Le premier des combats

Puisque le Parti Socialiste ne diffuse plus ni photo ni verbatim des interventions au Conseil National, et parce que je veux garder une trace de ce que j’ai énoncé lors de ma première intervention à la tribune du Conseil National le 13 décembre, je vais essayer de remettre ici ce que j’ai dit là-bas (et que je n’ai ni vraiment écrit ni enregistré).

© Mathieu Delmestre – 13/12/19

Chers camarades,

Je sais que vous saurez m’accueillir avec bienveillance pour ma toute première intervention devant le Conseil National du Parti Socialiste car la bienveillance est inhérente au fait d’être socialiste, n’est-ce pas ?

Je suis venue pour vous parler d’Europe, mais puisque les sujets se croisent, je vais commencer par vous parler de ce qui nous a occupé quasi toute la journée ici : le mouvement des Gilets Jaunes.

Je ne suis pas allée sur les rond-points pour les écouter comme vous, chers amis élus. Non : je n’ai pas d’argent à dépenser pour faire garder mes enfants afin d’aller discuter avec des gens qui m’expliqueraient à quel point il est difficile de vivre dans la société actuelle. Non, je ne suis pas allée écouter les Gilets Jaunes parce que je n’ai pas besoin de les écouter pour les comprendre : je n’ai qu’à regarder ma vie.

Si je ne m’étais pas engagée en politique, pour cela, auprès de vous il y a 6 ans, je serais sans doute aussi sur ces rond-points. Je sais que vous êtes de bonne volonté, que vous les écoutez vraiment, mais je voudrais vous rappeler que ce qu’ils dénoncent, je le dis, le crie depuis plus de 6 ans maintenant et que vous n’avez jamais eu envie de l’écouter. Je l’écris même, dans mon blog, depuis près de 5 ans, et jamais vous ne l’avez pris au sérieux. Et je n’étais pas la seule

J’ai raconté le RSA, les CDD, les problèmes administratifs liés à la pauvreté. J’ai raconté les problèmes scolaires, les problèmes de voiture. En réunion, en apparté, sur les réseaux, partout… J’ai raconté la misère économique, psychologique et sociale. Vous saviez.

Oui, il est insupportable de devoir choisir entre acheter une nouvelle paire de chaussure à son enfant qui rentre de l’école en ayant mal aux pieds et être sûre de pouvoir acheter à manger la dernière semaine du mois. Oui.

Oui, il est insupportable de ne pas emmener son enfant aux urgences car la voiture est en panne pour faire les quasi 20min de route entre le quartier du centre ville où j’habite et le nouvel hôpital à l’extérieur de la ville, et le bus coûte 1,30€ l’aller et que si jamais ce n’est pas si grave, ça fait beaucoup d’argent à garder pour la semaine prochaine, 2,60€ c’est le pain frais.

Et oui, bien sûr, le quinquennat de François Hollande a réduit le trou de la Sécu. Oui. OK. Mais venez me regarder dans les yeux et me dire que c’était plus important que la santé de mes enfants. Venez, et vous verrez ma colère. Lorsqu’on a diagnostiqué des problèmes neurologique et/ou génétiques à mon fils, il a fallu 12 mois avant d’avoir une certitude : il n’avait rien, rien du tout. Mais 12 mois entre le premier rendez-vous et le dernier parce qu’il y a au moins 9 mois d’attente pour un rendez-vous (et 65km, parce que dans la wanna be métropole de Metz il n’y a plus de spécialistes pédiatriques, alors il faut aller à Nancy, se faire préter une voiture lorsque la sienne est en panne, mettre de l’essence alors que non, 130km, ça tenait pas dans le budget). 12 mois où je devais vivre avec la possibilité que mon fils meure jeune de problèmes cardiaques. 12 mois qui auraient dû en être 2 ou 3 mois dans un système de santé efficace, surtout vu sa centralisation si coûteuse pour les patients. Et je ne devrais pas me plaindre parce que pour moi “c’est allé vite”. Alors le trou de la Sécu, moi mère, je m’en fiche lorsque j’ai peur pour la vie de mes gosses. Je m’en contrefiche.

Mais tout cela, je dois dire que vous n’aviez pas besoin d’attendre le mouvement des Gilets Jaunes pour le savoir : il vous suffisait d’écouter les pauvres de vos sections. Il vous suffisait de vous taire, vous élus, pour écouter les pauvres de vos sections. Mais les réunions de sections, ce sont des combats de coqs entre élus pour savoir lequel parlera le mieux. Alors que ce devrait être des endroits où les gens qui ont décidé de s’impliquer dans la vie commune devraient pouvoir vous dire des choses. Vous avez laissé passer cette chance là. Au gouvernement, le parti a protégé le pays mais pas les gens. Et les gens l’ont vu.

C’est pour cela que je voudrais remercier nos représentants au Congrès du PSE de s’être mis à la marge, mais quelle belle marge, en refusant de soutenir le bras droit de Juncker, Timmermans, comme candidat commun.

Parce qu’il faut voir ce que cette commission Juncker a mis en place comme mensonge : le Plan Juncker, sensé sauver l’Europe après 2008 en faisant un grand plan de relance par l’investissement, c’est 100.000.000.000€ promis. Mais pour que cet argent soit dépensé, il faut que les états ou collectivités territoriales dépensent la même somme. Mais la commission empêche toute dépense au dessus de 3% de déficit. Et donc ? Et bien interdit aux collectivités d’investir parce que cela crée de la dette et n’est donc pas obligée d’engager les dépenses promises. Malin, non ? Et bien Timmermans n’a rien fait contre, nous n’avons donc pas d’énergie à dépenser pour lui. Faire campagne pour et avec ceux qui oublient de se battre pour éradiquer la pauvreté et contre l’extrême droite, ce n’est plus possible. L’ère est au combat, défensif pour la population, offensif contre le néolibéralisme au pouvoir mondialement et qui emmène les gens et la planète droit dans le mur.

Il faut voir aussi ce que la Délégation des Socialistes Français a fait, malgré le tout petit nombre de députés que nous avons envoyés en notre nom en 2014. Certes, la DSF est encore plus petite aujourd’hui qu’alors, mais c’est surtout dû à des problèmes nationaux qu’européens. Ils se sont battus, souvent intelligemment, toujours avec pugnacité. Et ils ont permis ce qui, pour moi, est notre planche de salut : le Progressive Caucus, ou Left Caucus, c’est-à-dire l’alliance des gauches européennes sur les sujets où ils sont en accord pour pouvoir faire pression collectivement et faire avancer des sujets importants. Le Conservative Caucus existe depuis l’ère Thatcher-Reagan et il n’a jamais fait perdre le pouvoir à la droite depuis lors. Le Progressive Caucus est jeune et frais mais si les eurodéputés qui vont arriver au Parlement Européen ne le renforcent pas, alors la Gauche va continuer à perdre, les peuples à souffrir.

Malgré toute cette adversité, malgré le petit nombre d’élus et malgré cette facheuse habitude si difficile à perdre au groupe S&D de toujours aller négocier des miettes avec le centre pour faire passer les miettes, plutôt que de mener la bataille et de montrer la droite pour ce qu’elle est, et d’être ce que la gauche devrait être, malgré tout, donc, notre délégation d’eurodéputés a fait un travail de Titan pour protéger les gens : contre le glyphosate, contre la pèche électrique, contre des politiques économiques et industrielle incompréhensibles, contre beaucoup… Et il faut le faire savoir. Ils ont été de tous les combats, et se sont battus avec force pour tenter de protéger les européens et lorsque ce n’était pas possible dans le Parlement, tenter d’alerter l’opinion pour faire changer les choses par la presse et/ou la rue.

Alors avant de vous préoccuper de vos mairies, parce que ceux qui croient que sous prétexte d’un tarif dégressif à la cantine et de leur hyper-charisme ils vont garder ou gagner leurs villes fassent attention : nous avons collectivement, autant vous que moi, en tant que socialistes, perdu la confiance des gens en nous. Et la confiance des gens, ça ne se gagne pas à coups de slogans mais de preuves. Vous balader dans la rue ne suffira pas, votre charisme ne fera pas tout loin de là. Tavoillot explique dans Qui doit Gouverner ? que l’autorité vient d’en bas : il faut que le Peuple se sente protégé pour qu’il vous donne de l’autorité. Elle ne se prend pas, si elle se prend c’est de l’autoritarisme (du Macronisme ?), ce n’est pas de l’autorité. L’autorité se donne par ceux qui se mettent sous votre aile. Et pour l’instant, nous en sommes au stade où nous discutons. C’est déjà bien. Ce n’est pas suffisant, et pour les mairies cela ne suffira pas si la politique menée ou combattue est faiblement protectrice. Il faut laisser de côté la social-négociation pour remettre au centre le Socialisme.

Parce que, en tant que socialistes mais bien au delà, la première chose que nous devons faire c’est d’empêcher l’empoisonnement de nos enfants et de nou concitoyens. Vous ne vous rendez pas compte de l’horreur que c’est de mettre dans un caddie un pain de mie industriel dont je sais qu’il est le seul que j’ai les moyens d’acheter maintenant mais qu’il est celui qui pourra donner un cancer du système digestif à mes enfants pour leurs 40 ans. Les affamer ou les empoisonner, c’est mon seul choix aujourd’hui. Notre premier combat, en tant que force politique, c’est d’empêcher l’empoissonnement des poumons et du système digestif de nos enfants. C’est un combat premier, non négociable, obligatoire car nécessaire. Ensuite viendra le temps des programmes et des négociations.

Le ciel ce soir

Noir et rouge.

Nuit noire, nuages noirs. Lune rousse et mars rouge. Le ciel ce soir, c’est un roman romantique. C’est Julien Sorel qui court rejoindre Mathilde en abandonnant Madame de.

Si vous savez, vous, où est l’amour de Julien, dites-le.

Le rouge, le noir, la fatigue du jour la fatigue du ciel d’avoir tiré le soleil toute la journée. Trop occupé pour savoir qui suivre. Trop occupé pour tout, le ciel. D’ailleurs, il ne s’occupe pas de nous. Nous le divinisons, toujours, le ciel, là-haut. Les saints, les anges, les dieux, tout est au ciel. Là-haut.

J’envie et je plains ceux qui ne savent regarder le ciel. Je les envie de ne pas savoir lire la pluie qui vient, le froid qui revient. Je les plains de ne jamais s’émerveiller, de ne jamais faire partie de l’univers tout entier. On ne devrait pas vivre de vie sans émerveillement. On ne devrait pas.

Il y a des jours comme ça où la nuit n’arrive pas. Le ciel est rouge, même s’il est noir. L’air est respirable, enfin, alors il faut rester éveiller même si on ne peut rien faire. Rien faire, parce que trop tard, trop fatigué. Faire quand même parce que, enfin, il fait bon. De l’air. De l’air, bon dieu !

La nuit m’embête, parce qu’elle appelle le matin, et le matin c’est l’autre jour, celui où il faudra décider, vivre, faire, construire, avancer, décider. Décider. Avancer. Je veux que ça s’arrête. Que la chaleur nous plombe nos jours et le temps, que cela s’arrête.

Arrêter le jour, le quitter, non aucune envie de quitter ce jour. Aucune envie de sortir de la nuit, jamais.

Voir, c’est difficile. Voir les silences, voir les manques, voir les imperceptibles soupires du ciel qui nous transpercent, qui font vibrer nos muscles sans qu’on s’en rende compte, voir tout et ne rien savoir. Sans fin. Jamais savoir, tout voir. Vouloir disparaître, pour ne plus voir. Ne plus vivre vraiment, vivre dans un monde sans ciel, sans nuage, sans beauté mais sans pluie qui coule sur le visage maquillé, pluie qui fait couler, pluie au rimmel.

Vivre, sans.

Ou vivre avec. Je veux tout, et que ce soit entier ou alors je refuse. Je veux tout. Et que ce soit entier. Ou alors je refuse. Ô, Antigone. Je creuse la terre avec toi ce soir, prendre la nuit pour retrouver les morts pour les aimer vraiment quand on les met en terre. Ô, Antigone. Que ce soit entier. Ou alors refusons.

Prenons Mars. Prenons la Lune. Prenons le rouge, laissons le noir. Brûlons le reste. Le reste n’est pas au ciel. Et ce soir, ce qui importe, c’est le ciel.

pendant-guerre

Faire un pas de côté.

Demain, j’enterre la dernière sœur de mon grand-père Picard. Demain, nous officialisons le changement de génération chez les Picard.

Clémence Paul et EmileClémence, Paul et Emile, vers 1922 (?)

Emile Picard était mon arrière-grand-père, je ne l’ai jamais connu. Je ne saurais même pas dire quand il est mort. Je demanderai tout ça à mon père. Mais il était beau. Très beau. Si beau.
Clémence, sa femme, Clémence Picard née Martin dans le pays des étangs, en 1891, je l’ai connue jusqu’à sa mort le 1er janvier 1992 au matin. C’était ma mémère, ma « petite mémère ».
Elle était la mère de Paul mon merveilleux grand-père, de Gabriel, de Marguerite et de Marie-Thérèse. Mon Grand-Père, Paul, je ne l’ai que peu connu mais je l’aime toujours. Merveilleux, oui, parce qu’il était magicien : il était si présent dans ma vie malgré sa mort qu’il est toujours une merveille pour moi. Encore aujourd’hui.
Il fut le père de mon père. Je ne vous dis pas comment il s’appelle parce qu’il est là, il me lit, et ça ne vous regarde pas. Papa, Grand-Père, Mémère. Et moi. On a brossé le XXème siècle. On a déroulé cette ligne généalogique hier avec mon fils qui est en train d’apprendre le siècle à l’école.

Mémère est née quand Metz était prussienne. Quand ma terre n’était pas la vôtre.
Grand-Père est né juste après-guerre, en 1919, quand ma terre a acceptée de redevenir vôtre.
Papa est né juste après-guerre, en 1949, quand ma terre était redevenue nôtre pour la 2è fois en peu de temps.
Elles étaient moches ces guerres. Elles salissaient, détruisaient, tuaient. Affamaient aussi. Elles ont transformé nos vies. Elles ont aussi figé quelques modes de pensée.

Mon arrière-grand-mère, Mémère, était née moins de 20 ans après la Commune pour vous, pour nous alsaco-mosellans elle était née quelques années après la défaite. Elle a traversé la 1ère guerre mondiale. Elle m’appelait « mom’feu ». Elle parlait le patois lorrain et a toujours refusé de parler allemand après 1918. Alors c’était dur d’être à Metz pendant la guerre, la seconde, quand Metz était allemande, quand Metz devait parler allemand.
Elle avait cousu des croix de Lorraine dans le corsage de ses filles, pour qu’elles sachent qu’elles n’étaient pas allemandes mais lorraines.
Son fils aîné était parti à Lyon. Son fils cadet était parti avec les Malgré Nous. Laissé pour mort, récupéré sur le front russe. Emprisonné des deux côtés. Sauvé. Il était beau mon grand-oncle Gaby.

Elle avait vu l’Indochine et l’Algérie emmener des garçons sous des latitudes où elle n’est sans doute jamais allée.
Et elle est morte après avoir vu la scission du monde en deux camps tomber, cette scission qui avait rythmé nos vies pendant si longtemps. Elle est morte quelques mois après la chute du mur. Ma mémère à moi, elle a vu tout ça. Mais ce qu’elle faisait le mieux, c’était nous prendre la main, pour nous toucher, pour rendre réelle notre présence, nos existences.

Elle a vu tout ça. Et pourtant, elle a toujours continué, en mettant tel un petit Poucet égrenant ses cailloux, toujours de l’entraide et de l’amour dans tout. Même dans ses râleries.

Mon fils lui, est né en 2006. Au XXIème siècle. 5 ans après le 11 septembre 2001. Il n’est pas né après-guerre, lui et sa sœur en 2009 sont nés pendant-guerre. Un pendant-guerre invisible et pernicieux. Mais oui, pendant-guerre. On ne naissait que peu pendant les autres guerres, les vraies guerres parce que les hommes étaient au front et parce qu’on vivait la guerre dans le quotidien et quand on a faim, on n’enfante pas. Là, ils meurent un par un. Et la nourriture est plus chère, mais on en a encore. Alors on enfante.

On ne sait pas comment faire la guerre d’aujourd’hui. Nous avons de vieux logiciels. Nous avons les pantalons rouges napoléoniens sur un terrain sablonneux. Mais surtout, nous refusons de comprendre que nous sommes en guerre, non pas contre une communauté, non pas contre un état, non pas contre une personne et sa légion, non. Nous sommes en guerre, depuis 13 ans maintenant, contre l’Hydre de Lerne.

Nous n’y arriverons jamais seuls. L’Occident tel qu’on le pense n’existe plus et ce n’est pas grave. Nous ne sommes plus des patries colonialistes, impérialistes, hégémoniques et ça va aller quand même. Nous n’avons plus ce pouvoir-là. Nous devons donc trouver nos frères, et demander à leurs enfants de nous aider et de cautériser chaque endroit où nous couperons une tête.
Héraclès tua l’Hydre comme ça : en demandant de l’aide au fils de son frère. Nous, enfants d’Abraham, devrions trouver les fils d’Ismaël pour faire la guerre contre l’Hydre avec eux.

Parce que ce n’est pas une guerre Orient / Occident. Ce n’est pas une guerre Islam / Chrétienté. C’est une guerre terreur / raison.

Ils auront gagné la guerre quand tous, nous paniquerons et aurons peurs de nos frères.

Dans mes nuits blanches…

5000 ans

 

45 ans, un pied sur la lune. Puis l’autre. Puis des pas. Puis un autre pied, un nouveau, qu’on oublie, le second homme. Puis son deuxième pied.

C’était il y a longtemps. Mais en fait, pas tant que ça. C’était il y a un monde d’ici. C’était il y a 45 ans, quasi jour pour jour. Même pas un demi-siècle. C’était dans les 30 glorieuses, mais vers la fin. C’était juste avant le début de la re-fin. Cyclique fin. Recommençante fin. C’était à un moment de notre histoire où l’Ouest et l’Est dépensaient sans compter pour montrer à l’autre sa puissance, en espérant ne jamais avoir à l’utiliser pour de vrai. C’était à un moment où on se pensait tous invincibles, en fait. On se prenait pour les maîtres du monde.

Et depuis, le Monde se rappelle à nous. C’est la planète, la superpuissance du Monde. Pas nous.

 

 

« Préhistoire et protohistoire / Orient.

Vers 3000, le déluge. (Hypothèse de plusieurs inondations et éruptions catastrophiques.) Construction de digues et de canaux en Egypte (Nil) et en Mésopotamie (Euphrate et Tigre) Le récit de la Bible correspond à l’Epopée de Gilgamesh.

L’apparition des grandes civilisations. A la suite de la révolution néolithique, les grandes civilisations urbaines apparaissent (généralement concentrées autour de grands fleuves), et l’ère historique commence. Civilisation égyptienne sur le Nil, de la Mésopotamie sur le Tigre et l’Euphrate, de l’Inde sur l’Indus et de la Chine sur le Houang-ho. L’élément décisif est la modification climatique amorcée dès le Mésolithique : dessèchent d’immenses régions (ceinture désertique de l’ouest à l’est : du Sahara à la steppe kirghize). La population augmente, le sol s’épuise, la sécheresse se prolonge et les habitants des régions désolées émigrent vers les oasis fluviales ; Pour y vivre, il faut résoudre collectivement les problèmes qui s’y posent. Comme une partie de la population est libérée de la production de nourriture, elle est libre pour d’autres tâches (artisanat, défense, culture, administration, technique). Naissance d’une société différenciée par division du travail, émancipation des différents métiers et complication des processus de production. (…)

Langage, culture et religion font naître une communauté de sentiments et de pensées. L’expansion des relations commerciales conduit à une multiplicité d’influences et à une plus grande largeur de conceptions. »

in Atlas historique, ed. Perrin, 1997, p.13.

 

 

5000 ans. Entre le déluge et le pied sur la lune, environ 5000 ans, à la louche.

Dans ce Croissant Fertile est né notre Nous. Et aujourd’hui, nous le pensons différent et dangereux. Ou pire : lointain.

Dans cet endroit est né le Livre. Dans son côté religieux, les trois religions du Livre. Et puis dans son côté pratique : l’écriture. L’Histoire est née avec elle.

 

Nous y avons appris à former une société. Entre Le Caire et Téhéran, nous sommes ensemble sortis de la préhistoire.

Là-bas.

Depuis nous avons rejoint la Lune. Ce n’est pas rien. La Lune.

 

Nous avons formé une société lorsqu’il a fallu, pour vaincre les éléments, se mettre ensemble et se partager la terre et les tâches. Il a fallu échanger pour partager. Alors, nous avons formé une société. Des langages, des codes, des ordres. Tout ça s’est créé là-bas.

 

 

C’était il y a 5000 ans. Et il y a 45 ans, un homme, puis un deuxième mettaient un pied sur la Lune.

Depuis l’Homme doit apprendre qu’il n’est pas divin. Il y a cru mais c’était un leurre. La seule invincibilité qui vaille, c’est le partage des tâches, l’entraide, la société c’est le groupe, ensemble, qui a vaincu les déluges et qui a fait entrer l’Homme dans l’Histoire, dans le Croissant Fertile.

 

 

 

CULTURE.

Semer. Dans la terre. Semer et faire pousser.

Choisir la terre. Penser au soleil. Penser à l’eau.

Semer.

Décider de la graine. La choisir, semer, et laisser pousser.

Choisir le fruit. Décider de la graine. Choisir. Semer. Planter.

 

Temps.

 

Regarder pousser. Eau. Terre. Soleil. Pousser.

Arroser. Nourrir. Soigner. Pousser.

 

Temps.

 

Protéger. Tailler. Choisir. Protéger. Nourrir. Abreuver. Soigner.

 

Décision.

 

Cueillir. Récolter. Soigner. Apporter. Partager.

Partager.

Nourrir l’Autre. Se nourrir de la plante avec l’autre.

 

Culture nourrissante.

 

 

Je fais la culture des tomates sur mon balcon.

Je fais la culture des oignons au jardin.

Je fais la culture des mirabelles au verger.

 

La culture se fait dans mon jardin. La culture se fait dans mon village. La culture se fait dans ma ville. La culture se fait dans une grange ou un théâtre. La culture c’est ce qui me permet de te parler, et que tu me comprennes. La culture c’est ce qui nous fait pousser l’esprit et les os. C’est ce qui nous met ensemble, à partager quelque chose. Des tomates, une tarte aux mirabelles, un film, un match ou un spectacle. La culture c’est ce qui nous fait civilisation. Quelle qu’elle soit. La culture est la marque de notre civilisation.

 

Tue la et tu te tues.

 

Précédemment publié le 15/06/2014 sur http://charlotpicard.tumblr.com/post/88857069220/culture