Communeurs, communeuses…

“Power resides where the men believe it resides. It’s a trick, a shadow on the wall. And a very small man can cast a very large shadow.”
Vary in Game of Thrones 2×03.

 Le Mouvement Commun

L’absence de Pouvoir pré-établi était ce qui a traversé tout ce dimanche après-midi, cet événement fondateur. “Ecoutez-vous avec bienveillance et gentillesse, c’est le seul moyen d’entendre ceux qui d’habitude ne parlent pas.” Le mot d’ordre. Bienveillance.
On a souri en entendant cela, et nos sourires se sont transformés en grimace de souvenirs. Les souvenirs de nos premières interventions, ou des dernières en date où nous fûmes moqués et houspillés. Alors oui, nous aurons une bienveillance active.
Nous essaierons, au moins.

MOUVEMENT : changement de position dans l’espace
COMMUN : qui appartient à tous
MOUVEMENT COMMUN : changement de position dans l’espace qui appartient à tous

Ce n’est pas le “mouvement de Pouria Amirshahi”. Il n’est que le réceptacle de nos additions. Il n’est ni le maître, ni le gourou, il est le recenseur. L’idée est simple : certains le faisaient déjà, d’autre n’en avaient pas encore eu l’occasion, l’idée est de créer des synergies d’échanges. Des mouvements d’idées mises en commun pour être mieux ensemble que seuls. L’idée est de déménager un peu de tous nos piédestaux et de marcher, enfin.

Pour nous, hommes et femmes politiques, militants politiques, reprendre parole avec ceux que nous souhaitions représenter lorsque nous avons pris notre carte. Jamais nous ne l’avons fait que pour nous, tous, nous avions une plus haute idée de la politique que cela. Nous l’avons toujours. Retrouvons-en l’élan.
Pour nous, militants associatifs, dirigeants de structures, reprendre parole avec ceux qui sont de l’autre côté de la table des décisions politiques. Jamais nous n’avons cru que nous pourrions faire sans eux. Parfois nous avons dû faire contre eux. Mais sans, ça n’existe pas.
Pour nous, citoyens, nous prenons tous part à la vie de notre cité, sinon nous ne serions pas au courant que ce Mouvement Commun existe, sinon, nous regarderions simplement ailleur, alors regardons ceux qui avancent et suivons-les.

Il n’y eut ni “vaincre” ni “sondage”. Il n’y eut aucun ordre, aucun calendrier avec ultimatums prescripteurs d’actes. Il n’y eut que de l’élan.

Le Mouvement Commun - événement fondateur

On nous appelle les communeurs. Il y a du commun, de la Commune, il y a beaucoup dans ce terme.
Moi ce que j’y vois, c’est un peuple de vigies, de gardiens de phares qui éclairent la voie aux bateaux dans la nuit, dans la tempête. Que les capitaines soient capitaines, que les marchands soient marchands, que les pirates soient pirates… que chacun soit à la place qu’il souhaite, qu’il aime, où il se sent utile. Mais ensemble, allumons les phares qui feront que chacun voie son utilité améliorée.
Je veux être différente de la personne qui sera à la table des communeurs, parce que je souhaite qu’elle m’apporte quelque chose que je n’ai pas. Je veux que nous soyons si différents dans nos méthodes, dans nos analyses, dans nos actes que 1+1=3 et non une unité lissée et fade où tous=1.
Toutes nos révolutions n’ont jamais arrêté notre civilisation de partager le pain à table, que cette table fut dans une chaumière faite de bois brut coupé à la main ou dans un gratte-ciel faite de verre et designée par Stark. Alors trouvons cette force de partage, trouvons ce liant au plus simple de nos énergies, trouvons notre pain.

Il est venu le temps où la nuit et la tempête nous forcent à allumer des phares à jamais éteints. Et comme ils éclaireront des routes jamais prises encore, nous pourrions voir émerger des idées, des pensées nouvelles pour, au bout du chemin, voir tout simplement qu’une autre politique est possible puisqu’un autre monde se crée déjà.

A Gauche Pour Gagner, étape 2 : LE POUVOIR DU POLITIQUE

“Tu sais, c’est compliqué.”
“On n’y peut rien.”
“C’est la seule politique possible.”
“Il n’y a pas d’alternative.”
“Vous devez comprendre notre époque, vous êtes d’un autre temps, vous êtes archaïques, vous ne comprenez pas le XXIème siècle.”

Vraiment ?

Vraiment ???

CGT Moselle (c) Mathieu29/04/2015 (c) Mathieu Delmestre

NON.
Non, simplement, nous croyons encore que la Politique est utile et qu’elle doit porter des utopies.
Voilà. Des utopies. Des directions qui permettent d’avancer. Des utopies pas si folles, en fait. Juste des utopies.
Ceux qui n’y croient plus ont admis que l’idéologie libérale (car ce n’est qu’une idéologie parmi d’autres, mais pas toujours la plus sympathique) a gagné. Acté la défaite. Acté l’adaptation au système. Acté la défaite pré-programmée de l’exercice du pouvoir.

Nous croyons qu’en plus de comprendre notre époque, il faut aussi construire la suivante.
Nous croyons qu’en plus de gérer le quotidien, il faut inventer l’avenir.
Nous croyons que l’idéologie n’est pas dépassée : elle est contrainte.
Nous croyons que l’Homme n’a pas à s’éteindre devant des systèmes, quels qu’ils soient.
Nous croyons même, pauvres de nous, que les êtres humains sont plus importants que les systèmes que l’Homme a inventé.

Alors ?!

Alors levons-nous et disons “Non !” car non, Thatcher n’est pas la grande philosophe constitutive du XXIème siècle. Non, Bruxelles, l’UE, le FMI, monsieur Sylvestre n’ont pas à contraindre l’Humanisme que nous portons en nos cœurs depuis des décennies. Non, nous ne sommes contraints par rien d’autres que par nos renoncements.

Oui, nous échouerons à ‎mettre en place 100% de nos utopies. Mais même 60% d’échec me plaît s’il remplace 100% d’abdication. Parce que rien ne remplacera la force d’une société qui se lève et qui rêve. Rien ne remplacera la force de NOUS, encartés ou non, debout, dans nos luttes.

Je refuse la peur. Je refuse la peur du mouvement, du changement. Non, une manifestation n’est pas une chienlit: c’est une PAROLE. Non, une grève n’est pas une prise d’otage: c’est une mise en écoute forcée de cette PAROLE méprisée. Non, dire n’est pas honnir. Non, s’exprimer n’est pas mépriser.
Au contraire.
Parler c’est respecter l’autre, c’est partager, c’est vouloir être ensemble et non contre. Parler, c’est dire ses idées, pas pour les figer mais pour les laisser vivre. Parler, c’est considérer l’autre comme digne de recevoir notre parole. Parler, c’est aimer les autres.

Alors voilà, au sein du Parti Socialiste, j’ai fini par rencontrer des gens qui aimaient que je leur parle. Quitte à me dire que je me trompais et à m’expliquer pourquoi. Alors, ils m’ont appris des choses. Alors on a travaillé ensemble.
Et, croyez moi ou non, j’y ai rencontré des gens qui portaient des utopies, des idéaux, qui savaient respecter leurs promesses, qui avaient des valeurs et savaient mener des combats pour la justice. La majeure partie de ces gens, je les retrouve aujourd’hui dans ce que nous appelons une motion (interne au Parti Socialiste, dans le cadre d’un Congrès). Elle s’appelle A Gauche, Pour Gagner. Parce que nous pensons que si nous ne sommes pas concrètement et clairement à gauche, nous perdrons.
Et nous ne perdrons pas que des élections. Nous perdrons aussi notre dignité. Notre dignité politique. Nous perdrons tout simplement le sens de ce qu’est “LA POLITIQUE”.

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne?
Ohé! partisans, ouvriers et paysans, C’est l’alarme!

A Gauche Pour Gagner étape 1 : Retrouvailles

Off Conf de Presse CNPS motions

Guedj – Hamon – Filippetti (c) Sebastien Calvet pour Libération.

Retrouvailles.

Des sourires.
Je ne veux retenir que les sourires.
Et les rires.

Rires d’avoir réussi une mission périlleuse : avoir une équipe.
Rires de retrouver des frères d’armes, de l’officialiser.
Rires de savoir que l’on risque de mourir au combat mais que nous mourrons tous armes à la main. [C’est figuratif, soyons clairs, la politique n’est pas SI violente.]

Des rires, et des sourires. Parce que nous croyons vraiment à ce que nous défendrons, défendions, défendons. Juste vraiment. Dans un sentiment de vrai. Non pas de Vérité incarnée, non, juste de vrai, de réel, de concret, de tangible, de toujours là, d’immuable. Le point de non-retour fut atteint, nous ne le franchîmes pas. Nous nous tînmes pour ne le pas franchir. Nous y parvînmes et de notre côté du gué, nous regardâmes qui il restait, et nous sourîmes.
Nous sommes vivants.

A Gauche Pour Gagner succède à Vive La Gauche.
Nous sommes vivants, c’est sûr. Et un Être de Gauche vivant ne s’arrête pas avant d’avoir gagné. Coûte que coûte, vaille que vaille.

J’ai vu cette force dans nos sourires. J’ai vu des étincelles dans nos yeux.

Ce n’est pas l’idée de choisir entre 5 et 12 dimanches ouvrés.
Ce n’est pas l’idée d’être pour ou contre le fait d’aider les entreprises.
Ce n’est pas l’idée de plus ou de moins de service public.
C’est au-delà de ces idées précises, où des compromis pourront être trouvés.

C’est : pour quoi nous sommes nous engagés en politique ? et pourquoi avons-nous choisi le Parti Socialiste ? pour quoi ?
Ces réponses, nous n’en avons pas beaucoup parlé. Nous sommes cette équipe-là non pas parce que nous avons négocié ou tergiversé, mais parce que nous avons refusé, chacun et tous, un par un, d’avancer un pas de plus.

1 2 3 soleil. Nous nous sommes arrêtés.

La ligne infranchissable fut le renoncement. THERE ARE SO MANY OTHER ALTERNATIVES ANYWHERE, ANYWHEN ! JUST THINK !

11 avril 2015.

11 avril 2015.

Alors, il faut lister les renoncements, argumenter, expliquer, convaincre.
Convaincre.

La Gauche n’est pas morte, elle déserte simplement le champ politique et électoral.
28 jours de grève à Radio France, pour nous. Pour sauver notre intelligence, notre curiosité, nos oreilles. Et le faire pour la dignité des faibles, dans un esprit de corps.
Vous croyez que la Gauche est morte, pensez à eux et dès demain, écoutez-les encore plus.

Non pas pour eux, mais pour vous.

La Gauche n’existe pas en bloc. Elle agrège. Comme elle agrège, elle est belle et riche, mais risque de se désagréger. Alors, alors elle donne l’impression de mourir car on ne la voit plus dans le magma d’expressions de droite si monolithe.

Nous sommes informatables.
Nous sommes des formes.
Nous, Peuple de Gauche, n’avons pas vocation à diriger un pays, mais à changer le Monde. Dans ce Peuple de Gauche, certains décident de changer le Monde en dirigeant un territoire. Certes. Mais ils ne sont pas les seuls à vouloir et pouvoir changer le monde. Et nous sommes vous, nous, eux, tous, interdépendants.

L’unicité est plastique. Nous sommes bois, eau, terre, feu.

Nous sommes vivants.

Nous nous relevons, doucement, de quatre coups sur la tête consécutifs. C’est dur de perdre. Non pas parce que vous perdez, mais aussi, surtout, parce que vous savez quelles politiques vont être mises (ou démises) en place par vos successeurs. Vos projets vont être jetés. Vos avancées sociales, petites ou grandes, vont être rétrogradées. Alors, oui, 4 claques.

151 villes perdues
13 députés européens sur 77
le Sénat
31 départements sur 100
Quatre claques qui font mal.

Donc voilà. Après 1, puis 2, puis 3, puis là 4, nous ne franchirons pas la ligne du renoncement à nos idéaux.
Nous avions un programme qui n’était pas fantasmagorique en 2012. Tenons-le. Nous avions des projets, des idées d’égalité, de Justice surtout. De protection des faibles qui en manquent tant. Nous avions ces idées-là. Nous les avons toujours.
Pas besoin de redessiner un ADN, nous nous sommes regardés dans les yeux à cette réunion de constitution de motion, ces idéaux étaient toujours là, et n’étaient toujours pas devenus extravagants.
Et nous nous battrons pour les faire vivre.

NOUS, ce n’est pas défini. Nous, c’est sans doute vous aussi. Ou toi, camarade.

Nous, ce sont ceux qui ne feront pas un pas de plus vers l’abîme. Ceux qui veulent cesser d’abîmer notre cœur. Nous, c’est ouvert. Nous, c’est le lien entre la parole et l’acte.

http://agauchepourgagner.fr/signez-la-motion-b-a-gauche-pour-gagner/

A Gauche Pour Gagner

Un bon dimanche

Je ne suis pas le bois qui se consume dans ta cheminée.
Tu ne m’emmèneras pas dans ton consumérisme. Garde-le. Regarde-toi, charbon cramé.

Tu sais, toi qui pense que travailler le dimanche c’est bien, tu peux devenir infirmière. Ou si tu ne veux pas faire d’études pour travailler le dimanche, tu peux aussi aller faire la plonge dans un restaurant. Bosser au Mc DO.

Si tu veux bosser le dimanche, tu peux bosser dans la culture (ah, oui, mais ils n’embauchent plus… plus de sous. Désolés.) Tu peux aussi faire nounou pour les infirmières ou aides-soignantes ou serveuses qui bossent, elles, le dimanche, déjà.
Sinon, tu peux faire femme de ménage (oui, même si tu es un homme) tu peux faire femme de ménage dans un service d’urgence d’une grande ville.
Ou flic. Tu peux faire flic si tu veux faire des gardes du dimanche.
Ou prof. Parce qu’en fait, le dimanche, les profs, bah ils corrigent, ils préparent : ils bossent (mais ne sont pas payés, mais c’est pas grave, ça, hein…)

Alors quoi, toi, tu ne dis plus rien ?
C’est parce que ton truc n’est pas que nous allions travailler le dimanche, ton truc c’est que nous passions notre vie à consommer. Parce que consommer, ça nous empêche de penser, de réfléchir. Consommer, ça accélère le temps. Nous perdons l’espace du temps lent si nous pouvons consommer. Nous sommes impatients de consommer. Nous n’arrivons plus à nous arrêter de consommer, nous ne vivons plus.

Mais tu sais ce que tu fais aussi ? dis, tu sais ?
Tu empêches les pauvres, les vrais pauvres, ceux qui n’ont plus que 10€ dans le porte-monnaie, 10€ à faire durer 12 jours (oui, ‘ça’ existe) tu les empêches de s’accaparer la ville, notre bien commun.
Parce qu’il y a une grande différence entre se balader dans une ville, faire du lèche vitrine, regarder les décorations en sachant que de toute façon, même si on pouvait acheter on ne le ferait pas puisque les magasins sont fermés, et se balader et se dire « ah, ça, c’est beau ! » « ah, ça, mon aîné en aurait vraiment besoin ! » et savoir qu’on ne PEUT pas.
Ce crève-cœur, tu y as pensé, dans ton monde consumériste ?

Alors donc le bitume que tu fais pour tous, en fait, tu ne le fais que pour tous-ceux-qui-ont-les-moyens-de-venir-consommer-en-ville. Et tu sépares notre société entre ceux qui peuvent et ceux qui ne peuvent pas.
Alors tu crées du désespoir. Et le désespoir crée de la haine.

Je n’ai pas besoin de faire les magasins le dimanche pour être heureuse. Mes enfants non plus.
Le dimanche, on se balade, on va au manège, on va au Mc Do. On va prendre un pain au chocolat à la boulangerie, un bretzel à l’autre. Le dimanche, on fait de la peinture ou du vélo. Le dimanche, on essaie de déjeuner en famille, avec la famille élargie. Et puis on s’organise pour n’avoir besoin de rien. Et on dit aux enfants « non, on n’a plus de jus de fruits » « bah va en acheter » « mais non, aujourd’hui c’est dimanche » « ah oui, c’est vrai, bon ben demain alors » « oui, demain ». Et tout va bien.

Tu veux que je consomme le dimanche ? alors donne-moi les moyens de le faire du lundi au samedi, et ensuite, on recausera du dimanche.
Tu veux que je puisse consommer du lundi au samedi ? mais tu as peur que je n’en aie pas le temps ? Pourquoi ? tu as déjà mis sous le tapis les 35 heures et cette demie journée dite de RTT ?

Tu sais, si tu veux nous faire consommer le dimanche, redonne des moyens à la culture, empêche la baisse de la dotation de l’état qui va faire chuter, d’une violente chute, l’offre culturelle partout en France. Tu sais, si tu veux nous faire consommer le dimanche, tu n’es pas obligé de nous faire rentrer dans des grands magasins. Tu peux nous emmener au théâtre ou au cinéma. Et ton alliée, la Ministre de la Culture pour qui le cinéma est un produit industriel comme un autre, nous appelle déjà des clients. Tu vois, même elle te suit dans ce consumérisme à l’envi.

Pas moi. Moi, là, vous m’avez perdue.

Moi, je voudrais que le dimanche soit le jour de la semaine où on se pose et on partage.
Mais moi, tu me diras sans doute vile.

Ce dimanche, on a fait des spritz.

spritz

Les Noms

Ce matin, je cherchais un moment de la Bible qui s’appellerait « Les Noms ». En fait, il n’y en a pas. C’est dans la Genèse. La base. Créer puis nommer. D’un seul élan. Créer et nommer.

Nommer, donner un nom. C’est si important.
J’ai dû le faire, deux fois. J’ai nommé mes enfants. Nommer, c’est immense. Une tâche incommensurable. Éternelle. Une définition en creux. Nommer c’est rendre la vie réelle.
Ce qui n’a pas de nom ne disparaît pas vraiment de notre monde puisqu’il n’y apparaissait pas. Ce qui est nommé y reste à jamais.

Cette semaine, les noms, les définitions, les mots m’ont posé problème. Souvent. Trop souvent. Il faut faire attention aux noms, propres ou communs. Ils comptent.

Quand vous dites le nom de quelqu’un il y a tout dedans. Sa taille, son âge, sa couleur, sa voix, son sexe, son humour, son intelligence. Quand vous dites le nom de quelqu’un, vous l’embrassez en entier.

Qui aujourd’hui sait que Léa, ce prénom si trop souvent donné dans les années 2010, était la femme de Jacob, qu’elle donna naissance à six des 12 tribus d’Israël ?
Ton nom, c’est ton prénom et ton nom de famille. Tu es Ruben, fils de Jacob. Tu es toi et une part de ta famille.

Nom gravé sur banc d'église

On a nommé Manuel DS. On a nommé Maxime H.
Du pouvoir aux médias, leurs noms étaient partout affichés, déclamés. Donner leurs noms de FAMILLE pour faire la nique aux idées reçues ? OK. Mais les prénoms n’auraient-ils pas suffi ? Pourquoi mettre leurs familles, ces familles déjà fragilisées, dans une position encore plus fragile ? quel est le but ? si ce n’est de les faire rentrer dans une réalité qui n’est pas la leur.
Et en plus, apparemment, on s’est trompé pour l’un deux.

On a déséquilibré pour rien.

Nommer c’est « Désigner quelqu’un ou quelque chose en disant ou en écrivant son nom. » (Larousse)
Désigner, c’est important.

Pour désigner il faut avoir ses pieds quelque part, être. Puis lever le bras, pointer le doigt, et viser. Désigner, c’est s’inclure dans l’histoire, c’est prendre part en étant un lien entre ce que touchent nos pieds et ce que montre notre index.

Le pouvoir comme les medias sont rentrés dans l’histoire de ces jeunes pseudo-musulmans, djihadistes embrigadés. Ils firent le lien entre ces hommes, le reste du monde et la famille de ces hommes. Comme pour rendre le spectacle plus réel.

Nous perdons les liens entre la réalité, le réel et la vérité. Nous sommes une société où la pseudo-immédiateté rend le temps saccadé. Le temps n’est plus un long fleuve tranquille, mais il fait des bonds, et des pauses.

Il faut laisser le spectacle aux gens de spectacle.
Il faut laisser le pouvoir aux gens de pouvoir.
Il faut laisser l’information aux gens d’information.
Que chacun nomme ce qu’il doit nommer de l’endroit où il est et non de l’endroit de l’autre.
Puis, on discute.

Le seul mot qui m’a parlé cette semaine, sur cette histoire, c’est « secte ». Oui, c’est sans doute un embrigadement sectaire. Oui, ça y ressemble. Quand on rentre dans une secte, on perd le sens commun, on change de nom, on est dé-liés. Et contre cela, comme contre le terrorisme, nous sommes sensés être armés, nous, société occidentale descendant des Lumières.
L’embrigadement sectaire, comme le suicide, nulle famille ne sera jamais totalement épargnée. On ne sait pas. Il faut veiller. Espérer. Protéger nos enfants.

Mais laissez le spectacle parler de cela en nommant, pour la catharsis, pour le recul. Pour comprendre, et chercher les bonnes réponses. Celles qui nomment les bonnes choses.

« There’s not a drug on earth can make life meaningful. » Sarah Kane. 4.48 Psychosis.
“Il n’y a pas une drogue sur terre qui puisse donner du sens à la vie.”
Quelques mois après, elle se suicidait.

Donnons du sens à la vie.

 

Retour(s) de La Rochelle

Le ciel est gris mais clarteux.
Voilà. C’est comme ça.

Le ciel est encombré, plein de nuages, des promesses d’orages. Mais la lumière nous éblouis.

Ne soyons pas trop éblouis. N’ayons pas peur de l’orage.
L’orage passe. La nuit vient. Puis le jour. Puis la nuit. Puis le jour.

ViveLaGauche (c) Le Monde

La réunion « Vive La Gauche » samedi matin n’était ni un début, ni une apogée. C’était un rendez-vous.

Ce n’était pas un début parce que les députés n’ont jamais commencé. Des députés qui décident d’amender des textes proposés par leur propre majorité, il y en a toujours eu. Ce qui n’existait pas, c’est qu’ils se réunissent en collectif que, in fine, soient obligés de rendre public le rapport de force.
Collectif, donc.
Collectif car sans chef. Sans chef car là n’est pas la question. L’urgence n’est pas au leader mais à la direction : la voie à prendre. La leur est simple : la feuille de route des élections de 2012. Une feuille de route, une direction, collectives. C’est tout.

Ce n’était pas une apogée non plus. Parce que l’apogée, c’est arriver tout en haut pour redescendre. Ça monte tout droit vers le ciel telle une fusée de feu d’artifice, ça pétarade, et ça retombe doucement en laissant quelques traces et de beaux souvenirs. Samedi, ce n’était pas une apogée : c’était une étape. Je me souviens du vote du TSCG à l’automne 2012 lorsqu’on avait dit que ceux qui ne l’avaient pas voté ne comprenaient rien à la real-politique. Je me souviens de Jérôme Guedj alors encore député qui expliquait la nécessité de devoir faire attention avec la création du CICE, qu’on pourrait mieux le cibler par exemple.
Ce n’était pas une apogée, parce que Vive La Gauche n’est pas une explosion mais un joli crescendo. Un chant entonné sur un chemin de campagne à la lisière du bois qui à l’entrée de chaque nouveau chanteur, prend de l’ampleur.
Et ce n’est pas un coup médiatique, parce que pour faire un coup de pub, il vaut mieux être tout seul. La couverture est plus facile à tirer à soi : elle est moins lourde. Un collectif, ce n’est pas un coup.

C’était un rendez-vous. C’étaient nos PARLEmentaires qui venaient nous parler. Et nous voir. Vérifier que nous existions vraiment, que nous étions vivants. C’était un rendez-vous où ils venaient vérifier qu’ils devaient continuer. Et où nous avons dit « oui ». On suit. Pas de problème. On a envie. Oui !

C’était un chemin de traverse de l’Université d’Eté du Parti Socialiste. Mais il y a eu sur la ‘grande route’ socialiste beaucoup de paroles dites. Et beaucoup allaient sur la même voie/x, une par une, voie qui n’est que celle du programme de François Hollande en 2012 : se battre pour une plus grande justice sociale. C’est tout.

Et la parole se libère. Il y a deux ans, il n’y avait que l’aile gauche qui osait dire tout haut que la politique menée n’était pas légitime, pas celle prévue. Et alors que Maurel, Lienemann, Guedj et leurs camarades ne baissaient pas les bras, on tentait de les leur tordre. Ces derniers jours, même les anciens ministres l’ouvrent, cette voie. Mais à un ancien ministre, on ne tord pas le bras. Tout juste on tente de couvrir sa voix.

Évidemment, elle est légale cette politique. Il n’y a pas de putsch, il n’y a pas de défaillance institutionnelle. Il y a une défaillance dans nos institutions, ce n’est pas la même chose. Personne ne triche, mais les règles ne fonctionnent plus. Lorsqu’on sait que les règles sont mauvaises, on tente de les transcender. On discute, on débat, on négocie : on s’arrange. On l’a souvent fait. Mais là aucun équilibre n’est plus possible, aucune écoute, aucun travail en commun, aucun esprit de complémentarité. Il y a un refus de trouver un équilibre entre la chèvre et le chou. Aujourd’hui, il n’y a plus que le loup.

Alors oui, la semaine passée est la semaine qui rend obligatoire la clarification. Il n’y a pas de guerre à faire, il n’y a que des choix à valider. Ce n’est pas si grave. Aucun combat. Aucune bataille. Sauf si nous devions avoir à combattre même pour avoir la possibilité de valider ces choix et de ce fait combattre pour redonner un esprit démocratique à notre parti.

ROUVRIR LES YEUX

« Votre vérité, vos mensonges, pas les miens.

Et alors que je croyais que vous étiez différent et que peut-être même vous ressentiez la détresse qui passait parfois sur votre visage et menaçait de déborder, vous aussi vous protégiez vos arrières de merde. Comme n’importe quel autre stupide salopard de mortel.

Dans mon esprit c’est là trahison. Et c’est mon esprit le sujet de ces fragments troublés.

Rien ne peut éteindre ma colère

Et rien ne peut restaurer ma foi.

Ce n’est pas là un monde où je souhaite vivre. »

Sarah Kane, 4.48 Psychose, 1999

PAROLES sarah kane

Il y a la radicalité de Kane. Il y a surtout son des-espoir. C’est la trahison de l’espoir le pire. Le plus sanglant. Le plus violent. Rien ne peut éteindre ma colère. Nous sommes plusieurs ce mercredi 27 août 2014 à penser cela. Rien ne peut éteindre ma colère d’espérant trahis.

Ce n’est pas un problème de personne. Il n’y a pas de personne qui vaille. La politique, si on est socialistes, c’est une question de ligne, pas de personne.
C’est une question de symboles. Mais pourquoi ? Pourquoi s’attache-t-on tant aux symboles ? Parce que le symbole c’est entendre le non-dit. Et qu’en ce moment, dire est proscrit. Dire est interdit. Dire est mourir.

Je connais des frondeurs, ils n’ont ni fronde ni pierre. Juste une ligne, des paroles, des actes qui bon an mal an vont avec leurs paroles, dans la mesure de l’esprit de corps, de groupe. Parce que lorsqu’on est socialiste, il n’y a pas de personnes, il y a un groupe.

Alors ils ne sont pas frondeurs ? Non. Ils ne le sont pas. Ils sont PARLEmentaires.
C’est tout. Et légitime.
On va leur intimer de taire leur légitimité. On va leur intimer de quitter leur terreau, leurs racines. On va leur intimer de se dédire et de médire.
Et s’ils ne le font pas, on leur mettra les échecs sur le dos.
Tous les échecs.

Ces hommes, ces femmes, prônent depuis 2 ans, 1 an, 6 mois des solutions alternatives, des compromis, des sorties d’impasse au fur et à mesure de leurs ‘raz-le-bol’ et on va dire que la chute, c’est eux.

Votre vérité, vos mensonges, pas les miens.

Le Parti Socialiste est un. Il a un bras gauche, un bras droit. Deux jambes. Une tête, mais deux hémisphères. Un cœur. Un bide. Des tripes.
Les tripes, c’est nous tous. Militants. Du haut et du bas.
Le cœur, c’est nous tous. Tous. TOUS. Parce qu’on s’occupe de tous, même de ceux qui ne nous aiment pas. Même de ceux qui ne nous connaissent pas. Là est notre moteur socialiste.

Aujourd’hui j’ai peur que le bras droit soit en train de couper le gauche en passant sa lame de couteau à travers les joues. Tétanie. La tête ne parle plus, de peur de se blesser. De peur de mourir.

Mais cette gymnastique est périlleuse. La tête devrait le voir. Les va et viens de la lame pour couper le bras gauche tranchent les joues. Atteignent les mâchoires. Pour couper le bras gauche, le droit déchiquète la tête en pièce.
Ça saigne. La douleur vide les tripes.

Il faut stopper la tétanie.
Il faut stopper l’hémorragie.

Il faut se reprendre.
Ce n’est pas là un monde où je souhaite vivre.

Il y a déjà eu, il pourrait y avoir de nouveau des moyens de se parler, de travailler ensemble. Regardons nous bien. Oui, les yeux. Nous n’en avons pas parlé des yeux. Les yeux, c’est notre rapport au monde. C’est ce qui va dans une seule direction, le gauche le droit la même. Les yeux sont là. Ils voient bien ce qui se passe dans le corps. Les yeux, s’ils se passent l’un de l’autre perdent tout relief. Un œil, plus de relief. Un œil, un monde plat. Atone. Amorphe. Deux yeux, un monde qui bouge, qui vit, qui vibre.
Les yeux, il faut maintenant les rouvrir. ROUVRIR LES YEUX.
ROUVRIR
LES
YEUX.

« NE LAISSEZ PAS CA ME TUER
CA VA ME TUER ET M’ECRASER ET
M’ENVOYER EN ENFER

Je vous supplie de me sauver de la folie qui me dévore
une mort hypo-volontaire

Je pensais que je ne parlerais plus jamais
mais maintenant je sais qu’il y a plus noir que le désir
peut-être que ça va me sauver
peut-être que ça va me tuer. »

Sarah Kane, 4.48 Psychose, 1999.

 

 

 

 

CULTURE.

Semer. Dans la terre. Semer et faire pousser.

Choisir la terre. Penser au soleil. Penser à l’eau.

Semer.

Décider de la graine. La choisir, semer, et laisser pousser.

Choisir le fruit. Décider de la graine. Choisir. Semer. Planter.

 

Temps.

 

Regarder pousser. Eau. Terre. Soleil. Pousser.

Arroser. Nourrir. Soigner. Pousser.

 

Temps.

 

Protéger. Tailler. Choisir. Protéger. Nourrir. Abreuver. Soigner.

 

Décision.

 

Cueillir. Récolter. Soigner. Apporter. Partager.

Partager.

Nourrir l’Autre. Se nourrir de la plante avec l’autre.

 

Culture nourrissante.

 

 

Je fais la culture des tomates sur mon balcon.

Je fais la culture des oignons au jardin.

Je fais la culture des mirabelles au verger.

 

La culture se fait dans mon jardin. La culture se fait dans mon village. La culture se fait dans ma ville. La culture se fait dans une grange ou un théâtre. La culture c’est ce qui me permet de te parler, et que tu me comprennes. La culture c’est ce qui nous fait pousser l’esprit et les os. C’est ce qui nous met ensemble, à partager quelque chose. Des tomates, une tarte aux mirabelles, un film, un match ou un spectacle. La culture c’est ce qui nous fait civilisation. Quelle qu’elle soit. La culture est la marque de notre civilisation.

 

Tue la et tu te tues.

 

Précédemment publié le 15/06/2014 sur http://charlotpicard.tumblr.com/post/88857069220/culture