Jeudi 19, je vote Faure

J’ai adhéré il y a 10 ans au Parti socialiste, j’y adhérais parce que je voyais le monde changer et le parti de ne pas bouger. Le parti pour lequel je votais systématiquement au moins au 2e tour, me semblait figé.

Depuis, il a bougé.

Depuis, il s’est pris des grandes claques, par les électeurs et par la politique en général. Alors, il a bougé.

Il aurait pu bouger avant mais il lui fallait une nouvelle équipe et une prise de conscience réelle pour pouvoir le faire. Cette nouvelle équipe elle est incarnée par Olivier Faure, notre actuel Premier secrétaire national, qui est arrivé premier jeudi dernier, avec le plus grand nombre de voix socialistes.

Alors oui c’est assez insupportable pour certains, en fait c’est assez insupportable pour ceux qui souhaiteraient continuer “comme avant”. Je comprends qu’ils ne comprennent pas. 

Ce que je pense aujourd’hui c’est que nous devons sortir de nos habitus et entrer dans le XXIe siècle. Ce que je comprends aujourd’hui c’est qu’un nouvel élan vient enfin de recommencer à avoir confiance, ou plutôt de recommencer pouvoir avoir confiance dans le Parti socialiste. En parallèle, la gauche a sans doute enfin compris que sans le parti socialiste elle ne reviendra pas au pouvoir. Ce sont deux victoires. Deux batailles victorieuses pour pouvoir après gagner la guerre contre le néo-libéralisme, et surtout contre le fascisme.

Je suis fière du parti que nous avons reconstruit ces dernières années. Pas parce qu’il est parfait : rien n’est parfait en ce monde. Mais parce qu’ils écoutent, ils écoutent les pauvres et ceux qui le deviennent, ils écoutent les cris qui viennent de la rue, ils cherchent le meilleur chemin possible, et ils prennent en compte ce que les électeurs disent dans les urnes.

Nous nous faisons traiter de tricheurs par les mêmes qui ont réussi à faire 150 % de votants en plus sur un seul département par rapport au vote du dernier congrès et de l’investiture d’Anne HIDALGO. Nous nous faisons traiter de fossoyeurs du Parti socialiste par des gens qui ont vu les défaites s’accumuler et qui n’ont rien souhaité changer à leurs méthodes, ni locales, ni nationales.

Les électeurs nous ont dit, dans les urnes d’abord, qu’ils veulent une gauche forte, alors ils ont utilisé ce que nous les socialistes nous avions inventé : le vote utile. Les électeurs nous ont dit ensuite que l’union de la gauche, même avec LFI, c’était OK. Mais les électeurs du deuxième tour ont aussi dit que c’était plus facile avec le Parti socialiste qu’avec les autres. Évidemment, lorsque le centre doit voter à gauche contre la droite dure ou extrême, ils ont moins peur de nous, socialistes.

Lorsque nous sommes à terre et que nous voyons des mains se tendre vers nous, il faut sourire au lieu de leur cracher dessus. Ce que l’équipe si disparate autour de Nicolas Mayer-Rossignol, avec tant de gens qui se haïssent, des gens qui ont refusé de financer la campagne d’Anne HIDALGO un peu partout en France, mais qui maintenant expliquent à qui mieux mieux que le Parti socialiste ne l’a jamais défendue et que c’est pour ça qu’il faut virer Olivier Faure, ceux qui expliquent que l’union de la gauche est importante, ceux qui expliquent qu’il est hors de question d’aller avec toute la gauche, ceux, en fait, qui veulent juste rester maîtres chez eux… Ceux ci n’ont pas compris ce que les Français avaient dit.

Alors jeudi, chers camarades, si vous pensez que le parti doit continuer à avancer vers le présent, allez voter Olivier Faure dans toutes les sections de France. Le vote est secret, même si quelqu’un vous intime l’ordre de voter pour quelqu’un d’autre, votre vote est secret et il est à vous !

Et si vous n’êtes pas militant socialiste et que vous lisez cela, et que cette situation vous casse les pieds, au lieu de râler : adhérez !

Panser la culture, penser l’art.

Contribution thématique CULTURE
Parti socialiste
Congrès de Marseille, janvier 2023



Depuis toujours, les socialistes ont eu à cœur de développer ce qui est reconnu comme un facteur d’émancipation autant qu’un pourvoyeur d’intelligence et de compréhension du monde : l’art et la culture. Le Parti socialiste, là où il est élu, développe l’éducation artistique et culturelle et l’accès à la culture avec des politiques publiques de prix réduits pour les plus précaires, de développement des festivals ou d’événements d’envergure nationale dont le plus célèbre : la fête de la musique.
Aujourd’hui, même la droite maintient peu ou prou l’éducation artistique et culturelle là où la gauche l’a construite, mais cette consensualité ne dit pas que tout va bien. De ces décennies de politiques publiques de décentralisation, d’institutionnalisation, et de désengagement de l’Etat, il faudrait tirer un bilan, faire le point, et voir si le chemin est toujours le bon. Cette contribution n’est que ce qu’elle est : un pavé sur le chemin. Elle ne remettra pas en cause ce qui fonctionne bien et depuis longtemps, elle posera seulement des questions pour être sûr du chemin que nous empruntons. En France, le bon chemin est gravé aux frontons de toutes nos mairies, immenses ou toutes petites, de l’hexagone ou des outre mer, partout, toujours le même : Liberté, Egalité, Fraternité.

LIBERTE.

Penser l’Art.

La France est tissée de réseaux de labellisations en tous genre et de structures administrativement plus aisées à gérer par le politique, certes. Mais avons-nous fait un vrai bilan d’efficience de ces établissements public de coopération culturelle créés en nombre durant les années 2000 ? Nous, socialistes, demandons un audit de la structuration des politiques culturelles telles qu’elles existent aujourd’hui, pour pouvoir préserver et développer ce qui fonctionne, changer ce qui s’use, avec une règle : que la diffusion et la création soit au centre de ces projets plutôt que leur propre existence. L’objet des structures financées par le public ne peut être accessoire aux structures elles-mêmes.
Les créateurs en arts vivants comme en arts visuels se rendent compte que pour être soutenus par la puissance publique de nos jours, les appels à projet et les cahiers des charges fleurissent, pensés par le politique, voire par les équipes administratives, les artistes sont sous une contrainte souvent incomprise : une facilité technique voire un impensé, politique.

Les artistes travaillent absolument tous sous la contrainte. Contrainte de temps, de moyens (financiers et humains) et contraintes de capacités personnelles, ce n’est pas la contrainte qui pose problème, mais la sensation que le politique leur demande non pas de faire de la recherche artistique (leur métier) mais de l’aménagement du territoire (le travail du politique) tout en rendant accessoire la création. Il faut pouvoir sortir de ce système, car à chacun son rôle. Si le politique veut créer, qu’il le fasse : qu’il peigne, écrive, compose, cela ne pose de problème à personne. Mais quand le politique dépense de l’argent public, il engage sa collectivité et doit alors respecter le travail et l’expertise de ceux qu’il finance.
L’hyper structuration désirée par le politique ces derniers temps, due à l’effet ciseau de la décentralisation qui a été malheureusement accompagnée du désengagement de l’Etat devient un carcan qui empêche la liberté de création. Alors, des artistes s’essoufflent à faire des dossiers improbables quand des artisans1 de la culture bons en dossiers remportent les financements.


Nous avons donc besoin, pour que la France ne soit pas la 15e roue du carrosse de la création internationale, d’un Etat qui reprend ses responsabilités et refait du ministère de la culture un ministère qui fait de la politique. La France est plus grande, plus complexe, plus riche que cette pensée exigue. Par le fruit d’une longue histoire tourmentée et parfois douloureuse, la France, présente dans trois océans et sur quatre continents, est aussi un creuset qui s’est enrichi des cultures et des arts de ses Outre-mer. C’est un pays fort de ses créateurs dans les arts savants comme populaires. C’est un pays riche des femmes et des hommes qui passent leur vie dans l’idée de rendre le monde plus Beau, et de le partager, partout.


Depuis le quinquennat Sarkozy et son désengagement financier des Direction régionale des affaires culturelles, le ministère de la culture n’a plus les moyens des ambitions que les candidats à la présidentielle vendent en campagne électorale. Les ministres, et le président Macron ne s’en cachent même plus avec la dernière ministre nommée, ne sont plus que des gestionnaires du patrimoine existant. Avec beaucoup de force de conviction, ils arrivent parfois à faire un projet durant leur mandature, rarement deux. La dernière ayant réussi une mission était Aurélie Filippetti au début du mandat de François Hollande, avec son soutien aux libraires, puis, plus rien… Tant et si bien que les libraires ayant été la dernière idée politique du dit ministère, c’est cette même idée que le président Macron a ressortie durant la pandémie, oubliant tout le reste, oubliant ce qui ne relève pas des industries culturelles, donc ce qui crée du lien humain à plus grande échelle.


Ne nous y trompons pas, ne pas créer de lien humain en dehors de la consommation individuelle de biens culturels industriels est un projet politique. Emmanuel Macron sait ce qu’il fait : il met en place une politique culturelle incapable d’émanciper les gens, politique dont la consommation est le maître mot. Il laisse la part belle aux monopoles médiatiques industriels parce que la pensée unique des couches populaires lui convient parfaitement.

Nous avons besoin du courage de la politique culturelle émancipatrice, et pour cela nous avons besoin de nous allier avec les artistes. Oui, nous allier avec eux plutôt que de nous demander lesquels voudraient s’allier à nous à la prochaine campagne. Pourquoi ? Parce que les artistes pensent le monde, en particulier les artistes d’avant-garde. Et ils le font sur absolument tout le territoire, sans avoir besoin d’organiser le maillage territorial tant rêvé, parce qu’ils sont de partout. Il y a des artistes qui créent à Paris intra-muros et à Wallis en passant par toutes nos campagnes, îles et montagnes, villes et villages, avec évidemment des esthétiques qui ne peuvent que bouger aussi, des pratiques qui méritent des réponses et des écoutes politiques adequates. Les artistes sont partout et pensent donc le monde et notre pays, de partout. Ils ne sont pas forcément dans l’hypermétropolisation parce qu’ils sont, eux comme d’autres, exclus des métropoles, par précarité souvent, par besoin d’espace et de liberté, aussi.


Nous avons besoin, nous socialistes, d’aller dans ces lieux, ces moments qui sortent des sentiers battus, prendre un chemin qui n’est pas dans nos habitudes, pour écouter ce que ces artistes qui travaillent l’écologie depuis si longtemps, qui travaillent l’égalité dans les faits si profondément, ces artistes qui vont dans les maternelles, dans les prisons, dans les EHPAD et autres foyers, qui vont dans la plus profonde ruralité ou en banlieue et y montent des projets sensibles, nous avons, nous socialistes, besoin de nous inspirer de leur vision du monde.

EGALITE.


L’égalité existe. Il y a des bulles d’égalité, des moments d’égalité vraiment palpables dans notre monde. Ce ne sont que des bulles. Nous soufflerons doucement dedans pour qu’elles grandissent et accueillent de plus en plus de monde à l’intérieur. Comprenez que ces bulles existent où la liberté est plus grande pour les organisateurs, où les espaces publics sont accessibles, où l’économie n’a pas encore tout gâché, où les règles sont plus laches, donc souvent en milieu rural. Allons voir cela, non pas en visiteur d’en haut mais en expérimentant en soi cette égalité.
L’expérience émotionnelle est universelle en cela qu’elle traverse tout le monde, toutes classes sociales, tous âges, toutes origines… Les sociologues nous ont montré qu’il n’y a que deux catégories sociales qui n’arrivent pas à accéder à la curiosité : ceux à qui tout a été donné à la naissance, comme s’ils étaient blasés, et ceux qui doivent se battre pour remplir le frigo, et qui n’ont aucun temps d’attention possible pour autre chose que cette quête. Pour la première catégorie, nous espérons toujours que certains se rendront compte que le monde est plus beau lorsqu’on est curieux de choses nouvelles. Pour la seconde, il faut régler les problèmes du monde capitaliste trop mal arrangé pour les laisser libres et surtout ne pas les culpabiliser de ne pas vouloir profiter des aides mises en place : l’esprit fait ce qu’il peut, et cette injustice énorme c’est à nous qui en avons le pouvoir de la réparer.
Mais parfois tout le monde peut, sur une place publique, par hasard, tomber sur quelques notes de violon, sur une fil-de-feriste, sur une ligne de poésie, tomber en extase sur un moment de magie.

FRATERNITE.

Panser la culture.

Nous, socialistes, avons développé l’éducation artistique et culturelle, nous avons fait baisser les habitudes de prix des billetteries pour les institutions, nous avons oeuvré pour un accès à la pratique culturelle, aux droits culturels, ainsi qu’à la pratique de spectateur. Nous pouvons être fiers du chemin parcouru sous nos impulsions depuis 40 ans, partout en France. Nos idées sont devenues des réflexes politiques, et c’est une réelle victoire.
Mais nous, socialistes, ne pouvons dire que là où nous sommes aujourd’hui est la fin du chemin, la perfection. Il nous faudra repenser nos réflexes ces prochaines années, remettre nos hiérarchies des normes en matière de politiques culturelles sur la table, car la crise pandémique a précédé une crise économique dont nous ne voyons pas la fin. Il nous faudra panser la culture dans sa structuration pour qu’elle continue d’accueillir ceux qui le souhaitent, ceux qui le désirent.
Nos enfants ont besoin que l’école et l’éducation populaire leur permettent de pratiquer des arts à moindre frais, qu’ils habitent à Paris ou à Pagny.

Mais certaines théories n’ont toujours pas été testées politiquement. JM Leveratto, sociologue de l’art, parle de portes imaginaires à franchir à deux : un emmenant et un emmené, avec l’image de tenir la main pour donner les codes, seule manière possible pour initier réellement quelqu’un à la pratique de spectateur. Être en confiance, et être suffisamment peu nombreux pour, non pas appartenir à un groupe dans la masse, mais tenter d’appartenir à la masse des spectateurs. Apprendre les codes se fait en les pratiquant, et on peut le faire quand on se sent en sécurité, compris, rassuré. Il nous faudra réussir à trouver des moyens nouveaux pour mettre en place non pas ces chèques à dépenser seul, mais des accompagnements à inventer, pour créer du lien entre les spectateurs aguerris et les spectateurs en devenir. De belles choses sont encore devant nous, à créer ensemble.

Nos concitoyennes et concitoyens ont besoin d’un accès, non pas qu’à ce qui n’est que populaire, ni qu’à ce qui est savant, mais bel et bien à toutes les formes de cultures. Le plus simple étant souvent de faire nos politiques culturelles par rapport aux acteurs de terrain existants, de nous reposer sur les artistes et associations de nos territoires pour savoir ce qui plaît chez nous. S’inspirer de nos voisins est toujours intéressant, à condition de rester en cohérence avec le travail, souvent acharné, des personnes qui s’investissent pour la culture qu’elle soit patrimoniale, locale, d’avant-garde, classique, débordante ou minimale… Car leur énergie est une denrée rare qu’il faut chérir et dont sort souvent de belles choses.

Malheureusement, avant de penser au beau, il faudra réparer le monde du travail de la culture, il faudra panser le monde de l’Art. L’idée, si injustement répandue, qu’on y fait des métiers-passion et que de ce fait, la rémunération n’a pas à suivre le niveau d’expérience est délétère. L’habitude de se reposer sur les structures culturelles (artistiques ou de diffusion) pour penser nos politiques d’aménagement du territoire sans penser aux besoin réels des dites structures et du milieu artistique local est tout autant délétère. Et l’augmentation des demandes des tutelles, d’année en année, sans donner un penny de plus, créé une tension exponentielle sur les êtres humains qui subissent cet effet ciseau de plein fouet.

On ne compte plus les burn out, les démissions, les arrêts maladie dans les équipes administratives et artistiques, les fractures de fatigue dans les orchestres, les abandons de compagnies de théâtre, les reconversions venant de partout. Et rien, absolument rien ne s’est arrangé socialement dans le milieu de l’Art et de la culture depuis la pandémie. Tout a empiré. On a demandé aux structures qui ont demandé aux artistes, de faire deux saisons en une. Maintenant on leur demande de faire autant avec encore moins, nous maintenons la demande publique tout en pérennisant des crédits déjà insuffisants, tout en sachant que leurs frais vont augmenter… Cela ne pourra pas tenir. Nous nous approchons d’un point de rupture, d’un effondrement possible, alors que nous n’avons toujours de trouver de manière décente de rémunérer les artistes-auteurs (plasticiens, écrivains etc.).

Non pas que la fin de ce monde-là soit grave, puisqu’en art le nouveau n’est pas à craindre normalement. Notre question sera, sur les mois qui viennent, de se demander ce que nous, socialistes, souhaitons garder et ce que nous, socialistes, souhaitons transformer. Il ne pourrait y avoir de socialiste qui défende un système où les travailleurs souffrent, où être sous-payé est la règle. Nous avons donc confiance en notre parti pour participer pleinement à la transformation sociale de ce milieu.
Liberté, Egalité, Fraternité : émancipation !

La culture, telle que nous la rêvons, émancipe le monde des carcans dans lequel la période les met. L’art, les artistes, nous parlent du monde tel qu’il est et tel qu’il serait si on en prenait soin. Ils sont les éclaireurs de notre futur, ils y marchent chaque jour et pourraient nous guider vers des utopies encore impensées par le politique. Les émotions qu’ils nous permettent d’expérimenter ensemble, nous la foule d’anonymes qui partage ce moment, créé une communauté de fait. Pour nous, socialistes, qui souhaitons remettre du commun au cœur de la vie des gens, c’est fondamental. Et ce ne sera jamais un fondamental de salon, mais bien un fondamental du fond du cœur, celui qui bat, celui qui rend vivant, celui qui change la vie.

Premiers signataires : Charlotte PICARD, Clément SAPIN, Karine GLOANEC-MAURIN, Olivier BIANCHI, Marie COLSON,…

Pour signer à votre tour c’est ici.

1 : Cf L’art comme expérience, John Dewey, 1934

De l’Espérance à l’utopie

« Faites ça bien ce soir 😉 Qu’on soit pas emmerdés ! »
« Ben oui Charlotte !!! »
« Chouette prise de position 🙂 »
« Tu te réveilles tard mais c’est mieux que rien 🙂 »

Ce sont des paroles de gens, des amis, qui votent ou voteraient à gauche mais qui n’ont plus voter pour nous depuis fort longtemps, voire ne votent plus du tout.

« J’ai entendu Olivier Faure sur Inter, ça donnerait presque envie de revenir. »
« Le PS existe en ce moment dans les médias parce que sa direction a décidé de faire l’union avec le reste de la gauche. Personne ne s’y intéresserait sans cela. Ce qu’il faudrait en faire (…) : le mettre à nouveau en phase avec son électorat… »
« Merci Charlotte de porter cette voix localement ! »

Ce sont des paroles d’anciens camarades, ou de gens ayant une ligne socialiste qui n’auraient jamais pris leur carte au PS, trop éloigné de leurs valeurs.

Ce soir, chers camarades, je voterai l’accord pour l’union de la gauche et des écologistes. Depuis le départ nous avons été pour l’union, la plus forte possible donc la plus large possible. Il ne me viendrait pas à l’esprit de changer d’avis pour des problèmes qui ne concernent que peu les citoyens.

Bien sûr que nous aurions aimé plus de circonscriptions et une ligne à 100% socialiste (mais quel socialisme ?). Et je vous dirais même, j’aurais bien aimé que nous fassions nous, le PS, les 22% de Mélenchon. Voire plus.

Mais la politique c’est de l’utopie sur le futur, pas sur le passé. Le passé est là, il faut faire avec. La question est : que proposons nous pour le futur ?

Les éditorialistes plutôt macronistes maugréent. Les gens qui étaient au pouvoir lors du quinquennat Hollande aussi. Je comprends.

J’ai défilé contre la loi El Khomri. Je me suis érigée contre la déchéance de nationalité, et, même si nous étions nombreux dans le même cas, le mépris reçu lors de cette bataille fait partie des grandes blessures difficiles à oublier.

Oui, le monde change. Et nous assistons sans aucun doute à la fin de la Vè République.

3 extrêmes sont arrivés en tête au premier tour de la présidentielle. L’extrême centrisme d’Emmanuel Macron (il se dit extrême centriste lui-même), dirigé par l’émotion du mépris ; l’extrême droite de Marine Le Pen, dirigée par l’émotion de la peur ; et l’extrême gauche de Jean-Luc Mélenchon, dirigée par l’émotion de la colère. Alors, oui, quand je vois la réforme de l’assurance chômage (nous compterons les gens à la rue à la fin de la trêve hivernale, au printemps 2023), quand je vois Parcoursup (les parents qui angoissent, les enfants qui sont perdus, surtout ceux qui n’ont pas les moyens de payer des écoles), quand je vois la réforme des retraites qui arrive (avec un 49.3), je préfère le camp de la colère de gauche. Car je suis en colère.

Oui, nous avons des différences et des différends avec LFI. Mais c’est pareil avec les communistes et les verts, et pourtant (en général nous essayons de) nous faisons avec. Ce n’est pas facile. C’est la politique.

Oui, nous sacrifions cette campagne territoriale pour la campagne nationale, parce que les élections législatives, c’est l’élection d’une seule Assemblée nationale. Et comment aller vers nos concitoyens, les électeurs qui espèrent aujourd’hui que cette gauche rassemblée pourra contrer l’hyper libéralisme économique de Macron, comment les regarder dans les yeux et leur dire que nos sacrifices électoraux sont insupportables alors que ce sont leurs vies même sont rendues insupportables ?

Nous ne pouvons sacrifier les français à l’aune de notre désir d’exister en tant que parti. Ni nous, ni LFI, ni les autres ne peuvent le faire, c’est notre responsabilité. D’où l’union.

Dans la hiérarchie des responsabilités des hommes et femmes politiques socialistes avant de changer le monde, il y a protéger les gens. Et cet accord ne changera pas peut-être pas le monde, mais il permettra peut-être d’éviter à des foyers de tomber dans la misère. Après la crise sanitaire, vient la crise économique. Le dire ne suffit pas, il faut aussi le contrer sinon, nous serons coupables.

Je suis très fière de la direction actuelle de mon parti. Je suis fière de ce nouvel élan, qui dit que rien à gauche ne nous est étranger.
Tout à gauche ne nous est pas commun, mais notre point commun est fondamental : empêcher la misère d’être la pandémie de 2022/2027.

Et pour demain, repensons l’utopie. Repensons à nouveau en partant d’une page blanche. Oublions nos préceptes et trouvons ceux dont les français à qui nous souhaitons nous adresser ont besoin.

100 balles et ça repart ?

Alerte spoiler : non.

Le gouvernement fait semblant de croire que le symptôme est la maladie, mais la réalité, c’est que ce n’est pas l’essence qui est trop cher : c’est tout. L’essence est seulement le plus gros problème car c’est une dépense obligatoire pour beaucoup, et qui arrive même en fin de mois : le réservoir ne sait attendre le salaire pour se vider.

Mais si l’immobilier était moins cher, mais si nos salaires étaient plus hauts, mais si la TVA était baissée sur TOUS les produits, mais si se soigner dents et yeux, si les activités des enfants, si les pneus neige devenus obligatoires pour certaines régions, si les repas au self du travail, si la cantine des enfants, si les livres des enfants, si le ciné pour leur faire plaisir à chaque vacances, si l’idée de faire des cadeaux à Noël, si nos assurances et mutuelles, si nos appareils pour communiquer avec nos services publics (téléphones et ordinateurs pour échanger avec l’école, les impôts, tout…) si tout cela coûtait moins cher, les dizaines d’euros en plus à la pompe ne seraient pas un si grand problème. Mais ce n’est pas le cas.

Si ceux qui regardent le prix au litre le font, c’est parce que même avant cette dernière augmentation, c’était dur.

Alors oui, 100€, ça va aider pas mal de monde. Mais pas tout le monde. Ca va aider ceux qui ont du travail, pas ceux qui en cherchent exclus du dispositif. Assignés à résidence, encore. 100€, ça va aussi passer vite. Et cela ne résoudra rien à moyen terme. Mais de cela, le gouvernement n’en a cure : son terme est en avril, il lui faut nous plaire jusqu’au 10 avril, jour où il veut que nous votions à nouveau pour le président qui aura passé le quinquennat à nous dire d’être plus ambitieux (« désirer être millionnaires ») en nous enlevant les moyens de l’être (réforme de l’assurance chômage).

La première charge des ménages se passe dans la tension entre le coût de leur logement et le montant de leur salaire. La majeure partie des revenus n’ont pas suivi l’inflation, les salaires sont à la traîne mais les dividendes ont explosé. Mais là, le président ne voit aucun lien avec notre impossible fin de mois. Aucun. Parce qu’il préfère nous faire la charité que de déranger ses amis. Nous, le bas-peuple, les intermittents de l’emploi, les temps partiels, les bas salaires, et même aujourd’hui, avec ces salaires qui ne suivent en rien l’inflation, les fonctionnaires, les salaires moyens, médians… Nous, il nous dit de regarder les millionnaires devenir milliardaires et nous donne 100€ pour nous faire taire.

Ne soyons pas dupes. Cela ne résoudra rien.
Prenons l’argent : c’est le nôtre.
Mais ne soyons pas dupes : ce n’est pas la solution aux vrais problèmes.

Les réformes qui sont à faire, elles ne doivent pas rétrécir le Peuple mais investir sur le Peuple : nous. La vision courtermiste est ce qui nous fait accélérer d’année en année droit dans le mur, ces 100€ c’est le chewing-gum qu’on prend en voiture, ça n’a enlevé ni la vitesse, ni le mur, mais c’est plus frais.

à qui parle-t-on ? / musique politique

Quittons dans ce monde insolite
Le bruit des pelles mécaniques
Qui construisent quoi
Faisons taire les mélancoliques
Avec notre propre rythmique et notre joie
Musique
Et que chacun se mette à chanter
Et que chacun se laisse emporter
Chacun tout contre l’autre serré
Chacun tout contre l’autre enlacé

Quand on approche des 80% de personnes qui ne veulent plus prendre part à la démocratie telle qu’elle est, le quotidien ne peut reprendre vraiment sans se poser de questions. Enfin, si, sans doute, pour 80% des gens. Mais moi non. Nous ne pouvons être des grenouilles que l’on plonge dans l’eau froide et que l’on fait cuire doucement, il faut sortir de la casserole de cette nouvelle normalité et couper le feu, essayer tout du moins : être conscients que l’on va mourir ne suffit pas pour se sauver, il faut après, faire un geste.

On ne sait jamais ce qui nous fait comprendre le monde, ce qui va créer les révélations. Mais comme l’a dit une merveilleuse chorégraphe il y a quelques années “La variété française est un monstre gluant”. Je faisais donc ce que la campagne m’avait privée de faire durant quelques jours/semaines : je nettoyais la cuisine en écoutant radio Nostalgie. Ces moments où agir créé une liberté de l’esprit à penser sans contraintes, aka “le ménage comme méditation” (ça coûte moins cher que les retraites en yourte…) Et puis, l’éponge à la main, vint Johnny.

A force d’impasses et de fausses routes,
A force de s’habituer au pire,
A force des mots sans qu’on les écoute
Jusqu’à ne plus même oser les dire,

A force de rêver à des sirènes
Et ne pêcher que des pauvres leurres,
A force de ne parler qu’aux poubelles,
Au petit matin, cassé et tout seul,

Je ne sais pas où les anges arrivent.
Je me doute que tu n’en es plus un.

Je t’attends, je t’attends, …

Ils attendent, mais ils ne savent même plus qui, ou quoi.

La classe médiatico-politique voudrait que ces gens s’intéressent aux macro-problèmes (la planète, le terrorismes dans le Sud Sahel…) ou aux micro-problèmes (les problèmes sociétaux, etc…) alors qu’en même temps ils ont l’impression qu’on ne met rien en place pour leurs problèmes réels et quotidiens lorsqu’on a les manettes en mains, et que quand on le fait, on ne le fait pas vraiment savoir, ou c’est si complexe à mettre en place que ça en devient obscur.

C’est comme si, avec le temps, nous avions réduit notre audience sans y prendre garde : nous ne parlons plus qu’à la France de Dominique A et nous nous étonnons que la France de Jean-Jacques Goldman ne vote plus pour nous, elle qui attend que nous parlions à nouveau à la France de Johnny. Nous méprisons sans même nous en rendre compte la France de Johnny, parce qu’elle ne voterait pas pour nous. Ce n’est pas vrai : les gens qui chantent à tue tête Diego libre dans sa tête n’attendent certes pas la gauche mais au moins des politiques qui les considèrent vraiment, et qui leur semblent justes et vrais.

Johnny Hallyday Pavillon de Paris, Jean-Jacques Goldman Entre gris clair et gris foncé, Dominique A Le Twenty-two Bar.

Vous pensez ne pas faire partie de la France de Johnny ? Vous vous pensez plus haut, plus beau, plus fort ? Ou vous les pensez plus gras, plus gros, plus laids ? Mais vous êtes comme les autres : vous fredonnez sur sa chanson qui passe au supermarché.

La France de Johnny c’est justement cette France qui va au supermarché. Celle qui paie une assurance de voiture, même cher, même si elle remboursera jamais l’accident qu’on pourrait avoir, juste parce qu’elle en a besoin pour aller bosser, cette France-là. Celle qui trouve que les courses de rentrée, c’est galère. Celle qui tend le dos quand la machine à laver fait un drôle de bruit, parce que là, c’est vraiment pas le moment… C’est aussi celle qui n’a pas vraiment le temps de se préoccuper de ce que ne devrait pas permettre la CNIL ou de ce qu’on fait à l’international, mais qui veut qu’on s’en occupe pour elle, consciencieusement. Parfois, on l’appelle le Peuple.

Prenons l’exemple du Mariage Pour Tous (c’est vieux, c’est fait, c’est pratique pour ne pas relancer le débat sur le fond…) On a donné l’impression de passer un an à ne faire que ça : permettre aux homosexuels de pouvoir convoler, faire une fête comme les autres, avec pièce montée, tenues de soirée etc… De dehors, on n’a vu que ça et une bataille entre réacs et progressistes sur des plateaux télé autour du droit à être un couple homosexuel… Comme si, à l’ère du divorce, le mariage était devenu roi.
Ce mariage pour tous était surtout primordial pour les droits de succession des couples homosexuels, c’était non pas une avancée sociale mais de la justice sociale (économique), et on en a fait un fait de société. On a passé un an à dire que les couples avaient le droit de convoler, à parler des wedding planners, et des lunes de miel spéciales gays ou lesbiennes, alors que la société souffrait économiquement des années Sarkozy et que ça ne remontait pas (sauf pour ceux qui sont toujours tout en haut et ne tombent jamais). Moi ce que je retiens du MPT, c’est que le conjoint d’une personne en mort cérébrale peut donner son avis pour le débrancher, ou non (et plus le parent homophobe qui l’a rejeté lorsqu’il avait 17 ans), et que les neveux et nièces d’un défunt ne peuvent plus éjecter son conjoint pour vendre la maison où ils avaient vécu ensemble toute leur vie. Et ça, c’est de la justice sociale, c’est la chose que seul le mariage donne, ce n’était pas (que) un combat sociétal contre l’homophobie, c’était une égalité financière et vitale pour des situations analogues. Égalité. Justice. OK.

Mais notre com’pol dictée par le poids que nous laissons aux lobbyistes nous fait perdre de vue que les lobbyistes eux-mêmes, vont au supermarché, ont une machine à laver, doivent (parfois) avoir une voiture et payer les faux frais qui vont avec. Il nous faut, nous devons retourner la machine. Parce qu’au Karaoké, on arrive plus facilement à faire le chorus tous ensemble sur Toute la musique que j’aime que sur le Twenty-Two Bar, même si on l’aime, ce bar, alors il faut reparler de la qualité de vie au quotidien, partout, pour tous. Egalité. Justice. Toujours. Il faut combattre ce déclassement qui avait déjà débuté avant la pandémie, et qui va être violent, si violent lorsqu’on en sortira. On n’y arrivera que tous ensemble. On n’y arrivera qu’en enterrant les haches de guerre, parce que là, l’ennemi est ailleurs, et il est puissant. La question n’est plus qui est le plus joli courtisan mais qui sont les plus valeureux chevaliers et de les mettre en première ligne.

Et cette France-là, celle qui râle, qui beugle, qui chante “Allumez le feu”, qui klaxonne, c’est aussi celle qui tient la buvette au club de foot ou à la kermesse, celle qui fait la circulation en attendant les flics quand il y a un accident de la route, celle qui sait depuis quand elle n’a pas vu son voisin et s’en inquiète, celle qui casse le nez du mec de sa cousine parce qu’il l’a envoyée à l’hôpital… C’est une France pleine de commun, d’un commun ancestral, à qui nous ne savons plus parler et qui nous demande :

A quoi tu sers? Pourquoi t’es là?
Qu’est-ce que t’espères? A quoi tu crois?

Y’en a qui meurent, qui prient pour un morceau de terre
Y’en a qui risquent leur vie pour passer la frontière
Y’en a qui bronzent et d’autres qui s’font la peau plus claire
Certains s’effraient au fond quand d’autres font des affaires

Mais y’a toujours la lune qui s’méfie du soleil
Et quand tout ça changera, c’est pas demain la veille
Certains smatchent ou labourent, d’autres soignent ou bien peignent
C’est à toi, c’est ton tour, qu’est-ce que t’as dans les veines?

Alors voilà, chers camarades (socialistes ou non) le temps est venu de regarder les gens droit dans les yeux, et de les écouter. On a trop menti, on a trop caché, on a trop pataugé, on a trop hésité, on a trop omis. On les a trop pris pour des imbéciles à leur dire ce que les libéraux voulaient nous faire croire (on les a trop crus) There is no alternative… Oui, il y a d’autres politiques possibles, celles qui prennent en compte les êtres humains dont on a la charge en tant qu’élus républicains et évitent les souffrances évitables, celles qui regardent le prix des choses (du travail comme des produits) et crée une harmonie entre les deux pour une vie décente pour tous, celles qui ne parleraient plus d’investissements à prévoir avant qu’on ait déjà fait fonctionner tout ce qu’on a correctement…

Et puis, cette vieille façon d’être, celle qui sent un peu le vieux, mais qui est si évidente, pourtant… Celle avec laquelle nous savons éduquer nos enfants mais pas diriger nos collectivités : l’exemplarité.

Que chaque lieu qui est géré par la puissance publique (HLM, foyers, transports en commun…) soit aussi bien entretenu que le bureau du préfet [parce que le mépris des pauvres se voit à leurs cages d’escaliers, chaque jour ils le voient comme une piqûre de rappel du désamour que l’État a pour eux]
Que chaque personne travaillant dans le public ou para public ne puisse rencontrer le mépris ou la souffrance au travail impunément [parce que tout se sait, et que nos villes ne sont pas aveugles : harcèlement, hypocrisie, manque de moyens, burn outs en série, cela se sait toujours, même quand la presse le tait]
Que ce qui a été construit par des forces humaines et justes pour le commun, durant des mois ou des années, ne soit plus détruit par le fait du prince à un changement de bord politique, pour un nom en bas de l’affiche [parce que nous ne sommes pas des princes autocrates mais des élus par le peuple, issus du peuple]
Que chacun laisse la place à l’autre d’exister [être élu ne signifie pas tout savoir, tout savoir faire, mais avoir été choisir pour choisir à notre tour ceux qui savent ou font au mieux pour l’intérêt général]

Pour que ces choses ne soient pas de vains mots mais des obligations de moyens et de résultats opposables il nous faut nous rappeler les notions de Justice et de Vérité, et nous les appliquer chaque jour, même quand ça fait mal. Et ça fait souvent mal. Alors, nous redeviendrons dignes d’être écoutés au-delà du cercle des convaincus d’avance. Pas avant.

C’est notre devoir. C’est le travail qui nous attend.
Vérité, Justice, Égalité. Exemplarité.

Savoir choisir

Parfois, en amitié, il faut savoir se dire quand ça merde. Et même si nous ne sommes pas vraiment amis, je ne peux rien contre la dose d’affection que j’ai pour toi et que j’espère réciproque. Donc voilà.

Cher Benoît,

Si nous ne faisons pas campagne ensemble contre les autres, nous serons obligés de faire campagne l’un contre l’autre. C’est d’un idiot…
Nous sommes dans une impasse politique car nous ne faisons pas de politique, là, mais de la tambouille affective. Les militants de ton mouvement n’ont pas confiance dans celui qui fut le nôtre. Les militants du mien ne veulent plus rien avoir à faire avec ceux qui sont partis pour de mauvaises raisons, sans assumer la défaite commune.

Certes. Nous en sommes là.
Mais cela ne concerne que la France. En Europe, notre bilan commun est différent.

Je sais, tu vas me dire que la Délégation des Socialistes Français a voté pour Juncker au début du mandat, en 2014. OK. C’est le jeu des négociations : lorsque ton groupe a réussi à avoir des positions (très) favorables, tu votes le paquet. Tu le sais. Est-ce que ça m’a réjouit à l’époque ? Point du tout. En plus, en Moselle, on connaissait bien Juncker et je savais que c’était une mauvaise idée. Mais moi je soutenais à ce moment là un socialiste maintenant parti dans la galaxie LFI qui avait, lui, voté contre, contrairement aux eurodéputés de ton parti actuel.
2014. Si je ne m’abuse, le printemps 2014, entre les municipales et les européennes, c’est le moment où toi, personnellement, engageant là dedans tous ceux qui te suivent avec loyauté et ferveur, tu as signé avec Montebourg un pacte de génération avec un certain Manuel Valls qui resta Premier Ministre bien après que vous partîtes des ministères que vous aviez réussi à arracher avec ce pacte, non ?
Tu vois, 2014, c’était il y a une éternité. Ou pas. Tu vois, on peut compter les points. Ou pas.

Mais parlons plutôt de ce qui concerne cette élection qui arrive si vite : les européennes. Pourquoi devons-nous y renvoyer certains des eurodéputés français de gauche qui y sont en ce moment ? Pour moi, et je sais que ton sens politique partage cette analyse avec moi, c’est parce que les sociaux démocrates (ce n’est pas un gros mot que de désirer un socialisme non dictatorial) français qui y sont élus aujourd’hui furent moteur, avec d’autres, de ce qui est sans doute la plus grande avancée politique pour la gauche européenne et donc pour les citoyens européens depuis sa création : ils ont créé un Progressive Caucus.

Depuis le début des années 80, les conservateurs ont leur caucus, leur groupe de droite conservatrice qui écrase toute velléité de gauche. Il a fallu tout ce temps pour que la gauche crée le sien et il n’est, malheureusement, qu’à ses premiers pas. Il pourrait chuter vite et pour longtemps si on n’y prend pas garde.
Si tu penses à l’Europe, et non aux affects internes à la politique française, crois-tu vraiment pouvoir éviter le groupe S&D, quel qu’il soit, dans ce Progressive Caucus ? Tu sais bien que les Verts européens sont parfois plus à droite que nous, et pourtant il ne te viendrait pas à l’idée de les en rejeter ou de rejeter une main tendue par Yannick Jadot…

Le temps n’est pas à la construction ou reconstruction de nos mouvements politiques nationaux sur le dos d’une élection, le temps est bien plus important que ça : il est à la construction d’une gauche européenne qui apprenne à s’organiser pour protéger les citoyens européens. Notre question aujourd’hui est : voulons-nous que la gauche française pro-européenne participe à ce Progressive Caucus et à sa construction ou en avons-nous rien à faire ?

Je n’ai pas envie de faire campagne avec les membres de ton mouvement qui, à longueur de tweets et de posts facebook semblent ne faire qu’une chose de leur journées : nous cracher au visage. Aucune envie. Je suis fatiguée de cela. J’avais déjà vécu cela juste après mon adhésion au PS en 2012 lorsque tu les fis adhérer à la grande motion majoritaire qui allait de toi à Valls (encore lui) et où ils passaient plus de temps à m’expliquer que Maurel et Lienemann ne comprenaient rien et que nous devions disparaître car nous n’existions pas vraiment (!) plutôt que de construire une réelle convergence interne et des barrages à Valls ou Macron. Je suis très fatiguée de cela et des échecs politiques que cela a collaboré à créer. C’est de la politique de batailles pour oublier où est la vraie guerre, où est le vrai sujet. C’est de la diversion injustifiable. Fatiguée de cela, je l’étais, tu le sais. Cela ne m’a pas empêchée de te soutenir lorsqu’il le fallait. Fatiguée, je le suis encore plus maintenant. Et avec ma fatigue vient ma colère.

Colère. Parce que le sujet n’est pas là. Que la misère ne se bat pas minorité contre minorité. La misère se bat minorités contre majorité. Je ne veux pas faire partie de la plus jolie minorité, la mieux décorée, la plus contente d’elle. Je veux faire partie de la majorité, pour labourer la terre de fond en combles, semer et récolter. Je veux voir la droite libérale et financière amoindrie au sein du Parlement Européen. Je veux voir une Europe qui pense protection des êtres avant protection des avoirs.

C’est pour ça que je me suis engagée au Parti Socialiste : parce qu’il me semblait ne plus voir les petites blessures qui font les grandes souffrances de la misère, pour le réveiller. Et je t’ai secoué, comme d’autres, avec d’autres. Et si tu veux une confidence étrange, pour ma première intervention face au CN en décembre, j’ai été comme d’habitude : un peu trop fort mais sincère. Crois le ou non, mais les gens en face de moi, toutes micro obédiences socialistes confondues, ont écouté et entendu. Le parti change depuis non pas votre départ, mais tous ces départs. Nous le savions au tout début des frondeurs : nous avions vu la chute avant 2014, ils ne nous croyaient pas, mais ils étaient simplement en retard, aveuglés ou apeurés. Tu es parti trop tôt pour le voir, mais je te le dis : nous avons quitté le cimetière des éléphants.

La Délégation des Socialistes Français en est la preuve par le travail. Arrivée si petite en 2014, elle a su, à force de batailles et des débats, bouger accepter et changer et surtout, influer sur le travail du Parlement Européen. Parce que c’est cela qui compte : ils l’ont fait. Ils ont fait ce qu’ils ont pu là où ils pouvaient, et souvent plus que ce qu’on osait espérer. Qui aurait dit que le Progressive Caucus allait naître là, tapis entre les hollandais pur jus, les strauss-kahniens, les sans autre avis que la majorité et que la Radicale que nous avions avoir élue en serait une vraiment de gauche ? Qui l’eût cru ?
Perfectionniste, j’aurais aimé plus, mieux, plus clair – et ils le savent. Comme toi en tant que ministre, tu aurais aimé faire plus. Mais regardons ce qui a été fait : faut-il l’oublier, l’éradiquer ?

Sur chacune de nos propres listes il y aura des gens qui n’auront pas confiance les uns dans les autres, alors quoi, on lance des listes composées uniquement d’amis ? Ou on fait de la politique : savoir quel est l’intérêt commun et trouver les meilleurs moyens de le mettre en œuvre ? Je n’ai pas envie de faire campagne avec vous, le mépris de vos plus proches camarades face à nous qui sommes resté dans notre parti qui fut commun est difficilement supportable et il n’a d’égal que le mépris affiché par certains de tes cercles durant la présidentielle, et le reste du temps… Mais je passerai outre ce manque d’envie parce que les européens, les français en Europe, ont besoin que nous fassions campagne ensemble et non les uns contre les autres en ayant peu ou prou les mêmes promesses, les mêmes buts. Et les buts du Parti Socialiste sont clairs. Ils sont écrits, adoptés par le Bureau National depuis septembre, ils sont la base de la négociation d’un projet commun et sérieusement, ils pourraient avoir été écrits par toi.

Je t’écris aujourd’hui pour te dire cela : ce n’est pas une campagne d’amour entre nous que nous appelons de nos vœux, mais une campagne d’amour pour les européens et l’Europe, pour qu’elle ne crève pas de manger ou de respirer, étouffée par les milliards d’avoir enfermés dans des coffres, et que ce combat ne supportera aucun retard. Prenons nos responsabilités en disant “oui, ok, comment ?”, ce sera moins dur à porter dans 20 ans quand on répondra aux questions des “historiens de la chute”. Nous avons déjà dû prendre nos responsabilités à d’autres moments, contre vents et marées, contre le TSCP sans toi ou la déchéance avec toi. Nous n’avons pas toujours réussi mais nous avons au moins l’honneur d’avoir essayé.

Je ne veux pas faire campagne contre toi, contre Guillaume Balas ou Isabelle Thomas. C’est stupide. Et vous le savez bien. Et je ne veux pas non plus les voir disparaître du Parlement Européen. Ils ne sont pas les seuls, mais on a besoin d’eux, tu le sais.

C’est pas perdu puisque tu m’aimes
Un peu moins fort, quand même

Le premier des combats

Puisque le Parti Socialiste ne diffuse plus ni photo ni verbatim des interventions au Conseil National, et parce que je veux garder une trace de ce que j’ai énoncé lors de ma première intervention à la tribune du Conseil National le 13 décembre, je vais essayer de remettre ici ce que j’ai dit là-bas (et que je n’ai ni vraiment écrit ni enregistré).

© Mathieu Delmestre – 13/12/19

Chers camarades,

Je sais que vous saurez m’accueillir avec bienveillance pour ma toute première intervention devant le Conseil National du Parti Socialiste car la bienveillance est inhérente au fait d’être socialiste, n’est-ce pas ?

Je suis venue pour vous parler d’Europe, mais puisque les sujets se croisent, je vais commencer par vous parler de ce qui nous a occupé quasi toute la journée ici : le mouvement des Gilets Jaunes.

Je ne suis pas allée sur les rond-points pour les écouter comme vous, chers amis élus. Non : je n’ai pas d’argent à dépenser pour faire garder mes enfants afin d’aller discuter avec des gens qui m’expliqueraient à quel point il est difficile de vivre dans la société actuelle. Non, je ne suis pas allée écouter les Gilets Jaunes parce que je n’ai pas besoin de les écouter pour les comprendre : je n’ai qu’à regarder ma vie.

Si je ne m’étais pas engagée en politique, pour cela, auprès de vous il y a 6 ans, je serais sans doute aussi sur ces rond-points. Je sais que vous êtes de bonne volonté, que vous les écoutez vraiment, mais je voudrais vous rappeler que ce qu’ils dénoncent, je le dis, le crie depuis plus de 6 ans maintenant et que vous n’avez jamais eu envie de l’écouter. Je l’écris même, dans mon blog, depuis près de 5 ans, et jamais vous ne l’avez pris au sérieux. Et je n’étais pas la seule

J’ai raconté le RSA, les CDD, les problèmes administratifs liés à la pauvreté. J’ai raconté les problèmes scolaires, les problèmes de voiture. En réunion, en apparté, sur les réseaux, partout… J’ai raconté la misère économique, psychologique et sociale. Vous saviez.

Oui, il est insupportable de devoir choisir entre acheter une nouvelle paire de chaussure à son enfant qui rentre de l’école en ayant mal aux pieds et être sûre de pouvoir acheter à manger la dernière semaine du mois. Oui.

Oui, il est insupportable de ne pas emmener son enfant aux urgences car la voiture est en panne pour faire les quasi 20min de route entre le quartier du centre ville où j’habite et le nouvel hôpital à l’extérieur de la ville, et le bus coûte 1,30€ l’aller et que si jamais ce n’est pas si grave, ça fait beaucoup d’argent à garder pour la semaine prochaine, 2,60€ c’est le pain frais.

Et oui, bien sûr, le quinquennat de François Hollande a réduit le trou de la Sécu. Oui. OK. Mais venez me regarder dans les yeux et me dire que c’était plus important que la santé de mes enfants. Venez, et vous verrez ma colère. Lorsqu’on a diagnostiqué des problèmes neurologique et/ou génétiques à mon fils, il a fallu 12 mois avant d’avoir une certitude : il n’avait rien, rien du tout. Mais 12 mois entre le premier rendez-vous et le dernier parce qu’il y a au moins 9 mois d’attente pour un rendez-vous (et 65km, parce que dans la wanna be métropole de Metz il n’y a plus de spécialistes pédiatriques, alors il faut aller à Nancy, se faire préter une voiture lorsque la sienne est en panne, mettre de l’essence alors que non, 130km, ça tenait pas dans le budget). 12 mois où je devais vivre avec la possibilité que mon fils meure jeune de problèmes cardiaques. 12 mois qui auraient dû en être 2 ou 3 mois dans un système de santé efficace, surtout vu sa centralisation si coûteuse pour les patients. Et je ne devrais pas me plaindre parce que pour moi “c’est allé vite”. Alors le trou de la Sécu, moi mère, je m’en fiche lorsque j’ai peur pour la vie de mes gosses. Je m’en contrefiche.

Mais tout cela, je dois dire que vous n’aviez pas besoin d’attendre le mouvement des Gilets Jaunes pour le savoir : il vous suffisait d’écouter les pauvres de vos sections. Il vous suffisait de vous taire, vous élus, pour écouter les pauvres de vos sections. Mais les réunions de sections, ce sont des combats de coqs entre élus pour savoir lequel parlera le mieux. Alors que ce devrait être des endroits où les gens qui ont décidé de s’impliquer dans la vie commune devraient pouvoir vous dire des choses. Vous avez laissé passer cette chance là. Au gouvernement, le parti a protégé le pays mais pas les gens. Et les gens l’ont vu.

C’est pour cela que je voudrais remercier nos représentants au Congrès du PSE de s’être mis à la marge, mais quelle belle marge, en refusant de soutenir le bras droit de Juncker, Timmermans, comme candidat commun.

Parce qu’il faut voir ce que cette commission Juncker a mis en place comme mensonge : le Plan Juncker, sensé sauver l’Europe après 2008 en faisant un grand plan de relance par l’investissement, c’est 100.000.000.000€ promis. Mais pour que cet argent soit dépensé, il faut que les états ou collectivités territoriales dépensent la même somme. Mais la commission empêche toute dépense au dessus de 3% de déficit. Et donc ? Et bien interdit aux collectivités d’investir parce que cela crée de la dette et n’est donc pas obligée d’engager les dépenses promises. Malin, non ? Et bien Timmermans n’a rien fait contre, nous n’avons donc pas d’énergie à dépenser pour lui. Faire campagne pour et avec ceux qui oublient de se battre pour éradiquer la pauvreté et contre l’extrême droite, ce n’est plus possible. L’ère est au combat, défensif pour la population, offensif contre le néolibéralisme au pouvoir mondialement et qui emmène les gens et la planète droit dans le mur.

Il faut voir aussi ce que la Délégation des Socialistes Français a fait, malgré le tout petit nombre de députés que nous avons envoyés en notre nom en 2014. Certes, la DSF est encore plus petite aujourd’hui qu’alors, mais c’est surtout dû à des problèmes nationaux qu’européens. Ils se sont battus, souvent intelligemment, toujours avec pugnacité. Et ils ont permis ce qui, pour moi, est notre planche de salut : le Progressive Caucus, ou Left Caucus, c’est-à-dire l’alliance des gauches européennes sur les sujets où ils sont en accord pour pouvoir faire pression collectivement et faire avancer des sujets importants. Le Conservative Caucus existe depuis l’ère Thatcher-Reagan et il n’a jamais fait perdre le pouvoir à la droite depuis lors. Le Progressive Caucus est jeune et frais mais si les eurodéputés qui vont arriver au Parlement Européen ne le renforcent pas, alors la Gauche va continuer à perdre, les peuples à souffrir.

Malgré toute cette adversité, malgré le petit nombre d’élus et malgré cette facheuse habitude si difficile à perdre au groupe S&D de toujours aller négocier des miettes avec le centre pour faire passer les miettes, plutôt que de mener la bataille et de montrer la droite pour ce qu’elle est, et d’être ce que la gauche devrait être, malgré tout, donc, notre délégation d’eurodéputés a fait un travail de Titan pour protéger les gens : contre le glyphosate, contre la pèche électrique, contre des politiques économiques et industrielle incompréhensibles, contre beaucoup… Et il faut le faire savoir. Ils ont été de tous les combats, et se sont battus avec force pour tenter de protéger les européens et lorsque ce n’était pas possible dans le Parlement, tenter d’alerter l’opinion pour faire changer les choses par la presse et/ou la rue.

Alors avant de vous préoccuper de vos mairies, parce que ceux qui croient que sous prétexte d’un tarif dégressif à la cantine et de leur hyper-charisme ils vont garder ou gagner leurs villes fassent attention : nous avons collectivement, autant vous que moi, en tant que socialistes, perdu la confiance des gens en nous. Et la confiance des gens, ça ne se gagne pas à coups de slogans mais de preuves. Vous balader dans la rue ne suffira pas, votre charisme ne fera pas tout loin de là. Tavoillot explique dans Qui doit Gouverner ? que l’autorité vient d’en bas : il faut que le Peuple se sente protégé pour qu’il vous donne de l’autorité. Elle ne se prend pas, si elle se prend c’est de l’autoritarisme (du Macronisme ?), ce n’est pas de l’autorité. L’autorité se donne par ceux qui se mettent sous votre aile. Et pour l’instant, nous en sommes au stade où nous discutons. C’est déjà bien. Ce n’est pas suffisant, et pour les mairies cela ne suffira pas si la politique menée ou combattue est faiblement protectrice. Il faut laisser de côté la social-négociation pour remettre au centre le Socialisme.

Parce que, en tant que socialistes mais bien au delà, la première chose que nous devons faire c’est d’empêcher l’empoisonnement de nos enfants et de nou concitoyens. Vous ne vous rendez pas compte de l’horreur que c’est de mettre dans un caddie un pain de mie industriel dont je sais qu’il est le seul que j’ai les moyens d’acheter maintenant mais qu’il est celui qui pourra donner un cancer du système digestif à mes enfants pour leurs 40 ans. Les affamer ou les empoisonner, c’est mon seul choix aujourd’hui. Notre premier combat, en tant que force politique, c’est d’empêcher l’empoissonnement des poumons et du système digestif de nos enfants. C’est un combat premier, non négociable, obligatoire car nécessaire. Ensuite viendra le temps des programmes et des négociations.

Et maintenant…

Un week-end politique dense.

Des amis qui partent du parti où je les ai rencontrés, on a beau s’y attendre et le comprendre, ce n’en est pas moins dur. Des camarades qui tensent ces mêmes amis, on a beau s’y attendre, c’est très désagréable. Emotionnellement dense, éreintant, mais voilà : le pas est franchi. C’est fait. Maintenant on avance. Il n’est plus sensé y avoir de doute sur qui est où et, donc, alors que tous les tremblements de terre semblent passés, nous allons savoir comment avancer, chacun de notre côté, sans doute bientôt ensemble sur certains sujets.

Le Parti Socialiste a travaillé aussi, ce week-end. Nous avons des textes qui nous permettent d’avancer (le texte Europe que certains en interne trouvent “trop à gauche”, ce qui devrait redonner le sourire à nos électeurs…) et puis des textes qui vont sans doute nous permettre de nous écharper entre camarades (comme si on avait besoin de changer nos statuts, sérieusement, quelle urgence ??). Bref, le Parti Socialiste n’est pas mort et sa direction accepte même d’être de gauche. Avançons.

Je continue en son sein, notre Texte d’Orientation appelé “L’Union et l’Espoir” au congrès d’Aubervilliers du Parti Socialiste sera porté par le duo de mandataires nationaux décidé en réunion vendredi soir : Nora Mebarek et Laurent Baumel, et nous allons continuer le combat interne au PS et en externe avec le PS, comme nous l’avons toujours fait. Collectivement. Voilà.

Trois voire cinq réunions plus tard, ce que je retiens de fondateur, ce qui continue à me trotter en tête après ce week-end de mi-octobre estival depuis que je l’ai entendu, c’est cela :

Raphaël Glucksmann est celui qui a réussi le geste politique le plus fort, le plus juste, le plus concret : engageons-nous.

Où vous voulez, mais engagez-vous.

Comme vous voulez, mais levez-vous et parlez.

Je l’ai fait il y a 6 ans, avec ce sentiment que c’était le moment, que ça allait craquer et qu’il fallait être à l’intérieur pour dire. J’ai décidé d’aller raconter de dedans. Parler de nos vies, différentes de celles des hommes et femmes politiques installés, mais non pas sur un marché lorsqu’on les rencontre rapidement quand ils sont en campagne, non : de dedans, de leurs réunions, peser sur leurs consciences en leur faisant connaître un exemple de nous. Je l’ai fait comme ça, en allant au PS, parce que c’était le parti qui m’était le moins éloigné et le mieux installé sur mon territoire et que la politique me tentait. J’aurais pu aller dans une association militante, mais je milite déjà pour la diffusion de l’avant-garde musicale. J’ai choisi un parti politique. Mais tout est possible.

Si vous êtes de gauche, ce qui si vous finissez par lire ceci est probable, vous ne pouvez plus dire aujourd’hui que vous n’avez pas de choix. Nous avons, par nos séparations successives, créé autant de partis, micro partis, sur chaque micro ligne politique que constitue la gauche. Et je dois dire que même au Parti Socialiste, les successives claques électorales ont permis à ceux qui se pensaient omnipotents et hégémoniques en interne de douter et d’accepter le débat, voire de changer. Donc si vous râlez dehors, allez râler dedans. Râler pour, râler avec, râler contre. Râlons ensemble.

Le climat, l’accueil des populations migrantes, l’appauvrissement de la population, l’appauvrissement intellectuel de l’enseignement… dans le désordre et de manière absolument non exhaustive, la politique d’Emmanuel Macron & Edouard Philippe nous offre une telle perfection libérale, délétère pour tous sauf “eux”, que chacun peut trouver une bonne raison de s’engager.

Tout le monde n’a pas à faire de la politique. Tout le monde ne peut pas, parce que croyez-moi sur parole : c’est dur et c’est souvent ch**nt ! Mais chacun de là où il est peut émettre son analyse du monde ou porter ceux qui le font. Ecouter, comprendre, apprendre, partager, poser des questions c’est aussi faire de la politique. Allez dans des partis, mais aussi dans des assemblées, des associations, des clubs, des réunions sans nom… mais ne vous laissez pas endormir par la tâche qui paraît trop grande, trop ardue. Chaque pas compte, chaque pas marque.

Soyons exigeants. Soyons têtus. Soyons protecteurs de notre planète et du monde de nos enfants. Soyons audacieux pour maintenir une qualité de vie correcte pour tous. Il en faudra, de l’audace !

Déchéance(s) finale(s).

Il n’y a pas de chef à gauche, mais il y a des guides. Et ils se sont assis. La gauche, elle, avance. Mais ses leaders, ses guides sont assis sur le bas-côté de la route à se demander comment faire comprendre que l’autre est pire, qu’ils sont chacun le seul leader valable.

La France Insoumise de Mélenchon est tout aussi irasciblement obtuse  contre le rassemblement de la gauche pour les législatives (même avec le PC) et contre le barrage au FN dimanche que les soutiens de François Hollande lorsqu’il(s) défendai(en)t la déchéance de nationalité. Pourtant… Pourtant c’est un des fondamentaux de la gauche : reconnaître prévalente la démocratie, parce qu’on a plus confiance dans un groupe que dans un homme, et savoir se battre ensemble lorsqu’en face l’adversaire est dur.

Il faut croire que la gauche française l’est surtout de discours, pas de vie.

Pourtant, les gens de gauche, ceux que certains appellent “le peuple de gauche” (aka les pauvres ou moyen riches qui profiteraient d’une politique redistributrice et donc militent pour) sont toujours là. Mais personne ne les regarde. Non, les “grands” se comparent l’un à l’autre, pour expliquer au “peuple” que l’erreur de l’autre est plus lourde.

Non. Chacun de vos erreurs fait reculer nos droits. Chacune est lourde. Chacune porte du sens, et vous en portez, chacun, la responsabilité.

Grandissez. Ou partez.

Nous, le peuple, nous sommes un peuple qui ne se reconnaît plus car vous captez les rendez-vous que nous pourrions nous donner. Nous ne savons plus sur quelle place nous retrouver. Bastille ou République ? Quoi ? Non, je ne t’entends pas. “Baspution ?” Cela n’existe pas.

Grandissez. Ou partez et laissez nous faire.

Ce sera plus long, mais la force de notre sentiment d’injustice face à cette présidentielle et au quinquennat qui vient nous donnera l’énergie nécessaire à faire sans vous.

Moi je sais qui sont mes camarades. Je veux militer avec eux. Alors débrouillez vous comme vous voulez, mais lundi matin, guidez nous sur la place où nous serons tous. Mes camarades sont rouges, roses, verts. Parce que ce sont nos couleurs, quoique vous en fassiez, nous défilerons ensemble, comme toujours.

La gauche n’a pas de chef. La gauche ne connaît pas de garde-à-vous. Faites comme là, râlez contre l’autre, ne regardez pas vos défauts, et nous vous quitterons tous. Nous macroniserons la gauche comme il a préempté le centre droit. Ce n’est pas un désir, mais vos atermoiements en feront une nécessité, pour notre survie.

La déchéance, toute la gauche de cœur s’était levée contre. Toute la gauche. On ne déchoit pas de nationalité des binationaux. On s’occupe nous-même de nos erreurs. On répare. On est grands et responsables. On est une nation adulte. Où est ce “on” aujourd’hui ? Je le cherche. Il y a les marchands de tapis, il y a les destructeurs du temple, il y a les aveugles & sourds… je cherche en vain ce “on” que nous sommes. Cet article indéfini qui nous rend tous égaux face à des monstres. Oui, des monstres.

La déchéance est notre chute. Prenons-la comme point de départ à notre rebond. Nous étions contre ? Nous serons ensemble. Point. Maintenant, levez-vous du bord de ce chemin et regardez-nous : nous sommes là. Plus nombreux qu’hier. Alors ? Bastille, République, Nation ? Où serons-nous tous ? Une seule réponse : rue de l’Université. Intelligence & Parlement. Seule solution.

Ne nous abandonnez pas. Vous avez nos forces. Vous pourriez récolter notre désespoir haineux.

 

Effrontée

CYNISME : “mépris effronté des convenances et de l’opinion qui pousse à exprimer sans ménagements des principes contraires à la morale, à la norme sociale”

effrontee-1985-05-gPour moi, effrontée, c’était ça et c’était bon. Pas bien, mais bon. Et puis, j’ai grandi. J’ai toujours trouvé plus sympathiques les effrontés aux autres. Et puis nous avons tous vieilli, et nous sommes sortis des années 80. Le cynisme vainquit. Il a tout acheté.

D’ailleurs, aujourd’hui, j’ai essayé de me réjouir au premier degré d’une chose que j’attendais depuis longtemps : mon parti se réveille, mes camarades retrouvent la parole.

J’ai lu l’article de Stéphane Alliès et il est exactement où j’en suis là : las. Oh my f*cking Lord, où sommes-nous ? Nous sommes, là, dans un brouillard de confusion, nous sommes perdus là où plus aucun mot ne vaut son sens. Alors j’essaie d’oublier les mots. Comme Charlotte quand elle écoute le piano de Clara et s’envole.

effrontee spectacle[break]

Il n’y a pas deux gauches. Oui, il y a un désir de rupture. Je n’arrive pas à le comprendre, d’ailleurs. Je ne vois pas comment on peut décider non pas de partir, mais de faire partir. Quelle logique humaine pousse à cela ? Quelle intuition politique peut réellement faire penser que pour battre cette gigantissime crise qui nous assaille, “diviser pour mieux régner” serait la solution ? Encore faudrait-il avoir un royaume où régner…

Voilà, ni enthousiasme, ni colère. Juste des blagues, des sourires, cyniques… las… tout au long de la journée. Pourquoi ? Parce que c’est plus simple que de diriger ma colère vers la source de son objet. Il est tellement facile d’être, pour moi, pour nous, en colère contre Martine Aubry. Alliès le dit bien : elle se re-réveille, quand se rendormira-t-elle ? Facile d’être en colère qu’elle reprenne les mots que nous portons, sous les coups, depuis 3 ans finalement, là, maintenant. Être en colère contre ces camarades qui nous méprisent de dire tout haut ce qu’ils n’ont pas le droit de dire, eux. Parce que nous non plus nous n’avions pas le droit de les dire, ces mots : “le gouvernement fait fausse route, Hollande se trompe, nous rentrons dans une impasse, il faut changer, les gens nous tournent le dos”. Nous n’avions pas le droit, nous l’avons pourtant fait.

Mais elle n’est pas la source du problème, elle est juste une solution hésitante.

Il nous faut prendre le présent tel qu’il est et avec qui est debout, qui se lève, qui souhaite se lever.
Nous nous battrons ensemble, fatigues contiguës, solidaires. Non pas confiants, car le monde est en ruine : il ne reste que sa peau pour tenir le lait.

La question n’est plus “qui”, la question est “quoi” ? Pour moi, la seule réponse que nous n’avons su essayer contre cette crise latente, explosive, longue, lente et sans doute définitive c’est la solidarité. En France, en Europe, dans le monde, la seule arme contre le capitalisme financier agressif qui nous attaque et nous transforme, c’est ce tout petit bâton dans ses rouages, ce grain de sable accessible à toutes les échelles donc par tous : la solidarité.

Allez, à demain… debout.

[Edit du lendemain matin : voilà, j’ai signé “sortir de l’impasse” parce que ça ressemble à mon cri de défoncer le mur de l’été 2014 et que nous ne pouvons continuer à attendre…]