Jeudi 19, je vote Faure

J’ai adhéré il y a 10 ans au Parti socialiste, j’y adhérais parce que je voyais le monde changer et le parti de ne pas bouger. Le parti pour lequel je votais systématiquement au moins au 2e tour, me semblait figé.

Depuis, il a bougé.

Depuis, il s’est pris des grandes claques, par les électeurs et par la politique en général. Alors, il a bougé.

Il aurait pu bouger avant mais il lui fallait une nouvelle équipe et une prise de conscience réelle pour pouvoir le faire. Cette nouvelle équipe elle est incarnée par Olivier Faure, notre actuel Premier secrétaire national, qui est arrivé premier jeudi dernier, avec le plus grand nombre de voix socialistes.

Alors oui c’est assez insupportable pour certains, en fait c’est assez insupportable pour ceux qui souhaiteraient continuer “comme avant”. Je comprends qu’ils ne comprennent pas. 

Ce que je pense aujourd’hui c’est que nous devons sortir de nos habitus et entrer dans le XXIe siècle. Ce que je comprends aujourd’hui c’est qu’un nouvel élan vient enfin de recommencer à avoir confiance, ou plutôt de recommencer pouvoir avoir confiance dans le Parti socialiste. En parallèle, la gauche a sans doute enfin compris que sans le parti socialiste elle ne reviendra pas au pouvoir. Ce sont deux victoires. Deux batailles victorieuses pour pouvoir après gagner la guerre contre le néo-libéralisme, et surtout contre le fascisme.

Je suis fière du parti que nous avons reconstruit ces dernières années. Pas parce qu’il est parfait : rien n’est parfait en ce monde. Mais parce qu’ils écoutent, ils écoutent les pauvres et ceux qui le deviennent, ils écoutent les cris qui viennent de la rue, ils cherchent le meilleur chemin possible, et ils prennent en compte ce que les électeurs disent dans les urnes.

Nous nous faisons traiter de tricheurs par les mêmes qui ont réussi à faire 150 % de votants en plus sur un seul département par rapport au vote du dernier congrès et de l’investiture d’Anne HIDALGO. Nous nous faisons traiter de fossoyeurs du Parti socialiste par des gens qui ont vu les défaites s’accumuler et qui n’ont rien souhaité changer à leurs méthodes, ni locales, ni nationales.

Les électeurs nous ont dit, dans les urnes d’abord, qu’ils veulent une gauche forte, alors ils ont utilisé ce que nous les socialistes nous avions inventé : le vote utile. Les électeurs nous ont dit ensuite que l’union de la gauche, même avec LFI, c’était OK. Mais les électeurs du deuxième tour ont aussi dit que c’était plus facile avec le Parti socialiste qu’avec les autres. Évidemment, lorsque le centre doit voter à gauche contre la droite dure ou extrême, ils ont moins peur de nous, socialistes.

Lorsque nous sommes à terre et que nous voyons des mains se tendre vers nous, il faut sourire au lieu de leur cracher dessus. Ce que l’équipe si disparate autour de Nicolas Mayer-Rossignol, avec tant de gens qui se haïssent, des gens qui ont refusé de financer la campagne d’Anne HIDALGO un peu partout en France, mais qui maintenant expliquent à qui mieux mieux que le Parti socialiste ne l’a jamais défendue et que c’est pour ça qu’il faut virer Olivier Faure, ceux qui expliquent que l’union de la gauche est importante, ceux qui expliquent qu’il est hors de question d’aller avec toute la gauche, ceux, en fait, qui veulent juste rester maîtres chez eux… Ceux ci n’ont pas compris ce que les Français avaient dit.

Alors jeudi, chers camarades, si vous pensez que le parti doit continuer à avancer vers le présent, allez voter Olivier Faure dans toutes les sections de France. Le vote est secret, même si quelqu’un vous intime l’ordre de voter pour quelqu’un d’autre, votre vote est secret et il est à vous !

Et si vous n’êtes pas militant socialiste et que vous lisez cela, et que cette situation vous casse les pieds, au lieu de râler : adhérez !

OBJET de BUZZ

Un mois est passé. Depuis chaque personne que je croise me parle de cet épisode et je répète tout cela, avec plus ou moins de temps pour le dire. Alors, pour tous ceux que je ne croise pas mais que cela intéresse, c’est posé là.

Le jeudi 29 septembre, vers 16h30, le 1er adjoint de Metz où je suis conseillère municipale d’opposition (de gauche) et qui remplaçait le Maire en arrêt maladie, m’a interpelée en me disant “Madame Picard arrêtez de rire, vous allez faire pipi dans votre culotte”. S’en est suivi une explication entre lui et moi, où il a fini par s’excuser tout en ajoutant qu’il fallait que j’avoue “que cette phrase était tellement bien choisie”, ce que je ne trouvais pas, puis une explication de vote de Marina Verronneau qui siège dans le même groupe que moi lui expliquant être “choquée” par ses propos ce à quoi il répondit “ça se soigne”. A ce moment là, nous avons décidé de quitter le Conseil Municipal et nous sommes rendus dans la salle attenante.

Le vote eut quand même lieu, sans nous. Puis le Docteur Khalifé, 1er adjoint, nous rejoignit pour “calmer le jeu”. Il s’excusa, ne comprenant sans doute pas pleinement la situation. Nous exigeâmes des excuses publiques puisque l’attaque fut aussi publique, sinon nous ne revenions pas dans la salle du conseil. Il accepta.
Le reste du conseil s’est passé plus calmement.

Le Républicain lorrain publiait durant le conseil un entrefilet sur cet échange intitulé “Le baptême du feu” où le journaliste expliquait que mon rire était ironique et donnait une des raisons à celui-ci.

Le soir, je publiais sur mes comptes instagram et facebook l’extrait de l’altercation tirée du compte youtube de la mairie et faisant office de procès verbal du Conseil municipal.
Le lendemain matin, cette vidéo était reprise par une journaliste après un échange en privé, et Marina Verronneau en publia une autre (avec le “ça se soigne” et son “on se lève et on se casse” qui marquait notre sortie). Les réseaux sociaux étant ce qu’ils sont, le soir, la France connectée était au courant.

Je recevais beaucoup de messages de soutien, d’amis, de camarades, d’élus, et d’inconnus. Et je vis beaucoup de papiers qui se ressemblaient tous être publiés et republiés, sans la ligne sur la raison de mon rire qui se trouvait dans le Républicain Lorrain. Beaucoup de réseaux féministes firent des articles, posts, images, vidéos sur cela. Mais personne ne me demanda ce qu’il en était, sauf la Secrétaire nationale à l’égalité femme/homme du Parti socialiste, dont je fais partie (du PS et de son secrétariat national).

Le lundi, un journaliste de La Semaine (hebdomadaire local) me téléphonait pour une interview, elle était publiée sur leur site le soir même. Il retenait surtout le fait que j’avais détesté les attaques racistes et/ou âgistes contre le 1er adjoint, et que je me sentais pas être la victime que le buzz avait fabriqué : je fais de la politique, je sais prendre des coups, et les rendre. D’ailleurs beaucoup de mes soutiens, publics et privés, ont salué la dignité de ma réponse et c’est sans doute ce qui comptait le plus pour moi : remettre de la dignité au sein du conseil de notre ville.

Toute cette histoire a fait le tour, de France Inter à NRJ chez Cauet, en passant par yahoo actu, TF1, BFM et des journaux espagnols. Mais dans le buzz, il manquait quelque chose. Il manquait moi. Pourtant, j’étais sensé être au centre de cette histoire.

Personne ne voulait savoir pourquoi je riais.
Personne ne voulait savoir ce que je défendais.
Personne ne voulait savoir qui nous étions.

Alors je vais l’expliquer ici. Je ne riais pas parce que je traînais sur les réseaux à lire des blagues. Je riais jaune, de colère démocratique et républicaine.

Nous parlions du point sécurité, G. Laloux du RN venait de faire une parfaite sortie xénophobe sur le fait que l’insécurité était due aux migrants. Je n’étais pas surprise : c’est son thème favori. Mais nous avions parlé avant lui, et nous n’allions pas pouvoir lui répondre de front, je ne me voyais pas l’écouter en étant placide. Je n’aime pas le racisme, ni les raccourcis fainéants.

Après, P. Thil avait joué son rôle de leader (pour un soir) du groupe majoritaire en tirant à boulets rouges sur l’inaction de la gauche au pouvoir durant les 2 derniers mandats. Alors je faisais mon rôle de défenderesse du bilan de mon camarade ancien Maire en rappelant un peu fort qu’il avait armé la police municipale (ce que j’avais assez décrié à l’époque pour m’en souvenir).

S’en est venu le tour de K. Khalifé, président du conseil ce soir-là, qui balayait tous les arguments. Lorsqu’il s’adressait à G. Laloux, il lui expliquait qu’“il y a les clochards que nous avons tous connus quand on était jeunes, pas M. Roques mais les plus anciens, ceux-là ne posaient pas de problèmes ils faisaient partie du paysage”. Entre la pique condescendante contre mon partenaire de groupe Jérémy Roques et le racisme mal caché de cette phrase, ma patience avait atteint ses limites. Et lorsque le Dr Khalifé a continué en expliquant qu’il n’y avait aucun problème entre le Maire et le Préfet (alors que l’un est l’autre s’invectivaient par voie de presse depuis 2 ou 3 semaines), et qu’il n’était pas question d’en faire “une question politique”, j’ai sans doute dit à voix haute le fond de ma pensée : on se fiche de nous!

C’est à ce moment-là qu’il m’a invectivée. Parce que j’avais vu son sous-entendu raciste, parce que j’avais vu la couleuvre qu’il essayait de faire avaler aux messins. Ce dévoilement l’a suffisamment troublé pour qu’il oublie dans son langage que je représentais les messins et que lui aussi, pour qu’il oublie toute bienséance, pour que le mépris soit flagrant.

Ce n’est pas la première fois que cela arrive dans un de nos conseils municipaux, mais d’habitude c’est par monsieur le Maire en personne, ou un de ses snipers, pas par son 1er adjoint. Opposition imbécile, réfractaire, khmers verts, j’en passe et des meilleures… Ce n’est pas le Dr Khalifé qui a dérapé, c’est le Maire qui a donné l’impression que le dérapage était une manière de diriger possible.

Dérapage raciste, aussi. Je me souviens du passage d’une subvention où M. le Maire avait fait durer le débat fort longtemps, donnant et redonnant la parole à l’ancienne présidente du groupe RN. Nous subventionnions alors une association faisant mémoire d’une ratonnade faite par les para contre les algériens de Metz, durant la guerre d’Algérie. Ratonnade faisant suite à une bagarre dans un dancing. Le débat avait tourné autour du fait que 2 paras et le patron du bar étaient morts dans la bagarre ce qui aurait dû, pour eux, équilibrer avec la ratonnade. Le Maire avait fini par dire “Je ne vois pas bien la différence entre une rixe à la sortie d’un dancing et une ratonnade”, j’avais dû, en explication de vote, rappeler que “la différence, c’est le racisme”.

Voilà ce que je défendais : l’égalité et la démocratie.

Et pourtant, quand on m’a défendue, moi, on a utilisé parfois des arguments racistes et âgistes. Il serait libanais, ce serait pour cela qu’il serait sexiste. Il serait vieux, ce serait pour cela qu’il serait sexiste. Non.

C’est un mandarin-carabin. Il a donc pour habitude, qui n’a rien à voir avec l’âge ou l’origine, de ne pas être impunément contredit. S’il a utilisé une expression familière, cela j’en suis certaine, c’est parce que nous nous entendons bien (tant qu’il ne m’explique pas qu’il faut arrêter de faire de tel ou tel sujet un sujet politique, comme si la politique était sale, lui qui est dans son 3è mandat). Mais il fut chef de service hospitalier durant une bonne partie de sa carrière. Allez faire un tour dans les services et dans les blocs opératoires pour voir quel respect y règne, pas partout, mais beaucoup beaucoup trop souvent. Ce n’est pas clairement du sexisme : c’est du mépris condescendant pour tous ceux qui sont sensés être inférieurs aux chefs, hommes ou femmes. Demandez aux internes. Demandez aux infirmiers. C’est du rapport de force de classes sociales. C’est de l’écrasement social. Et c’est contre cela que je suis devenue socialiste.

Mais mon altercation avec lui ne fut qu’un moment. Nous en aurons d’autres. Et nous aurons à nouveau l’occasion d’échanger voire de travailler ensemble sur certains dossiers. Dans mon altercation avec lui où j’ai été réduite à l’état d’objet (au sens philosophique), j’ai pu regagner mon rôle de sujet lorsque j’ai gagné le droit à des excuses publiques.

Ce ne fut pas le cas dans le buzz. Ce buzz, monté en épingle comme il se doit par les réseaux sociaux, tenu par beaucoup de réseaux féministes, ne m’a jamais proposé de redevenir le sujet de cette histoire. J’étais l’objet d’une guerre contre le patriarcat. J’étais un objet sans pensée, sans idéaux, sans combat, pour un combat que je vois encore plus maintenant comme ce que je ne veux pas faire.

Oui, je trouve normal et bénéfique que les réseaux féministes aient pris ma défense. Non, je ne trouve pas normal qu’ils l’aient fait sans connaître le fond de l’histoire. Est-ce que j’étais en faute ou non ? Est-ce que j’avais quelque chose à dire ou non ? Rien de tout cela ne m’a été demandé. J’ai passé la journée du buzz à voir ma batterie se décharger de notifications sans qu’un seul message privé me parvienne d’eux.elles, et je suis pourtant assez facilement trouvable. Pas un seul moment on m’a demandé si j’avais un nouvel angle à donner à cette histoire. Pas un seul moment on ne m’a demandé si j’allais bien, comment je vivais cela.

Si je m’étais sentie victime de l’attaque du 1er adjoint, l’augmentation de la dépossession de ma personne par ce buzz aurait sans doute été délétère. Mais je sais comment fonctionne le monde, alors je l’ai regardé, et j’ai attendu. Rien n’est venu.

Mes cher.e.s camarades féministes, n’oubliez pas les autres -istes, n’oubliez pas que les victimes sont d’abord des personnes, n’oubliez pas que la politique c’est plus large que la chute du patriarcat, parce que ce dont nous avons besoin c’est d’être tous traités en sujets de la société, et plus en objets.

Depuis des semaines, je me demande comment vit tout ce tapage médiatique Mme futur-ex-Quattenens. Lui m’importe peu, j’avoue. Je pense à elle, dont le patron, les collègues, les cousins, la grand-mère si elle vit encore, savent qu’elle s’est pris une claque par son futur-ex-mari, dont les enfants savent ou sauront, alors qu’elle n’avait fait qu’une main courante. Etait-elle d’accord pour ce tapage, cette publicité de son intimité ? La main courante, était-ce pour se protéger, par peur, ou juste pour le jugement de divorce et que cela se dépêche ? Depuis un mois, je me dis que cette pensée qui ne me lâchait pas était sensée.

Alors, ici, je redeviens le sujet de ma personne.

Je ne me bats pas contre le sexisme, je me bats contre le mépris. Et j’ai souvent été méprisée par des hommes mais aussi par des femmes, des femmes qui aiment défendre les femmes-victimes, qui aiment qu’on les défendent elles, mais qui essaient d’écraser les femmes qui les regardent dans les yeux, celles qui leur disent ce qu’elles pensent. J’ai été insultée par des hommes, avec le silence complice des femmes autour, voire participant à la vindicte, les mêmes qui ont parfois pris ma défense lors de cet épisode.

Mais j’ai été bien souvent soutenue par des hommes et des femmes non pas pour nos genres mais pour nos personnes, parce que nos personnes s’accordent, parce que nos idéaux s’accordent. J’ai bien plus été portée par les amitiés fugaces ou tenaces que blessée par des cons. C’est tout ce qui compte.

Ce que je sais, c’est qu’il ne faut plus laisser passer le mépris. Même lorsque c’est quelqu’un que nous n’aimons pas qui est méprisé, cela n’apporte rien. Combattre les idées, combattre les politiques, oui, avec force ! mais mépriser rend aigre.

Pour ceux qui sont arrivés jusque là, merci d’avoir pris ce temps. Cet épisode n’est pas, comme certains me le disent en haussant les épaules « un épisode malheureux » mais la réalité crue de nos vies. Mais c’est à nous de jouer maintenant, à nous qui voulons bien du grivois mais pas du mépris, qui voulons de la joie sans écrasement, à nous qui voulons vivre libres de prendre les choses en main, et de dire non à ce qui nous dérange. Le nouveau monde n’a jamais été aussi proche d’advenir, à nous de choisir ses couleurs. (Metz, le 1/11/2022)

De l’Espérance à l’utopie

« Faites ça bien ce soir 😉 Qu’on soit pas emmerdés ! »
« Ben oui Charlotte !!! »
« Chouette prise de position 🙂 »
« Tu te réveilles tard mais c’est mieux que rien 🙂 »

Ce sont des paroles de gens, des amis, qui votent ou voteraient à gauche mais qui n’ont plus voter pour nous depuis fort longtemps, voire ne votent plus du tout.

« J’ai entendu Olivier Faure sur Inter, ça donnerait presque envie de revenir. »
« Le PS existe en ce moment dans les médias parce que sa direction a décidé de faire l’union avec le reste de la gauche. Personne ne s’y intéresserait sans cela. Ce qu’il faudrait en faire (…) : le mettre à nouveau en phase avec son électorat… »
« Merci Charlotte de porter cette voix localement ! »

Ce sont des paroles d’anciens camarades, ou de gens ayant une ligne socialiste qui n’auraient jamais pris leur carte au PS, trop éloigné de leurs valeurs.

Ce soir, chers camarades, je voterai l’accord pour l’union de la gauche et des écologistes. Depuis le départ nous avons été pour l’union, la plus forte possible donc la plus large possible. Il ne me viendrait pas à l’esprit de changer d’avis pour des problèmes qui ne concernent que peu les citoyens.

Bien sûr que nous aurions aimé plus de circonscriptions et une ligne à 100% socialiste (mais quel socialisme ?). Et je vous dirais même, j’aurais bien aimé que nous fassions nous, le PS, les 22% de Mélenchon. Voire plus.

Mais la politique c’est de l’utopie sur le futur, pas sur le passé. Le passé est là, il faut faire avec. La question est : que proposons nous pour le futur ?

Les éditorialistes plutôt macronistes maugréent. Les gens qui étaient au pouvoir lors du quinquennat Hollande aussi. Je comprends.

J’ai défilé contre la loi El Khomri. Je me suis érigée contre la déchéance de nationalité, et, même si nous étions nombreux dans le même cas, le mépris reçu lors de cette bataille fait partie des grandes blessures difficiles à oublier.

Oui, le monde change. Et nous assistons sans aucun doute à la fin de la Vè République.

3 extrêmes sont arrivés en tête au premier tour de la présidentielle. L’extrême centrisme d’Emmanuel Macron (il se dit extrême centriste lui-même), dirigé par l’émotion du mépris ; l’extrême droite de Marine Le Pen, dirigée par l’émotion de la peur ; et l’extrême gauche de Jean-Luc Mélenchon, dirigée par l’émotion de la colère. Alors, oui, quand je vois la réforme de l’assurance chômage (nous compterons les gens à la rue à la fin de la trêve hivernale, au printemps 2023), quand je vois Parcoursup (les parents qui angoissent, les enfants qui sont perdus, surtout ceux qui n’ont pas les moyens de payer des écoles), quand je vois la réforme des retraites qui arrive (avec un 49.3), je préfère le camp de la colère de gauche. Car je suis en colère.

Oui, nous avons des différences et des différends avec LFI. Mais c’est pareil avec les communistes et les verts, et pourtant (en général nous essayons de) nous faisons avec. Ce n’est pas facile. C’est la politique.

Oui, nous sacrifions cette campagne territoriale pour la campagne nationale, parce que les élections législatives, c’est l’élection d’une seule Assemblée nationale. Et comment aller vers nos concitoyens, les électeurs qui espèrent aujourd’hui que cette gauche rassemblée pourra contrer l’hyper libéralisme économique de Macron, comment les regarder dans les yeux et leur dire que nos sacrifices électoraux sont insupportables alors que ce sont leurs vies même sont rendues insupportables ?

Nous ne pouvons sacrifier les français à l’aune de notre désir d’exister en tant que parti. Ni nous, ni LFI, ni les autres ne peuvent le faire, c’est notre responsabilité. D’où l’union.

Dans la hiérarchie des responsabilités des hommes et femmes politiques socialistes avant de changer le monde, il y a protéger les gens. Et cet accord ne changera pas peut-être pas le monde, mais il permettra peut-être d’éviter à des foyers de tomber dans la misère. Après la crise sanitaire, vient la crise économique. Le dire ne suffit pas, il faut aussi le contrer sinon, nous serons coupables.

Je suis très fière de la direction actuelle de mon parti. Je suis fière de ce nouvel élan, qui dit que rien à gauche ne nous est étranger.
Tout à gauche ne nous est pas commun, mais notre point commun est fondamental : empêcher la misère d’être la pandémie de 2022/2027.

Et pour demain, repensons l’utopie. Repensons à nouveau en partant d’une page blanche. Oublions nos préceptes et trouvons ceux dont les français à qui nous souhaitons nous adresser ont besoin.

100 balles et ça repart ?

Alerte spoiler : non.

Le gouvernement fait semblant de croire que le symptôme est la maladie, mais la réalité, c’est que ce n’est pas l’essence qui est trop cher : c’est tout. L’essence est seulement le plus gros problème car c’est une dépense obligatoire pour beaucoup, et qui arrive même en fin de mois : le réservoir ne sait attendre le salaire pour se vider.

Mais si l’immobilier était moins cher, mais si nos salaires étaient plus hauts, mais si la TVA était baissée sur TOUS les produits, mais si se soigner dents et yeux, si les activités des enfants, si les pneus neige devenus obligatoires pour certaines régions, si les repas au self du travail, si la cantine des enfants, si les livres des enfants, si le ciné pour leur faire plaisir à chaque vacances, si l’idée de faire des cadeaux à Noël, si nos assurances et mutuelles, si nos appareils pour communiquer avec nos services publics (téléphones et ordinateurs pour échanger avec l’école, les impôts, tout…) si tout cela coûtait moins cher, les dizaines d’euros en plus à la pompe ne seraient pas un si grand problème. Mais ce n’est pas le cas.

Si ceux qui regardent le prix au litre le font, c’est parce que même avant cette dernière augmentation, c’était dur.

Alors oui, 100€, ça va aider pas mal de monde. Mais pas tout le monde. Ca va aider ceux qui ont du travail, pas ceux qui en cherchent exclus du dispositif. Assignés à résidence, encore. 100€, ça va aussi passer vite. Et cela ne résoudra rien à moyen terme. Mais de cela, le gouvernement n’en a cure : son terme est en avril, il lui faut nous plaire jusqu’au 10 avril, jour où il veut que nous votions à nouveau pour le président qui aura passé le quinquennat à nous dire d’être plus ambitieux (« désirer être millionnaires ») en nous enlevant les moyens de l’être (réforme de l’assurance chômage).

La première charge des ménages se passe dans la tension entre le coût de leur logement et le montant de leur salaire. La majeure partie des revenus n’ont pas suivi l’inflation, les salaires sont à la traîne mais les dividendes ont explosé. Mais là, le président ne voit aucun lien avec notre impossible fin de mois. Aucun. Parce qu’il préfère nous faire la charité que de déranger ses amis. Nous, le bas-peuple, les intermittents de l’emploi, les temps partiels, les bas salaires, et même aujourd’hui, avec ces salaires qui ne suivent en rien l’inflation, les fonctionnaires, les salaires moyens, médians… Nous, il nous dit de regarder les millionnaires devenir milliardaires et nous donne 100€ pour nous faire taire.

Ne soyons pas dupes. Cela ne résoudra rien.
Prenons l’argent : c’est le nôtre.
Mais ne soyons pas dupes : ce n’est pas la solution aux vrais problèmes.

Les réformes qui sont à faire, elles ne doivent pas rétrécir le Peuple mais investir sur le Peuple : nous. La vision courtermiste est ce qui nous fait accélérer d’année en année droit dans le mur, ces 100€ c’est le chewing-gum qu’on prend en voiture, ça n’a enlevé ni la vitesse, ni le mur, mais c’est plus frais.

Conseil municipal 23 septembre / De l’impossibilité du travail en conseil

#CMMetz #Metz
Un autre point sans statuts ni budget de l’association ni budget du projet…

Monsieur le Maire,
Chers collègues,
Permettez-moi de prendre la parole sur ce point pour un principe qui s’est déjà posée à nous ce soir et lors de précédents conseils. Monsieur le Maire, nous ne pouvons voter ce que nous ne connaissons pas.
Vous nous demandez d’octroyer 3,000€ des messins à une association woipicienne qui, nous a-t-on dit, a sollicité la ville mais dont nous n’avons ni les statuts ni le projet ni le budget du projet. Je veux bien croire que vous ayez personnellement confiance en cette association qui, si j’ai bien compris a été fondée par quelqu’un avec qui vous avez travaillé à Woippy, mais nous messins n’avons jamais entendu parler d’elle.
Quel est l’objet de cette association ? Combien d’employés ? Combien de bénévoles ? Depuis quand existe-t-elle ? Quel est son bilan des opérations précédentes ?
Je vous rappelle ma toute première intervention et le fait que nous n’avons pas eu le temps de nous préparer en amont de la commission. En commission, donc, nous avons compris que les enfants allaient faire un film pour expliquer le quotidien en France alors que des cambodgiens allaient faire de même pour leur quotidien. Ça aurait donc été 3000€ pour la réalisation d’un film. Mais dans la convention je ne vois que (permettez-moi de citer)
« La diffusion du film Les Pépites réalisé par Xavier de Lauzanne pour l’ONG Pour un sourire d’enfant, suivi d’un temps de questions réponses et d’un échange avec des personnes originaires du Cambodge, permettront aux enfants de découvrir tout un pan de la culture cambodgienne. »
Il n’est donc pas question de la réalisation d’un film, mais juste de l’invitation du réalisateur qui a travaillé pour une autre association et de personnes d’origines cambodgiennes pour un échange avec les enfants. Pouvons nous donc savoir à quoi serviront ces 3000€: rémunérations, et si oui, de qui et pour quoi faire ? Défraiements ? Matériel ?
Je pense qu’il est intéressant pour les petits messins de comprendre que notre vie n’est pas la vie de tout le monde. Mais je pense aussi qu’il est plus facile d’accepter de voter des subventions, de distribuer l’argent public qui est en fait l’argent des messins, lorsque sa destination est claire.
Monsieur le Maire, nous ne pourrons décemment voter contre le conventionnement UNICEF « Metz, Ville amie des enfants », nous voterons donc pour, mais sachez que nous attendons les réponses quant à cette association, son projet à Metz, et son budget. Je ne pense pas qu’au Sénat vous auriez accepté de voter un dossier incomplet, en tous cas, je pense que nous devons aux messins une intransigeance sur tous les dossiers. Vous nous faites, encore, voter à l’aveugle, et je ne suis pas sûre que cela donne de notre ville la meilleure des images.
Je vous remercie.

Conseil municipal juillet 2021 / culture et cumul des mandats

Conseil municipal – 8 juillet 2021

J’interviens aujourd’hui dans la suite de mes collègues, mais avant de vous parler de la délibération elle-même, j’ai un autre problème à porter devant vous, un peu plus général : il concerne l’exercice démocratique en tant que tel.
Vous n’êtes pas sans savoir qu’il ne nous a été permis de lire cette délibération que six heures avant la commission culture, et il fallut la demander deux fois aux services qui n’étaient pas en capacité de la mettre en ligne avant passé midi pour 18h.
Si nous voulons pouvoir être une opposition utile à Metz, monsieur le Maire, je pense que la règle des 48h en amont imposée aux services par M. THIL est une bonne règle : elle nous permet de concilier notre vie professionnelle et notre travail d’élus. Je pense bien que les services avaient tout mis en place pour répondre aux exigences de leur élu, il fallut donc que cela coince ailleurs.
Et j’imagine que vous n’êtes pas non plus sans savoir que les derniers conseil d’administration et comité de surveillance de Metz en Scène et de l’Orchestre se sont tenus en 60 minutes chrono. Il nous fut enjoint de ne pas poser trop de questions pour garder le quorum jusqu’à la fin des délibérations, et, tenant à ces deux entités et à leur bon fonctionnement, nous obéîmes. Nous n’avons, monsieur le Maire, posé aucune question pour permettre à ce CA et CS de se faire jusqu’au bout et aux décisions nécessaires à la bonne direction des établissements d’être validées.
Ce que je compris trop tard et m’étonna grandement, me laissant, moi, coite durant cette réunion, c’est que cette urgence n’était pas due à des questions techniques ou professionnelles des uns ou des autres, non, elle n’était due qu’à un meeting de campagne des régionales où la partie des membres du CA et CS de Metz en Scène et

de l’Orchestre venant de votre majorité devaient se rendre.
Vous voyez, je ne suis pas une grande pourfendeuse du non cumul des mandats, parce que je sais que les électeurs aiment voter pour ceux qu’ils connaissent déjà, et nous l’avons encore une fois bien vu durant ces dernières élections. Mais savoir que nous avons pressé du personnel qui travaille en notre nom pour le public, savoir que l’opposition n’a reçu les documents qu’à la dernière minute, parce que la campagne était trop prenante pour votre équipe et pour vous, me ferait presque réviser mon avis. Je vous félicite, monsieur, pour votre poste de Vice Président du Conseil Régional du Grand Est, et j’espère que ce n’étaient que des effets de campagne et que le travail à la ville de Metz ne devra pas payer le cumul des pouvoirs de ses membres.
Monsieur le Maire, ceci étant dit, si vous le permettez, deux points rapides sur cette délibération précisément. Je vois que le réseau LORA garde une subvention de 4000€, mais qu’elle est divisée en 3000€ de fonctionnement et 1000€ de projet. Il y a donc bien une baisse de 1000€ de fonctionnement, et vous savez que depuis la LOLF, l’un de remplace pas l’autre : une frontière les sépare.
Y a-t-il une justification pour cette baisse ?
J’aimerais, puisque pour l’instant nous ne savons pas exactement ce que deviendra Constellations l’an prochain, que nous ayions en tête que les arts visuels ont une existence à l’année à Metz, depuis fort longtemps, même avant et en dehors du Centre Pompidou Metz. Une existence d’une grande qualité artistique et pédagogique, si nous ne les laissons pas sur le bord de la route. Je tiens donc à saluer le soutien que vous apportez à Faux Mouvement et voudrais que vous sachiez qu’en tant que membres de la commission culture, nous sommes à votre disposition pour toute réflexion nécessaire à la refondation de ce projet, le cas échéant.

à qui parle-t-on ? / musique politique

Quittons dans ce monde insolite
Le bruit des pelles mécaniques
Qui construisent quoi
Faisons taire les mélancoliques
Avec notre propre rythmique et notre joie
Musique
Et que chacun se mette à chanter
Et que chacun se laisse emporter
Chacun tout contre l’autre serré
Chacun tout contre l’autre enlacé

Quand on approche des 80% de personnes qui ne veulent plus prendre part à la démocratie telle qu’elle est, le quotidien ne peut reprendre vraiment sans se poser de questions. Enfin, si, sans doute, pour 80% des gens. Mais moi non. Nous ne pouvons être des grenouilles que l’on plonge dans l’eau froide et que l’on fait cuire doucement, il faut sortir de la casserole de cette nouvelle normalité et couper le feu, essayer tout du moins : être conscients que l’on va mourir ne suffit pas pour se sauver, il faut après, faire un geste.

On ne sait jamais ce qui nous fait comprendre le monde, ce qui va créer les révélations. Mais comme l’a dit une merveilleuse chorégraphe il y a quelques années “La variété française est un monstre gluant”. Je faisais donc ce que la campagne m’avait privée de faire durant quelques jours/semaines : je nettoyais la cuisine en écoutant radio Nostalgie. Ces moments où agir créé une liberté de l’esprit à penser sans contraintes, aka “le ménage comme méditation” (ça coûte moins cher que les retraites en yourte…) Et puis, l’éponge à la main, vint Johnny.

A force d’impasses et de fausses routes,
A force de s’habituer au pire,
A force des mots sans qu’on les écoute
Jusqu’à ne plus même oser les dire,

A force de rêver à des sirènes
Et ne pêcher que des pauvres leurres,
A force de ne parler qu’aux poubelles,
Au petit matin, cassé et tout seul,

Je ne sais pas où les anges arrivent.
Je me doute que tu n’en es plus un.

Je t’attends, je t’attends, …

Ils attendent, mais ils ne savent même plus qui, ou quoi.

La classe médiatico-politique voudrait que ces gens s’intéressent aux macro-problèmes (la planète, le terrorismes dans le Sud Sahel…) ou aux micro-problèmes (les problèmes sociétaux, etc…) alors qu’en même temps ils ont l’impression qu’on ne met rien en place pour leurs problèmes réels et quotidiens lorsqu’on a les manettes en mains, et que quand on le fait, on ne le fait pas vraiment savoir, ou c’est si complexe à mettre en place que ça en devient obscur.

C’est comme si, avec le temps, nous avions réduit notre audience sans y prendre garde : nous ne parlons plus qu’à la France de Dominique A et nous nous étonnons que la France de Jean-Jacques Goldman ne vote plus pour nous, elle qui attend que nous parlions à nouveau à la France de Johnny. Nous méprisons sans même nous en rendre compte la France de Johnny, parce qu’elle ne voterait pas pour nous. Ce n’est pas vrai : les gens qui chantent à tue tête Diego libre dans sa tête n’attendent certes pas la gauche mais au moins des politiques qui les considèrent vraiment, et qui leur semblent justes et vrais.

Johnny Hallyday Pavillon de Paris, Jean-Jacques Goldman Entre gris clair et gris foncé, Dominique A Le Twenty-two Bar.

Vous pensez ne pas faire partie de la France de Johnny ? Vous vous pensez plus haut, plus beau, plus fort ? Ou vous les pensez plus gras, plus gros, plus laids ? Mais vous êtes comme les autres : vous fredonnez sur sa chanson qui passe au supermarché.

La France de Johnny c’est justement cette France qui va au supermarché. Celle qui paie une assurance de voiture, même cher, même si elle remboursera jamais l’accident qu’on pourrait avoir, juste parce qu’elle en a besoin pour aller bosser, cette France-là. Celle qui trouve que les courses de rentrée, c’est galère. Celle qui tend le dos quand la machine à laver fait un drôle de bruit, parce que là, c’est vraiment pas le moment… C’est aussi celle qui n’a pas vraiment le temps de se préoccuper de ce que ne devrait pas permettre la CNIL ou de ce qu’on fait à l’international, mais qui veut qu’on s’en occupe pour elle, consciencieusement. Parfois, on l’appelle le Peuple.

Prenons l’exemple du Mariage Pour Tous (c’est vieux, c’est fait, c’est pratique pour ne pas relancer le débat sur le fond…) On a donné l’impression de passer un an à ne faire que ça : permettre aux homosexuels de pouvoir convoler, faire une fête comme les autres, avec pièce montée, tenues de soirée etc… De dehors, on n’a vu que ça et une bataille entre réacs et progressistes sur des plateaux télé autour du droit à être un couple homosexuel… Comme si, à l’ère du divorce, le mariage était devenu roi.
Ce mariage pour tous était surtout primordial pour les droits de succession des couples homosexuels, c’était non pas une avancée sociale mais de la justice sociale (économique), et on en a fait un fait de société. On a passé un an à dire que les couples avaient le droit de convoler, à parler des wedding planners, et des lunes de miel spéciales gays ou lesbiennes, alors que la société souffrait économiquement des années Sarkozy et que ça ne remontait pas (sauf pour ceux qui sont toujours tout en haut et ne tombent jamais). Moi ce que je retiens du MPT, c’est que le conjoint d’une personne en mort cérébrale peut donner son avis pour le débrancher, ou non (et plus le parent homophobe qui l’a rejeté lorsqu’il avait 17 ans), et que les neveux et nièces d’un défunt ne peuvent plus éjecter son conjoint pour vendre la maison où ils avaient vécu ensemble toute leur vie. Et ça, c’est de la justice sociale, c’est la chose que seul le mariage donne, ce n’était pas (que) un combat sociétal contre l’homophobie, c’était une égalité financière et vitale pour des situations analogues. Égalité. Justice. OK.

Mais notre com’pol dictée par le poids que nous laissons aux lobbyistes nous fait perdre de vue que les lobbyistes eux-mêmes, vont au supermarché, ont une machine à laver, doivent (parfois) avoir une voiture et payer les faux frais qui vont avec. Il nous faut, nous devons retourner la machine. Parce qu’au Karaoké, on arrive plus facilement à faire le chorus tous ensemble sur Toute la musique que j’aime que sur le Twenty-Two Bar, même si on l’aime, ce bar, alors il faut reparler de la qualité de vie au quotidien, partout, pour tous. Egalité. Justice. Toujours. Il faut combattre ce déclassement qui avait déjà débuté avant la pandémie, et qui va être violent, si violent lorsqu’on en sortira. On n’y arrivera que tous ensemble. On n’y arrivera qu’en enterrant les haches de guerre, parce que là, l’ennemi est ailleurs, et il est puissant. La question n’est plus qui est le plus joli courtisan mais qui sont les plus valeureux chevaliers et de les mettre en première ligne.

Et cette France-là, celle qui râle, qui beugle, qui chante “Allumez le feu”, qui klaxonne, c’est aussi celle qui tient la buvette au club de foot ou à la kermesse, celle qui fait la circulation en attendant les flics quand il y a un accident de la route, celle qui sait depuis quand elle n’a pas vu son voisin et s’en inquiète, celle qui casse le nez du mec de sa cousine parce qu’il l’a envoyée à l’hôpital… C’est une France pleine de commun, d’un commun ancestral, à qui nous ne savons plus parler et qui nous demande :

A quoi tu sers? Pourquoi t’es là?
Qu’est-ce que t’espères? A quoi tu crois?

Y’en a qui meurent, qui prient pour un morceau de terre
Y’en a qui risquent leur vie pour passer la frontière
Y’en a qui bronzent et d’autres qui s’font la peau plus claire
Certains s’effraient au fond quand d’autres font des affaires

Mais y’a toujours la lune qui s’méfie du soleil
Et quand tout ça changera, c’est pas demain la veille
Certains smatchent ou labourent, d’autres soignent ou bien peignent
C’est à toi, c’est ton tour, qu’est-ce que t’as dans les veines?

Alors voilà, chers camarades (socialistes ou non) le temps est venu de regarder les gens droit dans les yeux, et de les écouter. On a trop menti, on a trop caché, on a trop pataugé, on a trop hésité, on a trop omis. On les a trop pris pour des imbéciles à leur dire ce que les libéraux voulaient nous faire croire (on les a trop crus) There is no alternative… Oui, il y a d’autres politiques possibles, celles qui prennent en compte les êtres humains dont on a la charge en tant qu’élus républicains et évitent les souffrances évitables, celles qui regardent le prix des choses (du travail comme des produits) et crée une harmonie entre les deux pour une vie décente pour tous, celles qui ne parleraient plus d’investissements à prévoir avant qu’on ait déjà fait fonctionner tout ce qu’on a correctement…

Et puis, cette vieille façon d’être, celle qui sent un peu le vieux, mais qui est si évidente, pourtant… Celle avec laquelle nous savons éduquer nos enfants mais pas diriger nos collectivités : l’exemplarité.

Que chaque lieu qui est géré par la puissance publique (HLM, foyers, transports en commun…) soit aussi bien entretenu que le bureau du préfet [parce que le mépris des pauvres se voit à leurs cages d’escaliers, chaque jour ils le voient comme une piqûre de rappel du désamour que l’État a pour eux]
Que chaque personne travaillant dans le public ou para public ne puisse rencontrer le mépris ou la souffrance au travail impunément [parce que tout se sait, et que nos villes ne sont pas aveugles : harcèlement, hypocrisie, manque de moyens, burn outs en série, cela se sait toujours, même quand la presse le tait]
Que ce qui a été construit par des forces humaines et justes pour le commun, durant des mois ou des années, ne soit plus détruit par le fait du prince à un changement de bord politique, pour un nom en bas de l’affiche [parce que nous ne sommes pas des princes autocrates mais des élus par le peuple, issus du peuple]
Que chacun laisse la place à l’autre d’exister [être élu ne signifie pas tout savoir, tout savoir faire, mais avoir été choisir pour choisir à notre tour ceux qui savent ou font au mieux pour l’intérêt général]

Pour que ces choses ne soient pas de vains mots mais des obligations de moyens et de résultats opposables il nous faut nous rappeler les notions de Justice et de Vérité, et nous les appliquer chaque jour, même quand ça fait mal. Et ça fait souvent mal. Alors, nous redeviendrons dignes d’être écoutés au-delà du cercle des convaincus d’avance. Pas avant.

C’est notre devoir. C’est le travail qui nous attend.
Vérité, Justice, Égalité. Exemplarité.

Le jour est sombre.

Le jour est mon épreuve. Mon épreuve qui se répète, chaque jour.

Le jour, c’est la somme des échecs, des failles, des chutes qui me tient. Somme assommante. Somme éreintante.

Ces jours sans liberté sont gravés dans ma poitrine. Mon sang est épais. Il ne coule plus bien. Il manque de l’élan.

Je ne sais plus me lever. Je ne sais plus marcher. Je ne sais sans doute plus danser non plus. Mais que signifie danser ? Pour danser il faudrait être léger. Qui est encore assez léger pour danser, même seul dans sa chambre sur Sylvie Vartan ? Qui. 

Je ne sais plus penser. Je ne fais que rêver. Rêver de frapper, rêver de contourner, rêver de clandestinité. Mon bonheur ne peut qu’être clandestin puisque le jour est sombre.

Ma liberté comate au fond de ma gorge, noyau d’abricot empêchant de parler. Je voudrais danser dans la rue, une samba douce, sentir la chaleur de la vie quelque part. Je voudrais qu’une samba nous libère, nous détache de nos canapés. Je voudrais une samba en moi. Je voudrais écrire une saudade sur notre vie gâchée un an à attendre que quelque chose arrête d’arriver. Je voudrais écrire une saudade où j’embrasserais l’air.

Le jour est sombre, il appelle la défaite du Peuple. 

Ma voix ne sort plus. Mes yeux ne lisent plus. Mon coeur bat sans comprendre trop pourquoi. Mes mains sont lasses. Mes pieds ne veulent plus.

Le jour est sombre et il ressemble à hier qui ressemble à demain.

Nous en sommes là, sombres. 

Mais nous, c’était autre chose. C’était rire et danser. C’était chanter et penser. C’était panser les blessures de l’autre sans lui demander quoi, ni pourquoi. C’était boire et manger, parce qu’on avait compris que la Vie, c’est court. Nous, c’était vouloir le Beau plus que tout. Le Beau avec une majuscule, pas le joli, non. Le Beau qui est Juste, qui est Vrai. Nous, c’était la Joie d’être vivants et la volonté de l’être pleinement.

Le jour est sombre parce que nos vies sont lumineuses, et qu’on les a éteintes.

Que quelqu’un prenne ma main, je n’arrive pas à me lever. Que quelqu’un prenne ma main et me ramène à moi. Vous vous souvenez de moi ? Je voudrais y retourner. Attrapez-moi et faites moi danser. Attrapez-moi, ne me laissez pas là, dans ce trou sans lumière, sans goût. Rattrapez-moi et je vous tiendrai pour qu’on en sorte. 

Je voudrais reconnaître les jours et les saisons à nouveau. Je voudrais le goût de l’Autre qui revient dans mon plaisir de le rencontrer pour la première fois. Revoir ceux qui me manquent depuis des lustres, parce que ces 12 mois furent trop long pour en supporter encore d’autres. Je voudrais les moyens de réunir tout le monde pour une grande bacchanale d’un mois de rattrapage humain. Je veux des corps, les corps de tous ceux que j’aime ou qui me font rire, ceux qui me font rêver ou danser, je veux tous ces corps inaccessibles depuis tant de mois, et je veux pouvoir les toucher sans plastique, sans parois, sans pixel. Je veux de vrais corps. Pas des images de corps. Laissez nous tranquilles avec vos images, on n’en peut plus de vos images. On veut la réalité. On veut du Vrai. 

Et nous, c’est Vrai.

De la contrainte à l’empathie

Jour 38. Confinement 2020.

Nous faisons, tous en ce moment, une expérience bien désagréable : la contrainte.

On nous a fermé les bars, les églises, interdit les fêtes de mariage, fermé les restaurants pour les midis entre collègues, punis de collègues à la machine à café, interdit les réunions où on arrivait des fois à faire passer ses propres idées, interdit les essayages vite fait de cette jolie paire de chaussures. On nous a même interdit de déjeuners de famille où on mange trop et où on se râle dessus les uns les autres. Interdit de bises, interdit de baisers.

Alors on ne se maquille plus. On ne se rase plus. On ne s’apprête plus. On ne se parfume plus. On n’achète plus rien d’autre que ce qu’on va consommer, rien que le nécessaire. Le strict minimum, et rien d’autre.

Au début, nous fûmes plein d’envies, plein d’allant. Nous devenons moroses et lents.

Nous expérimentons, tous, la contrainte. Et la crainte.

La peur de sortir, la peur de l’autre, la peur de mal faire dehors et que l’autre nous juge comme mauvais, comme dangereux, comme sale. Quel est le bon geste ? Le masque, lequel dois-je prendre ? La peur d’être mis au ban. La peur de voir nos enfants s’enfoncer dans ce ban sans la meilleure éducation possible. La peur de voir leurs cerveaux rétrécir à force de vidéos sur Youtube dont nous ne maîtrisons pas tout. La peur d’être de mauvais parents parce que notre morosité nous a fait baisser les bras aujourd’hui, et puis hier, espérons que demain ça ira mieux. La peur de mourir si on échoue, mourir un tube dans la gorge pendant des jours, absent. La peur de n’être pas assez solides pour supporter tout ça, toutes nos peurs. L’envie de se noyer dans des séries télé parce que leur réalité est agréable, dorlotante, divertissante de notre morosité. L’envie de s’évader alors courir et voler, et se cogner la tête à la fenêtre fermée de l’extérieur, toujours. Interdit, tout est interdit. Sortir est dérogatoire. Aimer est contraint. Nous sommes tous l’Autre potentiellement contagieux. Nos corps sont devenus l’ennemi public numéro 1.

Ce que nous expérimentons dans nos corps aujourd’hui, cette tristesse calme de ne pouvoir voir nos amis, de ne pouvoir être ce qui nous plaît, cet estomac noué, ce cerveau ralenti… cette contrainte imposée, détestable, c’est le état de corps que les pauvres ressentent de janvier à décembre, tout le temps, tous les ans, avec en plus la culpabilité de ne pouvoir nourrir correctement leurs familles. Oh oui, on s’y habitue. On trouve des trucs. On abdique sur l’espoir de ravoir un jour une vie normale, comme celle dans les séries. On s’abonne à Netflix. On abdique sur notre dignité, aussi. On fabrique des masques, pas en tissus. On fait semblant.

On trouve des « trucs », pour paraître vivants, mais on ne sait plus où est la Vie. Moi je préparais des goûters. C’est beau, les goûters. C’était la fête tous les quatre heures à la maison quand les enfants étaient petits et que seul le RSA nous nourrissait. Des gâteaux maison avec du glaçage dessus, de la jolie vaisselle (cadeaux, récup, Emmaüs, pas cher mais joli) pour faire semblant d’être vivants et heureux. Et créer de la joie, pour que la Joie nous porte. Alors à force de se forcer à sourire on finit par sourire vraiment. J’aurais pu aussi parler de couchers de soleil, de parcs, de toutes ces jolies choses où on s’extasie gratuitement ou presque. Mais cette Joie nous porte dedans, pas dehors. Dehors c’est la peur de sortir non maquillée juste parce qu’en fait, on n’a plus de démaquillant, ou plus de ricil, et que ça coûte au moins 10 balles, un ricil. Dehors, c’est croiser les anciens amis qui disent « tu viens vendredi soir ? on va à ce concert », et puis qui ne vous le disent même plus, tellement ils ont oublié que vous saviez sortir, avant. Faire semblant d’être debout quand tout son être est liquéfié par la peur de sortir de la contrainte imposée par le pouvoir de l’argent : le pouvoir d’achat, ce dieu tout puissant pouvoir qui s’achète avec l’argent que les autres ont, qu’on n’a pas. La contrainte du pauvre, c’est ça, c’est ce qu’on a, là.

Nous sommes tous pauvres de liberté, en ce moment.

Et ceux qui étaient pauvres avant, sont tombés aussi, le même jour que nous. Tombés dans l’hyper pauvreté. Avant ils ne pouvaient pas aller au restau. Aujourd’hui ils ne peuvent plus aller au LIDL.

Si nous pouvions tous, à ce moment où on se dit « ah ben non, en fait je ne peux pas » nous prenions une minute pour ressentir ce que ça nous fait en dedans. Ce sera la graine pour que demain nous soyons tous plus à l’écoute, non dans la charité ni la pitié mais dans l’empathie. Et si nous sommes capables de cette empathie avec l’empêché, le contraint alors elle pourra nous permette de construire une société plus sûre pour tous avec comme seule question, venant du plus profond de nos êtres, de notre expérience contrainte : « Comment faire pour que l’insupportable ne se reproduise plus jamais ? Pour personne ? ».

Jour 11. Annonciation / décider de refaire surface / dire oui.

-4° dehors, un beau temps à regarder le ciel en restant chez soi.

Amis athées, je vous le dis : écoutez les cloches à 19h30, ce sont les premières de Noël et demandez vous aujourd’hui ce que vous voulez faire à Noël à Nouvel an. Aujourd’hui, on fait péter le décompte des jours, on pense plus loin, plus large… 🥳🥳🥳

[version longue : ]

Dans 9 mois, c’est #Noël. Alors ce soir, à 19h30, les cloches des églises voleront vers nos oreilles et les catholiques ne pouvant se rendre à la messe pour fêter ensemble, mettront une bougie sur leur fenêtre pour dire : “Oui”, avec Marie lorsque #Gabriel lui a dit :
– Sois sans crainte, Marie,
car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.
Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ;
tu lui donneras le nom de Jésus.
(Luc 1, 26-38.)

Comme toujours, c’est au milieu du #Carême, quand sa fin ne vient pas que que son début est si loin qu’on ne s’en souvient pas, que nous fêtons la source de Noël. Nous sommes, avec Jésus, au désert. Nous savons la fin de l’histoire : il va ressusciter et pour cela il doit mourir. Pâques est notre seul but, et c’est pas prêt d’arriver. Finir nos carêmes, nos privations, et fêter, et chanter enfin celui qui nous manque tant : l’Allel—… Comme si ce renouveau était une fin.
Mais le calendrier vient nous rappeler qu’il n’y a pas que ce temps de privation qui se prépare. Il y a aussi l’autre temps, le plus long, qui arrivera aussi…

Ce matin, je remercie le Ciel de m’avoir fait croyante, car aujourd’hui ce #Jour9 de #Confinement sera un jour de fête, et de fête partagée.

BONJOUR !

Voilà, c’est fête, alors on a sorti le #Longwy 🥳🥳🥳
#Annonciation#Dans9MoisCEstNoel