Le jour est mon épreuve. Mon épreuve qui se répète, chaque jour.
Le jour, c’est la somme des échecs, des failles, des chutes qui me tient. Somme assommante. Somme éreintante.
Ces jours sans liberté sont gravés dans ma poitrine. Mon sang est épais. Il ne coule plus bien. Il manque de l’élan.
Je ne sais plus me lever. Je ne sais plus marcher. Je ne sais sans doute plus danser non plus. Mais que signifie danser ? Pour danser il faudrait être léger. Qui est encore assez léger pour danser, même seul dans sa chambre sur Sylvie Vartan ? Qui.
Je ne sais plus penser. Je ne fais que rêver. Rêver de frapper, rêver de contourner, rêver de clandestinité. Mon bonheur ne peut qu’être clandestin puisque le jour est sombre.
Ma liberté comate au fond de ma gorge, noyau d’abricot empêchant de parler. Je voudrais danser dans la rue, une samba douce, sentir la chaleur de la vie quelque part. Je voudrais qu’une samba nous libère, nous détache de nos canapés. Je voudrais une samba en moi. Je voudrais écrire une saudade sur notre vie gâchée un an à attendre que quelque chose arrête d’arriver. Je voudrais écrire une saudade où j’embrasserais l’air.
Le jour est sombre, il appelle la défaite du Peuple.
Ma voix ne sort plus. Mes yeux ne lisent plus. Mon coeur bat sans comprendre trop pourquoi. Mes mains sont lasses. Mes pieds ne veulent plus.
Le jour est sombre et il ressemble à hier qui ressemble à demain.
Nous en sommes là, sombres.
Mais nous, c’était autre chose. C’était rire et danser. C’était chanter et penser. C’était panser les blessures de l’autre sans lui demander quoi, ni pourquoi. C’était boire et manger, parce qu’on avait compris que la Vie, c’est court. Nous, c’était vouloir le Beau plus que tout. Le Beau avec une majuscule, pas le joli, non. Le Beau qui est Juste, qui est Vrai. Nous, c’était la Joie d’être vivants et la volonté de l’être pleinement.
Le jour est sombre parce que nos vies sont lumineuses, et qu’on les a éteintes.
Que quelqu’un prenne ma main, je n’arrive pas à me lever. Que quelqu’un prenne ma main et me ramène à moi. Vous vous souvenez de moi ? Je voudrais y retourner. Attrapez-moi et faites moi danser. Attrapez-moi, ne me laissez pas là, dans ce trou sans lumière, sans goût. Rattrapez-moi et je vous tiendrai pour qu’on en sorte.
Je voudrais reconnaître les jours et les saisons à nouveau. Je voudrais le goût de l’Autre qui revient dans mon plaisir de le rencontrer pour la première fois. Revoir ceux qui me manquent depuis des lustres, parce que ces 12 mois furent trop long pour en supporter encore d’autres. Je voudrais les moyens de réunir tout le monde pour une grande bacchanale d’un mois de rattrapage humain. Je veux des corps, les corps de tous ceux que j’aime ou qui me font rire, ceux qui me font rêver ou danser, je veux tous ces corps inaccessibles depuis tant de mois, et je veux pouvoir les toucher sans plastique, sans parois, sans pixel. Je veux de vrais corps. Pas des images de corps. Laissez nous tranquilles avec vos images, on n’en peut plus de vos images. On veut la réalité. On veut du Vrai.
Et nous, c’est Vrai.














