Jeudi 19, je vote Faure

J’ai adhéré il y a 10 ans au Parti socialiste, j’y adhérais parce que je voyais le monde changer et le parti de ne pas bouger. Le parti pour lequel je votais systématiquement au moins au 2e tour, me semblait figé.

Depuis, il a bougé.

Depuis, il s’est pris des grandes claques, par les électeurs et par la politique en général. Alors, il a bougé.

Il aurait pu bouger avant mais il lui fallait une nouvelle équipe et une prise de conscience réelle pour pouvoir le faire. Cette nouvelle équipe elle est incarnée par Olivier Faure, notre actuel Premier secrétaire national, qui est arrivé premier jeudi dernier, avec le plus grand nombre de voix socialistes.

Alors oui c’est assez insupportable pour certains, en fait c’est assez insupportable pour ceux qui souhaiteraient continuer “comme avant”. Je comprends qu’ils ne comprennent pas. 

Ce que je pense aujourd’hui c’est que nous devons sortir de nos habitus et entrer dans le XXIe siècle. Ce que je comprends aujourd’hui c’est qu’un nouvel élan vient enfin de recommencer à avoir confiance, ou plutôt de recommencer pouvoir avoir confiance dans le Parti socialiste. En parallèle, la gauche a sans doute enfin compris que sans le parti socialiste elle ne reviendra pas au pouvoir. Ce sont deux victoires. Deux batailles victorieuses pour pouvoir après gagner la guerre contre le néo-libéralisme, et surtout contre le fascisme.

Je suis fière du parti que nous avons reconstruit ces dernières années. Pas parce qu’il est parfait : rien n’est parfait en ce monde. Mais parce qu’ils écoutent, ils écoutent les pauvres et ceux qui le deviennent, ils écoutent les cris qui viennent de la rue, ils cherchent le meilleur chemin possible, et ils prennent en compte ce que les électeurs disent dans les urnes.

Nous nous faisons traiter de tricheurs par les mêmes qui ont réussi à faire 150 % de votants en plus sur un seul département par rapport au vote du dernier congrès et de l’investiture d’Anne HIDALGO. Nous nous faisons traiter de fossoyeurs du Parti socialiste par des gens qui ont vu les défaites s’accumuler et qui n’ont rien souhaité changer à leurs méthodes, ni locales, ni nationales.

Les électeurs nous ont dit, dans les urnes d’abord, qu’ils veulent une gauche forte, alors ils ont utilisé ce que nous les socialistes nous avions inventé : le vote utile. Les électeurs nous ont dit ensuite que l’union de la gauche, même avec LFI, c’était OK. Mais les électeurs du deuxième tour ont aussi dit que c’était plus facile avec le Parti socialiste qu’avec les autres. Évidemment, lorsque le centre doit voter à gauche contre la droite dure ou extrême, ils ont moins peur de nous, socialistes.

Lorsque nous sommes à terre et que nous voyons des mains se tendre vers nous, il faut sourire au lieu de leur cracher dessus. Ce que l’équipe si disparate autour de Nicolas Mayer-Rossignol, avec tant de gens qui se haïssent, des gens qui ont refusé de financer la campagne d’Anne HIDALGO un peu partout en France, mais qui maintenant expliquent à qui mieux mieux que le Parti socialiste ne l’a jamais défendue et que c’est pour ça qu’il faut virer Olivier Faure, ceux qui expliquent que l’union de la gauche est importante, ceux qui expliquent qu’il est hors de question d’aller avec toute la gauche, ceux, en fait, qui veulent juste rester maîtres chez eux… Ceux ci n’ont pas compris ce que les Français avaient dit.

Alors jeudi, chers camarades, si vous pensez que le parti doit continuer à avancer vers le présent, allez voter Olivier Faure dans toutes les sections de France. Le vote est secret, même si quelqu’un vous intime l’ordre de voter pour quelqu’un d’autre, votre vote est secret et il est à vous !

Et si vous n’êtes pas militant socialiste et que vous lisez cela, et que cette situation vous casse les pieds, au lieu de râler : adhérez !

Panser la culture, penser l’art.

Contribution thématique CULTURE
Parti socialiste
Congrès de Marseille, janvier 2023



Depuis toujours, les socialistes ont eu à cœur de développer ce qui est reconnu comme un facteur d’émancipation autant qu’un pourvoyeur d’intelligence et de compréhension du monde : l’art et la culture. Le Parti socialiste, là où il est élu, développe l’éducation artistique et culturelle et l’accès à la culture avec des politiques publiques de prix réduits pour les plus précaires, de développement des festivals ou d’événements d’envergure nationale dont le plus célèbre : la fête de la musique.
Aujourd’hui, même la droite maintient peu ou prou l’éducation artistique et culturelle là où la gauche l’a construite, mais cette consensualité ne dit pas que tout va bien. De ces décennies de politiques publiques de décentralisation, d’institutionnalisation, et de désengagement de l’Etat, il faudrait tirer un bilan, faire le point, et voir si le chemin est toujours le bon. Cette contribution n’est que ce qu’elle est : un pavé sur le chemin. Elle ne remettra pas en cause ce qui fonctionne bien et depuis longtemps, elle posera seulement des questions pour être sûr du chemin que nous empruntons. En France, le bon chemin est gravé aux frontons de toutes nos mairies, immenses ou toutes petites, de l’hexagone ou des outre mer, partout, toujours le même : Liberté, Egalité, Fraternité.

LIBERTE.

Penser l’Art.

La France est tissée de réseaux de labellisations en tous genre et de structures administrativement plus aisées à gérer par le politique, certes. Mais avons-nous fait un vrai bilan d’efficience de ces établissements public de coopération culturelle créés en nombre durant les années 2000 ? Nous, socialistes, demandons un audit de la structuration des politiques culturelles telles qu’elles existent aujourd’hui, pour pouvoir préserver et développer ce qui fonctionne, changer ce qui s’use, avec une règle : que la diffusion et la création soit au centre de ces projets plutôt que leur propre existence. L’objet des structures financées par le public ne peut être accessoire aux structures elles-mêmes.
Les créateurs en arts vivants comme en arts visuels se rendent compte que pour être soutenus par la puissance publique de nos jours, les appels à projet et les cahiers des charges fleurissent, pensés par le politique, voire par les équipes administratives, les artistes sont sous une contrainte souvent incomprise : une facilité technique voire un impensé, politique.

Les artistes travaillent absolument tous sous la contrainte. Contrainte de temps, de moyens (financiers et humains) et contraintes de capacités personnelles, ce n’est pas la contrainte qui pose problème, mais la sensation que le politique leur demande non pas de faire de la recherche artistique (leur métier) mais de l’aménagement du territoire (le travail du politique) tout en rendant accessoire la création. Il faut pouvoir sortir de ce système, car à chacun son rôle. Si le politique veut créer, qu’il le fasse : qu’il peigne, écrive, compose, cela ne pose de problème à personne. Mais quand le politique dépense de l’argent public, il engage sa collectivité et doit alors respecter le travail et l’expertise de ceux qu’il finance.
L’hyper structuration désirée par le politique ces derniers temps, due à l’effet ciseau de la décentralisation qui a été malheureusement accompagnée du désengagement de l’Etat devient un carcan qui empêche la liberté de création. Alors, des artistes s’essoufflent à faire des dossiers improbables quand des artisans1 de la culture bons en dossiers remportent les financements.


Nous avons donc besoin, pour que la France ne soit pas la 15e roue du carrosse de la création internationale, d’un Etat qui reprend ses responsabilités et refait du ministère de la culture un ministère qui fait de la politique. La France est plus grande, plus complexe, plus riche que cette pensée exigue. Par le fruit d’une longue histoire tourmentée et parfois douloureuse, la France, présente dans trois océans et sur quatre continents, est aussi un creuset qui s’est enrichi des cultures et des arts de ses Outre-mer. C’est un pays fort de ses créateurs dans les arts savants comme populaires. C’est un pays riche des femmes et des hommes qui passent leur vie dans l’idée de rendre le monde plus Beau, et de le partager, partout.


Depuis le quinquennat Sarkozy et son désengagement financier des Direction régionale des affaires culturelles, le ministère de la culture n’a plus les moyens des ambitions que les candidats à la présidentielle vendent en campagne électorale. Les ministres, et le président Macron ne s’en cachent même plus avec la dernière ministre nommée, ne sont plus que des gestionnaires du patrimoine existant. Avec beaucoup de force de conviction, ils arrivent parfois à faire un projet durant leur mandature, rarement deux. La dernière ayant réussi une mission était Aurélie Filippetti au début du mandat de François Hollande, avec son soutien aux libraires, puis, plus rien… Tant et si bien que les libraires ayant été la dernière idée politique du dit ministère, c’est cette même idée que le président Macron a ressortie durant la pandémie, oubliant tout le reste, oubliant ce qui ne relève pas des industries culturelles, donc ce qui crée du lien humain à plus grande échelle.


Ne nous y trompons pas, ne pas créer de lien humain en dehors de la consommation individuelle de biens culturels industriels est un projet politique. Emmanuel Macron sait ce qu’il fait : il met en place une politique culturelle incapable d’émanciper les gens, politique dont la consommation est le maître mot. Il laisse la part belle aux monopoles médiatiques industriels parce que la pensée unique des couches populaires lui convient parfaitement.

Nous avons besoin du courage de la politique culturelle émancipatrice, et pour cela nous avons besoin de nous allier avec les artistes. Oui, nous allier avec eux plutôt que de nous demander lesquels voudraient s’allier à nous à la prochaine campagne. Pourquoi ? Parce que les artistes pensent le monde, en particulier les artistes d’avant-garde. Et ils le font sur absolument tout le territoire, sans avoir besoin d’organiser le maillage territorial tant rêvé, parce qu’ils sont de partout. Il y a des artistes qui créent à Paris intra-muros et à Wallis en passant par toutes nos campagnes, îles et montagnes, villes et villages, avec évidemment des esthétiques qui ne peuvent que bouger aussi, des pratiques qui méritent des réponses et des écoutes politiques adequates. Les artistes sont partout et pensent donc le monde et notre pays, de partout. Ils ne sont pas forcément dans l’hypermétropolisation parce qu’ils sont, eux comme d’autres, exclus des métropoles, par précarité souvent, par besoin d’espace et de liberté, aussi.


Nous avons besoin, nous socialistes, d’aller dans ces lieux, ces moments qui sortent des sentiers battus, prendre un chemin qui n’est pas dans nos habitudes, pour écouter ce que ces artistes qui travaillent l’écologie depuis si longtemps, qui travaillent l’égalité dans les faits si profondément, ces artistes qui vont dans les maternelles, dans les prisons, dans les EHPAD et autres foyers, qui vont dans la plus profonde ruralité ou en banlieue et y montent des projets sensibles, nous avons, nous socialistes, besoin de nous inspirer de leur vision du monde.

EGALITE.


L’égalité existe. Il y a des bulles d’égalité, des moments d’égalité vraiment palpables dans notre monde. Ce ne sont que des bulles. Nous soufflerons doucement dedans pour qu’elles grandissent et accueillent de plus en plus de monde à l’intérieur. Comprenez que ces bulles existent où la liberté est plus grande pour les organisateurs, où les espaces publics sont accessibles, où l’économie n’a pas encore tout gâché, où les règles sont plus laches, donc souvent en milieu rural. Allons voir cela, non pas en visiteur d’en haut mais en expérimentant en soi cette égalité.
L’expérience émotionnelle est universelle en cela qu’elle traverse tout le monde, toutes classes sociales, tous âges, toutes origines… Les sociologues nous ont montré qu’il n’y a que deux catégories sociales qui n’arrivent pas à accéder à la curiosité : ceux à qui tout a été donné à la naissance, comme s’ils étaient blasés, et ceux qui doivent se battre pour remplir le frigo, et qui n’ont aucun temps d’attention possible pour autre chose que cette quête. Pour la première catégorie, nous espérons toujours que certains se rendront compte que le monde est plus beau lorsqu’on est curieux de choses nouvelles. Pour la seconde, il faut régler les problèmes du monde capitaliste trop mal arrangé pour les laisser libres et surtout ne pas les culpabiliser de ne pas vouloir profiter des aides mises en place : l’esprit fait ce qu’il peut, et cette injustice énorme c’est à nous qui en avons le pouvoir de la réparer.
Mais parfois tout le monde peut, sur une place publique, par hasard, tomber sur quelques notes de violon, sur une fil-de-feriste, sur une ligne de poésie, tomber en extase sur un moment de magie.

FRATERNITE.

Panser la culture.

Nous, socialistes, avons développé l’éducation artistique et culturelle, nous avons fait baisser les habitudes de prix des billetteries pour les institutions, nous avons oeuvré pour un accès à la pratique culturelle, aux droits culturels, ainsi qu’à la pratique de spectateur. Nous pouvons être fiers du chemin parcouru sous nos impulsions depuis 40 ans, partout en France. Nos idées sont devenues des réflexes politiques, et c’est une réelle victoire.
Mais nous, socialistes, ne pouvons dire que là où nous sommes aujourd’hui est la fin du chemin, la perfection. Il nous faudra repenser nos réflexes ces prochaines années, remettre nos hiérarchies des normes en matière de politiques culturelles sur la table, car la crise pandémique a précédé une crise économique dont nous ne voyons pas la fin. Il nous faudra panser la culture dans sa structuration pour qu’elle continue d’accueillir ceux qui le souhaitent, ceux qui le désirent.
Nos enfants ont besoin que l’école et l’éducation populaire leur permettent de pratiquer des arts à moindre frais, qu’ils habitent à Paris ou à Pagny.

Mais certaines théories n’ont toujours pas été testées politiquement. JM Leveratto, sociologue de l’art, parle de portes imaginaires à franchir à deux : un emmenant et un emmené, avec l’image de tenir la main pour donner les codes, seule manière possible pour initier réellement quelqu’un à la pratique de spectateur. Être en confiance, et être suffisamment peu nombreux pour, non pas appartenir à un groupe dans la masse, mais tenter d’appartenir à la masse des spectateurs. Apprendre les codes se fait en les pratiquant, et on peut le faire quand on se sent en sécurité, compris, rassuré. Il nous faudra réussir à trouver des moyens nouveaux pour mettre en place non pas ces chèques à dépenser seul, mais des accompagnements à inventer, pour créer du lien entre les spectateurs aguerris et les spectateurs en devenir. De belles choses sont encore devant nous, à créer ensemble.

Nos concitoyennes et concitoyens ont besoin d’un accès, non pas qu’à ce qui n’est que populaire, ni qu’à ce qui est savant, mais bel et bien à toutes les formes de cultures. Le plus simple étant souvent de faire nos politiques culturelles par rapport aux acteurs de terrain existants, de nous reposer sur les artistes et associations de nos territoires pour savoir ce qui plaît chez nous. S’inspirer de nos voisins est toujours intéressant, à condition de rester en cohérence avec le travail, souvent acharné, des personnes qui s’investissent pour la culture qu’elle soit patrimoniale, locale, d’avant-garde, classique, débordante ou minimale… Car leur énergie est une denrée rare qu’il faut chérir et dont sort souvent de belles choses.

Malheureusement, avant de penser au beau, il faudra réparer le monde du travail de la culture, il faudra panser le monde de l’Art. L’idée, si injustement répandue, qu’on y fait des métiers-passion et que de ce fait, la rémunération n’a pas à suivre le niveau d’expérience est délétère. L’habitude de se reposer sur les structures culturelles (artistiques ou de diffusion) pour penser nos politiques d’aménagement du territoire sans penser aux besoin réels des dites structures et du milieu artistique local est tout autant délétère. Et l’augmentation des demandes des tutelles, d’année en année, sans donner un penny de plus, créé une tension exponentielle sur les êtres humains qui subissent cet effet ciseau de plein fouet.

On ne compte plus les burn out, les démissions, les arrêts maladie dans les équipes administratives et artistiques, les fractures de fatigue dans les orchestres, les abandons de compagnies de théâtre, les reconversions venant de partout. Et rien, absolument rien ne s’est arrangé socialement dans le milieu de l’Art et de la culture depuis la pandémie. Tout a empiré. On a demandé aux structures qui ont demandé aux artistes, de faire deux saisons en une. Maintenant on leur demande de faire autant avec encore moins, nous maintenons la demande publique tout en pérennisant des crédits déjà insuffisants, tout en sachant que leurs frais vont augmenter… Cela ne pourra pas tenir. Nous nous approchons d’un point de rupture, d’un effondrement possible, alors que nous n’avons toujours de trouver de manière décente de rémunérer les artistes-auteurs (plasticiens, écrivains etc.).

Non pas que la fin de ce monde-là soit grave, puisqu’en art le nouveau n’est pas à craindre normalement. Notre question sera, sur les mois qui viennent, de se demander ce que nous, socialistes, souhaitons garder et ce que nous, socialistes, souhaitons transformer. Il ne pourrait y avoir de socialiste qui défende un système où les travailleurs souffrent, où être sous-payé est la règle. Nous avons donc confiance en notre parti pour participer pleinement à la transformation sociale de ce milieu.
Liberté, Egalité, Fraternité : émancipation !

La culture, telle que nous la rêvons, émancipe le monde des carcans dans lequel la période les met. L’art, les artistes, nous parlent du monde tel qu’il est et tel qu’il serait si on en prenait soin. Ils sont les éclaireurs de notre futur, ils y marchent chaque jour et pourraient nous guider vers des utopies encore impensées par le politique. Les émotions qu’ils nous permettent d’expérimenter ensemble, nous la foule d’anonymes qui partage ce moment, créé une communauté de fait. Pour nous, socialistes, qui souhaitons remettre du commun au cœur de la vie des gens, c’est fondamental. Et ce ne sera jamais un fondamental de salon, mais bien un fondamental du fond du cœur, celui qui bat, celui qui rend vivant, celui qui change la vie.

Premiers signataires : Charlotte PICARD, Clément SAPIN, Karine GLOANEC-MAURIN, Olivier BIANCHI, Marie COLSON,…

Pour signer à votre tour c’est ici.

1 : Cf L’art comme expérience, John Dewey, 1934

OBJET de BUZZ

Un mois est passé. Depuis chaque personne que je croise me parle de cet épisode et je répète tout cela, avec plus ou moins de temps pour le dire. Alors, pour tous ceux que je ne croise pas mais que cela intéresse, c’est posé là.

Le jeudi 29 septembre, vers 16h30, le 1er adjoint de Metz où je suis conseillère municipale d’opposition (de gauche) et qui remplaçait le Maire en arrêt maladie, m’a interpelée en me disant “Madame Picard arrêtez de rire, vous allez faire pipi dans votre culotte”. S’en est suivi une explication entre lui et moi, où il a fini par s’excuser tout en ajoutant qu’il fallait que j’avoue “que cette phrase était tellement bien choisie”, ce que je ne trouvais pas, puis une explication de vote de Marina Verronneau qui siège dans le même groupe que moi lui expliquant être “choquée” par ses propos ce à quoi il répondit “ça se soigne”. A ce moment là, nous avons décidé de quitter le Conseil Municipal et nous sommes rendus dans la salle attenante.

Le vote eut quand même lieu, sans nous. Puis le Docteur Khalifé, 1er adjoint, nous rejoignit pour “calmer le jeu”. Il s’excusa, ne comprenant sans doute pas pleinement la situation. Nous exigeâmes des excuses publiques puisque l’attaque fut aussi publique, sinon nous ne revenions pas dans la salle du conseil. Il accepta.
Le reste du conseil s’est passé plus calmement.

Le Républicain lorrain publiait durant le conseil un entrefilet sur cet échange intitulé “Le baptême du feu” où le journaliste expliquait que mon rire était ironique et donnait une des raisons à celui-ci.

Le soir, je publiais sur mes comptes instagram et facebook l’extrait de l’altercation tirée du compte youtube de la mairie et faisant office de procès verbal du Conseil municipal.
Le lendemain matin, cette vidéo était reprise par une journaliste après un échange en privé, et Marina Verronneau en publia une autre (avec le “ça se soigne” et son “on se lève et on se casse” qui marquait notre sortie). Les réseaux sociaux étant ce qu’ils sont, le soir, la France connectée était au courant.

Je recevais beaucoup de messages de soutien, d’amis, de camarades, d’élus, et d’inconnus. Et je vis beaucoup de papiers qui se ressemblaient tous être publiés et republiés, sans la ligne sur la raison de mon rire qui se trouvait dans le Républicain Lorrain. Beaucoup de réseaux féministes firent des articles, posts, images, vidéos sur cela. Mais personne ne me demanda ce qu’il en était, sauf la Secrétaire nationale à l’égalité femme/homme du Parti socialiste, dont je fais partie (du PS et de son secrétariat national).

Le lundi, un journaliste de La Semaine (hebdomadaire local) me téléphonait pour une interview, elle était publiée sur leur site le soir même. Il retenait surtout le fait que j’avais détesté les attaques racistes et/ou âgistes contre le 1er adjoint, et que je me sentais pas être la victime que le buzz avait fabriqué : je fais de la politique, je sais prendre des coups, et les rendre. D’ailleurs beaucoup de mes soutiens, publics et privés, ont salué la dignité de ma réponse et c’est sans doute ce qui comptait le plus pour moi : remettre de la dignité au sein du conseil de notre ville.

Toute cette histoire a fait le tour, de France Inter à NRJ chez Cauet, en passant par yahoo actu, TF1, BFM et des journaux espagnols. Mais dans le buzz, il manquait quelque chose. Il manquait moi. Pourtant, j’étais sensé être au centre de cette histoire.

Personne ne voulait savoir pourquoi je riais.
Personne ne voulait savoir ce que je défendais.
Personne ne voulait savoir qui nous étions.

Alors je vais l’expliquer ici. Je ne riais pas parce que je traînais sur les réseaux à lire des blagues. Je riais jaune, de colère démocratique et républicaine.

Nous parlions du point sécurité, G. Laloux du RN venait de faire une parfaite sortie xénophobe sur le fait que l’insécurité était due aux migrants. Je n’étais pas surprise : c’est son thème favori. Mais nous avions parlé avant lui, et nous n’allions pas pouvoir lui répondre de front, je ne me voyais pas l’écouter en étant placide. Je n’aime pas le racisme, ni les raccourcis fainéants.

Après, P. Thil avait joué son rôle de leader (pour un soir) du groupe majoritaire en tirant à boulets rouges sur l’inaction de la gauche au pouvoir durant les 2 derniers mandats. Alors je faisais mon rôle de défenderesse du bilan de mon camarade ancien Maire en rappelant un peu fort qu’il avait armé la police municipale (ce que j’avais assez décrié à l’époque pour m’en souvenir).

S’en est venu le tour de K. Khalifé, président du conseil ce soir-là, qui balayait tous les arguments. Lorsqu’il s’adressait à G. Laloux, il lui expliquait qu’“il y a les clochards que nous avons tous connus quand on était jeunes, pas M. Roques mais les plus anciens, ceux-là ne posaient pas de problèmes ils faisaient partie du paysage”. Entre la pique condescendante contre mon partenaire de groupe Jérémy Roques et le racisme mal caché de cette phrase, ma patience avait atteint ses limites. Et lorsque le Dr Khalifé a continué en expliquant qu’il n’y avait aucun problème entre le Maire et le Préfet (alors que l’un est l’autre s’invectivaient par voie de presse depuis 2 ou 3 semaines), et qu’il n’était pas question d’en faire “une question politique”, j’ai sans doute dit à voix haute le fond de ma pensée : on se fiche de nous!

C’est à ce moment-là qu’il m’a invectivée. Parce que j’avais vu son sous-entendu raciste, parce que j’avais vu la couleuvre qu’il essayait de faire avaler aux messins. Ce dévoilement l’a suffisamment troublé pour qu’il oublie dans son langage que je représentais les messins et que lui aussi, pour qu’il oublie toute bienséance, pour que le mépris soit flagrant.

Ce n’est pas la première fois que cela arrive dans un de nos conseils municipaux, mais d’habitude c’est par monsieur le Maire en personne, ou un de ses snipers, pas par son 1er adjoint. Opposition imbécile, réfractaire, khmers verts, j’en passe et des meilleures… Ce n’est pas le Dr Khalifé qui a dérapé, c’est le Maire qui a donné l’impression que le dérapage était une manière de diriger possible.

Dérapage raciste, aussi. Je me souviens du passage d’une subvention où M. le Maire avait fait durer le débat fort longtemps, donnant et redonnant la parole à l’ancienne présidente du groupe RN. Nous subventionnions alors une association faisant mémoire d’une ratonnade faite par les para contre les algériens de Metz, durant la guerre d’Algérie. Ratonnade faisant suite à une bagarre dans un dancing. Le débat avait tourné autour du fait que 2 paras et le patron du bar étaient morts dans la bagarre ce qui aurait dû, pour eux, équilibrer avec la ratonnade. Le Maire avait fini par dire “Je ne vois pas bien la différence entre une rixe à la sortie d’un dancing et une ratonnade”, j’avais dû, en explication de vote, rappeler que “la différence, c’est le racisme”.

Voilà ce que je défendais : l’égalité et la démocratie.

Et pourtant, quand on m’a défendue, moi, on a utilisé parfois des arguments racistes et âgistes. Il serait libanais, ce serait pour cela qu’il serait sexiste. Il serait vieux, ce serait pour cela qu’il serait sexiste. Non.

C’est un mandarin-carabin. Il a donc pour habitude, qui n’a rien à voir avec l’âge ou l’origine, de ne pas être impunément contredit. S’il a utilisé une expression familière, cela j’en suis certaine, c’est parce que nous nous entendons bien (tant qu’il ne m’explique pas qu’il faut arrêter de faire de tel ou tel sujet un sujet politique, comme si la politique était sale, lui qui est dans son 3è mandat). Mais il fut chef de service hospitalier durant une bonne partie de sa carrière. Allez faire un tour dans les services et dans les blocs opératoires pour voir quel respect y règne, pas partout, mais beaucoup beaucoup trop souvent. Ce n’est pas clairement du sexisme : c’est du mépris condescendant pour tous ceux qui sont sensés être inférieurs aux chefs, hommes ou femmes. Demandez aux internes. Demandez aux infirmiers. C’est du rapport de force de classes sociales. C’est de l’écrasement social. Et c’est contre cela que je suis devenue socialiste.

Mais mon altercation avec lui ne fut qu’un moment. Nous en aurons d’autres. Et nous aurons à nouveau l’occasion d’échanger voire de travailler ensemble sur certains dossiers. Dans mon altercation avec lui où j’ai été réduite à l’état d’objet (au sens philosophique), j’ai pu regagner mon rôle de sujet lorsque j’ai gagné le droit à des excuses publiques.

Ce ne fut pas le cas dans le buzz. Ce buzz, monté en épingle comme il se doit par les réseaux sociaux, tenu par beaucoup de réseaux féministes, ne m’a jamais proposé de redevenir le sujet de cette histoire. J’étais l’objet d’une guerre contre le patriarcat. J’étais un objet sans pensée, sans idéaux, sans combat, pour un combat que je vois encore plus maintenant comme ce que je ne veux pas faire.

Oui, je trouve normal et bénéfique que les réseaux féministes aient pris ma défense. Non, je ne trouve pas normal qu’ils l’aient fait sans connaître le fond de l’histoire. Est-ce que j’étais en faute ou non ? Est-ce que j’avais quelque chose à dire ou non ? Rien de tout cela ne m’a été demandé. J’ai passé la journée du buzz à voir ma batterie se décharger de notifications sans qu’un seul message privé me parvienne d’eux.elles, et je suis pourtant assez facilement trouvable. Pas un seul moment on m’a demandé si j’avais un nouvel angle à donner à cette histoire. Pas un seul moment on ne m’a demandé si j’allais bien, comment je vivais cela.

Si je m’étais sentie victime de l’attaque du 1er adjoint, l’augmentation de la dépossession de ma personne par ce buzz aurait sans doute été délétère. Mais je sais comment fonctionne le monde, alors je l’ai regardé, et j’ai attendu. Rien n’est venu.

Mes cher.e.s camarades féministes, n’oubliez pas les autres -istes, n’oubliez pas que les victimes sont d’abord des personnes, n’oubliez pas que la politique c’est plus large que la chute du patriarcat, parce que ce dont nous avons besoin c’est d’être tous traités en sujets de la société, et plus en objets.

Depuis des semaines, je me demande comment vit tout ce tapage médiatique Mme futur-ex-Quattenens. Lui m’importe peu, j’avoue. Je pense à elle, dont le patron, les collègues, les cousins, la grand-mère si elle vit encore, savent qu’elle s’est pris une claque par son futur-ex-mari, dont les enfants savent ou sauront, alors qu’elle n’avait fait qu’une main courante. Etait-elle d’accord pour ce tapage, cette publicité de son intimité ? La main courante, était-ce pour se protéger, par peur, ou juste pour le jugement de divorce et que cela se dépêche ? Depuis un mois, je me dis que cette pensée qui ne me lâchait pas était sensée.

Alors, ici, je redeviens le sujet de ma personne.

Je ne me bats pas contre le sexisme, je me bats contre le mépris. Et j’ai souvent été méprisée par des hommes mais aussi par des femmes, des femmes qui aiment défendre les femmes-victimes, qui aiment qu’on les défendent elles, mais qui essaient d’écraser les femmes qui les regardent dans les yeux, celles qui leur disent ce qu’elles pensent. J’ai été insultée par des hommes, avec le silence complice des femmes autour, voire participant à la vindicte, les mêmes qui ont parfois pris ma défense lors de cet épisode.

Mais j’ai été bien souvent soutenue par des hommes et des femmes non pas pour nos genres mais pour nos personnes, parce que nos personnes s’accordent, parce que nos idéaux s’accordent. J’ai bien plus été portée par les amitiés fugaces ou tenaces que blessée par des cons. C’est tout ce qui compte.

Ce que je sais, c’est qu’il ne faut plus laisser passer le mépris. Même lorsque c’est quelqu’un que nous n’aimons pas qui est méprisé, cela n’apporte rien. Combattre les idées, combattre les politiques, oui, avec force ! mais mépriser rend aigre.

Pour ceux qui sont arrivés jusque là, merci d’avoir pris ce temps. Cet épisode n’est pas, comme certains me le disent en haussant les épaules « un épisode malheureux » mais la réalité crue de nos vies. Mais c’est à nous de jouer maintenant, à nous qui voulons bien du grivois mais pas du mépris, qui voulons de la joie sans écrasement, à nous qui voulons vivre libres de prendre les choses en main, et de dire non à ce qui nous dérange. Le nouveau monde n’a jamais été aussi proche d’advenir, à nous de choisir ses couleurs. (Metz, le 1/11/2022)

Conseil municipal juillet 2021 / culture et cumul des mandats

Conseil municipal – 8 juillet 2021

J’interviens aujourd’hui dans la suite de mes collègues, mais avant de vous parler de la délibération elle-même, j’ai un autre problème à porter devant vous, un peu plus général : il concerne l’exercice démocratique en tant que tel.
Vous n’êtes pas sans savoir qu’il ne nous a été permis de lire cette délibération que six heures avant la commission culture, et il fallut la demander deux fois aux services qui n’étaient pas en capacité de la mettre en ligne avant passé midi pour 18h.
Si nous voulons pouvoir être une opposition utile à Metz, monsieur le Maire, je pense que la règle des 48h en amont imposée aux services par M. THIL est une bonne règle : elle nous permet de concilier notre vie professionnelle et notre travail d’élus. Je pense bien que les services avaient tout mis en place pour répondre aux exigences de leur élu, il fallut donc que cela coince ailleurs.
Et j’imagine que vous n’êtes pas non plus sans savoir que les derniers conseil d’administration et comité de surveillance de Metz en Scène et de l’Orchestre se sont tenus en 60 minutes chrono. Il nous fut enjoint de ne pas poser trop de questions pour garder le quorum jusqu’à la fin des délibérations, et, tenant à ces deux entités et à leur bon fonctionnement, nous obéîmes. Nous n’avons, monsieur le Maire, posé aucune question pour permettre à ce CA et CS de se faire jusqu’au bout et aux décisions nécessaires à la bonne direction des établissements d’être validées.
Ce que je compris trop tard et m’étonna grandement, me laissant, moi, coite durant cette réunion, c’est que cette urgence n’était pas due à des questions techniques ou professionnelles des uns ou des autres, non, elle n’était due qu’à un meeting de campagne des régionales où la partie des membres du CA et CS de Metz en Scène et

de l’Orchestre venant de votre majorité devaient se rendre.
Vous voyez, je ne suis pas une grande pourfendeuse du non cumul des mandats, parce que je sais que les électeurs aiment voter pour ceux qu’ils connaissent déjà, et nous l’avons encore une fois bien vu durant ces dernières élections. Mais savoir que nous avons pressé du personnel qui travaille en notre nom pour le public, savoir que l’opposition n’a reçu les documents qu’à la dernière minute, parce que la campagne était trop prenante pour votre équipe et pour vous, me ferait presque réviser mon avis. Je vous félicite, monsieur, pour votre poste de Vice Président du Conseil Régional du Grand Est, et j’espère que ce n’étaient que des effets de campagne et que le travail à la ville de Metz ne devra pas payer le cumul des pouvoirs de ses membres.
Monsieur le Maire, ceci étant dit, si vous le permettez, deux points rapides sur cette délibération précisément. Je vois que le réseau LORA garde une subvention de 4000€, mais qu’elle est divisée en 3000€ de fonctionnement et 1000€ de projet. Il y a donc bien une baisse de 1000€ de fonctionnement, et vous savez que depuis la LOLF, l’un de remplace pas l’autre : une frontière les sépare.
Y a-t-il une justification pour cette baisse ?
J’aimerais, puisque pour l’instant nous ne savons pas exactement ce que deviendra Constellations l’an prochain, que nous ayions en tête que les arts visuels ont une existence à l’année à Metz, depuis fort longtemps, même avant et en dehors du Centre Pompidou Metz. Une existence d’une grande qualité artistique et pédagogique, si nous ne les laissons pas sur le bord de la route. Je tiens donc à saluer le soutien que vous apportez à Faux Mouvement et voudrais que vous sachiez qu’en tant que membres de la commission culture, nous sommes à votre disposition pour toute réflexion nécessaire à la refondation de ce projet, le cas échéant.

Le jour est sombre.

Le jour est mon épreuve. Mon épreuve qui se répète, chaque jour.

Le jour, c’est la somme des échecs, des failles, des chutes qui me tient. Somme assommante. Somme éreintante.

Ces jours sans liberté sont gravés dans ma poitrine. Mon sang est épais. Il ne coule plus bien. Il manque de l’élan.

Je ne sais plus me lever. Je ne sais plus marcher. Je ne sais sans doute plus danser non plus. Mais que signifie danser ? Pour danser il faudrait être léger. Qui est encore assez léger pour danser, même seul dans sa chambre sur Sylvie Vartan ? Qui. 

Je ne sais plus penser. Je ne fais que rêver. Rêver de frapper, rêver de contourner, rêver de clandestinité. Mon bonheur ne peut qu’être clandestin puisque le jour est sombre.

Ma liberté comate au fond de ma gorge, noyau d’abricot empêchant de parler. Je voudrais danser dans la rue, une samba douce, sentir la chaleur de la vie quelque part. Je voudrais qu’une samba nous libère, nous détache de nos canapés. Je voudrais une samba en moi. Je voudrais écrire une saudade sur notre vie gâchée un an à attendre que quelque chose arrête d’arriver. Je voudrais écrire une saudade où j’embrasserais l’air.

Le jour est sombre, il appelle la défaite du Peuple. 

Ma voix ne sort plus. Mes yeux ne lisent plus. Mon coeur bat sans comprendre trop pourquoi. Mes mains sont lasses. Mes pieds ne veulent plus.

Le jour est sombre et il ressemble à hier qui ressemble à demain.

Nous en sommes là, sombres. 

Mais nous, c’était autre chose. C’était rire et danser. C’était chanter et penser. C’était panser les blessures de l’autre sans lui demander quoi, ni pourquoi. C’était boire et manger, parce qu’on avait compris que la Vie, c’est court. Nous, c’était vouloir le Beau plus que tout. Le Beau avec une majuscule, pas le joli, non. Le Beau qui est Juste, qui est Vrai. Nous, c’était la Joie d’être vivants et la volonté de l’être pleinement.

Le jour est sombre parce que nos vies sont lumineuses, et qu’on les a éteintes.

Que quelqu’un prenne ma main, je n’arrive pas à me lever. Que quelqu’un prenne ma main et me ramène à moi. Vous vous souvenez de moi ? Je voudrais y retourner. Attrapez-moi et faites moi danser. Attrapez-moi, ne me laissez pas là, dans ce trou sans lumière, sans goût. Rattrapez-moi et je vous tiendrai pour qu’on en sorte. 

Je voudrais reconnaître les jours et les saisons à nouveau. Je voudrais le goût de l’Autre qui revient dans mon plaisir de le rencontrer pour la première fois. Revoir ceux qui me manquent depuis des lustres, parce que ces 12 mois furent trop long pour en supporter encore d’autres. Je voudrais les moyens de réunir tout le monde pour une grande bacchanale d’un mois de rattrapage humain. Je veux des corps, les corps de tous ceux que j’aime ou qui me font rire, ceux qui me font rêver ou danser, je veux tous ces corps inaccessibles depuis tant de mois, et je veux pouvoir les toucher sans plastique, sans parois, sans pixel. Je veux de vrais corps. Pas des images de corps. Laissez nous tranquilles avec vos images, on n’en peut plus de vos images. On veut la réalité. On veut du Vrai. 

Et nous, c’est Vrai.

Le premier des combats

Puisque le Parti Socialiste ne diffuse plus ni photo ni verbatim des interventions au Conseil National, et parce que je veux garder une trace de ce que j’ai énoncé lors de ma première intervention à la tribune du Conseil National le 13 décembre, je vais essayer de remettre ici ce que j’ai dit là-bas (et que je n’ai ni vraiment écrit ni enregistré).

© Mathieu Delmestre – 13/12/19

Chers camarades,

Je sais que vous saurez m’accueillir avec bienveillance pour ma toute première intervention devant le Conseil National du Parti Socialiste car la bienveillance est inhérente au fait d’être socialiste, n’est-ce pas ?

Je suis venue pour vous parler d’Europe, mais puisque les sujets se croisent, je vais commencer par vous parler de ce qui nous a occupé quasi toute la journée ici : le mouvement des Gilets Jaunes.

Je ne suis pas allée sur les rond-points pour les écouter comme vous, chers amis élus. Non : je n’ai pas d’argent à dépenser pour faire garder mes enfants afin d’aller discuter avec des gens qui m’expliqueraient à quel point il est difficile de vivre dans la société actuelle. Non, je ne suis pas allée écouter les Gilets Jaunes parce que je n’ai pas besoin de les écouter pour les comprendre : je n’ai qu’à regarder ma vie.

Si je ne m’étais pas engagée en politique, pour cela, auprès de vous il y a 6 ans, je serais sans doute aussi sur ces rond-points. Je sais que vous êtes de bonne volonté, que vous les écoutez vraiment, mais je voudrais vous rappeler que ce qu’ils dénoncent, je le dis, le crie depuis plus de 6 ans maintenant et que vous n’avez jamais eu envie de l’écouter. Je l’écris même, dans mon blog, depuis près de 5 ans, et jamais vous ne l’avez pris au sérieux. Et je n’étais pas la seule

J’ai raconté le RSA, les CDD, les problèmes administratifs liés à la pauvreté. J’ai raconté les problèmes scolaires, les problèmes de voiture. En réunion, en apparté, sur les réseaux, partout… J’ai raconté la misère économique, psychologique et sociale. Vous saviez.

Oui, il est insupportable de devoir choisir entre acheter une nouvelle paire de chaussure à son enfant qui rentre de l’école en ayant mal aux pieds et être sûre de pouvoir acheter à manger la dernière semaine du mois. Oui.

Oui, il est insupportable de ne pas emmener son enfant aux urgences car la voiture est en panne pour faire les quasi 20min de route entre le quartier du centre ville où j’habite et le nouvel hôpital à l’extérieur de la ville, et le bus coûte 1,30€ l’aller et que si jamais ce n’est pas si grave, ça fait beaucoup d’argent à garder pour la semaine prochaine, 2,60€ c’est le pain frais.

Et oui, bien sûr, le quinquennat de François Hollande a réduit le trou de la Sécu. Oui. OK. Mais venez me regarder dans les yeux et me dire que c’était plus important que la santé de mes enfants. Venez, et vous verrez ma colère. Lorsqu’on a diagnostiqué des problèmes neurologique et/ou génétiques à mon fils, il a fallu 12 mois avant d’avoir une certitude : il n’avait rien, rien du tout. Mais 12 mois entre le premier rendez-vous et le dernier parce qu’il y a au moins 9 mois d’attente pour un rendez-vous (et 65km, parce que dans la wanna be métropole de Metz il n’y a plus de spécialistes pédiatriques, alors il faut aller à Nancy, se faire préter une voiture lorsque la sienne est en panne, mettre de l’essence alors que non, 130km, ça tenait pas dans le budget). 12 mois où je devais vivre avec la possibilité que mon fils meure jeune de problèmes cardiaques. 12 mois qui auraient dû en être 2 ou 3 mois dans un système de santé efficace, surtout vu sa centralisation si coûteuse pour les patients. Et je ne devrais pas me plaindre parce que pour moi “c’est allé vite”. Alors le trou de la Sécu, moi mère, je m’en fiche lorsque j’ai peur pour la vie de mes gosses. Je m’en contrefiche.

Mais tout cela, je dois dire que vous n’aviez pas besoin d’attendre le mouvement des Gilets Jaunes pour le savoir : il vous suffisait d’écouter les pauvres de vos sections. Il vous suffisait de vous taire, vous élus, pour écouter les pauvres de vos sections. Mais les réunions de sections, ce sont des combats de coqs entre élus pour savoir lequel parlera le mieux. Alors que ce devrait être des endroits où les gens qui ont décidé de s’impliquer dans la vie commune devraient pouvoir vous dire des choses. Vous avez laissé passer cette chance là. Au gouvernement, le parti a protégé le pays mais pas les gens. Et les gens l’ont vu.

C’est pour cela que je voudrais remercier nos représentants au Congrès du PSE de s’être mis à la marge, mais quelle belle marge, en refusant de soutenir le bras droit de Juncker, Timmermans, comme candidat commun.

Parce qu’il faut voir ce que cette commission Juncker a mis en place comme mensonge : le Plan Juncker, sensé sauver l’Europe après 2008 en faisant un grand plan de relance par l’investissement, c’est 100.000.000.000€ promis. Mais pour que cet argent soit dépensé, il faut que les états ou collectivités territoriales dépensent la même somme. Mais la commission empêche toute dépense au dessus de 3% de déficit. Et donc ? Et bien interdit aux collectivités d’investir parce que cela crée de la dette et n’est donc pas obligée d’engager les dépenses promises. Malin, non ? Et bien Timmermans n’a rien fait contre, nous n’avons donc pas d’énergie à dépenser pour lui. Faire campagne pour et avec ceux qui oublient de se battre pour éradiquer la pauvreté et contre l’extrême droite, ce n’est plus possible. L’ère est au combat, défensif pour la population, offensif contre le néolibéralisme au pouvoir mondialement et qui emmène les gens et la planète droit dans le mur.

Il faut voir aussi ce que la Délégation des Socialistes Français a fait, malgré le tout petit nombre de députés que nous avons envoyés en notre nom en 2014. Certes, la DSF est encore plus petite aujourd’hui qu’alors, mais c’est surtout dû à des problèmes nationaux qu’européens. Ils se sont battus, souvent intelligemment, toujours avec pugnacité. Et ils ont permis ce qui, pour moi, est notre planche de salut : le Progressive Caucus, ou Left Caucus, c’est-à-dire l’alliance des gauches européennes sur les sujets où ils sont en accord pour pouvoir faire pression collectivement et faire avancer des sujets importants. Le Conservative Caucus existe depuis l’ère Thatcher-Reagan et il n’a jamais fait perdre le pouvoir à la droite depuis lors. Le Progressive Caucus est jeune et frais mais si les eurodéputés qui vont arriver au Parlement Européen ne le renforcent pas, alors la Gauche va continuer à perdre, les peuples à souffrir.

Malgré toute cette adversité, malgré le petit nombre d’élus et malgré cette facheuse habitude si difficile à perdre au groupe S&D de toujours aller négocier des miettes avec le centre pour faire passer les miettes, plutôt que de mener la bataille et de montrer la droite pour ce qu’elle est, et d’être ce que la gauche devrait être, malgré tout, donc, notre délégation d’eurodéputés a fait un travail de Titan pour protéger les gens : contre le glyphosate, contre la pèche électrique, contre des politiques économiques et industrielle incompréhensibles, contre beaucoup… Et il faut le faire savoir. Ils ont été de tous les combats, et se sont battus avec force pour tenter de protéger les européens et lorsque ce n’était pas possible dans le Parlement, tenter d’alerter l’opinion pour faire changer les choses par la presse et/ou la rue.

Alors avant de vous préoccuper de vos mairies, parce que ceux qui croient que sous prétexte d’un tarif dégressif à la cantine et de leur hyper-charisme ils vont garder ou gagner leurs villes fassent attention : nous avons collectivement, autant vous que moi, en tant que socialistes, perdu la confiance des gens en nous. Et la confiance des gens, ça ne se gagne pas à coups de slogans mais de preuves. Vous balader dans la rue ne suffira pas, votre charisme ne fera pas tout loin de là. Tavoillot explique dans Qui doit Gouverner ? que l’autorité vient d’en bas : il faut que le Peuple se sente protégé pour qu’il vous donne de l’autorité. Elle ne se prend pas, si elle se prend c’est de l’autoritarisme (du Macronisme ?), ce n’est pas de l’autorité. L’autorité se donne par ceux qui se mettent sous votre aile. Et pour l’instant, nous en sommes au stade où nous discutons. C’est déjà bien. Ce n’est pas suffisant, et pour les mairies cela ne suffira pas si la politique menée ou combattue est faiblement protectrice. Il faut laisser de côté la social-négociation pour remettre au centre le Socialisme.

Parce que, en tant que socialistes mais bien au delà, la première chose que nous devons faire c’est d’empêcher l’empoisonnement de nos enfants et de nou concitoyens. Vous ne vous rendez pas compte de l’horreur que c’est de mettre dans un caddie un pain de mie industriel dont je sais qu’il est le seul que j’ai les moyens d’acheter maintenant mais qu’il est celui qui pourra donner un cancer du système digestif à mes enfants pour leurs 40 ans. Les affamer ou les empoisonner, c’est mon seul choix aujourd’hui. Notre premier combat, en tant que force politique, c’est d’empêcher l’empoissonnement des poumons et du système digestif de nos enfants. C’est un combat premier, non négociable, obligatoire car nécessaire. Ensuite viendra le temps des programmes et des négociations.

Et maintenant…

Un week-end politique dense.

Des amis qui partent du parti où je les ai rencontrés, on a beau s’y attendre et le comprendre, ce n’en est pas moins dur. Des camarades qui tensent ces mêmes amis, on a beau s’y attendre, c’est très désagréable. Emotionnellement dense, éreintant, mais voilà : le pas est franchi. C’est fait. Maintenant on avance. Il n’est plus sensé y avoir de doute sur qui est où et, donc, alors que tous les tremblements de terre semblent passés, nous allons savoir comment avancer, chacun de notre côté, sans doute bientôt ensemble sur certains sujets.

Le Parti Socialiste a travaillé aussi, ce week-end. Nous avons des textes qui nous permettent d’avancer (le texte Europe que certains en interne trouvent “trop à gauche”, ce qui devrait redonner le sourire à nos électeurs…) et puis des textes qui vont sans doute nous permettre de nous écharper entre camarades (comme si on avait besoin de changer nos statuts, sérieusement, quelle urgence ??). Bref, le Parti Socialiste n’est pas mort et sa direction accepte même d’être de gauche. Avançons.

Je continue en son sein, notre Texte d’Orientation appelé “L’Union et l’Espoir” au congrès d’Aubervilliers du Parti Socialiste sera porté par le duo de mandataires nationaux décidé en réunion vendredi soir : Nora Mebarek et Laurent Baumel, et nous allons continuer le combat interne au PS et en externe avec le PS, comme nous l’avons toujours fait. Collectivement. Voilà.

Trois voire cinq réunions plus tard, ce que je retiens de fondateur, ce qui continue à me trotter en tête après ce week-end de mi-octobre estival depuis que je l’ai entendu, c’est cela :

Raphaël Glucksmann est celui qui a réussi le geste politique le plus fort, le plus juste, le plus concret : engageons-nous.

Où vous voulez, mais engagez-vous.

Comme vous voulez, mais levez-vous et parlez.

Je l’ai fait il y a 6 ans, avec ce sentiment que c’était le moment, que ça allait craquer et qu’il fallait être à l’intérieur pour dire. J’ai décidé d’aller raconter de dedans. Parler de nos vies, différentes de celles des hommes et femmes politiques installés, mais non pas sur un marché lorsqu’on les rencontre rapidement quand ils sont en campagne, non : de dedans, de leurs réunions, peser sur leurs consciences en leur faisant connaître un exemple de nous. Je l’ai fait comme ça, en allant au PS, parce que c’était le parti qui m’était le moins éloigné et le mieux installé sur mon territoire et que la politique me tentait. J’aurais pu aller dans une association militante, mais je milite déjà pour la diffusion de l’avant-garde musicale. J’ai choisi un parti politique. Mais tout est possible.

Si vous êtes de gauche, ce qui si vous finissez par lire ceci est probable, vous ne pouvez plus dire aujourd’hui que vous n’avez pas de choix. Nous avons, par nos séparations successives, créé autant de partis, micro partis, sur chaque micro ligne politique que constitue la gauche. Et je dois dire que même au Parti Socialiste, les successives claques électorales ont permis à ceux qui se pensaient omnipotents et hégémoniques en interne de douter et d’accepter le débat, voire de changer. Donc si vous râlez dehors, allez râler dedans. Râler pour, râler avec, râler contre. Râlons ensemble.

Le climat, l’accueil des populations migrantes, l’appauvrissement de la population, l’appauvrissement intellectuel de l’enseignement… dans le désordre et de manière absolument non exhaustive, la politique d’Emmanuel Macron & Edouard Philippe nous offre une telle perfection libérale, délétère pour tous sauf “eux”, que chacun peut trouver une bonne raison de s’engager.

Tout le monde n’a pas à faire de la politique. Tout le monde ne peut pas, parce que croyez-moi sur parole : c’est dur et c’est souvent ch**nt ! Mais chacun de là où il est peut émettre son analyse du monde ou porter ceux qui le font. Ecouter, comprendre, apprendre, partager, poser des questions c’est aussi faire de la politique. Allez dans des partis, mais aussi dans des assemblées, des associations, des clubs, des réunions sans nom… mais ne vous laissez pas endormir par la tâche qui paraît trop grande, trop ardue. Chaque pas compte, chaque pas marque.

Soyons exigeants. Soyons têtus. Soyons protecteurs de notre planète et du monde de nos enfants. Soyons audacieux pour maintenir une qualité de vie correcte pour tous. Il en faudra, de l’audace !

Un monde de vicieux, et d’Hommes

Moi, à 14 ans.

8 ou 9 ans. Les seins qui pointent. Enfin, un sein qui pointe. Puis l’autre. S’ils pouvaient le faire à une vitesse égale et constante, mais non. Dès qu’ils arrivent, c’est un problème, ces trucs.
Un jour, mon frère entreprend de me parler. Mon Grand-Frère. 11 ans de plus que moi, qui fait des courses de voiture (autorisées) qui vont vite. Mon demi-dieu-vivant – euh, pardon – mon chiant de frère entreprend donc de me parler des hommes. Une règle, une seule, une simple :

“Si un mec t’emmerde, qui que ce soit, tu lui mets un grand coup de genou dans les couilles, sans réfléchir. Enfin, sauf à moi.”

Il m’inculquait un réflexe, encore jamais vraiment utilisé alors que j’approche des 40 ans maintenant. Mais j’en ai l’autorisation, j’ai l’autorisation de taper, de taper fort, avec un os, sur quelque chose de très douloureux pour eux et pas pour moi. Depuis le début de ma vie, j’ai l’autorisation, même petite fille, de frapper un homme, même un homme mûr.

Lui, mon grand frère, et mes cousins aussi m’apprirent ensemble l’adversité, mais dans l’amour. Ils m’ont appris à répondre, répondre toujours, répondre à tout, n’importe quoi, en toute occasion pour rire, parce que ne pas avoir le dernier mot c’est perdre et faire rire à nos dépends. Jamais d’apitoiement, toujours rebondir : trouver LA vanne suivante, même contre soi, parce qu’il faut être meilleur que l’autre. Rire, le maître mot de toute attaque : faire rire et rire ensemble même de soi. Nos réunions de famille, ça ressemble à un entraînement de Rocky Balboa de la vanne.

Mais dans ces moments, on apprend énormément. On apprend par exemple les réponses réflexes. On apprend le tempo du pouvoir. Non pas du pouvoir économique, mais du pouvoir garder notre propre intégrité face à l’Autre.

Alors voilà, aujourd’hui je voudrais leur rendre grâce (et Dieu sait qu’ils en manquent !). Grâce à eux, et à d’autres, souvent des copains du frère, même lorsqu’ils s’étaient – entre hommes – engueulé, grâce à tous ceux qui ont veillé sur moi comme on veille sur le niveau d’une rivière : de loin, mais alertant à chaque fois qu’il déborde, jusqu’à ce que mes propres digues soient construites, grâce à eux, j’ai toujours su quoi répondre. Quand j’avais 16 à 22 ans, mais même avant cela, à 10, 12, 14 ans, qu’ils étaient encore à côté de moi, je me suis entraîné. Entraîné à dire “non”. Entraîné à trouver étrange ce qui l’était et que je ne comprenais pas comme tel. Entraîné à voir ce qui était insupportable. Et il y en a eu, dès mes 8 ou 9 ans, qui m’ont emmené dans le monde des femmes que je ne comprendrai qu’après. Mais je me suis aussi entraîné à voir ce qui était joli lorsque ça l’était vraiment. Reconnaître le beau du moche, par la barrière qu’ils ont mise – ou pas – entre moi et ce qui arrivait. Le pire, c’est qu’ils l’ont fait comme ça, sans y penser vraiment.
Mais toujours, il y a eu un ange gardien, même un inconnu, soit pour dire “non” à ma place, soit pour autoriser mon “non” par une présence bienveillante. Même quand je ne comprenais ni à quoi ni pourquoi je disais “non”.

Mais alors, nous étions au siècle dernier.

Aujourd’hui, je n’ai plus que ce que mon frère et mes cousins m’ont appris pour me défendre : un répondant du tac au tac qui assomme le pervers, et, s’il n’est pas assommé, il reste que si quelque chose dérape, j’ai le droit de lui exploser les couilles avec mon genou, et je le sais.
Je ne suis plus une enfant, et je parais “dure” (si, sous prétexte de célibat, je ne suis pas simplement réduite à un statut de “femme libérée”… pourtant, depuis Cookie Dingler on le sait, que c’est pas si facile, d’être une femme libérée), alors, les anges gardiens ont disparu. Ils jaugent, maintenant. Ils jugent, même, parfois. Jusqu’à me trouver trop émotive. Trop dure, trop émotive, va savoir…

Ce que je n’avais pas appris, parce que personne ne peut apprendre ça à personne, c’est à gérer la blessure de voir que ceux qui paraissent le plus solidaires ne sont pas ceux qui le sont vraiment. La lâcheté, c’est souvent lâcher quelqu’un, en l’occurrence souvent la lâcher elle, souvent parce qu’on culpabilise de ne pas avoir su lui éviter ça. Ils se sont tu.

Il est là, le problème profond, plus profond que les vicieux qui profitent. Il est dans le silence du monde.

Il y a quelques jours, je suis passée pour une héroïne dans le bus, parce qu’un homme apparemment souffrant mentalement, en pleine crise d’angoisse complotiste, à la limite de la violence, faisait tout un foin et que des ados se jetaient dans la gueule de son angoisse en le regardant en souriant, cachant leur peur dans de la moquerie. Nous avions tous un peu peur, mais eux étaient inconscients. Discrètement leur donner le mode d’emploi. Juste ça. Aucun adulte présent n’y avait pensé : donner le mode d’emploi du monde pour protéger ces jeunes de la violence possible. “Regardez dehors et parlez de la pluie, il n’a pas besoin de vous, il a besoin de solitude, il ne se contrôle pas, regardez dehors et parlez d’autre chose.”

Une héroïne parce que je donne une clef de compréhension et de comportement à des ados que je ne connais pas. Sérieusement, société, réveille-toi. Accuser sert, un peu. Prendre ses responsabilités, en revanche…  ça peut “changer la vie” !

 

 

Coincés, on a perdu l’essence.

« Faire de la politique autrement »,
mais avec les mêmes mots, les mêmes personnes, le même calendrier, les mêmes institutions, les mêmes réflexes, les mêmes idées.
Coincés.
« Parler au Peuple »,
mais avec une langue pré-écrite, technocratique, sans aucune fausse note, sans approximation, sans vie : machinale.
Coincés.
« Sortir de l’appareil »,
mais en étant élu, car sinon on n’est rien, on n’a rien fait, on n’a rien prouvé, on ne vaut rien.
Coincés.

Ce n’est pas uniquement la classe politico-économique qui est coincée, c’est la société toute entière. Il y a un chaos dans nos envies : elles tombent. Tous nos cadres sont vides, alors on s’y accroche agressivement, de peur de tomber nous aussi. L’équation est simple : contre le pareil, on prend l’autre mais celui qu’on voit depuis longtemps. Contre l’establishment en place, on prend celui qui veut prendre sa place. Contre le loup, l’ogre.

http://www.filipmarkiewicz.com/silentio-delicti/

Silencio Delicti – Filip Markiewicz, 2012-2045

Notre ennemi est la finance ?

La secrétaire nationale aux droits de l’homme de mon parti, socialiste, dit de moi que je suis conservatrice car je refuse de laisser changer le droit du travail dans le sens où la droite voulait le faire il y a 15 ans. Puis elle demande à ce que l’on soit plus véhément contre la droite d’aujourd’hui. Boire ou conduire, il faudrait choisir… « l’aile gauche du PS préfère la division et a prêté allégeance à une gauche radicale qui, dès le début, a parié sur un échec du gouvernement en misant sur la très hypothétique formation d’un Podemos à la française. » Je dirais plutôt, chère Rita Maalouf, que c’est le gouvernement qui a misé sur l’échec du programme présidentiel et législatif. C’est lui, qui a abandonnés et qui nous pointe maintenant comme une gauche radicale alors que nous sommes so FH2012.

Je connais bien, l’aile gauche : c‘est elle qui m’a ouvert les bras du PS. J’y ai vu beaucoup de choses, mais peu de conservateurs. Quant au Podemos à la française, c’est méconnaître et la France et l’Espagne que de penser nos deux régimes et cultures suffisamment identiques pour être reproductibles. La seule chose que nous avons pris à l’Espagne, c’est un dauphin, Louis XX de Bourbon, duc d’Anjou.

Contre l’obscurantisme, ne baissons pas les armes : soyons subversifs !

J’entends dire ici ou là qu’il faut battre le Front National, l’empêcher, le contraindre, le réduire. J’entends les mêmes dire, à quelques souffles de ça, qu’on doit faire attention et ne pas faire monter l’extrême-droite sur leurs grands chevaux. Mais qu’ils hennissent, fichtre diantre, qu’ils hennissent !! Et je n’ai jamais vu qu’une seule arme pacifique efficace contre l’obscurantisme : l’amour de la subversion. C’est le rayon de soleil dissipant le vampire. Être subversif, inventif, curieux et aimer ça.

Si vous voulez battre le Front National, levez-vous et arrêtez de demander « Et vous comptez toucher une large audience ? » mais, lorsque vous recevez des artistes, des passeurs d’art, des professionnels qui touchent aux âmes « Et, lorsque le public sort de votre représentation, peut-il être bouleversé ? »

Essayez cela, vous transformerez alors le monde. Parce que bouleversé, c’est ébloui ou choqué, c’est porté ou giflé, mais c’est vivant et ça bouge. La subversion ne choque que les conservateurs, et les conservateurs sont nocifs.

Silencio Delicti, Manifeste pour la dépolitisation du corps humain. Filip Markiewicz, 2012-2045.

Silencio Delicti, Manifeste pour la dépolitisation du corps humain. Filip Markiewicz, 2012-2045.

Il nous faut reprendre notre liberté calendaire dans nos réflexions. Oublions les élections lorsque nous souhaitons penser. S’il faut sortir des préconçus, fabriquer, ou faire la Politique par rapport au monde à inventer ne pensons plus aux échéances. Il nous faut aussi reprendre notre liberté politique face à nos opposant qui eux n’ont jamais perdu la leur. Qu’ils se débrouillent pour convaincre avec leurs idées, nous nous débrouilleront avec les nôtres. Et si parfois elles se rejoignent ? Et bien nous les construirons ensemble. Et moi, de la gauche archaïco-radicalo-conservatrice*, je dis oui : projet après projet, voyons où nous pouvons construire ensemble, droite et gauche réunies. Et où ce n’est pas possible, nous laisserons les citoyens choisir entre nous.

Réécrire le monde.

Nous sommes face à l’improbable : réécrire l’œuvre du monde dans une époque de résumés de textes et de slogans en langue-sms. Dans une Europe qui devrait se réinventer, on se renferme sur nos vieilles frontières. Pour dynamiser notre pays, on a découpé ses terres comme à la colonisation on avait découpé le Sahara : selon les intérêts économiques et politiques de ceux au pouvoir au jour J. Aujourd’hui on leur cherche des noms dans nos livres d’histoire médiévale. Appelez-moi Brunehilde… je suis reine d’Austrasie*.

Nous sommes face à l’incompréhension : le pouvoir nous dit qu’il ne peut plus rien. TINA est notre ennemie commune, alors on s’y accroche en se disant qu’un jour, elle nous embrassera. TINA ne fait rien, c’est une ogresse avide de chair humaine. Elle nous mange. Ensuite, elle crèvera de faim.
There Is No Alternative to death**. C’est la seule chose qui n’en a pas : la mort de toute chose vivante. Si tu n’es pas la Mort, quoique tu sois, tu peux disparaître de nos vies. Même le capitalisme financier a une alternative, qu’apparemment nous ne connaîtrons que lorsqu’il nous aura mangé. Nos petits-enfants le saurons lorsqu’il se sera étouffé de nous avoir mangé, qu’il aura chu.

Mais il y a aussi toute une catégorie de personne qui veut et fait, parallèlement, dans un ailleurs souvent salué par un haussement d’épaules.

Il est là le podemos : nous pouvons. Nous pouvons sortir du XXème siècle par le XXIème, un siècle où la pensée complexe sera envisageable. Nous n’avons pas à copier ce que nos voisins ont fait, mais nous sommes, nous, européens sans contraintes : nous allons construire l’Europe dont nous avons envie ensemble. Nous ne regardons pas nos voisins avec envie mais avec intérêt. Nous avons compris que nous sommes l’avenir, ensemble.

Nous pouvons penser la France comme faisant partie de la francophonie comme nous incite à le faire Alain Mabanckou. C’est si juste. Nous rendre compte que la terre est ronde et qu’à sa surface, il n’y a pas de centre, même pas Paris. Écouter enfin les mots des autres pour penser le monde en dehors des frontières de la colonisation. Sans mot d’excuse, mais en regardant enfin en face, droit dans les yeux, les noirs et les arabes que nous, blancs, ignorons si souvent. Ce n’est pas un mépris profond, c’est une vraie ignorance, une ignorance passive.

Et si nous donnions à la pensée francophone la place que nous donnons aux populismes occidentaux ? Et si nous donnions aux exclus l’importance que nous donnons aux populistes ? Quels en seraient les conséquences sur notre vie à court, moyen et long terme ?

 

* humour / second degré / auto-dérision / ce n’est pas sale
** il n’y a pas d’alternative à la mort

La Fin du Déni

Antigone 1Aujourd’hui, je pleure.
Depuis hier en fait…

Pas à cause des élections mais à cause de la réponse (non) faite après ces élections.
Je suis fatiguée du déni. Le pouvoir nie alors qu’il devrait révéler. Nier, c’est faire disparaître. Je me souviens d’une prise de parole du Premier Ministre, notre camarade Manuel, venu annoncer à la tribune du Conseil National, fin 2014 “La Gauche va mourir”. Quelqu’un dans la salle a scandé “et c’est toi qui la tue”.
Nous savions. Nous savions tout. Et nous avons laissé faire.

Je ne vais pas vous parler des frondeurs. Depuis octobre 2012 ils sont sur le pont, ils sont épuisés. Mais ils sont loyaux et dignes. S’ils écoutaient les militants qui les soutiennent, ils demanderaient la démission de Manuel Valls voire celle de François Hollande, tant on n’en peut plus sur le terrain des trahisons aux promesses voire aux valeurs, et du regard des citoyens qui les accompagne, et ce depuis le résultat cataclysmique des européennes juste après celui catastrophique des municipales. Mais non, ils sont socialistes, ils passent par les instances.
Instances qui nous trahissent mais qu’il ne faudrait pas trahir.
OK.

Non, je vais vous parler des 289 (- 11 à 43) députés socialistes élus sur un programme et qui ont voté :

  • Le traité Merkozy et son pacte de stabilité et ses instances européennes antidémocratiques
  • L’ANI et sa flexi-sécurité
  • Le Pacte de Responsabilité et son CICE (que même l’UDI et la CGPME trouvaient injuste et inefficace !!)
  • La Loi Renseignement et ses folies sécuritaires
  • L’Etat d’urgence et la création d’un nivellement de la citoyenneté française…
  • ad lib…

Chers camarades députés qui écoutez avec tant de loyauté le gouvernement, comprenez ce qu’il se passe chez nous, dans nos vies, dans le démantèlement de nos valeurs. Et demandez-vous si vous allez assumer cela jusqu’au bout ? Parce que moi je n’en peux plus de vous dire qu’il faut que cela cesse. Là, les prochaines élections sont les vôtres. Et je ne sais pas si je me déplacerai pour vous. J’en ai marre de donner du pouvoir à des gens qui refusent de l’exercer. A des gens qui abandonnent, qui nous abandonnent. A des gens qui obéissent à ceux qui ont été nommés, alors que cela va à l’encontre des promesses faites à ceux qui les ont élus.

 

Si moi, simple rien, j’ai réussi à résister à des pressions hallucinantes la semaine dernière, à des mensonges et de la culpabilisation à outrance, à des menaces qui venaient des plus hautes sphères du pouvoir, chers camarades parlementaires, vous, vous allez y arriver aussi. Ou vous n’êtes pas faits pour représenter un peuple qui souffre et qui garde, malgré tout, nos valeurs en amour.

 

A force, nous n’avions plus de promesse à trahir,
nous avons trahis nos valeurs.

Antigone 2

Parce que non, le Peuple de Gauche ne vote pas Front National. Mais il ne vote plus socialiste. Et il n’a pas tout à fait tort.
Si je me suis inscrite au Parti Socialiste, c’est parce que j’étais socialiste. Pour moi, être socialiste, c’est juste penser que un être humain = un être humain, et le mettre en place.
Aujourd’hui, le pouvoir crée une sous caste de citoyens : les français binationaux nés français. Être socialiste, ce n’est pas ça. Être socialiste, c’est assumer. Assumer même les pires de nos concitoyens, parce qu’on nettoie nous-même nos merdes. Sinon, nous ne sommes plus une Société, nous ne serions même plus inscrits dans une civilisation. A la limite, on serait une entreprise : on vire ceux qui sont mauvais. Un pays n’est pas une entreprise : on ne choisit pas nos concitoyens, on ne choisit que nos politiques. Et notre pays ne mérite pas cela.

 

J’aime la France

 

J’aime la France, même quand elle est moche. Je n’ai de leçon de patriotisme à ne recevoir de personne. Je dis “on a gagné” quand l’Equipe de France gagne (de foot, de rubgy, de ski, de natation…) Je frissonne aux sons de la Marseillaise.
Comme j’aime la France, je veux qu’elle transforme l’Union Européenne. Je veux qu’elle construise une réelle démocratie en Europe contrairement à cette gestion par commissions contre les avis des élus, contre les populations, contre l’Humanité même, parfois.
Comme j’aime la France, je veux qu’elle reste la tête de prou des Droits de L’Homme, l’exemple universel qu’elle voudrait être, qu’elle ne recule en rien sur sa devise LIBERTE EGALITE FRATERNITE. Il n’y a rien avant cette devise. Rien de plus important que cette devise. C’est la base, le socle inaltérable. Nous l’avons déjà altérée dans l’histoire, nous y avons beaucoup, beaucoup perdu.
Comme j’aime la France, j’aime autant ses campagnes que ses villes, ses puits que sa fibre optique. Parce que c’est tout, ou rien. Quand on aime la France, on la regarde comme elle est, et sans rougir :

évo voix du FN ds circos

 

Je veux tout tout de suite et que ce soit entier
ou alors je refuse.

Je suis fatiguée des dénis.
Je suis fatiguée des mépris.

Non, le Front National n’est pas le “FHaine”. Bien sûr, dedans, il y a des néo-nazis, des identitaires, il y a de bons gros racistes, des connards et des blaireaux. Mais les gens qui votent pour eux ne sont ni haïssant ni haïssables. D’ailleurs certains ont souvent voté pour nous, avant. Ils veulent savoir pour quoi ils votent. Pour qui. Ils veulent des chefs, pas des biaiseux. Ils trouvent des chefs là où ils sont. Mais dans nos voisins, dans nos familles, nous avons tous des électeurs FN. Et bien, ils sont bougons, mais souvent tristes. Pas haineux.
Ils aiment notre pays, et ont peur.
Nous les avons créés, ceux-là. Nous devons assumer et les aider.

Mais ceux dont on ne parle jamais, ce sont ceux qui pensent “voilà, ce point-là fait que je ne voterai plus jamais PS. Alors je ne voterai plus : voter n’a plus d’issue.”
Ceux-là sont mes amis. Mes chers amis. Ceux que j’aime. Ceux avec qui je passe du temps. Nos “vacances” sont des festivals où on sue pour le plaisir, pour le public. Nos “soirées” sont des concerts où on porte des chaises, des flight-cases, des projecteurs pour le plaisir, pour le public. Nos “projets” sont bénévoles et fous, pour le plaisir, pour le public. Nous sommes aussi la Gauche. Celle qui vit sa gauche au quotidien mais ne la pense pas forcément. Celle qui n’a pas besoin d’y penser. Nous vivons selon nos valeurs, pour des actions qui nous dépassent, sans ambition majeure sinon la Beauté et l’Autre. Si je ne m’étais pas engagée au Parti Socialiste, je serais sans doute comme eux : je ne voterais plus.

Mais je ne m’engage jamais à demi. Je suis dedans, et je vous le dis : ils ne votent plus pour nous. Et pourtant, souvent, ils l’ont fait. Mais ils ne nous croient plus et ils ont raison : nos actions ne sont plus dignes de nos idéaux. Souvent, nous n’avons même plus nos idéaux en tête.

Antigone 3

 

Nous le payons, collectivement. Si vous croyez vous en sortir, sachez que vous échouerez. Et que vous y aurez, en plus, perdu votre honneur.

Des hommes et des femmes, anciens élus, sans idéaux et sans honneurs, voilà ce qu’il restera du Parti Socialiste si vous vous entêtez dans ce déni globalisé. Et la Gauche ne sera plus qu’une utopie, qu’une alternative à la société. Ce ne sera plus une politique possible. Le Peule souffrira, et la Gauche n’existera plus. La classe politique commencera au Centre, donc à droite. Et il n’y aura quasi plus de députés de gauche dans l’hémicycle. Oui, même vous, vous risquez d’y passer.

En 3 ans, nous serons passés de “il y a d’autres politiques possibles” à “il n’y a plus de politique possible du tout”, et vous en serez responsables, par votre silence.

“Nous ne laisserons pas le Parti Socialiste à ceux qui ne le sont plus”, allez, soyez socialistes : levez-vous !