sommes plus une Société, nous ne serions même plus inscrits dans une civilisation. A la limite, on serait une entreprise : on vire ceux qui sont mauvais. Un pays n’est pas une entreprise : on ne choisit pas nos concitoyens, on ne choisit que nos politiques. Et notre pays ne mérite pas cela.

 

J’aime la France

 

J’aime la France, même quand elle est moche. Je n’ai de leçon de patriotisme à ne recevoir de personne. Je dis “on a gagné” quand l’Equipe de France gagne (de foot, de rubgy, de ski, de natation…) Je frissonne aux sons de la Marseillaise.
Comme j’aime la France, je veux qu’elle transforme l’Union Européenne. Je veux qu’elle construise une réelle démocratie en Europe contrairement à cette gestion par commissions contre les avis des élus, contre les populations, contre l’Humanité même, parfois.
Comme j’aime la France, je veux qu’elle reste la tête de prou des Droits de L’Homme, l’exemple universel qu’elle voudrait être, qu’elle ne recule en rien sur sa devise LIBERTE EGALITE FRATERNITE. Il n’y a rien avant cette devise. Rien de plus important que cette devise. C’est la base, le socle inaltérable. Nous l’avons déjà altérée dans l’histoire, nous y avons beaucoup, beaucoup perdu.
Comme j’aime la France, j’aime autant ses campagnes que ses villes, ses puits que sa fibre optique. Parce que c’est tout, ou rien. Quand on aime la France, on la regarde comme elle est, et sans rougir :

évo voix du FN ds circos

 

Je veux tout tout de suite et que ce soit entier
ou alors je refuse.

Je suis fatiguée des dénis.
Je suis fatiguée des mépris.

Non, le Front National n’est pas le “FHaine”. Bien sûr, dedans, il y a des néo-nazis, des identitaires, il y a de bons gros racistes, des connards et des blaireaux. Mais les gens qui votent pour eux ne sont ni haïssant ni haïssables. D’ailleurs certains ont souvent voté pour nous, avant. Ils veulent savoir pour quoi ils votent. Pour qui. Ils veulent des chefs, pas des biaiseux. Ils trouvent des chefs là où ils sont. Mais dans nos voisins, dans nos familles, nous avons tous des électeurs FN. Et bien, ils sont bougons, mais souvent tristes. Pas haineux.
Ils aiment notre pays, et ont peur.
Nous les avons créés, ceux-là. Nous devons assumer et les aider.

Mais ceux dont on ne parle jamais, ce sont ceux qui pensent “voilà, ce point-là fait que je ne voterai plus jamais PS. Alors je ne voterai plus : voter n’a plus d’issue.”
Ceux-là sont mes amis. Mes chers amis. Ceux que j’aime. Ceux avec qui je passe du temps. Nos “vacances” sont des festivals où on sue pour le plaisir, pour le public. Nos “soirées” sont des concerts où on porte des chaises, des flight-cases, des projecteurs pour le plaisir, pour le public. Nos “projets” sont bénévoles et fous, pour le plaisir, pour le public. Nous sommes aussi la Gauche. Celle qui vit sa gauche au quotidien mais ne la pense pas forcément. Celle qui n’a pas besoin d’y penser. Nous vivons selon nos valeurs, pour des actions qui nous dépassent, sans ambition majeure sinon la Beauté et l’Autre. Si je ne m’étais pas engagée au Parti Socialiste, je serais sans doute comme eux : je ne voterais plus.

Mais je ne m’engage jamais à demi. Je suis dedans, et je vous le dis : ils ne votent plus pour nous. Et pourtant, souvent, ils l’ont fait. Mais ils ne nous croient plus et ils ont raison : nos actions ne sont plus dignes de nos idéaux. Souvent, nous n’avons même plus nos idéaux en tête.

Antigone 3

 

Nous le payons, collectivement. Si vous croyez vous en sortir, sachez que vous échouerez. Et que vous y aurez, en plus, perdu votre honneur.

Des hommes et des femmes, anciens élus, sans idéaux et sans honneurs, voilà ce qu’il restera du Parti Socialiste si vous vous entêtez dans ce déni globalisé. Et la Gauche ne sera plus qu’une utopie, qu’une alternative à la société. Ce ne sera plus une politique possible. Le Peule souffrira, et la Gauche n’existera plus. La classe politique commencera au Centre, donc à droite. Et il n’y aura quasi plus de députés de gauche dans l’hémicycle. Oui, même vous, vous risquez d’y passer.

En 3 ans, nous serons passés de “il y a d’autres politiques possibles” à “il n’y a plus de politique possible du tout”, et vous en serez responsables, par votre silence.

“Nous ne laisserons pas le Parti Socialiste à ceux qui ne le sont plus”, allez, soyez socialistes : levez-vous !

EUROPE

Hier soir, j’étais tranquillement à un pique-nique au bord de la Seille. C’est une jolie rivière, la Seille, rivière toute mosellane. Donc rivière qui fut française, allemande, française, allemande… Du coup, c’est un petit bout de rivière qui est très européen.
Autour de la rivière, il y a des villages, des champs… et puis elle traverse des villes. Elle va jusqu’à Metz. Elle a créé Metz, un peu. Un tout petit bout de rivière se jette dans une autre et voilà : un confluent. Alors, Metz s’est créée sur une colline sur ce confluent. Plus de 2000 ans d’histoire grâce à ce petit bout de rivière.

IMG_20150711_211933Hier soir, j’étais hors de l’actualité, et j’ai oublié de regarder comment l’Europe tombait.

Ce matin, j’ai mal à mon Europe.

Ce n’est pas une bataille franco-allemande. C’est une bataille gauche-droite. Et la droite allemande est très forte. Et la gauche allemande ne l’est pas assez.
Le problème est de ne plus savoir ce qu’est la gauche et ce qu’est la droite car au temps de TINA nous sommes perdus. Nous avons peur.vice-versa peur

Cette fichue peur qui nous assaille, qui nous fait confondre “réalisme” et “droite”, c’est juste le libéralisme. Pour s’implanter, il a besoin que nous ayons peur.

Nous essayons donc le libéralisme, l’individualisme et l’ordo-capitalisme depuis une bonne quarantaine d’années… et nous en sommes là. Encore. Nous essayons de voir quelle est la peur qui fait le moins peur pour décider du moins pire des chemins possibles.

Je ne veux pas d’une société où la Peur serait notre seul guide. Ce n’est pas ce monde où je veux vivre, ce n’est pas ce monde que je veux construire pour mes enfants.

viceversaAlors, je choisis la Colère, le Dégoût, la Tristesse et la Joie pour m’accompagner. Je choisis de suivre ceux qui construirons quelque chose de nouveau, que nous n’avons pas encore essayé : une Europe des Peuples et non des économies.

 

Je veux bien risquer gros pour des Peuples. Je ne veux pas perdre mon âme pour l’économie.

Hier soir, je faisais un pique-nique avec des amis, au bord d’une rivière qui pourrait en parler gros de la haine des peuples européens quand l’un tente de prendre le dessus sur l’autre. Une rivière qui a vu le sang couler, sur plusieurs générations. Une rivière où hier, malgré le bordel institutionnello-technocratico-politique, une moissonneuse moissonnait et des amis riaient.

Ce combat, là, ce n’est pas un combat de certains pays contre d’autres. C’est de la Politique. C’est un rapport de force pour un choix de société. C’est un combat entre la droite qui se pense toute puissante et ne voit pas sa propre chute, et la gauche qui doit arrêter de ne pas avoir confiance ses idées.

 

A Gauche Pour Gagner étape 1 : Retrouvailles

Off Conf de Presse CNPS motions

Guedj – Hamon – Filippetti (c) Sebastien Calvet pour Libération.

Retrouvailles.

Des sourires.
Je ne veux retenir que les sourires.
Et les rires.

Rires d’avoir réussi une mission périlleuse : avoir une équipe.
Rires de retrouver des frères d’armes, de l’officialiser.
Rires de savoir que l’on risque de mourir au combat mais que nous mourrons tous armes à la main. [C’est figuratif, soyons clairs, la politique n’est pas SI violente.]

Des rires, et des sourires. Parce que nous croyons vraiment à ce que nous défendrons, défendions, défendons. Juste vraiment. Dans un sentiment de vrai. Non pas de Vérité incarnée, non, juste de vrai, de réel, de concret, de tangible, de toujours là, d’immuable. Le point de non-retour fut atteint, nous ne le franchîmes pas. Nous nous tînmes pour ne le pas franchir. Nous y parvînmes et de notre côté du gué, nous regardâmes qui il restait, et nous sourîmes.
Nous sommes vivants.

A Gauche Pour Gagner succède à Vive La Gauche.
Nous sommes vivants, c’est sûr. Et un Être de Gauche vivant ne s’arrête pas avant d’avoir gagné. Coûte que coûte, vaille que vaille.

J’ai vu cette force dans nos sourires. J’ai vu des étincelles dans nos yeux.

Ce n’est pas l’idée de choisir entre 5 et 12 dimanches ouvrés.
Ce n’est pas l’idée d’être pour ou contre le fait d’aider les entreprises.
Ce n’est pas l’idée de plus ou de moins de service public.
C’est au-delà de ces idées précises, où des compromis pourront être trouvés.

C’est : pour quoi nous sommes nous engagés en politique ? et pourquoi avons-nous choisi le Parti Socialiste ? pour quoi ?
Ces réponses, nous n’en avons pas beaucoup parlé. Nous sommes cette équipe-là non pas parce que nous avons négocié ou tergiversé, mais parce que nous avons refusé, chacun et tous, un par un, d’avancer un pas de plus.

1 2 3 soleil. Nous nous sommes arrêtés.

La ligne infranchissable fut le renoncement. THERE ARE SO MANY OTHER ALTERNATIVES ANYWHERE, ANYWHEN ! JUST THINK !

11 avril 2015.

11 avril 2015.

Alors, il faut lister les renoncements, argumenter, expliquer, convaincre.
Convaincre.

La Gauche n’est pas morte, elle déserte simplement le champ politique et électoral.
28 jours de grève à Radio France, pour nous. Pour sauver notre intelligence, notre curiosité, nos oreilles. Et le faire pour la dignité des faibles, dans un esprit de corps.
Vous croyez que la Gauche est morte, pensez à eux et dès demain, écoutez-les encore plus.

Non pas pour eux, mais pour vous.

La Gauche n’existe pas en bloc. Elle agrège. Comme elle agrège, elle est belle et riche, mais risque de se désagréger. Alors, alors elle donne l’impression de mourir car on ne la voit plus dans le magma d’expressions de droite si monolithe.

Nous sommes informatables.
Nous sommes des formes.
Nous, Peuple de Gauche, n’avons pas vocation à diriger un pays, mais à changer le Monde. Dans ce Peuple de Gauche, certains décident de changer le Monde en dirigeant un territoire. Certes. Mais ils ne sont pas les seuls à vouloir et pouvoir changer le monde. Et nous sommes vous, nous, eux, tous, interdépendants.

L’unicité est plastique. Nous sommes bois, eau, terre, feu.

Nous sommes vivants.

Nous nous relevons, doucement, de quatre coups sur la tête consécutifs. C’est dur de perdre. Non pas parce que vous perdez, mais aussi, surtout, parce que vous savez quelles politiques vont être mises (ou démises) en place par vos successeurs. Vos projets vont être jetés. Vos avancées sociales, petites ou grandes, vont être rétrogradées. Alors, oui, 4 claques.

151 villes perdues
13 députés européens sur 77
le Sénat
31 départements sur 100
Quatre claques qui font mal.

Donc voilà. Après 1, puis 2, puis 3, puis là 4, nous ne franchirons pas la ligne du renoncement à nos idéaux.
Nous avions un programme qui n’était pas fantasmagorique en 2012. Tenons-le. Nous avions des projets, des idées d’égalité, de Justice surtout. De protection des faibles qui en manquent tant. Nous avions ces idées-là. Nous les avons toujours.
Pas besoin de redessiner un ADN, nous nous sommes regardés dans les yeux à cette réunion de constitution de motion, ces idéaux étaient toujours là, et n’étaient toujours pas devenus extravagants.
Et nous nous battrons pour les faire vivre.

NOUS, ce n’est pas défini. Nous, c’est sans doute vous aussi. Ou toi, camarade.

Nous, ce sont ceux qui ne feront pas un pas de plus vers l’abîme. Ceux qui veulent cesser d’abîmer notre cœur. Nous, c’est ouvert. Nous, c’est le lien entre la parole et l’acte.

http://agauchepourgagner.fr/signez-la-motion-b-a-gauche-pour-gagner/

A Gauche Pour Gagner

La culture est un combat et c’est le nôtre.

[Contribution sur le thème de la culture, rédigée par Frédéric Hocquard, Nicolas Cardou, Charlotte Picard, Martine Chantecaille… pour le Congrès de Poitiers du Parti Socialiste.]

Renouer, reprendre langue, refonder… Ces mots n’ont cessé de revenir ces dernières décennies quant aux politiques culturelles en France. Nous avions nous-mêmes porté cette ambition haut et fort pour maintenir l’investissement dans la culture et dans le débat public avant l’élection présidentielle, ambition que le candidat Hollande endossa lui-même en janvier 2012 : « La crise ne rend pas la culture moins nécessaire, elle la rend plus indispensable. La culture, ce n’est pas un luxe dont, en période de disette, il faudrait se débarrasser. La culture c’est l’avenir, c’est le redressement, c’est l’instrument de l’émancipation et le moyen de faire une société pour tous. »

Au-delà des mots et des discours officiels, trois ans après le début du quinquennat, malgré des tentatives initiées par la Ministre de la Culture, ces promesses n’ont pas été tenues faute d’arbitrages budgétaires perdus et d’une mauvaise réforme de l’intermittence. La vie culturelle en France recule si vite, en laissant tant de projets et de territoires étouffer, quand ils ne meurent pas, que cela devient petit à petit irréparable.

Ce fossé traverse la société, la culture n’en est pas en soi la cause exclusive pourtant elle y participe. Alors que la fraternité réapparaît au grand jour des valeurs à réaffirmer, les pratiques culturelles sont devenues plus clivantes et sans doute plus discriminantes qu’elles ne l’étaient auparavant suivant les catégories sociales, professionnelles, suivant là où nous vivons et l’âge que nous avons. Sans doute que le gouvernement n’a pas pris la mesure du fossé qui s’est creusé depuis des années, il n’a assurément pas pris la mesure de l’ambition qui animait le socialisme.

A cela s’est ajouté la tentative de réduire la culture au silence dans des pays dits démocratiques, jusqu’en Europe, de la Russie à la Hongrie, où l’on attaque directement ou indirectement la presse, les intellectuels puis les lieux d’art et de culture. En France c’est la pression régulière de groupes intégristes qui veulent interdire la tenue de spectacles. C’est aussi des dessinateurs et des caricaturistes qu’on assassine…

La censure doit être une préoccupation de tous les temps et le nôtre y est confronté. Nous savons ainsi que lorsque le FN prend la tête d’une collectivité, ses premiers combats sont culturels allant des suppressions de subventions aux associations, aux livres et journaux interdits ou imposés dans les bibliothèques en passant par les rues débaptisées ou la volonté de fermer des théâtres. Et cette tentation gagne la droite qui sous la pression du Printemps français demande à retirer des livres pour enfants des bibliothèques, des films ou des spectacles qui dérangent leur vision archaïque de la société ou même interdire des festivals de musique métal…

Plus insidieusement, on voit aussi depuis les élections municipales, des politiques s’ingérer dans les programmations et au nom du « populaire » mettre en péril toute ambition créatrice, novatrice, émancipatrice… La gauche doit donc rappeler avec force que le rôle du politique est de soutenir les créateurs sans les soumettre à sa dictée, de faciliter les rencontres des citoyens avec les œuvres et les pratiques culturelles sans vouloir les contrôler, de favoriser la découverte d’univers inconnus sans craindre l’altérité, la diversité et la nouveauté.

Et bien sûr il faut « tenir bon » ! Tenir bon face aux stratégies de la peur, tenir bon face aux populismes, tenir bon et donc ne pas s’autocensurer !

 

Ainsi, dans cette nouvelle période la question de la liberté de la création est de nouveau posée car ces censures ont toutes le même but : faire disparaitre la dimension subversive de la culture, le rôle social de l’art. Les démocrates savent que ce silence est dangereux ; pour les socialistes, il est insoutenable. Il nous rappelle à nos combats fondateurs, ceux que nous avons menés et menons encore contre le fascisme, contre l’exploitation humaine, contre les inégalités et les communautarismes, contre l’oppression. Mais on oublie parfois que le silence commence là où des festivals s’arrêtent et où des théâtres ferment faute de financement public.

Face à cela, la gauche et les socialistes se doivent d’agir. Pour redonner de l’espoir et surtout parce que la culture est l’humus sur lequel se construit l’émancipation humaine : sans peuple cultivé et éduqué, pas de transformation sociale durable.

 

Ainsi, nous proposons à travers cette contribution de donner des axes de réflexions, des propositions afin de réarmer le projet culturel et démocratique de la gauche.

 

  • La culture n’est pas une marchandise comme les autres

 

La transformation de toute activité humaine en marchandise continue d’être le moteur principal de notre système économique. Comme pour d’autres domaines d’intérêt général, ces dernières années ont marqué une marchandisation galopante des pratiques culturelles, de grands groupes américains ont profité de la révolution technologique pour s’approprier les outils de distribution et donc de profits sur les œuvres. En France et en Europe, nombreuses ont été les tentatives de casser les échelles de valeur et de redistribution qui avaient été créées tout au long du 20ème siècle : la fameuse exception culturelle.

De ce fait, la part de la valeur créée par la culture en France est désormais en baisse. Cette richesse a tendance à franchir l’Atlantique plutôt que de participer du système redistributif français. Si nous n’y prenons garde, à coup de contournements de la règlementation, de défiscalisation et de pression au niveau de l’Europe, Amazon, Google et Apple auront bientôt mis en pièce notre exception culturelle. En 2003, le « PIB culturel » était à 3.5%, il est aujourd’hui de 3.2% pour 57.8 milliards d’€. Les baisses de budget n’expliquent pas tous, une partie de cette richesse a traversé l’Atlantique. L’investissement que nous mettons dans la culture produit naturellement une richesse financière que nous devons préserver tout autant, si ce n’est plus, qu’une précieuse diversité culturelle.

 

Pour ce faire, quelques batailles ont été gagnées (comme sur le traité transatlantique) mais sur d’autres fronts, nous laissons faire comme si le marché était en mesure de réguler l’offre et la demande… Le discours de Fleur Pellerin, la Ministre de la culture, à l’occasion des 24ème Rencontres cinématographiques de Dijon en octobre 2014 est de ce point de vue inquiétant : le vocabulaire artistique, de création laisse place aux champs lexicaux du marché et de l’industrie, plus question d’œuvre mais de contenu. L’enjeu deviendrait la rareté de la disponibilité d’attention. Pire, dans ce discours, la puissance publique n’y est plus décrite comme organisatrice ou régulatrice de la filière culturelle, mais comme un agent économique comme un autre…

Nous pensons au contraire qu’il faut affirmer le besoin de redynamiser les politiques d’intervention publiques dans le domaine des arts et de la culture. Elles reposent sur trois principes : un financement public, des mécanismes de régulation du marché et des outils de partage de la valeur. C’est fort de ces principes qu’il nous faut inventer un nouveau modèle pour les politiques culturelles.

 

2- Réhabiliter le commun, la responsabilité sociale et la coopération dans le champ culturel

En plus de la protection des œuvres et des artistes, c’est la nature même de ce que nous appelons culture qu’il faut donc défendre en revendiquant que l’art et la culture pour nous ne se réduisent pas à la seule fonction divertissante. Ils disposent au contraire d’un rôle social, émancipateur, produisant un espace de création, de critique, d’éducation, de partage entre les êtres humains.

S’opposer à la marchandisation de la culture implique d’envisager le fait culturel comme un élément producteur de commun et donc de République. Si, au lieu de se poser la question de l’ouverture des commerces et des supermarchés le dimanche, nous nous posions la question de l’ouverture des bibliothèques, des musées le dimanche ou le soir, ne remettrions-nous pas le service public comme une solution, comme un espace à partager ?

Nos vies professionnelles comme familiales souffrent de trop de performance et de rentabilité. Générer des espaces pour créer et être en relation, c’est une mission qui relève d’une société démocratique et laïque. Si l’œuvre permet de construire un lien entre passé, présent et futur, d’installer la société humaine dans la permanence (comme disait Hannah Arendt), la pratique artistique porte aussi ses valeurs socialisatrices et émancipatrices. La séparation qui s’est trop souvent opérée entre œuvre d’art et pratique artistique s’est doublée d’une opposition entre professionnel et amateur. Il n’y a pas d’opposition, il y a des complémentarités à trouver, à construire, à porter.

Cela implique sans doute de questionner à de nombreux endroits la relation entretenue avec les habitants et les acteurs culturels en créant de nouveaux espaces d’échanges et de confrontation. La question de la relation entre les initiatives culturelles et les populations ne peut plus se satisfaire de voir l’augmentation de l’offre profiter à certaines catégories sociales ou générations. Nous devons non pas simplement ouvrir les portes, mais faire sauter les préjugés sur les catégories de population autant que sur les institutions culturelles, donner une place à toutes les expressions culturelles, celles issues des langues et cultures régionales comme celles issues de l’ailleurs ou de la contemporanéité.

 

3- Restaurer une ambition démocratique pour la culture qui ne se cantonne pas à la démocratisation

Il faut se parler et s’écouter pour se comprendre. Créer du commun implique d’élaborer plus largement les politiques publiques dans la transversalité mais aussi de mettre en relation des mondes sociaux qui interviennent dans la culture et ont été artificiellement cloisonnés. Co-construire ces politiques en transversalité et dans l’association des acteurs et des élus notamment aux travers de conférences territoriales, soutenir et réinventer les réseaux professionnels, donner une place à la parole des usagers : voilà qui permettra de sortir des routines professionnelles et administratives, de faire que les questions artistiques ne se restreignent pas à un univers d’experts et de renouveler les pratiques sans pour autant assujettir le secteur culturel aux seules problématiques sociales.

Pour cela, nous avons besoin d’artistes et de médiateurs partout ; c’est là une priorité à fixer notamment dans la coopération entre les collectivités et l’Etat. Et de ce point de vue, la baisse des budgets publics a eu des conséquences plus fortes sur les territoires où la présence de l’art et de la culture est plus fragile (banlieue, territoires ruraux…).

L’éducation artistique et culturelle n’a par ailleurs pas trouvé le souffle qu’avait permis par exemple le plan Tasca-Lang ; il est impératif de donner une place forte aux pratiques culturelles dans la réforme des rythmes scolaires en positionnant les services publics (bibliothèques, conservatoires…) comme les associations et lieux culturels. Pour pouvoir mieux agir, il faut aussi prendre en compte la montée en puissance de l’intercommunalité comme un enjeu déterminant dans la capacité à constituer des projets culturels sur des échelles territoriales nouvelles et plus adaptées aux espaces de vie, ce qui implique un accompagnement des Départements et des Régions. De même, les métropoles constituent une opportunité tant pour que des politiques culturelles spécifiques puissent être menées dans les quartiers (reconsidérant la culture comme un élément de politique de la ville) que pour que des complémentarités puissent être constituées avec des territoires périurbains et ruraux.

Promouvoir la diversité des expressions passe aussi par la diversité des personnes qui les font. Comme les deux Ministres de la Culture de gauche l’ont initié, la puissance publique doit donner l’exemple de cette représentativité aux postes clefs des institutions culturelles et des productions aidées. La marge de progression est large pour une féminisation, mais aussi pour une présence plus visible à des rôles ou des postes importants des personnes issues de l’immigration, même de la 2è, 3è et maintenant de la 4è génération. Démonter les préjugés culturels émaillant notre société permettra à chacun de faire des choix éclairés et non dirigés.

 

4- Mieux repartir la richesse dans les filières culturelles.

En 2003, le « PIB culturel » est, selon le MCC de 3.2% pour 57.8 milliards d’€. Les richesses y sont de plus en plus mal reparties et la concentration des moyens économiques est à l’œuvre.

Ainsi dans le cinéma, les salaires des quelques vedettes s’envolent et le CNC essaye tant bien que mal de réguler les budgets. Il en va de même dans la musique où le récent rapport de Christian PHELINE montre un secteur dénué de transparence, où faute d’autorégulation, notamment de la part des maisons de disques, les profits ont tendance à se concentrer entre quelques mains au profit du plus grands nombre et au détriment des artistes.

Il est urgent de répartir autrement la valeur dans la filière en modifiant les clefs de répartition de l’argent public (priorité à l’emploi et l’éducation artistique, à la transmission…), mais surtout en mettant en place des mécanismes de transparence, de meilleures gestions collectives afin de garantir la diversité artistique.

Gardons-nous que cela ne finisse comme dans le football, où, après l’arrêt Bosman et une coupe du monde remportée à la maison, on a connu une inflation délirante des salaires d’une minorité de footballeurs, des exilés fiscaux et une crise dans le football français.

 reb samen

 

Les travailleurs de la culture sont aussi des travailleurs à protéger.

Le régime de l’intermittence du spectacle n’est pas un statut d’artiste. C’est la possibilité pour les salariés du spectacle (artistes ou techniciens) de participer à la solidarité nationale des travailleurs en cotisant, puis le cas échéant, en bénéficiant de l’assurance chômage.

Depuis 2003, la vie des intermittents du spectacle travaillant dans des petites structures s’est grandement précarisée. Après la forte mobilisation de l’an passé, les intermittents commencent à être entendu après que le Premier Ministre ait promis d’entériner par la loi ces deux annexes que le MEDEF tente de faire disparaître à chaque négociation UNEDIC. La loi sur la création artistique doit être l’occasion d’un débat plus global sur les statuts des créateurs en confortant notamment les conditions de rémunération des auteurs et artistes plasticiens dont les activités ne sont que partiellement prises en charge par les lieux de diffusion.

Par ailleurs, le droit d’auteur est encore bien souvent mis à mal (des plateformes de partage sur internet au non-paiement ou non rétribution malgré le paiement de ces droits…) Nous devons le renforcer et le rendre plus simple d’accès pour les artistes et créateurs.

Il est certain que pas à pas s’est dessinée une culture à deux vitesses avec d’une part des groupes de l’industrie du spectacle cotées en bourse et de l’autre des artistes dont le travail et l’emploi reposent sur des structures associatives. Il ne faudrait pas croire que sous prétexte d’une forte valeur sociale, le travailleur culturel n’ait pas à avoir un revenu décent pour une vie décente. Ces emplois qui font la culture de proximité (donc sont ceux qui traversent nos politiques culturelles locales, comme l’éducation artistique et culturelle, les festivals estivaux etc…) ont besoin de systèmes inventifs quant aux modèles économiques qui les supportent. Des groupements d’employeurs aux coopératives, de l’apprentissage à l’entreprenariat social, des sociétés de redistribution de taxe parafiscale aux fonds d’aides à l’emploi (comme celui sur les cafés cultures)… les initiatives se développent pour accompagner différemment les métiers de la culture.

Le monde de la culture ne demande qu’à nous (re)montrer la voie de la coopération et du partage, souvent mis à mal par nos propres politiques pour des questions de champs de compétences ou de territoires. Sachons les écouter. Souvent, ils utilisent ce principe de Fraternité inscrit dans notre devise.

 

5- Faire de la révolution technologique une opportunité et non un problème

Les activités culturelles sont prises dans le maelström de l’évolution des technologies de création et de diffusion de l’art. De la même manière que l’invention de l’imprimerie ou celle de la photo et du cinéma, de la télévision et de la radio, ont bouleversé le mode de diffusion de la pensée entre les êtres humains, internet et la dématérialisation des supports ont modifié le statut des œuvres et des artistes. Leurs effets sont complexes : ils ont accentué l’individualisation des pratiques culturelles et la concentration économique de l’offre. L’accumulation des écrans n’a pas tué les salles de cinéma ou de concerts, ou même les musées ; il arrive même parfois que « plus on surfe, plus on sort ! ». Il n’y a pas à être pour ou contre les révolutions industrielles, mais il faut les accompagner. C’est donc dès l’école que cela se joue, c’est aussi dans les missions de service public confiées aux télévisions et radios.

En 2013, la mission Lescure avait essayé et réussi le périlleux exercice d’équilibre proposant de (ré)concilier les droits des créateurs et les droits des publics, sans pour autant tomber dans l’écueil de l’immobilisme. Il proposait notamment de rapprocher les revenus de la culture aux systèmes actuels de dématérialisation des supports. En effet, il est plus simple de taxer les pratiques de transferts d’œuvres actuelles (la possibilité de téléchargement) que d’interdire ces pratiques. A travers sa fameuse contribution sur les tablettes, il proposait de faire remonter de la valeur dans la chaîne de production de la culture, redynamisant par la même les principes redistributifs de celle-ci. Enfin, ce rapport se proposait de développer les licences sous creative commun afin de travailler sur la construction d’un véritable domaine public sur le net.

Ce rapport n’a malheureusement pas été suivi d’effet et quasiment aucune mesure n’en a été traduite ne terme de loi ou de règlementation.

Il est pourtant nécessaire, en matière de politique culturelle, de ne pas aller contre la modernité, mais de l’accompagner.

 

6 – Pour un nouveau Federal One

Lorsque dans les années 30, le Président des Etats-Unis mit en place des politiques volontaristes pour sortir son pays de la crise, il ne se contenta pas d’une politique de relance économique. Il lança aussi un vaste plan pour la vie culturelle de son pays : le Federal One. L’idée était de remettre une grande nation sur pieds, après avoir été projetée contre le mur de la finance qui s’écroule, pour retrouver un dessein commun.

70 ans plus tard, alors que notre pays connait une crise économique dont elle ne voit pas l’issue, et que vient guetter comme souvent la crise morale et citoyenne : lançons un Federal One en France et en Europe !

 

Celui-ci pourrait s’articuler autour de 10 points d’urgence.

AGIR.

  1. Augmenter la part de la richesse créée que l’on consacre à la culture, aux niveaux national et local, en revenant au 1 % du budget consacré au ministère de la culture et en garantissant aux collectivités territoriales les marges d’action nécessaires. Augmenter le budget que l’Europe consacre à la culture.
  2. Ouvrir une réflexion large sur le statut de l’artiste et adopter, enfin, une réforme efficace et juste du régime de l’intermittence, sur la base des propositions du comité de suivi.
  3. Faire de la réforme territoriale une chance pour la culture en préservant la clause de compétence générale et les moyens donnés aux collectivités. Et instaurer des conférences territoriales de la culture rassemblant élus, citoyens, professionnels de la culture, qui permettront d’impulser des projets de coopération culturelle sur les territoires.
  4. Faire de l’éducation artistique et culturelle un chantier prioritaire des ministères de l’éducation nationale et de la culture, doté de véritables moyens et pensé en cohérence avec la réforme des rythmes scolaires. Et pour inciter les artistes à intervenir dans les écoles, les rémunérer sur la base de cachets artistiques.
  5. Inventer de nouvelles formes de diffusion sur les territoires où manquent les équipements culturels, afin de garantir l’accès de tous au service public de la culture, notamment en travaillant avec les équipes artistiques sur des temps longs et en utilisant les ressources du numérique.
  6. Faire de la responsabilité sociale dans le champ culturel, un objectif partagé par tous avec comme condition donnée aux moyens et aux missions de service public des critères d’évaluations renouvelés qui prennent en compte les réalités locales, la participation des habitants et des partenaires éducatifs, sociaux et économiques…
  7. Proposer au niveau local et national de nouvelles organisations économiques des activités culturelles (avec les groupements d’employeurs, avec l’entrepreneuriat social et coopératif…) et promouvoir les réseaux interprofessionnels aux échelons locaux et nationaux.
  8. Construire l’Europe de la culture en y relevant le défi du numérique, par une stratégie européenne de diffusion et de protection des œuvres et des auteurs, pour lutter contre l’agressivité des multinationales nord-américaines.
  9. Engager une réforme en profondeur de l’audiovisuel français, en conditionnant les aides publiques, et en investissant dans la création par des contributions nouvelles, comme celle des services communautaires du Web ou une taxe sur les appareils connectés.
  10. Soutenir l’ouverture sur le monde en redonnant corps aux coopérations culturelles internationales, notamment à partir du réseau des alliances et des instituts français, et en inventant de nouveaux outils pour promouvoir la francophonie.