Jeudi 19, je vote Faure

J’ai adhéré il y a 10 ans au Parti socialiste, j’y adhérais parce que je voyais le monde changer et le parti de ne pas bouger. Le parti pour lequel je votais systématiquement au moins au 2e tour, me semblait figé.

Depuis, il a bougé.

Depuis, il s’est pris des grandes claques, par les électeurs et par la politique en général. Alors, il a bougé.

Il aurait pu bouger avant mais il lui fallait une nouvelle équipe et une prise de conscience réelle pour pouvoir le faire. Cette nouvelle équipe elle est incarnée par Olivier Faure, notre actuel Premier secrétaire national, qui est arrivé premier jeudi dernier, avec le plus grand nombre de voix socialistes.

Alors oui c’est assez insupportable pour certains, en fait c’est assez insupportable pour ceux qui souhaiteraient continuer “comme avant”. Je comprends qu’ils ne comprennent pas. 

Ce que je pense aujourd’hui c’est que nous devons sortir de nos habitus et entrer dans le XXIe siècle. Ce que je comprends aujourd’hui c’est qu’un nouvel élan vient enfin de recommencer à avoir confiance, ou plutôt de recommencer pouvoir avoir confiance dans le Parti socialiste. En parallèle, la gauche a sans doute enfin compris que sans le parti socialiste elle ne reviendra pas au pouvoir. Ce sont deux victoires. Deux batailles victorieuses pour pouvoir après gagner la guerre contre le néo-libéralisme, et surtout contre le fascisme.

Je suis fière du parti que nous avons reconstruit ces dernières années. Pas parce qu’il est parfait : rien n’est parfait en ce monde. Mais parce qu’ils écoutent, ils écoutent les pauvres et ceux qui le deviennent, ils écoutent les cris qui viennent de la rue, ils cherchent le meilleur chemin possible, et ils prennent en compte ce que les électeurs disent dans les urnes.

Nous nous faisons traiter de tricheurs par les mêmes qui ont réussi à faire 150 % de votants en plus sur un seul département par rapport au vote du dernier congrès et de l’investiture d’Anne HIDALGO. Nous nous faisons traiter de fossoyeurs du Parti socialiste par des gens qui ont vu les défaites s’accumuler et qui n’ont rien souhaité changer à leurs méthodes, ni locales, ni nationales.

Les électeurs nous ont dit, dans les urnes d’abord, qu’ils veulent une gauche forte, alors ils ont utilisé ce que nous les socialistes nous avions inventé : le vote utile. Les électeurs nous ont dit ensuite que l’union de la gauche, même avec LFI, c’était OK. Mais les électeurs du deuxième tour ont aussi dit que c’était plus facile avec le Parti socialiste qu’avec les autres. Évidemment, lorsque le centre doit voter à gauche contre la droite dure ou extrême, ils ont moins peur de nous, socialistes.

Lorsque nous sommes à terre et que nous voyons des mains se tendre vers nous, il faut sourire au lieu de leur cracher dessus. Ce que l’équipe si disparate autour de Nicolas Mayer-Rossignol, avec tant de gens qui se haïssent, des gens qui ont refusé de financer la campagne d’Anne HIDALGO un peu partout en France, mais qui maintenant expliquent à qui mieux mieux que le Parti socialiste ne l’a jamais défendue et que c’est pour ça qu’il faut virer Olivier Faure, ceux qui expliquent que l’union de la gauche est importante, ceux qui expliquent qu’il est hors de question d’aller avec toute la gauche, ceux, en fait, qui veulent juste rester maîtres chez eux… Ceux ci n’ont pas compris ce que les Français avaient dit.

Alors jeudi, chers camarades, si vous pensez que le parti doit continuer à avancer vers le présent, allez voter Olivier Faure dans toutes les sections de France. Le vote est secret, même si quelqu’un vous intime l’ordre de voter pour quelqu’un d’autre, votre vote est secret et il est à vous !

Et si vous n’êtes pas militant socialiste et que vous lisez cela, et que cette situation vous casse les pieds, au lieu de râler : adhérez !

OBJET de BUZZ

Un mois est passé. Depuis chaque personne que je croise me parle de cet épisode et je répète tout cela, avec plus ou moins de temps pour le dire. Alors, pour tous ceux que je ne croise pas mais que cela intéresse, c’est posé là.

Le jeudi 29 septembre, vers 16h30, le 1er adjoint de Metz où je suis conseillère municipale d’opposition (de gauche) et qui remplaçait le Maire en arrêt maladie, m’a interpelée en me disant “Madame Picard arrêtez de rire, vous allez faire pipi dans votre culotte”. S’en est suivi une explication entre lui et moi, où il a fini par s’excuser tout en ajoutant qu’il fallait que j’avoue “que cette phrase était tellement bien choisie”, ce que je ne trouvais pas, puis une explication de vote de Marina Verronneau qui siège dans le même groupe que moi lui expliquant être “choquée” par ses propos ce à quoi il répondit “ça se soigne”. A ce moment là, nous avons décidé de quitter le Conseil Municipal et nous sommes rendus dans la salle attenante.

Le vote eut quand même lieu, sans nous. Puis le Docteur Khalifé, 1er adjoint, nous rejoignit pour “calmer le jeu”. Il s’excusa, ne comprenant sans doute pas pleinement la situation. Nous exigeâmes des excuses publiques puisque l’attaque fut aussi publique, sinon nous ne revenions pas dans la salle du conseil. Il accepta.
Le reste du conseil s’est passé plus calmement.

Le Républicain lorrain publiait durant le conseil un entrefilet sur cet échange intitulé “Le baptême du feu” où le journaliste expliquait que mon rire était ironique et donnait une des raisons à celui-ci.

Le soir, je publiais sur mes comptes instagram et facebook l’extrait de l’altercation tirée du compte youtube de la mairie et faisant office de procès verbal du Conseil municipal.
Le lendemain matin, cette vidéo était reprise par une journaliste après un échange en privé, et Marina Verronneau en publia une autre (avec le “ça se soigne” et son “on se lève et on se casse” qui marquait notre sortie). Les réseaux sociaux étant ce qu’ils sont, le soir, la France connectée était au courant.

Je recevais beaucoup de messages de soutien, d’amis, de camarades, d’élus, et d’inconnus. Et je vis beaucoup de papiers qui se ressemblaient tous être publiés et republiés, sans la ligne sur la raison de mon rire qui se trouvait dans le Républicain Lorrain. Beaucoup de réseaux féministes firent des articles, posts, images, vidéos sur cela. Mais personne ne me demanda ce qu’il en était, sauf la Secrétaire nationale à l’égalité femme/homme du Parti socialiste, dont je fais partie (du PS et de son secrétariat national).

Le lundi, un journaliste de La Semaine (hebdomadaire local) me téléphonait pour une interview, elle était publiée sur leur site le soir même. Il retenait surtout le fait que j’avais détesté les attaques racistes et/ou âgistes contre le 1er adjoint, et que je me sentais pas être la victime que le buzz avait fabriqué : je fais de la politique, je sais prendre des coups, et les rendre. D’ailleurs beaucoup de mes soutiens, publics et privés, ont salué la dignité de ma réponse et c’est sans doute ce qui comptait le plus pour moi : remettre de la dignité au sein du conseil de notre ville.

Toute cette histoire a fait le tour, de France Inter à NRJ chez Cauet, en passant par yahoo actu, TF1, BFM et des journaux espagnols. Mais dans le buzz, il manquait quelque chose. Il manquait moi. Pourtant, j’étais sensé être au centre de cette histoire.

Personne ne voulait savoir pourquoi je riais.
Personne ne voulait savoir ce que je défendais.
Personne ne voulait savoir qui nous étions.

Alors je vais l’expliquer ici. Je ne riais pas parce que je traînais sur les réseaux à lire des blagues. Je riais jaune, de colère démocratique et républicaine.

Nous parlions du point sécurité, G. Laloux du RN venait de faire une parfaite sortie xénophobe sur le fait que l’insécurité était due aux migrants. Je n’étais pas surprise : c’est son thème favori. Mais nous avions parlé avant lui, et nous n’allions pas pouvoir lui répondre de front, je ne me voyais pas l’écouter en étant placide. Je n’aime pas le racisme, ni les raccourcis fainéants.

Après, P. Thil avait joué son rôle de leader (pour un soir) du groupe majoritaire en tirant à boulets rouges sur l’inaction de la gauche au pouvoir durant les 2 derniers mandats. Alors je faisais mon rôle de défenderesse du bilan de mon camarade ancien Maire en rappelant un peu fort qu’il avait armé la police municipale (ce que j’avais assez décrié à l’époque pour m’en souvenir).

S’en est venu le tour de K. Khalifé, président du conseil ce soir-là, qui balayait tous les arguments. Lorsqu’il s’adressait à G. Laloux, il lui expliquait qu’“il y a les clochards que nous avons tous connus quand on était jeunes, pas M. Roques mais les plus anciens, ceux-là ne posaient pas de problèmes ils faisaient partie du paysage”. Entre la pique condescendante contre mon partenaire de groupe Jérémy Roques et le racisme mal caché de cette phrase, ma patience avait atteint ses limites. Et lorsque le Dr Khalifé a continué en expliquant qu’il n’y avait aucun problème entre le Maire et le Préfet (alors que l’un est l’autre s’invectivaient par voie de presse depuis 2 ou 3 semaines), et qu’il n’était pas question d’en faire “une question politique”, j’ai sans doute dit à voix haute le fond de ma pensée : on se fiche de nous!

C’est à ce moment-là qu’il m’a invectivée. Parce que j’avais vu son sous-entendu raciste, parce que j’avais vu la couleuvre qu’il essayait de faire avaler aux messins. Ce dévoilement l’a suffisamment troublé pour qu’il oublie dans son langage que je représentais les messins et que lui aussi, pour qu’il oublie toute bienséance, pour que le mépris soit flagrant.

Ce n’est pas la première fois que cela arrive dans un de nos conseils municipaux, mais d’habitude c’est par monsieur le Maire en personne, ou un de ses snipers, pas par son 1er adjoint. Opposition imbécile, réfractaire, khmers verts, j’en passe et des meilleures… Ce n’est pas le Dr Khalifé qui a dérapé, c’est le Maire qui a donné l’impression que le dérapage était une manière de diriger possible.

Dérapage raciste, aussi. Je me souviens du passage d’une subvention où M. le Maire avait fait durer le débat fort longtemps, donnant et redonnant la parole à l’ancienne présidente du groupe RN. Nous subventionnions alors une association faisant mémoire d’une ratonnade faite par les para contre les algériens de Metz, durant la guerre d’Algérie. Ratonnade faisant suite à une bagarre dans un dancing. Le débat avait tourné autour du fait que 2 paras et le patron du bar étaient morts dans la bagarre ce qui aurait dû, pour eux, équilibrer avec la ratonnade. Le Maire avait fini par dire “Je ne vois pas bien la différence entre une rixe à la sortie d’un dancing et une ratonnade”, j’avais dû, en explication de vote, rappeler que “la différence, c’est le racisme”.

Voilà ce que je défendais : l’égalité et la démocratie.

Et pourtant, quand on m’a défendue, moi, on a utilisé parfois des arguments racistes et âgistes. Il serait libanais, ce serait pour cela qu’il serait sexiste. Il serait vieux, ce serait pour cela qu’il serait sexiste. Non.

C’est un mandarin-carabin. Il a donc pour habitude, qui n’a rien à voir avec l’âge ou l’origine, de ne pas être impunément contredit. S’il a utilisé une expression familière, cela j’en suis certaine, c’est parce que nous nous entendons bien (tant qu’il ne m’explique pas qu’il faut arrêter de faire de tel ou tel sujet un sujet politique, comme si la politique était sale, lui qui est dans son 3è mandat). Mais il fut chef de service hospitalier durant une bonne partie de sa carrière. Allez faire un tour dans les services et dans les blocs opératoires pour voir quel respect y règne, pas partout, mais beaucoup beaucoup trop souvent. Ce n’est pas clairement du sexisme : c’est du mépris condescendant pour tous ceux qui sont sensés être inférieurs aux chefs, hommes ou femmes. Demandez aux internes. Demandez aux infirmiers. C’est du rapport de force de classes sociales. C’est de l’écrasement social. Et c’est contre cela que je suis devenue socialiste.

Mais mon altercation avec lui ne fut qu’un moment. Nous en aurons d’autres. Et nous aurons à nouveau l’occasion d’échanger voire de travailler ensemble sur certains dossiers. Dans mon altercation avec lui où j’ai été réduite à l’état d’objet (au sens philosophique), j’ai pu regagner mon rôle de sujet lorsque j’ai gagné le droit à des excuses publiques.

Ce ne fut pas le cas dans le buzz. Ce buzz, monté en épingle comme il se doit par les réseaux sociaux, tenu par beaucoup de réseaux féministes, ne m’a jamais proposé de redevenir le sujet de cette histoire. J’étais l’objet d’une guerre contre le patriarcat. J’étais un objet sans pensée, sans idéaux, sans combat, pour un combat que je vois encore plus maintenant comme ce que je ne veux pas faire.

Oui, je trouve normal et bénéfique que les réseaux féministes aient pris ma défense. Non, je ne trouve pas normal qu’ils l’aient fait sans connaître le fond de l’histoire. Est-ce que j’étais en faute ou non ? Est-ce que j’avais quelque chose à dire ou non ? Rien de tout cela ne m’a été demandé. J’ai passé la journée du buzz à voir ma batterie se décharger de notifications sans qu’un seul message privé me parvienne d’eux.elles, et je suis pourtant assez facilement trouvable. Pas un seul moment on m’a demandé si j’avais un nouvel angle à donner à cette histoire. Pas un seul moment on ne m’a demandé si j’allais bien, comment je vivais cela.

Si je m’étais sentie victime de l’attaque du 1er adjoint, l’augmentation de la dépossession de ma personne par ce buzz aurait sans doute été délétère. Mais je sais comment fonctionne le monde, alors je l’ai regardé, et j’ai attendu. Rien n’est venu.

Mes cher.e.s camarades féministes, n’oubliez pas les autres -istes, n’oubliez pas que les victimes sont d’abord des personnes, n’oubliez pas que la politique c’est plus large que la chute du patriarcat, parce que ce dont nous avons besoin c’est d’être tous traités en sujets de la société, et plus en objets.

Depuis des semaines, je me demande comment vit tout ce tapage médiatique Mme futur-ex-Quattenens. Lui m’importe peu, j’avoue. Je pense à elle, dont le patron, les collègues, les cousins, la grand-mère si elle vit encore, savent qu’elle s’est pris une claque par son futur-ex-mari, dont les enfants savent ou sauront, alors qu’elle n’avait fait qu’une main courante. Etait-elle d’accord pour ce tapage, cette publicité de son intimité ? La main courante, était-ce pour se protéger, par peur, ou juste pour le jugement de divorce et que cela se dépêche ? Depuis un mois, je me dis que cette pensée qui ne me lâchait pas était sensée.

Alors, ici, je redeviens le sujet de ma personne.

Je ne me bats pas contre le sexisme, je me bats contre le mépris. Et j’ai souvent été méprisée par des hommes mais aussi par des femmes, des femmes qui aiment défendre les femmes-victimes, qui aiment qu’on les défendent elles, mais qui essaient d’écraser les femmes qui les regardent dans les yeux, celles qui leur disent ce qu’elles pensent. J’ai été insultée par des hommes, avec le silence complice des femmes autour, voire participant à la vindicte, les mêmes qui ont parfois pris ma défense lors de cet épisode.

Mais j’ai été bien souvent soutenue par des hommes et des femmes non pas pour nos genres mais pour nos personnes, parce que nos personnes s’accordent, parce que nos idéaux s’accordent. J’ai bien plus été portée par les amitiés fugaces ou tenaces que blessée par des cons. C’est tout ce qui compte.

Ce que je sais, c’est qu’il ne faut plus laisser passer le mépris. Même lorsque c’est quelqu’un que nous n’aimons pas qui est méprisé, cela n’apporte rien. Combattre les idées, combattre les politiques, oui, avec force ! mais mépriser rend aigre.

Pour ceux qui sont arrivés jusque là, merci d’avoir pris ce temps. Cet épisode n’est pas, comme certains me le disent en haussant les épaules « un épisode malheureux » mais la réalité crue de nos vies. Mais c’est à nous de jouer maintenant, à nous qui voulons bien du grivois mais pas du mépris, qui voulons de la joie sans écrasement, à nous qui voulons vivre libres de prendre les choses en main, et de dire non à ce qui nous dérange. Le nouveau monde n’a jamais été aussi proche d’advenir, à nous de choisir ses couleurs. (Metz, le 1/11/2022)

De l’Espérance à l’utopie

« Faites ça bien ce soir 😉 Qu’on soit pas emmerdés ! »
« Ben oui Charlotte !!! »
« Chouette prise de position 🙂 »
« Tu te réveilles tard mais c’est mieux que rien 🙂 »

Ce sont des paroles de gens, des amis, qui votent ou voteraient à gauche mais qui n’ont plus voter pour nous depuis fort longtemps, voire ne votent plus du tout.

« J’ai entendu Olivier Faure sur Inter, ça donnerait presque envie de revenir. »
« Le PS existe en ce moment dans les médias parce que sa direction a décidé de faire l’union avec le reste de la gauche. Personne ne s’y intéresserait sans cela. Ce qu’il faudrait en faire (…) : le mettre à nouveau en phase avec son électorat… »
« Merci Charlotte de porter cette voix localement ! »

Ce sont des paroles d’anciens camarades, ou de gens ayant une ligne socialiste qui n’auraient jamais pris leur carte au PS, trop éloigné de leurs valeurs.

Ce soir, chers camarades, je voterai l’accord pour l’union de la gauche et des écologistes. Depuis le départ nous avons été pour l’union, la plus forte possible donc la plus large possible. Il ne me viendrait pas à l’esprit de changer d’avis pour des problèmes qui ne concernent que peu les citoyens.

Bien sûr que nous aurions aimé plus de circonscriptions et une ligne à 100% socialiste (mais quel socialisme ?). Et je vous dirais même, j’aurais bien aimé que nous fassions nous, le PS, les 22% de Mélenchon. Voire plus.

Mais la politique c’est de l’utopie sur le futur, pas sur le passé. Le passé est là, il faut faire avec. La question est : que proposons nous pour le futur ?

Les éditorialistes plutôt macronistes maugréent. Les gens qui étaient au pouvoir lors du quinquennat Hollande aussi. Je comprends.

J’ai défilé contre la loi El Khomri. Je me suis érigée contre la déchéance de nationalité, et, même si nous étions nombreux dans le même cas, le mépris reçu lors de cette bataille fait partie des grandes blessures difficiles à oublier.

Oui, le monde change. Et nous assistons sans aucun doute à la fin de la Vè République.

3 extrêmes sont arrivés en tête au premier tour de la présidentielle. L’extrême centrisme d’Emmanuel Macron (il se dit extrême centriste lui-même), dirigé par l’émotion du mépris ; l’extrême droite de Marine Le Pen, dirigée par l’émotion de la peur ; et l’extrême gauche de Jean-Luc Mélenchon, dirigée par l’émotion de la colère. Alors, oui, quand je vois la réforme de l’assurance chômage (nous compterons les gens à la rue à la fin de la trêve hivernale, au printemps 2023), quand je vois Parcoursup (les parents qui angoissent, les enfants qui sont perdus, surtout ceux qui n’ont pas les moyens de payer des écoles), quand je vois la réforme des retraites qui arrive (avec un 49.3), je préfère le camp de la colère de gauche. Car je suis en colère.

Oui, nous avons des différences et des différends avec LFI. Mais c’est pareil avec les communistes et les verts, et pourtant (en général nous essayons de) nous faisons avec. Ce n’est pas facile. C’est la politique.

Oui, nous sacrifions cette campagne territoriale pour la campagne nationale, parce que les élections législatives, c’est l’élection d’une seule Assemblée nationale. Et comment aller vers nos concitoyens, les électeurs qui espèrent aujourd’hui que cette gauche rassemblée pourra contrer l’hyper libéralisme économique de Macron, comment les regarder dans les yeux et leur dire que nos sacrifices électoraux sont insupportables alors que ce sont leurs vies même sont rendues insupportables ?

Nous ne pouvons sacrifier les français à l’aune de notre désir d’exister en tant que parti. Ni nous, ni LFI, ni les autres ne peuvent le faire, c’est notre responsabilité. D’où l’union.

Dans la hiérarchie des responsabilités des hommes et femmes politiques socialistes avant de changer le monde, il y a protéger les gens. Et cet accord ne changera pas peut-être pas le monde, mais il permettra peut-être d’éviter à des foyers de tomber dans la misère. Après la crise sanitaire, vient la crise économique. Le dire ne suffit pas, il faut aussi le contrer sinon, nous serons coupables.

Je suis très fière de la direction actuelle de mon parti. Je suis fière de ce nouvel élan, qui dit que rien à gauche ne nous est étranger.
Tout à gauche ne nous est pas commun, mais notre point commun est fondamental : empêcher la misère d’être la pandémie de 2022/2027.

Et pour demain, repensons l’utopie. Repensons à nouveau en partant d’une page blanche. Oublions nos préceptes et trouvons ceux dont les français à qui nous souhaitons nous adresser ont besoin.

100 balles et ça repart ?

Alerte spoiler : non.

Le gouvernement fait semblant de croire que le symptôme est la maladie, mais la réalité, c’est que ce n’est pas l’essence qui est trop cher : c’est tout. L’essence est seulement le plus gros problème car c’est une dépense obligatoire pour beaucoup, et qui arrive même en fin de mois : le réservoir ne sait attendre le salaire pour se vider.

Mais si l’immobilier était moins cher, mais si nos salaires étaient plus hauts, mais si la TVA était baissée sur TOUS les produits, mais si se soigner dents et yeux, si les activités des enfants, si les pneus neige devenus obligatoires pour certaines régions, si les repas au self du travail, si la cantine des enfants, si les livres des enfants, si le ciné pour leur faire plaisir à chaque vacances, si l’idée de faire des cadeaux à Noël, si nos assurances et mutuelles, si nos appareils pour communiquer avec nos services publics (téléphones et ordinateurs pour échanger avec l’école, les impôts, tout…) si tout cela coûtait moins cher, les dizaines d’euros en plus à la pompe ne seraient pas un si grand problème. Mais ce n’est pas le cas.

Si ceux qui regardent le prix au litre le font, c’est parce que même avant cette dernière augmentation, c’était dur.

Alors oui, 100€, ça va aider pas mal de monde. Mais pas tout le monde. Ca va aider ceux qui ont du travail, pas ceux qui en cherchent exclus du dispositif. Assignés à résidence, encore. 100€, ça va aussi passer vite. Et cela ne résoudra rien à moyen terme. Mais de cela, le gouvernement n’en a cure : son terme est en avril, il lui faut nous plaire jusqu’au 10 avril, jour où il veut que nous votions à nouveau pour le président qui aura passé le quinquennat à nous dire d’être plus ambitieux (« désirer être millionnaires ») en nous enlevant les moyens de l’être (réforme de l’assurance chômage).

La première charge des ménages se passe dans la tension entre le coût de leur logement et le montant de leur salaire. La majeure partie des revenus n’ont pas suivi l’inflation, les salaires sont à la traîne mais les dividendes ont explosé. Mais là, le président ne voit aucun lien avec notre impossible fin de mois. Aucun. Parce qu’il préfère nous faire la charité que de déranger ses amis. Nous, le bas-peuple, les intermittents de l’emploi, les temps partiels, les bas salaires, et même aujourd’hui, avec ces salaires qui ne suivent en rien l’inflation, les fonctionnaires, les salaires moyens, médians… Nous, il nous dit de regarder les millionnaires devenir milliardaires et nous donne 100€ pour nous faire taire.

Ne soyons pas dupes. Cela ne résoudra rien.
Prenons l’argent : c’est le nôtre.
Mais ne soyons pas dupes : ce n’est pas la solution aux vrais problèmes.

Les réformes qui sont à faire, elles ne doivent pas rétrécir le Peuple mais investir sur le Peuple : nous. La vision courtermiste est ce qui nous fait accélérer d’année en année droit dans le mur, ces 100€ c’est le chewing-gum qu’on prend en voiture, ça n’a enlevé ni la vitesse, ni le mur, mais c’est plus frais.

Conseil municipal 23 septembre 2021 / Des questions sur les MAM

#CMMetz #Metz
Mes questions autour de la création de 2 Maisons des Assistantes Maternelles prévues à Metz.

Monsieur le Maire,
Chers collègues,
Je vais commencer par vous dire que je suis satisfaite d’évoquer dans ce conseil municipal les besoins de la petite enfance. En effet, c’est à cet âge que l’équilibre de l’enfant, futur adulte, se construit. Et nous, parents, avons besoin de la solidarité de la société pour nous aider à nous occuper de nos enfants, comme le dit le proverbe africain : “Il faut un village pour élever un enfant”, et en occident, le village ce sont les collectivités publiques.
Contrairement à ce que vous dites, nous avons bien compris que vous êtes Maire, donc responsable de votre équipe mais aussi de tout le conseil municipal et de notre capacité à travailler correctement.
Alors, je suis désolée, mais une fois encore j’arrive avec des questions que j’aurais pu poser en commission si les documents étaient arrivés suffisamment en amont de la réunion. Moins de 24h en pleine semaine entre la convocation et la réunion, alors que nous avons, en tous cas dans l’opposition, d’autres activités que d’élus, c’est un peu court, Monsieur le Maire. Je sais bien que vous et votre groupe avez des activités aussi en dehors de la mairie, et d’ailleurs je remercie Mme Lux d’avoir été là pour l’ouverture de la réunion, Mme Stémart étant toujours au conseil départemental à l’heure de sa convocation. Mais je vais donc poser ce soir les questions pour lesquelles il me fallait un peu plus de recul que l’Exposé ouai que vient de faire Mme Lux et auxquelles vous auriez pu répondre déjà.
La question est sur le comment et non le quoi, Monsieur le Maire, car avant de lancer un projet tel que ces 2 Maisons des Assistantes Maternelles pouvez nous nous éclairer sur les taux d’occupations à tous âges des lieux déjà existants ? J’ai peur, en effet, que d’ouvrir un nouveau lieu puisse faire perdre l’agrément CAF aux autres qui sont, depuis toujours, sur la brèche avec trop de bébés, puis pas assez de 2/3 ans alors que la CAF a besoin d’un taux élevé d’occupation de chaque classe d’âge pour donner l’agrément.
J’imagine que vous avez pris cette décision d’investissement après une étude fine quartier par quartier, même si vous décidez de mettre chaque MAM à proximité d’une crèche déjà existante. Pouvez-vous nous dire les besoins réels en lieux d’accueil petite enfance du Sablon sud et des Hauts de Ste Croix, en rapport avec les besoins des autres quartiers ? Et, Monsieur le Maire, nous dire aussi pourquoi nous n’avons pas eu accès à une telle étude si elle a été faite ?
Je ne vois, en outre, aucun document ni aucune information sur les statuts juridiques de ces MAM. Seront-elles louées par les assistantes maternelles organisées en association ou chaque assistante maternelle pourra-t-elle louer seule une part de la MAM ? Comment se fera le choix des assistantes maternelles qui y seront ?
Ces questions ne sont pas simplement administratives, mais, je pense aussi aux parents : qui embaucheront-ils ? Qui sera responsable de leur enfant ? La mairie ? L’assistante maternelle qu’ils emploient eux-mêmes ? Un groupe, une association, si oui lesquels ? Si l’assistante maternelle qu’ils emploient est malade et absente, pourront-ils confier leur enfant à une autre, comme dans tout mode collectif ou est-ce un faux mode collectif où notre enfant ne dépend en fin de comptes que d’une personne ?
Une place en crèche coûte plus de 5000€ par an à la collectivité, à ce village qui élève l’enfant. Une place en MAM coûte bien moins cher puisqu’en plus vous créez ces dispositifs à fonds constants (c’est-à-dire sans dépenser un centime de plus du budget de la petite enfance). Pouvez-vous nous assurer, monsieur le Maire, que le dispositif des MAM ne viendra pas à moyen terme diminuer le nombre de places en crèche de la ville ?
Vous me voyez, encore une fois, désolée de vous poser toutes ces questions en conseil municipal, j’espère, monsieur le Maire que vous saurez palier à l’absence de documentation.
Merci.

Conseil municipal 23 septembre / De l’impossibilité du travail en conseil

#CMMetz #Metz
Un autre point sans statuts ni budget de l’association ni budget du projet…

Monsieur le Maire,
Chers collègues,
Permettez-moi de prendre la parole sur ce point pour un principe qui s’est déjà posée à nous ce soir et lors de précédents conseils. Monsieur le Maire, nous ne pouvons voter ce que nous ne connaissons pas.
Vous nous demandez d’octroyer 3,000€ des messins à une association woipicienne qui, nous a-t-on dit, a sollicité la ville mais dont nous n’avons ni les statuts ni le projet ni le budget du projet. Je veux bien croire que vous ayez personnellement confiance en cette association qui, si j’ai bien compris a été fondée par quelqu’un avec qui vous avez travaillé à Woippy, mais nous messins n’avons jamais entendu parler d’elle.
Quel est l’objet de cette association ? Combien d’employés ? Combien de bénévoles ? Depuis quand existe-t-elle ? Quel est son bilan des opérations précédentes ?
Je vous rappelle ma toute première intervention et le fait que nous n’avons pas eu le temps de nous préparer en amont de la commission. En commission, donc, nous avons compris que les enfants allaient faire un film pour expliquer le quotidien en France alors que des cambodgiens allaient faire de même pour leur quotidien. Ça aurait donc été 3000€ pour la réalisation d’un film. Mais dans la convention je ne vois que (permettez-moi de citer)
« La diffusion du film Les Pépites réalisé par Xavier de Lauzanne pour l’ONG Pour un sourire d’enfant, suivi d’un temps de questions réponses et d’un échange avec des personnes originaires du Cambodge, permettront aux enfants de découvrir tout un pan de la culture cambodgienne. »
Il n’est donc pas question de la réalisation d’un film, mais juste de l’invitation du réalisateur qui a travaillé pour une autre association et de personnes d’origines cambodgiennes pour un échange avec les enfants. Pouvons nous donc savoir à quoi serviront ces 3000€: rémunérations, et si oui, de qui et pour quoi faire ? Défraiements ? Matériel ?
Je pense qu’il est intéressant pour les petits messins de comprendre que notre vie n’est pas la vie de tout le monde. Mais je pense aussi qu’il est plus facile d’accepter de voter des subventions, de distribuer l’argent public qui est en fait l’argent des messins, lorsque sa destination est claire.
Monsieur le Maire, nous ne pourrons décemment voter contre le conventionnement UNICEF « Metz, Ville amie des enfants », nous voterons donc pour, mais sachez que nous attendons les réponses quant à cette association, son projet à Metz, et son budget. Je ne pense pas qu’au Sénat vous auriez accepté de voter un dossier incomplet, en tous cas, je pense que nous devons aux messins une intransigeance sur tous les dossiers. Vous nous faites, encore, voter à l’aveugle, et je ne suis pas sûre que cela donne de notre ville la meilleure des images.
Je vous remercie.

Conseil municipal 23 septembre / Espace BMKoltès

#CMMetz #Metz
Mon intervention sur la convention de l’Espace Bernard-Marie Koltès, maintenue mais non augmentée après la labélisation nationale du théâtre.

Monsieur le Maire,
Chers collègues,
Je voudrais commencer par féliciter l’Espace Bernard-Marie Koltès. Nous sommes quelques uns à le connaître depuis sa sortie de terre, quand il s’appelait alors Petit Théâtre du Saulcy.
Ce n’est une nouveauté pour personne et je l’ai déjà dit ici, depuis le départ du Théâtre Populaire de Lorraine dans les années 70, Metz est en manque de théâtre. Le Théâtre du Saulcy devenu finalement Espace Bernard-Marie Koltès est depuis son début une pépinière pour les jeunes et les expérimentateurs de la scène. Ce théâtre est un écrin, et il mérite la reconnaissance nationale qui est la sienne aujourd’hui. Il faut pour cela remercier ses équipes successives, et ses directions, de Alain Billon à Lee Fou Messica pour le travail et l’énergie qu’ils ont mis et mettent à en faire un lieu où les esprits s’ouvrent et où les curiosités s’aiguisent. Petit Théâtre est devenu grand, d’intérêt national.
Je rappellerais à nous ce soir les paroles fréquentes de Patrick THIL, tant candidat avec vous qu’en tant que votre adjoint à la culture, qui fait le même constat que moi sur le manque de théâtre ici malgré le besoin de toutes les compagnies de Metz, et malgré l’image que la ville devrait pouvoir avoir en arts vivants. Ce manque n’est pas un constat de droite ou de gauche, monsieur le Maire, il est un constat des personnes qui pensent que le théâtre, comme le spectacle vivant en général, ne sont pas qu’outil de communication et projets d’urbanisme mais aussi une possibilité de faire rêver et penser, de construire le monde de demain en touchant les esprits et la capacité de curiosité du Peuple.

Alors, quelle ne fut pas ma surprise lorsqu’il m’a été répondu que si la ville n’augmentait pas sa subvention cette année, malgré la labellisation «Scène conventionnée d’intérêt national Art et Création », si la ville de Metz reste donc sur une subvention de 25,000€ sur un budget d’à peine 908,000€, c’est parce qu’elle aurait permis l’augmentation de subventions de la région et du département. Soit. Mais pourquoi ? Je ne parle pas du nom des élus qui signeront les conventions, peut-être seront-ils eux-mêmes messins et de votre propre groupe municipal. Mais pourquoi la ville de Metz ne pourrait pas, au nom de ses habitants, soutenir à une juste hauteur le seul théâtre public de sa ville qui diffuse de la création contemporaine, organise des ateliers, des festivals, et qui est, je vous le rappelle, propriété de l’Université ? Le demi million d’euros de fonctionnement et de salaires incombe totalement à l’Université, vous le savez. Lorsque l’on subventionne, nous, collectivités territoriales, l’Espace Bernard-Marie Koltès, nous participons à son projet artistique, et donc à la vie des compagnies qui sont produites ou diffusées. Pourquoi cette labellisation n’a pas donné lieu à une revalorisation de notre subvention, alors que, j’imagine, vous souhaitez, à l’instar de votre adjoint à la culture, développer l’accès au théâtre à Metz ? Est-ce que la note disant que pour les 3 prochains exercices de la convention, la somme allouée par la ville n’est pas encore fixée, signifie qu’il y aura bien revalorisation à l’avenir ?
Je vous remercie.

Conseil municipal mai 2021 / théâtre & Avignon

Mon intervention de ce soir au conseil municipal.
✊🌹🌻
#Théâtre #Avignon #Soutien

Monsieur le Maire,

Chers collègues,

Je veux saluer ici le principe de soutenir les compagnies messines choisies par le conseil régional pour représenter la région Grand Est au festival d’Avignon depuis plusieurs années.

J’ai cru comprendre que vos désirs en matière de politique culturelle étaient de développer la place du théâtre et des arts vivants dans notre ville, et je pense que depuis le départ de Metz du Théâtre Populaire de Lorraine c’est effectivement un sujet sans cesse à remettre à l’ouvrage.

Le festival d’Avignon est un véritable investissement pour les compagnies. C’est évidemment un festival public qui fait rêver. Mais c’est surtout pour les professionnels la possibilité de montrer aux diffuseurs de toutes les régions leur travail de création et donc de permettre aux spectacles d’être achetés et joués. Car s’ils créent, c’est pour jouer.

Lorsque je parle d’investissement c’est à bon escient : malgré le lieu mis à disposition par la région et d’autres subventions attenantes, le festival coûte beaucoup aux compagnies et cette subvention-là ne peut être que bénéfique.

Et pourtant, je vois que cette année le budget alloué aux compagnies messines est à la baisse : 4000€ d’enveloppe totale au lieu de 10000. 2000€ par compagnie au lieu de 4 et 3000€ en 2019.

Malgré ce dispositif créé par la région Champagne Ardenne et repris par le Grand Est, les compagnies peuvent d’ordinaire étaler le coût d’Avignon sur les économies faites la saison précédente et sur les ventes de la saison suivante. Mais pour Avignon 2021, il n’y a pas eu de saison précédente et on voit poindre l’embouteillage pour la saison suivante. C’est pourquoi j’avoue ne pas comprendre cette baisse.

Nous aurions pu montrer une plus grande présence de notre ville aux côtés de nos compagnies professionnelles faisant un travail artistique certain pour ce festival d’Avignon si particulier :

Particulier car le théâtre est quasiment à l’arrêt depuis début mars 2020 et les compagnies doivent savoir que nous comprenons les difficultés quasi psychiques qu’a entraîné cette notion de travail non essentiel. La mise en perspective, la mise en présence humaine, la catharsis, le corps, la langue, et toutes ces choses qui n’existent que dans la magie du théâtre et du spectacle vivant sont tout à fait essentielles à notre vie en société.
Festival particulier aussi car comme je l’ai dit, il n’y a ni saison précédente et que peu de saison suivante pour rattraper les frais énormes qu’engendrent une participation au festival d’Avignon.

Et même si nous ne parlons pas de grosses sommes l’équilibre de ces compagnies se fait parfois sur quelques centaines d’euros, aucune somme n’est méprisable.

Je souhaite à ces deux compagnies un très beau festival d’Avignon, d’être vus et repérés par le plus grand nombre de diffuseurs possible et que le nom de la ville de Metz soit lu dans les programmes de France et de Navarre grâce à eux.

Mesdames Messieurs, Monsieur le maire, merci de votre écoute.

Le jour est sombre.

Le jour est mon épreuve. Mon épreuve qui se répète, chaque jour.

Le jour, c’est la somme des échecs, des failles, des chutes qui me tient. Somme assommante. Somme éreintante.

Ces jours sans liberté sont gravés dans ma poitrine. Mon sang est épais. Il ne coule plus bien. Il manque de l’élan.

Je ne sais plus me lever. Je ne sais plus marcher. Je ne sais sans doute plus danser non plus. Mais que signifie danser ? Pour danser il faudrait être léger. Qui est encore assez léger pour danser, même seul dans sa chambre sur Sylvie Vartan ? Qui. 

Je ne sais plus penser. Je ne fais que rêver. Rêver de frapper, rêver de contourner, rêver de clandestinité. Mon bonheur ne peut qu’être clandestin puisque le jour est sombre.

Ma liberté comate au fond de ma gorge, noyau d’abricot empêchant de parler. Je voudrais danser dans la rue, une samba douce, sentir la chaleur de la vie quelque part. Je voudrais qu’une samba nous libère, nous détache de nos canapés. Je voudrais une samba en moi. Je voudrais écrire une saudade sur notre vie gâchée un an à attendre que quelque chose arrête d’arriver. Je voudrais écrire une saudade où j’embrasserais l’air.

Le jour est sombre, il appelle la défaite du Peuple. 

Ma voix ne sort plus. Mes yeux ne lisent plus. Mon coeur bat sans comprendre trop pourquoi. Mes mains sont lasses. Mes pieds ne veulent plus.

Le jour est sombre et il ressemble à hier qui ressemble à demain.

Nous en sommes là, sombres. 

Mais nous, c’était autre chose. C’était rire et danser. C’était chanter et penser. C’était panser les blessures de l’autre sans lui demander quoi, ni pourquoi. C’était boire et manger, parce qu’on avait compris que la Vie, c’est court. Nous, c’était vouloir le Beau plus que tout. Le Beau avec une majuscule, pas le joli, non. Le Beau qui est Juste, qui est Vrai. Nous, c’était la Joie d’être vivants et la volonté de l’être pleinement.

Le jour est sombre parce que nos vies sont lumineuses, et qu’on les a éteintes.

Que quelqu’un prenne ma main, je n’arrive pas à me lever. Que quelqu’un prenne ma main et me ramène à moi. Vous vous souvenez de moi ? Je voudrais y retourner. Attrapez-moi et faites moi danser. Attrapez-moi, ne me laissez pas là, dans ce trou sans lumière, sans goût. Rattrapez-moi et je vous tiendrai pour qu’on en sorte. 

Je voudrais reconnaître les jours et les saisons à nouveau. Je voudrais le goût de l’Autre qui revient dans mon plaisir de le rencontrer pour la première fois. Revoir ceux qui me manquent depuis des lustres, parce que ces 12 mois furent trop long pour en supporter encore d’autres. Je voudrais les moyens de réunir tout le monde pour une grande bacchanale d’un mois de rattrapage humain. Je veux des corps, les corps de tous ceux que j’aime ou qui me font rire, ceux qui me font rêver ou danser, je veux tous ces corps inaccessibles depuis tant de mois, et je veux pouvoir les toucher sans plastique, sans parois, sans pixel. Je veux de vrais corps. Pas des images de corps. Laissez nous tranquilles avec vos images, on n’en peut plus de vos images. On veut la réalité. On veut du Vrai. 

Et nous, c’est Vrai.

An neuf.

Toute la journée, des messages, des gifs, des vidéos de gens qui… qui sont-ils déjà ? Une journée qui ressemble au brouillard qui trône dehors. Lire Régy, manger, chercher un sens à l’année qui vient, repasser le linge devant une comédie romantique, se demander si on vit vraiment ou si tout n’est qu’illusion, faire des listes, défaire ces listes, remplir le nouveau calendrier, voir les anniversaires qui viennent, le mien, les échéances qui viennent, qui hocquettent dans une société qui hocquette, des solutions à chaque problème mais toujours 3cm trop loin impossibles à atteindre seule, alors se poser, faire une pause, s’arrêter et écouter.

Écouter le monde, écouter l’air, écouter le silence, la voix de Glenn Gould dans cet enregistrement des variations, se dire que Bach et Gould, quand même, quelle rencontre… Écouter la vie des enfants dans leurs chambres.

Alors voilà, Régy est mort. Ou plutôt, la Mort a repris Régy. Mais nous, que faisons nous de cela ? De tout ce qu’il nous a appris ? De là où il voulait nous porter ? Où est la Vérité ? Notre Vérité ? Où est la justesse de la parole, sinon dans le silence juste avant le premier son ? Quand tout est là, entier, prêt à être dit ? quand l’inspiration se fait ? Que ferons nous dire à nos actes ?

Comment être ce que l’on dit être ? Comment se rendre compte lorsqu’on fait l’inverse ? Qui nous dira “arrête, vois-toi” avec suffisamment d’amour pour qu’on l’écoute ? Aurons-nous le courage de le dire à nos proches ? Sommes-nous de si fortes personnes ? Sommes-nous conscients de chacun de nos empêchements ?

Claude Régy, Du Régal pour les Vautours, p25
Claude Régy, Du Régal pour les Vautours, p26

Il faut donc réussir à exprimer ce que l’on ne comprend pas. Ces évidences qu’on ne s’explique pas. Les exprimer car les ressentir n’est pas une coïncidence. Être portés par nos évidences et laisser s’exprimer nos corps pour les vivre pleinement. Vivre pleinement. (Mais qu’est-ce ?) Et savons nous ce qui est, dans nos vies, dans ce monde, au delà de notre propre exprimable ?

J’aimerais savoir rapporter ces Variations de l’an neuf à des sujets bruts. Vous dire “ceci est le Vrai” sur les municipales, la République, l’Amour, Dieu, la Vie ou même la Mort. J’aimerais vraiment. Mais alors vous pourriez dire “elle a tort, elle se trompe, elle veut quelque chose de moi, elle biaise le sujet, elle se joue de moi”, alors que non, aujourd’hui, j’ai simplement pensé à Régy et à ma vie, à ce qu’elle aurait été sans lui, sans les ricochets de sa vie à lui qui ont bouleversé la mienne, il y a 20 ans, au tout début de ce millénaire.

Despentes se décrit comme brutale dans une interview récente. Je suis avec elle, de cette énergie. J’aime cela, la brutalité. La puissance. C’est une réaction. Je suis réactionnaire. Brutale par réaction aux apathies malveillantes.

Régy, lui, m’a offert la radicalité. Au monde par erreur, il me fallait bien tracer une voie. Il fallait trouver mes racines, elles étaient dans Kane lue avec Colas. La Mort qui donne Vie. Ma naissance dans son suicide. Depuis lors je ne tolère rien de médiocre. Et mon intolérance vous fatigue. Tant mieux. Vos médiocrités, à vous qui jouez les si forts que rien n’ébranle, m’épuisent.

En cet an neuf, je crois qu’il faut que je reprenne l’art de la parole. Parler, même dans le brouillard : peut-être qu’au-delà de mon regard, quelqu’un écoute, dans le silence.