OBJET de BUZZ

Un mois est passé. Depuis chaque personne que je croise me parle de cet épisode et je répète tout cela, avec plus ou moins de temps pour le dire. Alors, pour tous ceux que je ne croise pas mais que cela intéresse, c’est posé là.

Le jeudi 29 septembre, vers 16h30, le 1er adjoint de Metz où je suis conseillère municipale d’opposition (de gauche) et qui remplaçait le Maire en arrêt maladie, m’a interpelée en me disant “Madame Picard arrêtez de rire, vous allez faire pipi dans votre culotte”. S’en est suivi une explication entre lui et moi, où il a fini par s’excuser tout en ajoutant qu’il fallait que j’avoue “que cette phrase était tellement bien choisie”, ce que je ne trouvais pas, puis une explication de vote de Marina Verronneau qui siège dans le même groupe que moi lui expliquant être “choquée” par ses propos ce à quoi il répondit “ça se soigne”. A ce moment là, nous avons décidé de quitter le Conseil Municipal et nous sommes rendus dans la salle attenante.

Le vote eut quand même lieu, sans nous. Puis le Docteur Khalifé, 1er adjoint, nous rejoignit pour “calmer le jeu”. Il s’excusa, ne comprenant sans doute pas pleinement la situation. Nous exigeâmes des excuses publiques puisque l’attaque fut aussi publique, sinon nous ne revenions pas dans la salle du conseil. Il accepta.
Le reste du conseil s’est passé plus calmement.

Le Républicain lorrain publiait durant le conseil un entrefilet sur cet échange intitulé “Le baptême du feu” où le journaliste expliquait que mon rire était ironique et donnait une des raisons à celui-ci.

Le soir, je publiais sur mes comptes instagram et facebook l’extrait de l’altercation tirée du compte youtube de la mairie et faisant office de procès verbal du Conseil municipal.
Le lendemain matin, cette vidéo était reprise par une journaliste après un échange en privé, et Marina Verronneau en publia une autre (avec le “ça se soigne” et son “on se lève et on se casse” qui marquait notre sortie). Les réseaux sociaux étant ce qu’ils sont, le soir, la France connectée était au courant.

Je recevais beaucoup de messages de soutien, d’amis, de camarades, d’élus, et d’inconnus. Et je vis beaucoup de papiers qui se ressemblaient tous être publiés et republiés, sans la ligne sur la raison de mon rire qui se trouvait dans le Républicain Lorrain. Beaucoup de réseaux féministes firent des articles, posts, images, vidéos sur cela. Mais personne ne me demanda ce qu’il en était, sauf la Secrétaire nationale à l’égalité femme/homme du Parti socialiste, dont je fais partie (du PS et de son secrétariat national).

Le lundi, un journaliste de La Semaine (hebdomadaire local) me téléphonait pour une interview, elle était publiée sur leur site le soir même. Il retenait surtout le fait que j’avais détesté les attaques racistes et/ou âgistes contre le 1er adjoint, et que je me sentais pas être la victime que le buzz avait fabriqué : je fais de la politique, je sais prendre des coups, et les rendre. D’ailleurs beaucoup de mes soutiens, publics et privés, ont salué la dignité de ma réponse et c’est sans doute ce qui comptait le plus pour moi : remettre de la dignité au sein du conseil de notre ville.

Toute cette histoire a fait le tour, de France Inter à NRJ chez Cauet, en passant par yahoo actu, TF1, BFM et des journaux espagnols. Mais dans le buzz, il manquait quelque chose. Il manquait moi. Pourtant, j’étais sensé être au centre de cette histoire.

Personne ne voulait savoir pourquoi je riais.
Personne ne voulait savoir ce que je défendais.
Personne ne voulait savoir qui nous étions.

Alors je vais l’expliquer ici. Je ne riais pas parce que je traînais sur les réseaux à lire des blagues. Je riais jaune, de colère démocratique et républicaine.

Nous parlions du point sécurité, G. Laloux du RN venait de faire une parfaite sortie xénophobe sur le fait que l’insécurité était due aux migrants. Je n’étais pas surprise : c’est son thème favori. Mais nous avions parlé avant lui, et nous n’allions pas pouvoir lui répondre de front, je ne me voyais pas l’écouter en étant placide. Je n’aime pas le racisme, ni les raccourcis fainéants.

Après, P. Thil avait joué son rôle de leader (pour un soir) du groupe majoritaire en tirant à boulets rouges sur l’inaction de la gauche au pouvoir durant les 2 derniers mandats. Alors je faisais mon rôle de défenderesse du bilan de mon camarade ancien Maire en rappelant un peu fort qu’il avait armé la police municipale (ce que j’avais assez décrié à l’époque pour m’en souvenir).

S’en est venu le tour de K. Khalifé, président du conseil ce soir-là, qui balayait tous les arguments. Lorsqu’il s’adressait à G. Laloux, il lui expliquait qu’“il y a les clochards que nous avons tous connus quand on était jeunes, pas M. Roques mais les plus anciens, ceux-là ne posaient pas de problèmes ils faisaient partie du paysage”. Entre la pique condescendante contre mon partenaire de groupe Jérémy Roques et le racisme mal caché de cette phrase, ma patience avait atteint ses limites. Et lorsque le Dr Khalifé a continué en expliquant qu’il n’y avait aucun problème entre le Maire et le Préfet (alors que l’un est l’autre s’invectivaient par voie de presse depuis 2 ou 3 semaines), et qu’il n’était pas question d’en faire “une question politique”, j’ai sans doute dit à voix haute le fond de ma pensée : on se fiche de nous!

C’est à ce moment-là qu’il m’a invectivée. Parce que j’avais vu son sous-entendu raciste, parce que j’avais vu la couleuvre qu’il essayait de faire avaler aux messins. Ce dévoilement l’a suffisamment troublé pour qu’il oublie dans son langage que je représentais les messins et que lui aussi, pour qu’il oublie toute bienséance, pour que le mépris soit flagrant.

Ce n’est pas la première fois que cela arrive dans un de nos conseils municipaux, mais d’habitude c’est par monsieur le Maire en personne, ou un de ses snipers, pas par son 1er adjoint. Opposition imbécile, réfractaire, khmers verts, j’en passe et des meilleures… Ce n’est pas le Dr Khalifé qui a dérapé, c’est le Maire qui a donné l’impression que le dérapage était une manière de diriger possible.

Dérapage raciste, aussi. Je me souviens du passage d’une subvention où M. le Maire avait fait durer le débat fort longtemps, donnant et redonnant la parole à l’ancienne présidente du groupe RN. Nous subventionnions alors une association faisant mémoire d’une ratonnade faite par les para contre les algériens de Metz, durant la guerre d’Algérie. Ratonnade faisant suite à une bagarre dans un dancing. Le débat avait tourné autour du fait que 2 paras et le patron du bar étaient morts dans la bagarre ce qui aurait dû, pour eux, équilibrer avec la ratonnade. Le Maire avait fini par dire “Je ne vois pas bien la différence entre une rixe à la sortie d’un dancing et une ratonnade”, j’avais dû, en explication de vote, rappeler que “la différence, c’est le racisme”.

Voilà ce que je défendais : l’égalité et la démocratie.

Et pourtant, quand on m’a défendue, moi, on a utilisé parfois des arguments racistes et âgistes. Il serait libanais, ce serait pour cela qu’il serait sexiste. Il serait vieux, ce serait pour cela qu’il serait sexiste. Non.

C’est un mandarin-carabin. Il a donc pour habitude, qui n’a rien à voir avec l’âge ou l’origine, de ne pas être impunément contredit. S’il a utilisé une expression familière, cela j’en suis certaine, c’est parce que nous nous entendons bien (tant qu’il ne m’explique pas qu’il faut arrêter de faire de tel ou tel sujet un sujet politique, comme si la politique était sale, lui qui est dans son 3è mandat). Mais il fut chef de service hospitalier durant une bonne partie de sa carrière. Allez faire un tour dans les services et dans les blocs opératoires pour voir quel respect y règne, pas partout, mais beaucoup beaucoup trop souvent. Ce n’est pas clairement du sexisme : c’est du mépris condescendant pour tous ceux qui sont sensés être inférieurs aux chefs, hommes ou femmes. Demandez aux internes. Demandez aux infirmiers. C’est du rapport de force de classes sociales. C’est de l’écrasement social. Et c’est contre cela que je suis devenue socialiste.

Mais mon altercation avec lui ne fut qu’un moment. Nous en aurons d’autres. Et nous aurons à nouveau l’occasion d’échanger voire de travailler ensemble sur certains dossiers. Dans mon altercation avec lui où j’ai été réduite à l’état d’objet (au sens philosophique), j’ai pu regagner mon rôle de sujet lorsque j’ai gagné le droit à des excuses publiques.

Ce ne fut pas le cas dans le buzz. Ce buzz, monté en épingle comme il se doit par les réseaux sociaux, tenu par beaucoup de réseaux féministes, ne m’a jamais proposé de redevenir le sujet de cette histoire. J’étais l’objet d’une guerre contre le patriarcat. J’étais un objet sans pensée, sans idéaux, sans combat, pour un combat que je vois encore plus maintenant comme ce que je ne veux pas faire.

Oui, je trouve normal et bénéfique que les réseaux féministes aient pris ma défense. Non, je ne trouve pas normal qu’ils l’aient fait sans connaître le fond de l’histoire. Est-ce que j’étais en faute ou non ? Est-ce que j’avais quelque chose à dire ou non ? Rien de tout cela ne m’a été demandé. J’ai passé la journée du buzz à voir ma batterie se décharger de notifications sans qu’un seul message privé me parvienne d’eux.elles, et je suis pourtant assez facilement trouvable. Pas un seul moment on m’a demandé si j’avais un nouvel angle à donner à cette histoire. Pas un seul moment on ne m’a demandé si j’allais bien, comment je vivais cela.

Si je m’étais sentie victime de l’attaque du 1er adjoint, l’augmentation de la dépossession de ma personne par ce buzz aurait sans doute été délétère. Mais je sais comment fonctionne le monde, alors je l’ai regardé, et j’ai attendu. Rien n’est venu.

Mes cher.e.s camarades féministes, n’oubliez pas les autres -istes, n’oubliez pas que les victimes sont d’abord des personnes, n’oubliez pas que la politique c’est plus large que la chute du patriarcat, parce que ce dont nous avons besoin c’est d’être tous traités en sujets de la société, et plus en objets.

Depuis des semaines, je me demande comment vit tout ce tapage médiatique Mme futur-ex-Quattenens. Lui m’importe peu, j’avoue. Je pense à elle, dont le patron, les collègues, les cousins, la grand-mère si elle vit encore, savent qu’elle s’est pris une claque par son futur-ex-mari, dont les enfants savent ou sauront, alors qu’elle n’avait fait qu’une main courante. Etait-elle d’accord pour ce tapage, cette publicité de son intimité ? La main courante, était-ce pour se protéger, par peur, ou juste pour le jugement de divorce et que cela se dépêche ? Depuis un mois, je me dis que cette pensée qui ne me lâchait pas était sensée.

Alors, ici, je redeviens le sujet de ma personne.

Je ne me bats pas contre le sexisme, je me bats contre le mépris. Et j’ai souvent été méprisée par des hommes mais aussi par des femmes, des femmes qui aiment défendre les femmes-victimes, qui aiment qu’on les défendent elles, mais qui essaient d’écraser les femmes qui les regardent dans les yeux, celles qui leur disent ce qu’elles pensent. J’ai été insultée par des hommes, avec le silence complice des femmes autour, voire participant à la vindicte, les mêmes qui ont parfois pris ma défense lors de cet épisode.

Mais j’ai été bien souvent soutenue par des hommes et des femmes non pas pour nos genres mais pour nos personnes, parce que nos personnes s’accordent, parce que nos idéaux s’accordent. J’ai bien plus été portée par les amitiés fugaces ou tenaces que blessée par des cons. C’est tout ce qui compte.

Ce que je sais, c’est qu’il ne faut plus laisser passer le mépris. Même lorsque c’est quelqu’un que nous n’aimons pas qui est méprisé, cela n’apporte rien. Combattre les idées, combattre les politiques, oui, avec force ! mais mépriser rend aigre.

Pour ceux qui sont arrivés jusque là, merci d’avoir pris ce temps. Cet épisode n’est pas, comme certains me le disent en haussant les épaules « un épisode malheureux » mais la réalité crue de nos vies. Mais c’est à nous de jouer maintenant, à nous qui voulons bien du grivois mais pas du mépris, qui voulons de la joie sans écrasement, à nous qui voulons vivre libres de prendre les choses en main, et de dire non à ce qui nous dérange. Le nouveau monde n’a jamais été aussi proche d’advenir, à nous de choisir ses couleurs. (Metz, le 1/11/2022)

L’angoisse du sapin

On était un samedi matin, et en buvant ma tasse de thé de week-end sans enfants, je téléphonais à une amie tout en regardant sans le son une chaîne d’info continue publique (ne cherchez pas : il n’y en a qu’une). Pendant que je lui parlais de mes difficultés de retour à l’emploi (de ma galère à retrouver un taff qui me permette d’avoir du temps à consacrer à l’éducation des gosses, parce que ça se fait pas tout seul et que ça, je le suis : toute seule), je voyais des gaz lacrymo, des coups de matraque, des tags sur l’Arc de Triomphe, un tabassage de policier… Et je ne supportais rien, mais sincèrement, j’avais besoin de son aide pour qu’elle m’aide à trier les solutions possibles pour ne pas retourner au RSA à la mi-février. Donc je ne mettais pas le son. L’image suffisait. L’image était horrible.

Credit:Eric Dessons/JDD/SIPA/1812021330

Depuis, cela me hante.
Pourquoi ?
D’abord, parce que je n’ai pas supporté cette violence physique et symbolique. C’est le plus immédiat, le plus tribal : insupportable. Un homme, quel qu’il soit, s’il est tabassé au sol par une meute, c’est que la meute n’est plus humaine, elle est inhumaine. Ce n’est pas quelque chose qui s’efface par un haussement d’épaule, l’inhumanité. Cette auto-exclusion est à punir, rien d’autre.

Mais il y a autre chose. Ce dimanche est le premier dimanche de l’Avent. J’ai la chance d’être catholique et donc de préparer Noël de multiples façons toutes festives et pas toutes commerciales. Oui, la chance. Parce que pour moi, mère célibataire au chômage et donc précaire, si cette partie n’existait pas, Noël ne serait qu’angoisse. L’angoisse du sapin.

Nous avons survécu aux vacances. Tant bien que mal, en allant moins loin et moins longtemps. Nous avons survécu à la rentrée, même si elle n’est pas encore finie : il reste encore des activités extra-scolaires à payer. Pourquoi des activités extra-scolaires ? Ah mais c’est simple, c’est que la Société m’impose d’être une mère parfaite, parce que le bien-être social et professionnel de mes enfants à l’âge adulte et donc leur capacité à être des êtres humains accomplis pour la société d’alors, dépend de l’énergie (et donc de l’argent) que je leur aurais mis à disposition durant leur enfance. Art & sport en dehors de l’école. Parce que la refondation de l’école n’est pas allée au bout : manque de moyens, alors je dois suppléer à ce que la Société (dont les forces publiques) me demande en tant que parent. Et c’est certes un effort mais aussi un plaisir, comprenez-le. Sauf que fin novembre, la rentrée n’est pas encore derrière moi, derrière nous. Et je n’ai toujours pas acheté les chaussures d’hiver aux enfants.

Malgré tout, mi octobre, les catalogues de jouets sont arrivés dans nos boîtes aux lettres, depuis la fin octobre, tous nos supermarchés nous accueillent avec des montagnes de jouets à acheter. Les chaînes de dessins animés, et même youtube, nous abreuvent de publicité où toutes les minutes j’entends dans le salon “je veux ça !!” accompagné du plus beau des sourires (et d’un nombre incalculable d’arguments pour avoir ce jeu où on va chercher des trucs dans la bouche d’un chien en plastique ou ce super Lego Harry Potter avec Ararog… pourquoi des araignées ?) et le 30 novembre, pour pouvoir payer les courses du week-end, j’ai demandé à mon fils de me prêter 30€ jusqu’à ce que mon chômage tombe, lundi. Les sous de sa tirelire.

Je répète.
Vous n’avez pas vraiment entendu.
Pour pouvoir aller acheter de quoi manger dans le train pour rejoindre leur père, pour aller au marché acheter le seul pain que mon système digestif tolère, j’ai ouvert la tirelire de mon fils et lui ai emprunté de l’argent. A mon fils. De 12 ans. Pris de l’argent, jusqu’à ce que Pôle Emploi me verse l’argent qu’il me doit parce que le 1er décembre tombait un samedi alors il fallait attendre le lundi 3. Enfin, si tout se passe bien. Et ce n’est pas arrivé le 3.

Expliquez-moi comment je leur offre les cadeaux qui feront de moi (non pas pour eux, eux comprennent, non, pas pour eux juste pour la Société) une bonne mère ? Vous ne savez pas ? Vous ne savez pas parce qu’il n’y a pas de réponse. Il n’y a pas de réponse parce qu’il n’y a pas de solution.

Si mon fils arrive au collège en janvier en disant qu’il a reçu une nouvelle paire de chaussures, une paire d’hiver, sous le sapin, il aura honte. Cette honte, dans l’univers de brusquerie, de violence induite qu’est le collège unique de nos jours, en fera un paria et potentiellement un enfant harcelé. Et donc de moi une mauvaise mère. Non pas de la société une mauvaise société, non pas du collège un mauvais collège mais de moi une mère défaillante qui n’a pas bien appris à mon aîné à se défendre.

Je vais trop vite ?
Allez dans un collège. Je ne vais pas trop vite.

On me demande d’être un bon parent. Mais l’éducation nationale n’a pas les moyens de donner les cours qu’il faut pour que mes enfants apprennent au mieux (c’est-à-dire pour eux et non pour les professeurs.)
On me demande d’être un bon parent. Mais si je veux être aidée pour mes vacances il faut qu’elles me coûtent très cher.
On me demande d’être un bon parent. Mais on me dit que ma voiture, sous prétexte qu’elle a quelques trous de rouille, devra être détruite en octobre 2019 alors qu’elle roule encore. Voiture qui est une clef du retour à l’emploi en province.
On me demande d’être un bon parent. Mais si je travaille, je dois payer quelqu’un pour s’occuper de mes enfants, pour les emmener à leurs activités extra-scolaires, car rien n’est organisé s’ils ne sont pas autonomes. Et s’ils ne font aucune activité ils ne sont pas assez épanouis. Et…
On me demande d’être un bon parent. Mais on ne me donne les moyens d’acheter que de la mal bouffe, des habits fabriqués par des enfants, des chaussures qui chaussent mal.
On me demande d’être un bon parent. Mais on prend dans mes poches pour donner à ceux qui ne savent pas ce que vaut l’argent qu’on m’a pris.
On me demande d’être un bon parent. Mais on crée une société où les valeurs de possession sont plus importantes que les valeurs de cœur. Où “n’être rien” est présidentiellement admis. Où nos anciens amis ont voté pour quelqu’un qui méprise les illettrés mais n’accepte pas qu’il serait bien incapable de faire leur métier. Une société où le seul usage est la compétition et la seule valeur est l’argent.

Il y a quelque chose de pourri dans la République de France, il y a quelque chose de pourri dans l’Union Européenne, dans l’Occident. On se sent moqués et volés par les super-puissants. Mais nous sommes le nombre, nous sommes le Peuple. We, the People… nous faisons les puissants puissant et nous pourrions donc les défaire. Et la seule société qui n’accepte pas l’idée de service, c’est celle portée par notre président de la République et son assemblée : le néo-libéralisme. Nous avons trop fléchi, auparavant. Nous avons trop déverrouillé de portes. Il ouvre tout avec une indécente aisance. D’où la colère.

Je viens d’entendre un gilet jaune dire qu’il faut entrer dans les institutions. Je suis d’accord. J’étais à peu près au même endroit social lorsque j’ai décidé de rentrer en politique. 2012, RSA avec un mi temps au SMIC, 2 enfants, seule. Et depuis je ne dis qu’une chose : “je suis nous chez eux”. Parce que non, il n’est pas naturel d’être une femme ou un homme politique et d’être pauvre.

Je vais vous le dire : pour faire de la politique comme il faut, il faut de l’argent, et pouvoir abandonner sa famille à un conjoint. Je ne peux pas faire 6 ou 8 assemblées générales, réunions, débats, visites d’EHPAD, photos call, coupures de ruban chaque week-end : personne ne fait mes courses, ne nourrit mes enfants, ne fait tourner mes machines si je ne suis pas à la maison. Et vous, électeurs, vous ne voulez voter que pour ceux que vous voyez, pas pour ceux qui ont une vie. Puis vous leur reprochez de ne pas avoir de vie.

Je n’ai pas non plus les moyens de faire adhérer dans mon parti plein d’amis pour qu’ils m’aident à obtenir l’investiture. Ça coûte, cher. Parfois, je n’ai même pas les moyens de payer de baby-sitter les soirs de réunions obligatoires.
Et non, sans parti, faire campagne est impossible. Quelle banque vous prêtera 40 ou 80.000€ pour que vous puissiez faire imprimer vos bulletins de vote, vos affiches et tracts officiels puis tout ce qui n’est pas obligatoire mais qui est tout à fait nécessaire ? Quelle banque ?
A moins que vous ayez 100.000€ sur un compte épargne. Mais alors, êtes-vous représentatifs de mes pairs ? Non. Moi j’ai une carte bleue qui appelle la banque même pour 1€ de dépense et qui est bloquée lorsque je suis à découvert. Voilà. J’ai pas 100.000 balles…

Donc il faut un parti. A gauche, il y a un choix à ne plus savoir qu’en faire, choisissez le vôtre. Se mettre en association pour collecter de l’argent ça va, dès que cet argent sert à faire élire quelqu’un, vous devenez un parti politique et ça devient très surveillé et très compliqué, sachez-le. Moi je suis toujours au Parti Socialiste parce que je sais que les autres partis assez proches de mes opinions ne me permettraient pas de militer sans trop dépenser faute de moyens mais j’y ai des amis, des camarades. Et puis maintenant, j’ai une place au PS, croyez le ou non je fais partie des cadres nationaux du Parti Socialiste. Place que je chéris comme je chéris les camarades que j’ai rencontré là et nulle part ailleurs, même si en ce moment je suis très fatiguée. Fatiguée, parce que j’ai des cadeaux à faire pour dire aux gens que j’aime que je les aime et que mes 1.100€ de chômage pour 3 personnes vont m’empêcher de le faire.

Donner des moyens à la base de ce qui crée une société : santé, éducation, culture. Je me suis coltiné, comme ceux qui bloquent les rond-points et les autres, aux déserts médicaux, aux urgences surchargées, aux profs épuisés, aux classes surchargés, aux enfants non considérés, aux lieux de spectacles qui ferment hors des métropoles, à l’avant garde qui disparaît, à l’obligation normative. Nous sommes dans l’ère où la santé l’éducation et la culture sont médiocres en France et l’État n’y change rien. Au plus haut de son action, il abandonne : il privatise.

Donner des moyens au Peuple : laisser les cotisations sociales tranquilles pour maintenir notre système social solidaire et efficace en place, mais rendre vraiment progressif l’impôt. Payer le travail pour ce qu’il vaut et non pour ce qu’il coûte. Faire payer 1€ symbolique d’impôt même aux gens au RSA pour qu’ils aient l’honneur de participer à nos routes et nos écoles, mais que cet impôt aille vraiment jusqu’aux très riches, jusqu’à la finance, ceux qui font de l’argent avec l’argent sur les dos des pauvres et de la planète. Protéger, avant notre planète, nos corps : rendre le “bio” normal et le pesticidé pestiféré, rendre la mal-bouffe l’exception, redonner le sens de l’agriculture et de leurs territoires à nos concitoyens, remettre des trains là où il y a des rails, des trains où on peut mettre des vélos, des trains à toute heure. Cela réglerait les problèmes de la planète, en fait. Mais cela demande une chose horrible pour l’UE de droite libérale que nous avons et surtout la zone euro et ses sacro-saints 3% : de l’investissement. Et cela, notre Président et son ballet ne le peuvent pas : ils veulent créer du fric, donc du court terme, donc non pas investir mais placer.

Ceux qui sont allé voter ont voulu cela. Nous voilà là : Marianne défigurée.
La démocratie, ça se choie. L’autorité, ça se mérite, ça ne se prend pas. On l’acquiert lorsqu’on protège bien ceux qui nous donne cette autorité. J’ai l’impression que cette notion à a revoir chez le Président-philosophe. Je lui conseille cette lecture : Qui doit gouverner ? de Tavoillot.

Il a choisi son peuple. Il n’aura jamais d’autorité sur eux car ils n’ont pas besoin de lui. Le Peuple de France, lui, est dégoûté, sans chef, sans vision. Chacun réagit comme il peut. Moi je rêve d’une vie à la campagne, entre feu de bois et potager et je vais passer l’Avent à faire des biscuits de Noël à distribuer. J’ai besoin d’équilibre et de joie. D’autres ont besoin de montrer leur colère en déséquilibrant leur vie quotidienne. Parce que leur vie, comme beaucoup, c’est rentrer chez soi harassé par le travail, sans énergie pour aider ses enfants tout en se demandant comment on va réussir à leur faire plaisir au moment où la magie est sensée nous porter, se demander durant tout le dîner si on va être obligé de tuer la magie de Noël ce sentiment est sans doute le fuel des gilets jaunes, là. Et l’angoisse du sapin est sans fin, comme la colère d’enfances volées.

Père de la vérité.

falling-skies tom mason 2Falling Skies.

 

Auctoritas, du latin auctor et itas père et vérité – racine du mot autorité.

Faire preuve d’autorité, c’est détenir une Vérité, dans sa complexité.
Faire preuve d’autorité, c’est avoir prouvé détenir la vérité et donc pouvoir bénéficier de la confiance des autres lorsqu’une parole est dite.
Faire preuve d’autorité, c’est savoir et protéger quand même.
Faire preuve d’autorité, c’est non pas exercer un pouvoir sur les autres, mais exercer un pouvoir pour les autres.

Connaître (naître avec)
Comprendre (prendre avec)
Réaliser (rendre réel)

 

Augmenter la fondation.
Auctoritas
vient du grec augerer : augmenter la fondation.

Hannah Arendt - augerer

Hannah Arendt – “La crise de la culture“, Ed : Folio, 1972, p190

 

Être un chef, c’est ça. C’est protéger le groupe dont on est chef, pour lui permettre de se développer et de donner le meilleur de lui-même, individuellement et collectivement, pour que l’ensemble se développe. Enfin, l’idée, ce serait ça. Être chef, qui plus est de gauche, ce serait ça idéalement.

Être chef c’est aimer et avoir confiance en son équipe.

Être un bon chef, c’est avoir une équipe qui se sourit et qui est une force de frappe même en son absence, et pas forcément au nom du chef, mais au nom du groupe voire simplement au nom de la cause défendue ensemble.

 

Alors toi qui voudrais être mon chef, toi, là, qui pense être à la tête d’un groupe dont je ferais partie, ou qui souhaiterais le faire, tu dois d’abord te demander sur quelles fondations tu le fais. Tu n’as pas le choix. Pour nous faire avancer tous ensemble, tu dois nous dire non pas comment on y va, mais où on va. On va te faire confiance si, et seulement si tu décides d’avoir confiance en nous. Nous en groupe. Nous ensemble. Nos décisions. Notre survie.

Et d’ailleurs, en fait, nous ne t’acceptons toujours qu’après avoir choisir une direction. Un but. Une raison de te mettre à notre tête :

 Ceux mêmes qui commandent sont les serviteurs
de ceux à qui ils paraissent commander.

St Augustin.

à écouter impérativement : Pouvoir, autorité et légitimité
http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-pouvoir-autorite-et-legitimite-2013-04-19