La Fin du Déni

Antigone 1Aujourd’hui, je pleure.
Depuis hier en fait…

Pas à cause des élections mais à cause de la réponse (non) faite après ces élections.
Je suis fatiguée du déni. Le pouvoir nie alors qu’il devrait révéler. Nier, c’est faire disparaître. Je me souviens d’une prise de parole du Premier Ministre, notre camarade Manuel, venu annoncer à la tribune du Conseil National, fin 2014 “La Gauche va mourir”. Quelqu’un dans la salle a scandé “et c’est toi qui la tue”.
Nous savions. Nous savions tout. Et nous avons laissé faire.

Je ne vais pas vous parler des frondeurs. Depuis octobre 2012 ils sont sur le pont, ils sont épuisés. Mais ils sont loyaux et dignes. S’ils écoutaient les militants qui les soutiennent, ils demanderaient la démission de Manuel Valls voire celle de François Hollande, tant on n’en peut plus sur le terrain des trahisons aux promesses voire aux valeurs, et du regard des citoyens qui les accompagne, et ce depuis le résultat cataclysmique des européennes juste après celui catastrophique des municipales. Mais non, ils sont socialistes, ils passent par les instances.
Instances qui nous trahissent mais qu’il ne faudrait pas trahir.
OK.

Non, je vais vous parler des 289 (- 11 à 43) députés socialistes élus sur un programme et qui ont voté :

  • Le traité Merkozy et son pacte de stabilité et ses instances européennes antidémocratiques
  • L’ANI et sa flexi-sécurité
  • Le Pacte de Responsabilité et son CICE (que même l’UDI et la CGPME trouvaient injuste et inefficace !!)
  • La Loi Renseignement et ses folies sécuritaires
  • L’Etat d’urgence et la création d’un nivellement de la citoyenneté française…
  • ad lib…

Chers camarades députés qui écoutez avec tant de loyauté le gouvernement, comprenez ce qu’il se passe chez nous, dans nos vies, dans le démantèlement de nos valeurs. Et demandez-vous si vous allez assumer cela jusqu’au bout ? Parce que moi je n’en peux plus de vous dire qu’il faut que cela cesse. Là, les prochaines élections sont les vôtres. Et je ne sais pas si je me déplacerai pour vous. J’en ai marre de donner du pouvoir à des gens qui refusent de l’exercer. A des gens qui abandonnent, qui nous abandonnent. A des gens qui obéissent à ceux qui ont été nommés, alors que cela va à l’encontre des promesses faites à ceux qui les ont élus.

 

Si moi, simple rien, j’ai réussi à résister à des pressions hallucinantes la semaine dernière, à des mensonges et de la culpabilisation à outrance, à des menaces qui venaient des plus hautes sphères du pouvoir, chers camarades parlementaires, vous, vous allez y arriver aussi. Ou vous n’êtes pas faits pour représenter un peuple qui souffre et qui garde, malgré tout, nos valeurs en amour.

 

A force, nous n’avions plus de promesse à trahir,
nous avons trahis nos valeurs.

Antigone 2

Parce que non, le Peuple de Gauche ne vote pas Front National. Mais il ne vote plus socialiste. Et il n’a pas tout à fait tort.
Si je me suis inscrite au Parti Socialiste, c’est parce que j’étais socialiste. Pour moi, être socialiste, c’est juste penser que un être humain = un être humain, et le mettre en place.
Aujourd’hui, le pouvoir crée une sous caste de citoyens : les français binationaux nés français. Être socialiste, ce n’est pas ça. Être socialiste, c’est assumer. Assumer même les pires de nos concitoyens, parce qu’on nettoie nous-même nos merdes. Sinon, nous ne sommes plus une Société, nous ne serions même plus inscrits dans une civilisation. A la limite, on serait une entreprise : on vire ceux qui sont mauvais. Un pays n’est pas une entreprise : on ne choisit pas nos concitoyens, on ne choisit que nos politiques. Et notre pays ne mérite pas cela.

 

J’aime la France

 

J’aime la France, même quand elle est moche. Je n’ai de leçon de patriotisme à ne recevoir de personne. Je dis “on a gagné” quand l’Equipe de France gagne (de foot, de rubgy, de ski, de natation…) Je frissonne aux sons de la Marseillaise.
Comme j’aime la France, je veux qu’elle transforme l’Union Européenne. Je veux qu’elle construise une réelle démocratie en Europe contrairement à cette gestion par commissions contre les avis des élus, contre les populations, contre l’Humanité même, parfois.
Comme j’aime la France, je veux qu’elle reste la tête de prou des Droits de L’Homme, l’exemple universel qu’elle voudrait être, qu’elle ne recule en rien sur sa devise LIBERTE EGALITE FRATERNITE. Il n’y a rien avant cette devise. Rien de plus important que cette devise. C’est la base, le socle inaltérable. Nous l’avons déjà altérée dans l’histoire, nous y avons beaucoup, beaucoup perdu.
Comme j’aime la France, j’aime autant ses campagnes que ses villes, ses puits que sa fibre optique. Parce que c’est tout, ou rien. Quand on aime la France, on la regarde comme elle est, et sans rougir :

évo voix du FN ds circos

 

Je veux tout tout de suite et que ce soit entier
ou alors je refuse.

Je suis fatiguée des dénis.
Je suis fatiguée des mépris.

Non, le Front National n’est pas le “FHaine”. Bien sûr, dedans, il y a des néo-nazis, des identitaires, il y a de bons gros racistes, des connards et des blaireaux. Mais les gens qui votent pour eux ne sont ni haïssant ni haïssables. D’ailleurs certains ont souvent voté pour nous, avant. Ils veulent savoir pour quoi ils votent. Pour qui. Ils veulent des chefs, pas des biaiseux. Ils trouvent des chefs là où ils sont. Mais dans nos voisins, dans nos familles, nous avons tous des électeurs FN. Et bien, ils sont bougons, mais souvent tristes. Pas haineux.
Ils aiment notre pays, et ont peur.
Nous les avons créés, ceux-là. Nous devons assumer et les aider.

Mais ceux dont on ne parle jamais, ce sont ceux qui pensent “voilà, ce point-là fait que je ne voterai plus jamais PS. Alors je ne voterai plus : voter n’a plus d’issue.”
Ceux-là sont mes amis. Mes chers amis. Ceux que j’aime. Ceux avec qui je passe du temps. Nos “vacances” sont des festivals où on sue pour le plaisir, pour le public. Nos “soirées” sont des concerts où on porte des chaises, des flight-cases, des projecteurs pour le plaisir, pour le public. Nos “projets” sont bénévoles et fous, pour le plaisir, pour le public. Nous sommes aussi la Gauche. Celle qui vit sa gauche au quotidien mais ne la pense pas forcément. Celle qui n’a pas besoin d’y penser. Nous vivons selon nos valeurs, pour des actions qui nous dépassent, sans ambition majeure sinon la Beauté et l’Autre. Si je ne m’étais pas engagée au Parti Socialiste, je serais sans doute comme eux : je ne voterais plus.

Mais je ne m’engage jamais à demi. Je suis dedans, et je vous le dis : ils ne votent plus pour nous. Et pourtant, souvent, ils l’ont fait. Mais ils ne nous croient plus et ils ont raison : nos actions ne sont plus dignes de nos idéaux. Souvent, nous n’avons même plus nos idéaux en tête.

Antigone 3

 

Nous le payons, collectivement. Si vous croyez vous en sortir, sachez que vous échouerez. Et que vous y aurez, en plus, perdu votre honneur.

Des hommes et des femmes, anciens élus, sans idéaux et sans honneurs, voilà ce qu’il restera du Parti Socialiste si vous vous entêtez dans ce déni globalisé. Et la Gauche ne sera plus qu’une utopie, qu’une alternative à la société. Ce ne sera plus une politique possible. Le Peule souffrira, et la Gauche n’existera plus. La classe politique commencera au Centre, donc à droite. Et il n’y aura quasi plus de députés de gauche dans l’hémicycle. Oui, même vous, vous risquez d’y passer.

En 3 ans, nous serons passés de “il y a d’autres politiques possibles” à “il n’y a plus de politique possible du tout”, et vous en serez responsables, par votre silence.

“Nous ne laisserons pas le Parti Socialiste à ceux qui ne le sont plus”, allez, soyez socialistes : levez-vous !

Premier tour dimanche 6

Voilà, ami lecteur… dernière ligne droite…

photo officielle JPM2015 Tu vois ma tête de candidate officielle pour la liste Notre Région, + forte + proche avec Jean-Pierre MASSERET. Ce soir, je me tais jusque dimanche 20h. C’est la loi. On fait une pause. On te laisse réfléchir.

Et quelques photos, parce qu’une campagne c’est un moment humain exceptionnel…

Au marché, en porte à porte, en réunion publique, en entreprise…

porte à porte  marché campagne JPM2015 réunion publique assos JPM2015   visite DOCEL

 

Une #Région, c’est les transports, les entreprises, la formation professionnelle, les lycées, le sport et la culture. Sur aucun de ces points, Jean-Pierre Masseret n’a manqué à sa #gauche. Je suis fière d’être sur la liste d’un homme qui répète à l’envi “On ne sauvera pas la planète sans sortir du capitalisme.” Je suis fière d’être dans une équipe qui veut lancer cette nouvelle région, cette grande région européenne, avec QUATRE frontières, avec des capacités hors pairs et assez méconnues encore… vraiment. Et de pouvoir militer et me battre avec des camarades de Champagne-Ardenne, d’Alsace, de Lorraine, ensemble, pour redonner du sens à la politique : un sens que chaque citoyen, chaque habitant pourra vérifier dans son quotidien.

Lorsque la campagne sera finie, je parlerai sans doute de la politique nationale. Mais ces derniers temps, tout le monde ne parle que de cela. Alors que la région, c’est important. Et ce n’est pas la sécurité, ce n’est pas l’armée, ce n’est pas la police. C’est la construction de notre quotidien, concrètement.

Je sais ce qu’on peut faire avec une région à gauche. Oui, les sondages, etc… Oui, les déceptions etc… Oui. Je les partage avec toi, les angoisses. Oui.
Oui, nous sommes perdus. Mais nous ne sommes pas morts. Alors tant que nous pensons, tant que nous lisons, tant que nous ne nous endormons pas, nous pouvons nous lever et parler.
Je ne suis pas là pour faire la morale, demander le vote utile, demander des miracles. Juste, je te promets que je ressens la lassitude. Elle est la cause de mon engagement politique : la fatigue d’être lasse, l’envie d’avoir envie… Alors je te promets de me battre contre la lassitude.

Si tu veux avoir quelques idées sur ce que je peux penser d’autre, il te reste toujours les autres pages de ce blog (, et par exemple)… là moi je file en réunion, pour écouter ce que certaines personnes ont à dire aux candidats dont je fais partie.
Écouter.
C’est important.
C’est ma pratique de spectatrice, de militante associative & culturelle, et j’espère, de politique.
Ce serait le premier pas vers une nouvelle politique… “écouter”…

A très vite !

 

 

 

 

 

A Gauche Pour Gagner, étape 3 : Aller à Marennes.

carte d'adhérent PS

C’était il y a 3 ans, j’ai passé le pas. J’ai pris ma carte au Parti Socialiste en mai 2012. L’année où ma cadette entrait en maternelle. Trois ans plus tard, elle rentre en CP et je suis membre du Conseil National du Parti Socialiste.
Ce fut rapide, ce fut intense, et ce fut heureux.

J’ai choisi ce parti parce que c’est celui qui me correspond le mieux. Il me va. Ce n’est pas parce qu’il est le plus beau ou le plus intelligent : ce n’est qu’un parti politique, ce n’est pas une personne. Je ne suis pas amoureuse du Parti Socialiste. J’ai choisi d’adhérer au seul parti auquel je me serais vu prendre ma carte un jour. C’est toujours le cas.
Non, je n’ai pas toujours voté pour le PS. Oh, non. Les premiers tours c’était souvent trop improbables. Non, ce n’était pas assez. Mais à la fin, c’est là que je trouvais le plus de paroles sérieuses, intéressantes, complètes et responsables. Pas uniquement, mais le plus.
Je trouve que la politique menée actuellement est irresponsable. Je suis très claire là-dessus, et ce dès la ratification du TSCG (aka traité Merkozy). Mais ce n’est pas mon parti qui la mène, c’est le Président de la République élu par les français et le Premier Ministre nommé par lui, tous deux issus du PS.
Mon parti, lui, tente. Il tente peu, faiblement et échoue souvent. Mais comment faire un bras de faire avec un président et un premier ministre issu de ses propres rangs ?

 

Oui, entre camarades on parle (beaucoup) de partir. De si, de quand, de où, de pour quoi partir… Oui. Et personne n’est joyeux à l’évocation de cette idée. Mais ça signifie quelque chose : nous ne sommes pas aveuglés et régulièrement nous mettons notre engagement en cause. Et pour l’instant, nous restons. En tous cas moi.

 

train desk

Je publie ce billet en direct du TGV en direction de La Rochelle. Je vais aux Rencontres de Marennes, de la Motion B – A Gauche Pour Gagner issue du dernier congrès en date (Poitiers, ce printemps). Puis on enchaîne avec l’Université d’Eté du Parti Socialiste, à La Rochelle. Je serai sur la liste de Jean-Pierre Masseret aux élections régionales en décembre… Je sais que je vais y rester. Cette année. Et chaque année, je pèserai le pour, le contre…

Je suis heureuse d’aller à Marennes avant d’aller à La Rochelle, ce sont des heures de formation en plus, où on écoutera des gens nous parler du monde. Et apprendre devrait toujours être loué et jamais décrié.
Je suis aussi heureuse de retrouver les potes. Non, parce qu’on parle sans cesse de nos disputes… est-ce qu’on vous parle des heures passées au téléphone où on se remonte mutuellement le moral ? des coups de main si simplement donnés ? est-ce qu’on vous parle des fous-rires attrapés pour rien, à la fin de journées trop longues ? est-ce qu’on vous parle de ces histoires d’amour fou ? d’amitiés à la vie à la mort ? des larmes versées ensemble après de mauvaises nouvelles ? Non. Ça, ça nous le gardons pour nous. Notre bonheur nous appartient.

Je suis heureuse du choix que j’ai fait en 2012, de l’intuition que j’ai eu de rejoindre l’équipe de Maurel, Lienemann et Guedj à l’automne, au congrès de Toulouse. Cette intuition était la bonne : ce sont de bonnes personnes. Pas les seules. Il y a aussi les noms que vous ne connaissez pas. Et puis ceux qui à Toulouse étaient ailleurs mais n’en sont pas moins ouverts, intelligents, intéressants. Et dans la vie, ce que j’aime le plus, c’est rencontrer des gens intéressants. Ils me rendent meilleure.

A tout à l’heure, camarades…

A Gauche Pour Gagner, étape 2 : LE POUVOIR DU POLITIQUE

“Tu sais, c’est compliqué.”
“On n’y peut rien.”
“C’est la seule politique possible.”
“Il n’y a pas d’alternative.”
“Vous devez comprendre notre époque, vous êtes d’un autre temps, vous êtes archaïques, vous ne comprenez pas le XXIème siècle.”

Vraiment ?

Vraiment ???

CGT Moselle (c) Mathieu29/04/2015 (c) Mathieu Delmestre

NON.
Non, simplement, nous croyons encore que la Politique est utile et qu’elle doit porter des utopies.
Voilà. Des utopies. Des directions qui permettent d’avancer. Des utopies pas si folles, en fait. Juste des utopies.
Ceux qui n’y croient plus ont admis que l’idéologie libérale (car ce n’est qu’une idéologie parmi d’autres, mais pas toujours la plus sympathique) a gagné. Acté la défaite. Acté l’adaptation au système. Acté la défaite pré-programmée de l’exercice du pouvoir.

Nous croyons qu’en plus de comprendre notre époque, il faut aussi construire la suivante.
Nous croyons qu’en plus de gérer le quotidien, il faut inventer l’avenir.
Nous croyons que l’idéologie n’est pas dépassée : elle est contrainte.
Nous croyons que l’Homme n’a pas à s’éteindre devant des systèmes, quels qu’ils soient.
Nous croyons même, pauvres de nous, que les êtres humains sont plus importants que les systèmes que l’Homme a inventé.

Alors ?!

Alors levons-nous et disons “Non !” car non, Thatcher n’est pas la grande philosophe constitutive du XXIème siècle. Non, Bruxelles, l’UE, le FMI, monsieur Sylvestre n’ont pas à contraindre l’Humanisme que nous portons en nos cœurs depuis des décennies. Non, nous ne sommes contraints par rien d’autres que par nos renoncements.

Oui, nous échouerons à ‎mettre en place 100% de nos utopies. Mais même 60% d’échec me plaît s’il remplace 100% d’abdication. Parce que rien ne remplacera la force d’une société qui se lève et qui rêve. Rien ne remplacera la force de NOUS, encartés ou non, debout, dans nos luttes.

Je refuse la peur. Je refuse la peur du mouvement, du changement. Non, une manifestation n’est pas une chienlit: c’est une PAROLE. Non, une grève n’est pas une prise d’otage: c’est une mise en écoute forcée de cette PAROLE méprisée. Non, dire n’est pas honnir. Non, s’exprimer n’est pas mépriser.
Au contraire.
Parler c’est respecter l’autre, c’est partager, c’est vouloir être ensemble et non contre. Parler, c’est dire ses idées, pas pour les figer mais pour les laisser vivre. Parler, c’est considérer l’autre comme digne de recevoir notre parole. Parler, c’est aimer les autres.

Alors voilà, au sein du Parti Socialiste, j’ai fini par rencontrer des gens qui aimaient que je leur parle. Quitte à me dire que je me trompais et à m’expliquer pourquoi. Alors, ils m’ont appris des choses. Alors on a travaillé ensemble.
Et, croyez moi ou non, j’y ai rencontré des gens qui portaient des utopies, des idéaux, qui savaient respecter leurs promesses, qui avaient des valeurs et savaient mener des combats pour la justice. La majeure partie de ces gens, je les retrouve aujourd’hui dans ce que nous appelons une motion (interne au Parti Socialiste, dans le cadre d’un Congrès). Elle s’appelle A Gauche, Pour Gagner. Parce que nous pensons que si nous ne sommes pas concrètement et clairement à gauche, nous perdrons.
Et nous ne perdrons pas que des élections. Nous perdrons aussi notre dignité. Notre dignité politique. Nous perdrons tout simplement le sens de ce qu’est “LA POLITIQUE”.

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne?
Ohé! partisans, ouvriers et paysans, C’est l’alarme!

A Gauche Pour Gagner étape 1 : Retrouvailles

Off Conf de Presse CNPS motions

Guedj – Hamon – Filippetti (c) Sebastien Calvet pour Libération.

Retrouvailles.

Des sourires.
Je ne veux retenir que les sourires.
Et les rires.

Rires d’avoir réussi une mission périlleuse : avoir une équipe.
Rires de retrouver des frères d’armes, de l’officialiser.
Rires de savoir que l’on risque de mourir au combat mais que nous mourrons tous armes à la main. [C’est figuratif, soyons clairs, la politique n’est pas SI violente.]

Des rires, et des sourires. Parce que nous croyons vraiment à ce que nous défendrons, défendions, défendons. Juste vraiment. Dans un sentiment de vrai. Non pas de Vérité incarnée, non, juste de vrai, de réel, de concret, de tangible, de toujours là, d’immuable. Le point de non-retour fut atteint, nous ne le franchîmes pas. Nous nous tînmes pour ne le pas franchir. Nous y parvînmes et de notre côté du gué, nous regardâmes qui il restait, et nous sourîmes.
Nous sommes vivants.

A Gauche Pour Gagner succède à Vive La Gauche.
Nous sommes vivants, c’est sûr. Et un Être de Gauche vivant ne s’arrête pas avant d’avoir gagné. Coûte que coûte, vaille que vaille.

J’ai vu cette force dans nos sourires. J’ai vu des étincelles dans nos yeux.

Ce n’est pas l’idée de choisir entre 5 et 12 dimanches ouvrés.
Ce n’est pas l’idée d’être pour ou contre le fait d’aider les entreprises.
Ce n’est pas l’idée de plus ou de moins de service public.
C’est au-delà de ces idées précises, où des compromis pourront être trouvés.

C’est : pour quoi nous sommes nous engagés en politique ? et pourquoi avons-nous choisi le Parti Socialiste ? pour quoi ?
Ces réponses, nous n’en avons pas beaucoup parlé. Nous sommes cette équipe-là non pas parce que nous avons négocié ou tergiversé, mais parce que nous avons refusé, chacun et tous, un par un, d’avancer un pas de plus.

1 2 3 soleil. Nous nous sommes arrêtés.

La ligne infranchissable fut le renoncement. THERE ARE SO MANY OTHER ALTERNATIVES ANYWHERE, ANYWHEN ! JUST THINK !

11 avril 2015.

11 avril 2015.

Alors, il faut lister les renoncements, argumenter, expliquer, convaincre.
Convaincre.

La Gauche n’est pas morte, elle déserte simplement le champ politique et électoral.
28 jours de grève à Radio France, pour nous. Pour sauver notre intelligence, notre curiosité, nos oreilles. Et le faire pour la dignité des faibles, dans un esprit de corps.
Vous croyez que la Gauche est morte, pensez à eux et dès demain, écoutez-les encore plus.

Non pas pour eux, mais pour vous.

La Gauche n’existe pas en bloc. Elle agrège. Comme elle agrège, elle est belle et riche, mais risque de se désagréger. Alors, alors elle donne l’impression de mourir car on ne la voit plus dans le magma d’expressions de droite si monolithe.

Nous sommes informatables.
Nous sommes des formes.
Nous, Peuple de Gauche, n’avons pas vocation à diriger un pays, mais à changer le Monde. Dans ce Peuple de Gauche, certains décident de changer le Monde en dirigeant un territoire. Certes. Mais ils ne sont pas les seuls à vouloir et pouvoir changer le monde. Et nous sommes vous, nous, eux, tous, interdépendants.

L’unicité est plastique. Nous sommes bois, eau, terre, feu.

Nous sommes vivants.

Nous nous relevons, doucement, de quatre coups sur la tête consécutifs. C’est dur de perdre. Non pas parce que vous perdez, mais aussi, surtout, parce que vous savez quelles politiques vont être mises (ou démises) en place par vos successeurs. Vos projets vont être jetés. Vos avancées sociales, petites ou grandes, vont être rétrogradées. Alors, oui, 4 claques.

151 villes perdues
13 députés européens sur 77
le Sénat
31 départements sur 100
Quatre claques qui font mal.

Donc voilà. Après 1, puis 2, puis 3, puis là 4, nous ne franchirons pas la ligne du renoncement à nos idéaux.
Nous avions un programme qui n’était pas fantasmagorique en 2012. Tenons-le. Nous avions des projets, des idées d’égalité, de Justice surtout. De protection des faibles qui en manquent tant. Nous avions ces idées-là. Nous les avons toujours.
Pas besoin de redessiner un ADN, nous nous sommes regardés dans les yeux à cette réunion de constitution de motion, ces idéaux étaient toujours là, et n’étaient toujours pas devenus extravagants.
Et nous nous battrons pour les faire vivre.

NOUS, ce n’est pas défini. Nous, c’est sans doute vous aussi. Ou toi, camarade.

Nous, ce sont ceux qui ne feront pas un pas de plus vers l’abîme. Ceux qui veulent cesser d’abîmer notre cœur. Nous, c’est ouvert. Nous, c’est le lien entre la parole et l’acte.

http://agauchepourgagner.fr/signez-la-motion-b-a-gauche-pour-gagner/

A Gauche Pour Gagner

Real.

“Real” du #DirectPR à #Nabilla.

Nous sommes entrés dans un monde où le réel n’existe plus. Il a été remplacé par le real. Real-politic. Real-tv.
Toutes ces acceptions ont en commun aucun sens de la réalité.
Toutes ces acceptions se mélangent.
Elles nous font croire que la réalité serait monolithe.
Elles ont tort.

Un jour, en 1998 ou 1999, un de mes profs de cinéma à la fac nous a dit « ok, la finale de la coupe du monde, on vous dit que ‘tout le monde’ a regardé parce qu’il y avait 18 millions de téléspectateurs devant. OK. C’est énorme, certes, mais nous sommes 60 millions de français. Il y en a donc en gros 42 millions qui n’ont pas regardé. »
Et bien nous vivons comme si nous n’étions que 18 millions.
Nous vivons comme si l’économie n’était que le CAC40.
Nous vivons comme si la politique n’était que gestion.

Nous vivons petits.

Nous vivons sous le regard des autres, et la peur de leurs jugements.
Tout le temps.

Et ça nous rend moches et rabougris.

Je crois que c’était dans un roman de Djian que j’ai compris une chose : une femme est plus belle quand elle danse pour elle, les yeux fermés, sans rien chercher d’autre qu’être elle sur la musique là, à ce moment-là. C’était il y a longtemps. Le souvenir est flou mais son impression reste. Et c’est vrai. C’est quand on ne cherche ni n’attend le regard de l’autre que nous sommes les meilleurs. Vivre dans le présent. Pas dans le real, juste dans le présent.

Vers demain.

L'écran et le zoo. Olivier Razac. Ed. Denoël Essais, 2002. Remplacez "spectacle" par "politique". Bienvenue en 2014.

L’écran et le zoo. Olivier Razac. Ed. Denoël Essais, 2002.
Remplacez “spectacle” par “politique”. Bienvenue en 2014.

Les hommes politiques d’aujourd’hui ont pris le pli du Zoo Humain qu’est la télé réalité. Ils ne veulent plus être eux-mêmes mais répondre aux critères des sondages, des moyennes, des plans. Aux habitudes. Ils sont enfermés dans des cases, des habitus. Ils prennent les ‘vrais gens’ comme existants réellement. Mais personne n’est un ‘vrai gens’. Le ‘peuple’ c’est les autres.

« Il est toujours possible d’hypostasier ‘le peuple’ en identité ou bien en généralité : mais la première est factice, vouée à l’exaltation des populismes en tous genres ; tandis que la seconde est introuvable, telle une aporie centrale
pour toutes les ‘sciences politiques’ ou historiques. »
Georges Didi-Huberman, ‘Rendre sensible’ in Qu’est-ce qu’un peuple ?
La Fabrique éditions, 2013.

Être soi pour parler au monde. Voilà ce qu’il faut retrouver. Voilà ce que certains cherchent. Et le monde choisira ce qu’il gardera.
Écouter. Imaginer. Vouloir. Essayer. Recommencer.

Notre société change au-delà de ce que nous imaginons. Le Peuple, parce que non monolithe, trouve des solutions alternatives. Les classes moyennes paupérisées ont les ressources intellectuelles pour pallier à la baisse de leurs ressources financières. La société éduquée va vers un monde où la consommation n’est pas une fin en soi. Et jusqu’à présent, c’est la bourgeoisie qui a fait renverser les modèles. La classe ouvrière a construit le monde du travail et de la solidarité, mais c’est la bourgeoisie qui a construit la société.
La bourgeoisie appauvrie peut donc rejoindre la classe ouvrière, si ce n’est dans un partage des habitudes, au moins dans la construction d’un monde commun, fait de partage et de nouvelles habitudes.
La nouvelle lutte des classes peut-être entre les passéistes et les visionnaires. Les pauvres qui voudraient que la richesse ne soit plus maîtresse du monde sont des visionnaires, et les riches accrochés à leurs cassettes… non.

Nous devons laisser le real à sa place : dans la société du spectacle médiatique, du divertissement bourdieusien c’est-à-dire du parler d’autre chose pour ne pas évoquer le fond du problème. Nous devons laisser Nabilla, Closer, et le manque d’ambition (politique) imaginaire pour le monde, au fond de notre tiroir à chaussettes seules. Tout au fond.
Il n’y a pas plus de qualité dans la real-politic qu’il n’y en a dans la real-tv.

Sortons.

Allons voir de la danse contemporaine. Allons voir de la poésie sonore. Allons voir notre paysan, notre boulanger. Trouvons les filières courtes qui rapprochent les gens au lieu de rapprocher les choses. Lisons. Allons là où la masse n’est pas.
Nous verrons le monde.

Et regardons dehors. Là est le réel.

 

Retour(s) de La Rochelle

Le ciel est gris mais clarteux.
Voilà. C’est comme ça.

Le ciel est encombré, plein de nuages, des promesses d’orages. Mais la lumière nous éblouis.

Ne soyons pas trop éblouis. N’ayons pas peur de l’orage.
L’orage passe. La nuit vient. Puis le jour. Puis la nuit. Puis le jour.

ViveLaGauche (c) Le Monde

La réunion « Vive La Gauche » samedi matin n’était ni un début, ni une apogée. C’était un rendez-vous.

Ce n’était pas un début parce que les députés n’ont jamais commencé. Des députés qui décident d’amender des textes proposés par leur propre majorité, il y en a toujours eu. Ce qui n’existait pas, c’est qu’ils se réunissent en collectif que, in fine, soient obligés de rendre public le rapport de force.
Collectif, donc.
Collectif car sans chef. Sans chef car là n’est pas la question. L’urgence n’est pas au leader mais à la direction : la voie à prendre. La leur est simple : la feuille de route des élections de 2012. Une feuille de route, une direction, collectives. C’est tout.

Ce n’était pas une apogée non plus. Parce que l’apogée, c’est arriver tout en haut pour redescendre. Ça monte tout droit vers le ciel telle une fusée de feu d’artifice, ça pétarade, et ça retombe doucement en laissant quelques traces et de beaux souvenirs. Samedi, ce n’était pas une apogée : c’était une étape. Je me souviens du vote du TSCG à l’automne 2012 lorsqu’on avait dit que ceux qui ne l’avaient pas voté ne comprenaient rien à la real-politique. Je me souviens de Jérôme Guedj alors encore député qui expliquait la nécessité de devoir faire attention avec la création du CICE, qu’on pourrait mieux le cibler par exemple.
Ce n’était pas une apogée, parce que Vive La Gauche n’est pas une explosion mais un joli crescendo. Un chant entonné sur un chemin de campagne à la lisière du bois qui à l’entrée de chaque nouveau chanteur, prend de l’ampleur.
Et ce n’est pas un coup médiatique, parce que pour faire un coup de pub, il vaut mieux être tout seul. La couverture est plus facile à tirer à soi : elle est moins lourde. Un collectif, ce n’est pas un coup.

C’était un rendez-vous. C’étaient nos PARLEmentaires qui venaient nous parler. Et nous voir. Vérifier que nous existions vraiment, que nous étions vivants. C’était un rendez-vous où ils venaient vérifier qu’ils devaient continuer. Et où nous avons dit « oui ». On suit. Pas de problème. On a envie. Oui !

C’était un chemin de traverse de l’Université d’Eté du Parti Socialiste. Mais il y a eu sur la ‘grande route’ socialiste beaucoup de paroles dites. Et beaucoup allaient sur la même voie/x, une par une, voie qui n’est que celle du programme de François Hollande en 2012 : se battre pour une plus grande justice sociale. C’est tout.

Et la parole se libère. Il y a deux ans, il n’y avait que l’aile gauche qui osait dire tout haut que la politique menée n’était pas légitime, pas celle prévue. Et alors que Maurel, Lienemann, Guedj et leurs camarades ne baissaient pas les bras, on tentait de les leur tordre. Ces derniers jours, même les anciens ministres l’ouvrent, cette voie. Mais à un ancien ministre, on ne tord pas le bras. Tout juste on tente de couvrir sa voix.

Évidemment, elle est légale cette politique. Il n’y a pas de putsch, il n’y a pas de défaillance institutionnelle. Il y a une défaillance dans nos institutions, ce n’est pas la même chose. Personne ne triche, mais les règles ne fonctionnent plus. Lorsqu’on sait que les règles sont mauvaises, on tente de les transcender. On discute, on débat, on négocie : on s’arrange. On l’a souvent fait. Mais là aucun équilibre n’est plus possible, aucune écoute, aucun travail en commun, aucun esprit de complémentarité. Il y a un refus de trouver un équilibre entre la chèvre et le chou. Aujourd’hui, il n’y a plus que le loup.

Alors oui, la semaine passée est la semaine qui rend obligatoire la clarification. Il n’y a pas de guerre à faire, il n’y a que des choix à valider. Ce n’est pas si grave. Aucun combat. Aucune bataille. Sauf si nous devions avoir à combattre même pour avoir la possibilité de valider ces choix et de ce fait combattre pour redonner un esprit démocratique à notre parti.

Réalité / confrontation au monde.

Réalité - littré

 

La réalité, c’est ce qu’on en veut. La réalité globale, nous ne la comprendrons jamais. Je suis assise. Je comprends ce geste. Mais est-ce que je comprends la réalité physique de la pression que j’inflige au siège sur lequel je suis ? Est-ce que je comprends la réalité biologique complexe du geste, du fait d’être assise ? Est-ce que je comprends l’histoire qui m’a permis de m’asseoir là, aujourd’hui, maintenant ? Est-ce que je comprends toute l’évolution qui a transformé ma race, ma terre ?

Non. Ma réalité est d’avoir choisi ces vêtements ce matin, ce canapé il y a plusieurs années, éventuellement… Ma réalité, c’est de penser ces mots et de les taper sur mon clavier. Éventuellement, d’y avoir pensé un peu avant. Très peu de me demander ce que vous en diriez, vous en penseriez en les lisant. Le réel, c’est ce que nous rendons intelligible et important dans notre présent. Le présent, c’est ce qui se trouve entre notre mémoire immédiate et notre futur préhensile.

Notre réel, c’est ce que nous voulons bien voir, penser, imaginer.

 

Alors la real-politic, est sans doute une manière de voir le monde. C’est tout. C’est une étiquette de validation de questions automatisées aux réponses prémâchées par l’histoire proche, dans l’immédiateté impensée, dans un futur qui ne peut s’éloigner de ce que nous connaissons. C’est un geste réflexe.

Mais la réalité est autre.

Truth is anywhere.

Ce n’est pas « la vérité est ailleurs » mais la vérité est n’importe où.

La vérité est là où vous êtes.

 

La real-politic, c’est ce qui nous est imposé par on ne sait qui. C’est un totem. C’est une réalité qui a trait à la réalité du corps du Christ dans l’Eucharistie. Tu as le droit d’y croire. Mais dans une République laïque, tu ne devrais pas avoir le droit de l’imposer.

 

Aujourd’hui, la crise nous force à prendre nos responsabilités. Et la responsabilité ne peut pas être de baisser la tête pour continuer sur la voie qui nous a mis dans le mur. La responsabilité des hommes et des femmes politiques aujourd’hui est de lever la tête et de voir ces citoyens qui font fonctionner la terre sans eux. La cohérence de l’homme politique, c’est de conduire le monde là où il sera meilleur. La cohérence de l’homme politique de gauche est que ce meilleur soit plus juste, pour chacun.

 

La force de l’homme politique, c’est sa capacité à se battre pour des idées.

 

La réalité aujourd’hui, est de moins en moins libérale. Le peuple n’en a plus les moyens. Alors il y a du troc, de l’entraide, des fripes, des AMAP, des circuits courts, des dons… parce que si la puissance publique de gauche ne le fait pas, le peuple de gauche s’en chargera.

Et pas que de gauche, d’ailleurs.  

 

L’homme politique responsable regarde le monde dans lequel il vit. Et il propose autre chose. Une autre politique : gérer autrement le monde et faire de la politique autrement. Là est la real-politic : la politique tirée de la réalité.


Précédemment publié le 12/07/2014 sur http://charlotpicard.tumblr.com/post/91546455045/realite-confrontation-au-monde-la-realite