Communeurs, communeuses…

“Power resides where the men believe it resides. It’s a trick, a shadow on the wall. And a very small man can cast a very large shadow.”
Vary in Game of Thrones 2×03.

 Le Mouvement Commun

L’absence de Pouvoir pré-établi était ce qui a traversé tout ce dimanche après-midi, cet événement fondateur. “Ecoutez-vous avec bienveillance et gentillesse, c’est le seul moyen d’entendre ceux qui d’habitude ne parlent pas.” Le mot d’ordre. Bienveillance.
On a souri en entendant cela, et nos sourires se sont transformés en grimace de souvenirs. Les souvenirs de nos premières interventions, ou des dernières en date où nous fûmes moqués et houspillés. Alors oui, nous aurons une bienveillance active.
Nous essaierons, au moins.

MOUVEMENT : changement de position dans l’espace
COMMUN : qui appartient à tous
MOUVEMENT COMMUN : changement de position dans l’espace qui appartient à tous

Ce n’est pas le “mouvement de Pouria Amirshahi”. Il n’est que le réceptacle de nos additions. Il n’est ni le maître, ni le gourou, il est le recenseur. L’idée est simple : certains le faisaient déjà, d’autre n’en avaient pas encore eu l’occasion, l’idée est de créer des synergies d’échanges. Des mouvements d’idées mises en commun pour être mieux ensemble que seuls. L’idée est de déménager un peu de tous nos piédestaux et de marcher, enfin.

Pour nous, hommes et femmes politiques, militants politiques, reprendre parole avec ceux que nous souhaitions représenter lorsque nous avons pris notre carte. Jamais nous ne l’avons fait que pour nous, tous, nous avions une plus haute idée de la politique que cela. Nous l’avons toujours. Retrouvons-en l’élan.
Pour nous, militants associatifs, dirigeants de structures, reprendre parole avec ceux qui sont de l’autre côté de la table des décisions politiques. Jamais nous n’avons cru que nous pourrions faire sans eux. Parfois nous avons dû faire contre eux. Mais sans, ça n’existe pas.
Pour nous, citoyens, nous prenons tous part à la vie de notre cité, sinon nous ne serions pas au courant que ce Mouvement Commun existe, sinon, nous regarderions simplement ailleur, alors regardons ceux qui avancent et suivons-les.

Il n’y eut ni “vaincre” ni “sondage”. Il n’y eut aucun ordre, aucun calendrier avec ultimatums prescripteurs d’actes. Il n’y eut que de l’élan.

Le Mouvement Commun - événement fondateur

On nous appelle les communeurs. Il y a du commun, de la Commune, il y a beaucoup dans ce terme.
Moi ce que j’y vois, c’est un peuple de vigies, de gardiens de phares qui éclairent la voie aux bateaux dans la nuit, dans la tempête. Que les capitaines soient capitaines, que les marchands soient marchands, que les pirates soient pirates… que chacun soit à la place qu’il souhaite, qu’il aime, où il se sent utile. Mais ensemble, allumons les phares qui feront que chacun voie son utilité améliorée.
Je veux être différente de la personne qui sera à la table des communeurs, parce que je souhaite qu’elle m’apporte quelque chose que je n’ai pas. Je veux que nous soyons si différents dans nos méthodes, dans nos analyses, dans nos actes que 1+1=3 et non une unité lissée et fade où tous=1.
Toutes nos révolutions n’ont jamais arrêté notre civilisation de partager le pain à table, que cette table fut dans une chaumière faite de bois brut coupé à la main ou dans un gratte-ciel faite de verre et designée par Stark. Alors trouvons cette force de partage, trouvons ce liant au plus simple de nos énergies, trouvons notre pain.

Il est venu le temps où la nuit et la tempête nous forcent à allumer des phares à jamais éteints. Et comme ils éclaireront des routes jamais prises encore, nous pourrions voir émerger des idées, des pensées nouvelles pour, au bout du chemin, voir tout simplement qu’une autre politique est possible puisqu’un autre monde se crée déjà.

OXI et etc…

« Nous demandons qu’il soit fait une instruction aux citoyens pour diriger leurs mouvements. Nous demandons qu’il soit envoyé des courriers dans tous les départements pour les avertir des décrets que vous aurez rendus.
Le tocsin qu’on va sonner n’est point un signal d’alarme, c’est la charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, messieurs, il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et la France est sauvée. »
Danton, 2 septembre 1792.

Telle Paris se leva pour la France, la Grèce peut, aujourd’hui, se lever pour l’Europe.

Le tocsin de Metz, la tour de Mutte, a été remis en fonction la semaine dernière. Son son résonne à nouveau dans la ville. Hasard, sans doute mais il n’avait pas sonné depuis 1919 et le retour de l’Alsace-Moselle à la France par la signature du Traité de Versailles. Il se remit à tinter de son son grave qui prend le corps en entier, la même semaine où Tsipras décida de demander au peuple de Grèce quelle bataille il faut mener.

Je suis du côté du NON. Je suis du côté d’une Europe humaine. Je dis NON à une Europe dirigée par des capitaux. Je suis aux côtés d’Alexis Tsipras et de l’Europe qu’il veut construire. Elle est responsable, elle est solidaire, elle est éclairée et intelligente.
Je suis aux côtés de Tsipras comme je l’étais de Martin Schulz quand il disait que l’ « austérité en Europe est une erreur ».
Je suis aux côtés de Tsipras comme je l’étais de François Hollande quand il disait qu’ « il n’y a pas qu’une seule politique possible ».
Je suis aux côtés de Tsipras, parce qu’il a le courage de tenir sa parole. Parce que son peuple, nos peuples, l’Europe compte plus pour lui que la BCE, le FMI et des technocrates qui prennent des décisions si éloignées de nous qu’ils noient notre amour de ce qu’ils devraient représenter et le transforme en une méfiance épidermique.
Je suis aux côtés de Tsipras, parce que lui pense encore que la politique existe. Que les hommes debout peuvent avancer mieux.

Il n’est pas le seul.

Ce qu’ils font à Tsipras, au peuple grec, c’est un double broyage made by TINA. Ils le font à Tsipras, mais surtout au peuple grec. Ils le font au peuple européen aussi. Ce que nous voyons comme pressions, comme mensonges, comme revirements, est ce que nous aurions subi si François Hollande avait renégocié le Traité Merkozy. Ce qu’ils font au grec, c’est l’arrière-pensée en forme de bras d’honneur qu’ils nous font à chaque fois que nos dirigeants acceptent sans sourciller des règles dictées par les marchés dérégulés.

Alors à ce bras d’honneur, je dis NON. Pas parce que je ne respecte pas ce ils qui me nie, pas parce que je pense qu’il faut faire chuter les marchés par-delà les océans. NON. Je pense simplement qu’il n’y a pas qu’une seule politique possible, je pense que le Peuple ne peut être nié.

A notre génération, on demande de grandir et de vieillir dans la flexibilité ‘obligée’, ‘dictée’ par les circonstances. Alors on a appris : la FLEXIBILITE. Nous le sommes devenus. Nous ne mettons pas nos œufs dans un seul panier. Surtout percé.
Toi, Europe des technocrates, tu as bâti une génération d’êtres flexibles, adaptables à toutes les précarités, qui avale les manques comme un moindre mal.
Toi, Europe des technocrates, tu n’as pas vu que nous étions restés humains.
Alors, tu nous as rendus capables de faire changer le monde, puisque tu nous empêches d’avoir un monde personnel constant. Même inerte, nous saurons le faire bouger.

Nous vivons tant de choses hors des carcans de ce qu’ils comptabilisent. Toutes ces choses qui nous rendent heureux sont hors des marchés, hors du CAC40, ne sont pas touchées par les fluctuations des agences de notations. Nos sourires, nos émotions, notre raison de vivre se construit ailleurs que dans la réussite glorieuse qu’ils ont cassée. Alors, voilà : nous sommes LIBRES.

Tsipras a raison : il faut un système de santé, un système d’éducation, et une capacité à l’inventivité et du respect. Pour qu’un peuple avance, il faut cela. Le reste, il le créera lui-même. Un peuple n’est en inertie que lorsqu’il souffre, s’appauvrit intellectuellement, n’est plus en capacité de s’émerveiller.

Ce soir, j’espère que le tocsin du NON à l’Europe inerte dépendante des marchés sonnera. Ce soir, j’espère que le peuple grec nous fera ouvrir les yeux sur la vérité : nous sommes européens, nous sommes interdépendants, nous sommes ensemble, et nous sommes libres de construire quelque chose qui nous ressemble.

 

 

 

 

 

Réalité / confrontation au monde.

Réalité - littré

 

La réalité, c’est ce qu’on en veut. La réalité globale, nous ne la comprendrons jamais. Je suis assise. Je comprends ce geste. Mais est-ce que je comprends la réalité physique de la pression que j’inflige au siège sur lequel je suis ? Est-ce que je comprends la réalité biologique complexe du geste, du fait d’être assise ? Est-ce que je comprends l’histoire qui m’a permis de m’asseoir là, aujourd’hui, maintenant ? Est-ce que je comprends toute l’évolution qui a transformé ma race, ma terre ?

Non. Ma réalité est d’avoir choisi ces vêtements ce matin, ce canapé il y a plusieurs années, éventuellement… Ma réalité, c’est de penser ces mots et de les taper sur mon clavier. Éventuellement, d’y avoir pensé un peu avant. Très peu de me demander ce que vous en diriez, vous en penseriez en les lisant. Le réel, c’est ce que nous rendons intelligible et important dans notre présent. Le présent, c’est ce qui se trouve entre notre mémoire immédiate et notre futur préhensile.

Notre réel, c’est ce que nous voulons bien voir, penser, imaginer.

 

Alors la real-politic, est sans doute une manière de voir le monde. C’est tout. C’est une étiquette de validation de questions automatisées aux réponses prémâchées par l’histoire proche, dans l’immédiateté impensée, dans un futur qui ne peut s’éloigner de ce que nous connaissons. C’est un geste réflexe.

Mais la réalité est autre.

Truth is anywhere.

Ce n’est pas « la vérité est ailleurs » mais la vérité est n’importe où.

La vérité est là où vous êtes.

 

La real-politic, c’est ce qui nous est imposé par on ne sait qui. C’est un totem. C’est une réalité qui a trait à la réalité du corps du Christ dans l’Eucharistie. Tu as le droit d’y croire. Mais dans une République laïque, tu ne devrais pas avoir le droit de l’imposer.

 

Aujourd’hui, la crise nous force à prendre nos responsabilités. Et la responsabilité ne peut pas être de baisser la tête pour continuer sur la voie qui nous a mis dans le mur. La responsabilité des hommes et des femmes politiques aujourd’hui est de lever la tête et de voir ces citoyens qui font fonctionner la terre sans eux. La cohérence de l’homme politique, c’est de conduire le monde là où il sera meilleur. La cohérence de l’homme politique de gauche est que ce meilleur soit plus juste, pour chacun.

 

La force de l’homme politique, c’est sa capacité à se battre pour des idées.

 

La réalité aujourd’hui, est de moins en moins libérale. Le peuple n’en a plus les moyens. Alors il y a du troc, de l’entraide, des fripes, des AMAP, des circuits courts, des dons… parce que si la puissance publique de gauche ne le fait pas, le peuple de gauche s’en chargera.

Et pas que de gauche, d’ailleurs.  

 

L’homme politique responsable regarde le monde dans lequel il vit. Et il propose autre chose. Une autre politique : gérer autrement le monde et faire de la politique autrement. Là est la real-politic : la politique tirée de la réalité.


Précédemment publié le 12/07/2014 sur http://charlotpicard.tumblr.com/post/91546455045/realite-confrontation-au-monde-la-realite