NUIT NOIRE.

Je ne sais pas ce que j’ai vu. C’était tendu. Ça tirait fort.

Ce que j’ai vu je ne l’ai pas vu. Le plus tendu, le plus tiraillant n’était pas là. C’était entre les deux. Entre avant et après. J’imagine.

Comment décider de bloquer un parlement parce qu’on ne peut l’entendre bouger ? Je ne sais pas. Je sais que demain, lorsqu’on va se réveiller, ceux qui célèbrent ce soir la victoire de la France et n’ont pas vu ce débat sans vote, ceux-là, une partie de ceux-là vont crier au scandale. Certains pérorer à la dissolution. Certains menacer à la dissolution. Mais il y a une autre solution. Il n’y a jamais qu’une seule solution. Il y a dix solutions.

Je m’excuse, il est tard. Il est tard dans la nuit, il est tard dans la République, il est tard dans la démocratie. Il est un temps où un Premier Ministre peut regretter que certains appellent à « une reparlementarisation à outrance » (Mais où serait l’outrage ?) pour menacer de la « mort de la Gauche ». Il est tard comme un jour où on ne veut plus de parole, plus que du silence, plus que du vide.

Mais la nature a horreur du vide. Elle le remplira. Elle le remplit. Elle met la folie. Quand les enfants dorment j’allume la télé. Quand la démocratie dort, le reste prend sa place. La consommation prend sa place. L’automatisme des actes prend la place. Quand on n’ose plus choisir, on n’est plus. Alors, le pire advient.

 

Aujourd’hui, ma République est sur une voie de garage. Soit on pète le mur du fond, soit on fait marche arrière. Moi je veux qu’on pète le mur. Je veux voir le jour, je veux voir ce que depuis ma naissance on me dit avoir existé. Je veux voir la Politique agir. Je veux un monde où la chose publique est décidée par des hommes et non par des systèmes. Moi, je veux qu’on pète le mur. Je veux cultiver le jardin qui est derrière le mur. Je veux me nourrir de ce qu’on nous cache. Je veux avancer, debout.

 

Je vois ce qui se passe. Je ne le comprends pas. Pas beaucoup. Pas entièrement. Un peu. Mais je le vois et je peux vous dire que la lumière est belle. Elle est belle. Forte. Elle fait mal aux yeux. Elle brûle. Mais elle éclaire.

 

Je veux qu’on arrête la nuit. Je veux qu’on arrête la nuit. Je veux le jour. Et des possibles.

Je veux choisir.

 

Et si on te demande… Je suis fière d’être au Parti Socialiste. Parce que je n’y ai pas adhéré pour ce qu’il est aujourd’hui, au moment M. Non. Je suis fière de faire partie de cette histoire-là, le Socialisme. Ça, c’est pour le passé. OK. Mais aujourd’hui je suis fière de cheminer auprès de ceux qui font, je l’espère, son futur. Le futur que je lui souhaite. Un futur qui dessine la société au lieu d’uniquement la gérer a posteriori.

Je suis fière d’être au Parti Socialiste, parce qu’il crie, il pleure, il a mal, mais il vit, il respire et il vit, d’idées et d’idéaux.

 

Précédemment publié le 1/07/2014 sur http://charlotpicard.tumblr.com/post/90398540270/nuit-noire

Sans voix ?

Sans oreilles.

Sans mains.

Sans parole.

Sans voix.

Nous demandons l’impossible, et nous nous étonnons de ne pas le recevoir.

Nous demandons le grand écart, sans spectacle, sans lumière, sans bouquet. Et nous nous étonnons de la défection.

Nous demandons l’adhésion à l’inexpliqué continent, dont on avait dit qu’on refuserait les règles, que nous avons quand même adoubées, union que nous n’aimons que comme une vieille maîtresse : par obligation, avec dépit. Et nous nous étonnons du désamour.

Nous demandons la force de l’autorité aveugle. Nous sommes, donc vous suivrez ! Mais sans offrir la protection, l’autorité n’est jamais données. Là est la politique de l’offre et de la demande. Je t’offre ma protection, tu me donnes de l’autorité. Aujourd’hui, nous offrons une décomposition de la protection, et nous faisons les gros yeux fixes et méchants de l’autorité. Et nous nous étonnons du manque d’écho, de prise.

Nous demandons la confiance. Non, nous oublions même de demander la confiance, nous faisons comme bon nous semble, sans se préoccuper de ce qui fut dit. Nous oublions que le XXIème siècle est celui où la moindre parole est écrite, enregistrée, numérisée et donc à portée de main, de souvenir et de comparaison. Nous défaisons constamment notre parole et nous demandons la confiance sur celle en cours. Et nous nous étonnons que cela ne prenne plus.

Nous sommes donc dans une belle jaguar. Au point mort. Avec les mauvaises clefs.

La société a des clefs. Plein de clefs. Le monde avance sans la politique. On peut lui faire confiance. Il vit.

Ouvrons les yeux. Écoutons non pas les sondages, mais les idées de demain qui se trament aujourd’hui.

Un politique, c’est un visionnaire, pas un gestionnaire.

 

précédemment publié le 26 mai 2014 sur http://charlotpicard.tumblr.com/post/86883273440/sans-voix