Les Noms

Ce matin, je cherchais un moment de la Bible qui s’appellerait « Les Noms ». En fait, il n’y en a pas. C’est dans la Genèse. La base. Créer puis nommer. D’un seul élan. Créer et nommer.

Nommer, donner un nom. C’est si important.
J’ai dû le faire, deux fois. J’ai nommé mes enfants. Nommer, c’est immense. Une tâche incommensurable. Éternelle. Une définition en creux. Nommer c’est rendre la vie réelle.
Ce qui n’a pas de nom ne disparaît pas vraiment de notre monde puisqu’il n’y apparaissait pas. Ce qui est nommé y reste à jamais.

Cette semaine, les noms, les définitions, les mots m’ont posé problème. Souvent. Trop souvent. Il faut faire attention aux noms, propres ou communs. Ils comptent.

Quand vous dites le nom de quelqu’un il y a tout dedans. Sa taille, son âge, sa couleur, sa voix, son sexe, son humour, son intelligence. Quand vous dites le nom de quelqu’un, vous l’embrassez en entier.

Qui aujourd’hui sait que Léa, ce prénom si trop souvent donné dans les années 2010, était la femme de Jacob, qu’elle donna naissance à six des 12 tribus d’Israël ?
Ton nom, c’est ton prénom et ton nom de famille. Tu es Ruben, fils de Jacob. Tu es toi et une part de ta famille.

Nom gravé sur banc d'église

On a nommé Manuel DS. On a nommé Maxime H.
Du pouvoir aux médias, leurs noms étaient partout affichés, déclamés. Donner leurs noms de FAMILLE pour faire la nique aux idées reçues ? OK. Mais les prénoms n’auraient-ils pas suffi ? Pourquoi mettre leurs familles, ces familles déjà fragilisées, dans une position encore plus fragile ? quel est le but ? si ce n’est de les faire rentrer dans une réalité qui n’est pas la leur.
Et en plus, apparemment, on s’est trompé pour l’un deux.

On a déséquilibré pour rien.

Nommer c’est « Désigner quelqu’un ou quelque chose en disant ou en écrivant son nom. » (Larousse)
Désigner, c’est important.

Pour désigner il faut avoir ses pieds quelque part, être. Puis lever le bras, pointer le doigt, et viser. Désigner, c’est s’inclure dans l’histoire, c’est prendre part en étant un lien entre ce que touchent nos pieds et ce que montre notre index.

Le pouvoir comme les medias sont rentrés dans l’histoire de ces jeunes pseudo-musulmans, djihadistes embrigadés. Ils firent le lien entre ces hommes, le reste du monde et la famille de ces hommes. Comme pour rendre le spectacle plus réel.

Nous perdons les liens entre la réalité, le réel et la vérité. Nous sommes une société où la pseudo-immédiateté rend le temps saccadé. Le temps n’est plus un long fleuve tranquille, mais il fait des bonds, et des pauses.

Il faut laisser le spectacle aux gens de spectacle.
Il faut laisser le pouvoir aux gens de pouvoir.
Il faut laisser l’information aux gens d’information.
Que chacun nomme ce qu’il doit nommer de l’endroit où il est et non de l’endroit de l’autre.
Puis, on discute.

Le seul mot qui m’a parlé cette semaine, sur cette histoire, c’est « secte ». Oui, c’est sans doute un embrigadement sectaire. Oui, ça y ressemble. Quand on rentre dans une secte, on perd le sens commun, on change de nom, on est dé-liés. Et contre cela, comme contre le terrorisme, nous sommes sensés être armés, nous, société occidentale descendant des Lumières.
L’embrigadement sectaire, comme le suicide, nulle famille ne sera jamais totalement épargnée. On ne sait pas. Il faut veiller. Espérer. Protéger nos enfants.

Mais laissez le spectacle parler de cela en nommant, pour la catharsis, pour le recul. Pour comprendre, et chercher les bonnes réponses. Celles qui nomment les bonnes choses.

« There’s not a drug on earth can make life meaningful. » Sarah Kane. 4.48 Psychosis.
“Il n’y a pas une drogue sur terre qui puisse donner du sens à la vie.”
Quelques mois après, elle se suicidait.

Donnons du sens à la vie.

 

Real.

“Real” du #DirectPR à #Nabilla.

Nous sommes entrés dans un monde où le réel n’existe plus. Il a été remplacé par le real. Real-politic. Real-tv.
Toutes ces acceptions ont en commun aucun sens de la réalité.
Toutes ces acceptions se mélangent.
Elles nous font croire que la réalité serait monolithe.
Elles ont tort.

Un jour, en 1998 ou 1999, un de mes profs de cinéma à la fac nous a dit « ok, la finale de la coupe du monde, on vous dit que ‘tout le monde’ a regardé parce qu’il y avait 18 millions de téléspectateurs devant. OK. C’est énorme, certes, mais nous sommes 60 millions de français. Il y en a donc en gros 42 millions qui n’ont pas regardé. »
Et bien nous vivons comme si nous n’étions que 18 millions.
Nous vivons comme si l’économie n’était que le CAC40.
Nous vivons comme si la politique n’était que gestion.

Nous vivons petits.

Nous vivons sous le regard des autres, et la peur de leurs jugements.
Tout le temps.

Et ça nous rend moches et rabougris.

Je crois que c’était dans un roman de Djian que j’ai compris une chose : une femme est plus belle quand elle danse pour elle, les yeux fermés, sans rien chercher d’autre qu’être elle sur la musique là, à ce moment-là. C’était il y a longtemps. Le souvenir est flou mais son impression reste. Et c’est vrai. C’est quand on ne cherche ni n’attend le regard de l’autre que nous sommes les meilleurs. Vivre dans le présent. Pas dans le real, juste dans le présent.

Vers demain.

L'écran et le zoo. Olivier Razac. Ed. Denoël Essais, 2002. Remplacez "spectacle" par "politique". Bienvenue en 2014.

L’écran et le zoo. Olivier Razac. Ed. Denoël Essais, 2002.
Remplacez “spectacle” par “politique”. Bienvenue en 2014.

Les hommes politiques d’aujourd’hui ont pris le pli du Zoo Humain qu’est la télé réalité. Ils ne veulent plus être eux-mêmes mais répondre aux critères des sondages, des moyennes, des plans. Aux habitudes. Ils sont enfermés dans des cases, des habitus. Ils prennent les ‘vrais gens’ comme existants réellement. Mais personne n’est un ‘vrai gens’. Le ‘peuple’ c’est les autres.

« Il est toujours possible d’hypostasier ‘le peuple’ en identité ou bien en généralité : mais la première est factice, vouée à l’exaltation des populismes en tous genres ; tandis que la seconde est introuvable, telle une aporie centrale
pour toutes les ‘sciences politiques’ ou historiques. »
Georges Didi-Huberman, ‘Rendre sensible’ in Qu’est-ce qu’un peuple ?
La Fabrique éditions, 2013.

Être soi pour parler au monde. Voilà ce qu’il faut retrouver. Voilà ce que certains cherchent. Et le monde choisira ce qu’il gardera.
Écouter. Imaginer. Vouloir. Essayer. Recommencer.

Notre société change au-delà de ce que nous imaginons. Le Peuple, parce que non monolithe, trouve des solutions alternatives. Les classes moyennes paupérisées ont les ressources intellectuelles pour pallier à la baisse de leurs ressources financières. La société éduquée va vers un monde où la consommation n’est pas une fin en soi. Et jusqu’à présent, c’est la bourgeoisie qui a fait renverser les modèles. La classe ouvrière a construit le monde du travail et de la solidarité, mais c’est la bourgeoisie qui a construit la société.
La bourgeoisie appauvrie peut donc rejoindre la classe ouvrière, si ce n’est dans un partage des habitudes, au moins dans la construction d’un monde commun, fait de partage et de nouvelles habitudes.
La nouvelle lutte des classes peut-être entre les passéistes et les visionnaires. Les pauvres qui voudraient que la richesse ne soit plus maîtresse du monde sont des visionnaires, et les riches accrochés à leurs cassettes… non.

Nous devons laisser le real à sa place : dans la société du spectacle médiatique, du divertissement bourdieusien c’est-à-dire du parler d’autre chose pour ne pas évoquer le fond du problème. Nous devons laisser Nabilla, Closer, et le manque d’ambition (politique) imaginaire pour le monde, au fond de notre tiroir à chaussettes seules. Tout au fond.
Il n’y a pas plus de qualité dans la real-politic qu’il n’y en a dans la real-tv.

Sortons.

Allons voir de la danse contemporaine. Allons voir de la poésie sonore. Allons voir notre paysan, notre boulanger. Trouvons les filières courtes qui rapprochent les gens au lieu de rapprocher les choses. Lisons. Allons là où la masse n’est pas.
Nous verrons le monde.

Et regardons dehors. Là est le réel.

 

silence écoute

« Le silence, dit Meschonnic, est une catégorie du langage. Et il définit le rythme comme l’organisation du mouvement de la parole dans le langage. Ça n’a rien à voir avec la rapidité ou la fréquence. »
Claude Régy, L’Ordre des Morts, 1999.

pavésEchanger pour changer.
27 septembre 2014.
La Bellevilloise.

Une pierre sur le chemin…

C’était une réunion sur la parole. Sur la parole donnée, sur la parole émise, sur la parole trahie, sur la parole empêchée. La “société civile” avait la parole. Alors ils sont venus rappeler aux socialistes qui avaient fait la démarche de venir les entendre, que nous n’avions collectivement pas tenu notre parole.
Ils s’en excusaient presque puisqu’ils savaient que les socialistes présents en souffraient autant qu’eux, différemment, mais autant.
Alors ils se sont levés, un par un, pour émettre une parole qu’en période de campagne nous sollicitons mais n’écoutons pas, qu’entre deux campagnes nous tentons d’éviter. Une parole d’acteurs de la vie.
Comme nous, militants, mais ailleurs.
Et pour une fois, ils avaient le pouvoir : ils avaient le micro.

Pouria Amirshahi leur et nous a dit bonjour. Puis leur et nous a dit merci. Et n’a rien dit d’autre.
Barbara Romagnan, Fanélie Carey-Conte, Cécile Duflot, Emmanuelle Cosse, Pierre Laurent, Emmanuel Maurel, Jérôme Guedj, Guillaume Balas, Pascal Cherki, Daniel Goldberg, Michel Pouzol, Christian Paul, Jean-Marc Germain, Frédéric Hocquard, Capucine Edou et les autres se sont tus. Parole empêchée, écoute activée.

Ils ont écouté.

“Quand on commence à faire des compromis avec les mots on continue à faire des compromis avec les principes et ça finit toujours mal.” Lénine.
Voilà avec quelle citation Gérard Miller, psychanalyste, nous laissait. Il nous avait salués en citant la chanson de Dalida : ‘Paroles, paroles’ pour donner le ton…
Aujourd’hui nous ne nous parlons plus, donc nous ne nous écoutons plus. Nous sommes une société de postures. Miller a raison : nous avons « abandonné un certain type de discours depuis la chute du mur de Berlin, [nous avons] adopté le langage de nos adversaires. Aujourd’hui les socialistes sont inaudibles quand ils parlent des chômeurs ou des roms mais très audibles quand ils parlent au Medef. »
Edwy Plenel a posé une parole non pas de passé triste mais d’espoir naissant : « les “frondeurs” nous invitent à faire comme eux, c’est-à-dire ne plus se lamenter, mais sortir de TINA, chercher un chemin… Inventer ce chemin vers le futur… Trouver le phare qui va l’éclairer. »
Philippe Torreton appuie sur le même point : « Si le débat ne se fait pas, libre à nous de le faire quand même !! »

Ils nous autorisent, car nous y accompagneront, à la parole recouvrée.
Non, pas la parole négative critique ou délétère, la Parole. Le son qui sort de son corps pour lier sa pensée à celles des autres. Retrouvons la phasis, nous redeviendrons en phase avec le monde.

Il n’y a rien de révolutionnaire, juste la permission de s’écouter au-delà des étiquettes, au-delà des habitudes… Juste s’écouter…

« Sans bruit, avec délicatesse, la réalité exacte laisse apparaître qu’elle n’est pas du tout une réalité finie. »
Claude Régy, L’Ordre des Morts, 1999.

pendant-guerre

Faire un pas de côté.

Demain, j’enterre la dernière sœur de mon grand-père Picard. Demain, nous officialisons le changement de génération chez les Picard.

Clémence Paul et EmileClémence, Paul et Emile, vers 1922 (?)

Emile Picard était mon arrière-grand-père, je ne l’ai jamais connu. Je ne saurais même pas dire quand il est mort. Je demanderai tout ça à mon père. Mais il était beau. Très beau. Si beau.
Clémence, sa femme, Clémence Picard née Martin dans le pays des étangs, en 1891, je l’ai connue jusqu’à sa mort le 1er janvier 1992 au matin. C’était ma mémère, ma « petite mémère ».
Elle était la mère de Paul mon merveilleux grand-père, de Gabriel, de Marguerite et de Marie-Thérèse. Mon Grand-Père, Paul, je ne l’ai que peu connu mais je l’aime toujours. Merveilleux, oui, parce qu’il était magicien : il était si présent dans ma vie malgré sa mort qu’il est toujours une merveille pour moi. Encore aujourd’hui.
Il fut le père de mon père. Je ne vous dis pas comment il s’appelle parce qu’il est là, il me lit, et ça ne vous regarde pas. Papa, Grand-Père, Mémère. Et moi. On a brossé le XXème siècle. On a déroulé cette ligne généalogique hier avec mon fils qui est en train d’apprendre le siècle à l’école.

Mémère est née quand Metz était prussienne. Quand ma terre n’était pas la vôtre.
Grand-Père est né juste après-guerre, en 1919, quand ma terre a acceptée de redevenir vôtre.
Papa est né juste après-guerre, en 1949, quand ma terre était redevenue nôtre pour la 2è fois en peu de temps.
Elles étaient moches ces guerres. Elles salissaient, détruisaient, tuaient. Affamaient aussi. Elles ont transformé nos vies. Elles ont aussi figé quelques modes de pensée.

Mon arrière-grand-mère, Mémère, était née moins de 20 ans après la Commune pour vous, pour nous alsaco-mosellans elle était née quelques années après la défaite. Elle a traversé la 1ère guerre mondiale. Elle m’appelait « mom’feu ». Elle parlait le patois lorrain et a toujours refusé de parler allemand après 1918. Alors c’était dur d’être à Metz pendant la guerre, la seconde, quand Metz était allemande, quand Metz devait parler allemand.
Elle avait cousu des croix de Lorraine dans le corsage de ses filles, pour qu’elles sachent qu’elles n’étaient pas allemandes mais lorraines.
Son fils aîné était parti à Lyon. Son fils cadet était parti avec les Malgré Nous. Laissé pour mort, récupéré sur le front russe. Emprisonné des deux côtés. Sauvé. Il était beau mon grand-oncle Gaby.

Elle avait vu l’Indochine et l’Algérie emmener des garçons sous des latitudes où elle n’est sans doute jamais allée.
Et elle est morte après avoir vu la scission du monde en deux camps tomber, cette scission qui avait rythmé nos vies pendant si longtemps. Elle est morte quelques mois après la chute du mur. Ma mémère à moi, elle a vu tout ça. Mais ce qu’elle faisait le mieux, c’était nous prendre la main, pour nous toucher, pour rendre réelle notre présence, nos existences.

Elle a vu tout ça. Et pourtant, elle a toujours continué, en mettant tel un petit Poucet égrenant ses cailloux, toujours de l’entraide et de l’amour dans tout. Même dans ses râleries.

Mon fils lui, est né en 2006. Au XXIème siècle. 5 ans après le 11 septembre 2001. Il n’est pas né après-guerre, lui et sa sœur en 2009 sont nés pendant-guerre. Un pendant-guerre invisible et pernicieux. Mais oui, pendant-guerre. On ne naissait que peu pendant les autres guerres, les vraies guerres parce que les hommes étaient au front et parce qu’on vivait la guerre dans le quotidien et quand on a faim, on n’enfante pas. Là, ils meurent un par un. Et la nourriture est plus chère, mais on en a encore. Alors on enfante.

On ne sait pas comment faire la guerre d’aujourd’hui. Nous avons de vieux logiciels. Nous avons les pantalons rouges napoléoniens sur un terrain sablonneux. Mais surtout, nous refusons de comprendre que nous sommes en guerre, non pas contre une communauté, non pas contre un état, non pas contre une personne et sa légion, non. Nous sommes en guerre, depuis 13 ans maintenant, contre l’Hydre de Lerne.

Nous n’y arriverons jamais seuls. L’Occident tel qu’on le pense n’existe plus et ce n’est pas grave. Nous ne sommes plus des patries colonialistes, impérialistes, hégémoniques et ça va aller quand même. Nous n’avons plus ce pouvoir-là. Nous devons donc trouver nos frères, et demander à leurs enfants de nous aider et de cautériser chaque endroit où nous couperons une tête.
Héraclès tua l’Hydre comme ça : en demandant de l’aide au fils de son frère. Nous, enfants d’Abraham, devrions trouver les fils d’Ismaël pour faire la guerre contre l’Hydre avec eux.

Parce que ce n’est pas une guerre Orient / Occident. Ce n’est pas une guerre Islam / Chrétienté. C’est une guerre terreur / raison.

Ils auront gagné la guerre quand tous, nous paniquerons et aurons peurs de nos frères.

Retour(s) de La Rochelle

Le ciel est gris mais clarteux.
Voilà. C’est comme ça.

Le ciel est encombré, plein de nuages, des promesses d’orages. Mais la lumière nous éblouis.

Ne soyons pas trop éblouis. N’ayons pas peur de l’orage.
L’orage passe. La nuit vient. Puis le jour. Puis la nuit. Puis le jour.

ViveLaGauche (c) Le Monde

La réunion « Vive La Gauche » samedi matin n’était ni un début, ni une apogée. C’était un rendez-vous.

Ce n’était pas un début parce que les députés n’ont jamais commencé. Des députés qui décident d’amender des textes proposés par leur propre majorité, il y en a toujours eu. Ce qui n’existait pas, c’est qu’ils se réunissent en collectif que, in fine, soient obligés de rendre public le rapport de force.
Collectif, donc.
Collectif car sans chef. Sans chef car là n’est pas la question. L’urgence n’est pas au leader mais à la direction : la voie à prendre. La leur est simple : la feuille de route des élections de 2012. Une feuille de route, une direction, collectives. C’est tout.

Ce n’était pas une apogée non plus. Parce que l’apogée, c’est arriver tout en haut pour redescendre. Ça monte tout droit vers le ciel telle une fusée de feu d’artifice, ça pétarade, et ça retombe doucement en laissant quelques traces et de beaux souvenirs. Samedi, ce n’était pas une apogée : c’était une étape. Je me souviens du vote du TSCG à l’automne 2012 lorsqu’on avait dit que ceux qui ne l’avaient pas voté ne comprenaient rien à la real-politique. Je me souviens de Jérôme Guedj alors encore député qui expliquait la nécessité de devoir faire attention avec la création du CICE, qu’on pourrait mieux le cibler par exemple.
Ce n’était pas une apogée, parce que Vive La Gauche n’est pas une explosion mais un joli crescendo. Un chant entonné sur un chemin de campagne à la lisière du bois qui à l’entrée de chaque nouveau chanteur, prend de l’ampleur.
Et ce n’est pas un coup médiatique, parce que pour faire un coup de pub, il vaut mieux être tout seul. La couverture est plus facile à tirer à soi : elle est moins lourde. Un collectif, ce n’est pas un coup.

C’était un rendez-vous. C’étaient nos PARLEmentaires qui venaient nous parler. Et nous voir. Vérifier que nous existions vraiment, que nous étions vivants. C’était un rendez-vous où ils venaient vérifier qu’ils devaient continuer. Et où nous avons dit « oui ». On suit. Pas de problème. On a envie. Oui !

C’était un chemin de traverse de l’Université d’Eté du Parti Socialiste. Mais il y a eu sur la ‘grande route’ socialiste beaucoup de paroles dites. Et beaucoup allaient sur la même voie/x, une par une, voie qui n’est que celle du programme de François Hollande en 2012 : se battre pour une plus grande justice sociale. C’est tout.

Et la parole se libère. Il y a deux ans, il n’y avait que l’aile gauche qui osait dire tout haut que la politique menée n’était pas légitime, pas celle prévue. Et alors que Maurel, Lienemann, Guedj et leurs camarades ne baissaient pas les bras, on tentait de les leur tordre. Ces derniers jours, même les anciens ministres l’ouvrent, cette voie. Mais à un ancien ministre, on ne tord pas le bras. Tout juste on tente de couvrir sa voix.

Évidemment, elle est légale cette politique. Il n’y a pas de putsch, il n’y a pas de défaillance institutionnelle. Il y a une défaillance dans nos institutions, ce n’est pas la même chose. Personne ne triche, mais les règles ne fonctionnent plus. Lorsqu’on sait que les règles sont mauvaises, on tente de les transcender. On discute, on débat, on négocie : on s’arrange. On l’a souvent fait. Mais là aucun équilibre n’est plus possible, aucune écoute, aucun travail en commun, aucun esprit de complémentarité. Il y a un refus de trouver un équilibre entre la chèvre et le chou. Aujourd’hui, il n’y a plus que le loup.

Alors oui, la semaine passée est la semaine qui rend obligatoire la clarification. Il n’y a pas de guerre à faire, il n’y a que des choix à valider. Ce n’est pas si grave. Aucun combat. Aucune bataille. Sauf si nous devions avoir à combattre même pour avoir la possibilité de valider ces choix et de ce fait combattre pour redonner un esprit démocratique à notre parti.

ROUVRIR LES YEUX

« Votre vérité, vos mensonges, pas les miens.

Et alors que je croyais que vous étiez différent et que peut-être même vous ressentiez la détresse qui passait parfois sur votre visage et menaçait de déborder, vous aussi vous protégiez vos arrières de merde. Comme n’importe quel autre stupide salopard de mortel.

Dans mon esprit c’est là trahison. Et c’est mon esprit le sujet de ces fragments troublés.

Rien ne peut éteindre ma colère

Et rien ne peut restaurer ma foi.

Ce n’est pas là un monde où je souhaite vivre. »

Sarah Kane, 4.48 Psychose, 1999

PAROLES sarah kane

Il y a la radicalité de Kane. Il y a surtout son des-espoir. C’est la trahison de l’espoir le pire. Le plus sanglant. Le plus violent. Rien ne peut éteindre ma colère. Nous sommes plusieurs ce mercredi 27 août 2014 à penser cela. Rien ne peut éteindre ma colère d’espérant trahis.

Ce n’est pas un problème de personne. Il n’y a pas de personne qui vaille. La politique, si on est socialistes, c’est une question de ligne, pas de personne.
C’est une question de symboles. Mais pourquoi ? Pourquoi s’attache-t-on tant aux symboles ? Parce que le symbole c’est entendre le non-dit. Et qu’en ce moment, dire est proscrit. Dire est interdit. Dire est mourir.

Je connais des frondeurs, ils n’ont ni fronde ni pierre. Juste une ligne, des paroles, des actes qui bon an mal an vont avec leurs paroles, dans la mesure de l’esprit de corps, de groupe. Parce que lorsqu’on est socialiste, il n’y a pas de personnes, il y a un groupe.

Alors ils ne sont pas frondeurs ? Non. Ils ne le sont pas. Ils sont PARLEmentaires.
C’est tout. Et légitime.
On va leur intimer de taire leur légitimité. On va leur intimer de quitter leur terreau, leurs racines. On va leur intimer de se dédire et de médire.
Et s’ils ne le font pas, on leur mettra les échecs sur le dos.
Tous les échecs.

Ces hommes, ces femmes, prônent depuis 2 ans, 1 an, 6 mois des solutions alternatives, des compromis, des sorties d’impasse au fur et à mesure de leurs ‘raz-le-bol’ et on va dire que la chute, c’est eux.

Votre vérité, vos mensonges, pas les miens.

Le Parti Socialiste est un. Il a un bras gauche, un bras droit. Deux jambes. Une tête, mais deux hémisphères. Un cœur. Un bide. Des tripes.
Les tripes, c’est nous tous. Militants. Du haut et du bas.
Le cœur, c’est nous tous. Tous. TOUS. Parce qu’on s’occupe de tous, même de ceux qui ne nous aiment pas. Même de ceux qui ne nous connaissent pas. Là est notre moteur socialiste.

Aujourd’hui j’ai peur que le bras droit soit en train de couper le gauche en passant sa lame de couteau à travers les joues. Tétanie. La tête ne parle plus, de peur de se blesser. De peur de mourir.

Mais cette gymnastique est périlleuse. La tête devrait le voir. Les va et viens de la lame pour couper le bras gauche tranchent les joues. Atteignent les mâchoires. Pour couper le bras gauche, le droit déchiquète la tête en pièce.
Ça saigne. La douleur vide les tripes.

Il faut stopper la tétanie.
Il faut stopper l’hémorragie.

Il faut se reprendre.
Ce n’est pas là un monde où je souhaite vivre.

Il y a déjà eu, il pourrait y avoir de nouveau des moyens de se parler, de travailler ensemble. Regardons nous bien. Oui, les yeux. Nous n’en avons pas parlé des yeux. Les yeux, c’est notre rapport au monde. C’est ce qui va dans une seule direction, le gauche le droit la même. Les yeux sont là. Ils voient bien ce qui se passe dans le corps. Les yeux, s’ils se passent l’un de l’autre perdent tout relief. Un œil, plus de relief. Un œil, un monde plat. Atone. Amorphe. Deux yeux, un monde qui bouge, qui vit, qui vibre.
Les yeux, il faut maintenant les rouvrir. ROUVRIR LES YEUX.
ROUVRIR
LES
YEUX.

« NE LAISSEZ PAS CA ME TUER
CA VA ME TUER ET M’ECRASER ET
M’ENVOYER EN ENFER

Je vous supplie de me sauver de la folie qui me dévore
une mort hypo-volontaire

Je pensais que je ne parlerais plus jamais
mais maintenant je sais qu’il y a plus noir que le désir
peut-être que ça va me sauver
peut-être que ça va me tuer. »

Sarah Kane, 4.48 Psychose, 1999.

 

 

 

 

Père de la vérité.

falling-skies tom mason 2Falling Skies.

 

Auctoritas, du latin auctor et itas père et vérité – racine du mot autorité.

Faire preuve d’autorité, c’est détenir une Vérité, dans sa complexité.
Faire preuve d’autorité, c’est avoir prouvé détenir la vérité et donc pouvoir bénéficier de la confiance des autres lorsqu’une parole est dite.
Faire preuve d’autorité, c’est savoir et protéger quand même.
Faire preuve d’autorité, c’est non pas exercer un pouvoir sur les autres, mais exercer un pouvoir pour les autres.

Connaître (naître avec)
Comprendre (prendre avec)
Réaliser (rendre réel)

 

Augmenter la fondation.
Auctoritas
vient du grec augerer : augmenter la fondation.

Hannah Arendt - augerer

Hannah Arendt – “La crise de la culture“, Ed : Folio, 1972, p190

 

Être un chef, c’est ça. C’est protéger le groupe dont on est chef, pour lui permettre de se développer et de donner le meilleur de lui-même, individuellement et collectivement, pour que l’ensemble se développe. Enfin, l’idée, ce serait ça. Être chef, qui plus est de gauche, ce serait ça idéalement.

Être chef c’est aimer et avoir confiance en son équipe.

Être un bon chef, c’est avoir une équipe qui se sourit et qui est une force de frappe même en son absence, et pas forcément au nom du chef, mais au nom du groupe voire simplement au nom de la cause défendue ensemble.

 

Alors toi qui voudrais être mon chef, toi, là, qui pense être à la tête d’un groupe dont je ferais partie, ou qui souhaiterais le faire, tu dois d’abord te demander sur quelles fondations tu le fais. Tu n’as pas le choix. Pour nous faire avancer tous ensemble, tu dois nous dire non pas comment on y va, mais où on va. On va te faire confiance si, et seulement si tu décides d’avoir confiance en nous. Nous en groupe. Nous ensemble. Nos décisions. Notre survie.

Et d’ailleurs, en fait, nous ne t’acceptons toujours qu’après avoir choisir une direction. Un but. Une raison de te mettre à notre tête :

 Ceux mêmes qui commandent sont les serviteurs
de ceux à qui ils paraissent commander.

St Augustin.

à écouter impérativement : Pouvoir, autorité et légitimité
http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-pouvoir-autorite-et-legitimite-2013-04-19

Les dimanches pluvieux d’août.

les-lieux-de-marguerite-duras_reference_1_

Mission : respecter le travail des artistes…

C’est le moment où tu veux oublier. C’est le milieu de l’été. Tu aimerais penser projets ou festivals. Tu aimerais penser sable et sandales. Et roman d’été. Tu voudrais te nourrir de glaces et de pizzas. Mais cet été, il est mauvais. Il est bottes en caoutchouc et tarte au Nutella. Cet été, il fait ce qu’il peut, il se débat un peu pour s’améliorer, mais tu ne veux pas regarder The Newsroom parce que tu as trop d’infos déjà. On n’a pas encore trouvé le #JourLePlusChiant. Et pour cause. Les causes frappent. Fort. Fort. Quotidiennement. Le monde s’embrase. Alors tu cherches. Tu cherches de la légèreté, mais tu ne la supportes pas. Des photos de rien, ok, mais au second degré s’il vous plaît. Ou avec de l’amour. Parce que ce putain de premier degré au sang, il se décolle pas. Même les dimanches pluvieux d’août.

Et pourtant. Pourtant, il y a une petite colère, une colère qui n’est pas contre la mort, contre la décimation, non, une colère qui est contre la bêtise et qui me taraude cette semaine. C’est lancinant. C’est « non, ce n’est pas SI grave, regarde l’Irak, regarde Gaza, regarde la Syrie, ça ce n’est rien… »… sauf que la colère reste, comme un sparadrap de perfusion au poignet quand on a la jambe cassée.

Alors voilà, c’est l’histoire d’une indignation. J’ai vu fleurir sur nos fils d’actualités de réseaux sociaux une indignation contre la peinture en bleu nase d’une fontaine faite par un artiste pour une ville. C’était à Hayange, en Moselle. C’était commandé par un maire frontiste.

Alors voilà, cette indignation est juste et sincère. Je n’en doute pas une seconde. La plus belle réaction fut celle de Jean-Pierre Masseret (président de la Région Lorraine) qui se demande pourquoi ce maire élu, Fabien Engelmann, a eu envie de devenir maire d’une ville qu’il trouve sinistre et lugubre. Mais beaucoup d’autres se sont indignés. Fortement.

OK.

Pourquoi ?

Selon l’ADAGP, la société française de gestion collective des droits d’auteur dans les arts visuels, “il est interdit de porter atteinte à l’intégrité d’une œuvre d’art”, même quand on est propriétaire. Car “le droit moral est de l’artiste est perpétuel et inaliénable. Le domaine artistique constitue le seul secteur où le droit de propriété est moins fort que le droit d’auteur”.  *

Pour le respect d’une œuvre, changée à de possibles fins politiques : les deux bleus seraient en hommage au bleu du symbole du Front National. L’œuvre n’ayant pas été faite dans ce but, lui donner une portée politique est de la récupération. Notre sens commun nous dit que c’est mal.
Et parce que nous savons le tort que les nazis ont fait subir aux œuvres d’art. Parce que nous avons peur que cela recommence et en cela nous scrutons ce que le FN au pouvoir peut faire de mal, parce qu’il est hors de question de se retrouver dans la même situation que l’Allemagne des années 30. Parce que nous avons peur que cela recommence en allant aussi loin. Parce que nous mélangeons l’ostracisme, la fermeture d’esprit, la violence verbale et parfois physique des membres du FN et la bêtise. Par conséquent, souvent, nous les sous estimons d’ailleurs.

OK.

Mais là, je me pose la question : « c’est quoi le travail d’un artiste ? »
John Dewey (USA, 1859-1952) explique l’œuvre d’art comme ce qu’on fait avec l’énergie d’un tout nouveau recommencement. Ce qui est hors de l’artisanat, du savoir-faire, au-delà de ça, avec une valeur ajoutée : la mise en danger du saut dans le vide.
Ce saut dans le vide, c’est ce qui nous donne à nous spectateurs d’une œuvre nos émotions. Nous allons au théâtre pour voir les comédiens mourir sur scène. Pour cette possibilité-là. Pour cette partie de leur vie qui se joue, là. Nous allons au musée de même. Nous ouvrons un livre de même. L’artiste est celui qui met une partie de sa vie en jeu dans son œuvre. Et en cela, il est le soldat, le tirailleur de son époque. Il est, s’il est bon, le fusillé commando de son époque. Il est, s’il s’implique, celui qui parle le mieux de nous.
S’il ne s’implique pas, il est musicien, peintre, auteur, comédien mais pas artiste. Aucune gloire n’y changera rien.

 «Je vois l’acteur toujours comme en danger de mourir, de mourir de théâtre.
C’est sa définition même, ça ne se retrouve jamais ni au cinéma ni dans les shows…
C’est la peur, la vraie, celle qui manque au cinéma,
à la fois toujours lointaine et toujours là», écrivait Duras.


Mais que faisons-nous, nous, du travail de ces artistes ?

Nous perdons le mobilier national.
Nous jetons des œuvres faute de les avoir entretenues.
Nous demandons à des artistes de passer plus de temps à animer nos villes (pour faire venir des touristes ou occuper/éduquer nos enfants) que nous ne leur offrons de semaines de travail en studio.
Nous demandons aux directeurs de festivals de « faire du monde » avec des « têtes d’affiches » alors que pour la pérennité et l’intérêt culturel des-dits événements, il faudrait construire une image, une esthétique propre.
Nous demandons aux intermittents de supporter le rééquilibrage de leur statut pourtant intégré à la solidarité interprofessionnelle. **

Faites nous rire, mais pour pas cher.
Occupez nous, mais ne nous demandez rien.
Faites joli, et surtout ensuite partez et taisez-vous.
Vous avez eu un peu d’argent, soyez heureux, allez en paix.

Pas OK.

La création ce n’est pas automatique. C’est un travail. C’est de l’énergie. C’est un investissement. La création c’est du temps de recherche, c’est du temps à se tromper. C’est du temps à ne rien faire d’autre.

Alors crions au loup, oui, mais à chaque fois qu’une création est dévoyée. Crions au loup. Le loup du manque de respect est partout. Celui du FN fait peur, mais les autres mordent aussi. Moins fort mais plus souvent. Plus souvent donc plus dangereusement.

Laissons les chercheurs chercher notre futur. Laissons les créateurs créer notre monde. Que les politiques organise, oui. Que les politiques choisissent, pitié oui, arrêtez le saupoudrage malhabile. Que les politiques entretiennent et croient en quelque chose ou le laisse à un autre : oui ! Oui ! Oui !

Mais laissez les artistes créer, les programmateurs sentir et le public aimer. Alors Engelmann sera réellement une honte de maltraitance d’une œuvre. Ce qu’il est. Et nous nous pourrons être choqués, éhontemment choqués. Choqués pour de bon.

“Je crois qu’on travaille avec la volonté
de rendre compte de toute la masse de désespoir
contenue dans le simple fait de vivre,
mais aussi dans le fait de vivre justement
dans l’humanité et les sociétés d’aujourd’hui.”

Claude REGY, L’ordre des morts, 1999.

* Le mobilier et la sculpture à la poubelle :http://www.lexpress.fr/culture/art/sculpture-repeinte-par-un-maire-fn-ce-n-est-pas-la-premiere-fois_1562789.html
** Pour les intermittents : https://www.youtube.com/watch?v=tC9ifnAumLM

 

 

 

Live is a stage.

Obama vs Russia

S’il y a un état shakespearien, ce sont les USA. Tout y est scène. Et leurs images se sont tant propagées que tout de suite, Marine One nous saute aux yeux.
The West Wing, 24, NCIS… on l’a tellement vu, Marine One. On le connaît. On sait que le président des Etats Unis d’Amérique se déplace dans quelques coucous, dont celui-là.
On sait qu’il est One juste parce qu’il va rentrer dedans.
Qu’est-ce qu’Obama est venu nous vendre comme story-telling ?

 1. Est / Ouest = good / bad : on gère.

Nous retombons donc sur nos pattes. Non parce que ces derniers temps, quand même, c’était le bazar. Voilà, là, c’est super facile. Obama vs Poutine. Le premier qui rit qui y est. Et hop : la terre tourne de nouveau rond. Youkaïdi.

Non, en plus on connaît. La crise de Cuba, tout ça, on sait bien qu’ils n’iront pas très loin. Des « petits » peuples mourront sans doute sous des « dommages collatéraux », mais ça va… on a déjà eu ça. Cool.

Tranquille.

Ils ont la bombe mais ne l’utiliseront pas. Leur économie tient sur nous, tous, toute la planète. Et ce sont des hommes d’affaire avant tout, rigolez pas. Ils ont troqué leurs soldats par des courtiers. Ils savent ce qu’ils misent. Ils feront pas tapis.

 

 2.  Ah oui, il y a encore « les autres »

Les autres ont crû lorsque ces deux-là se regardaient dans le blanc des yeux depuis les années 70… la démocratie rayonnante les a mis en place par ci par là. Les autres ils sont filous. Ils ne respectent pas les règles. Genève, rien à faire. Ils ne font même pas la « guerre » ils font du « terrorisme ». C’est pas qu’on ne les ait pas vu arriver, c’est juste qu’ils n’utilisent pas les règles. On ne sait même pas pour quoi ils font leur guerre. On sait juste qu’ils nous tuent, nous, démocrates et plutôt tolérants de toutes les couleurs, avec une préférence certaines pour ceux qui ne les embêtent pas vraiment. Personne ne se demande vraiment pourquoi, parce que l’horreur ne peut pas avoir de réponse intelligible. Il n’y a pas de réponse tolérable. « Parce que ». Voilà, « parce que ».

Certains disent « parce que ce sont des monstres » ou « au nom de Dieu ». Oui, au nom de et non pour. Et n’est monstrueux que ce que nous ne comprenons pas. Donc, non, nous ne savons pas.

On lit le monde comme une série américaine. Depuis des décennies. Est vs ouest. Marine One. Occident vs le reste du monde. Jack Bauer. Israel vs Palestine. Le Mossad, la NSA, le KGB…

Là, c’est un chaos incompréhensible car non cartographié. Quel est le lien entre Téhéran et Tripoli ? y en a-t-il un ? vraiment ?

 

 

Et si Obama tentait de sauver le monde en menaçant Poutine, pour nous jouer un air qu’on connaît ?

Une troisième guerre mondiale, très froide, qui serait un peu pareille à la 1 et la 2. Une horreur habituelle.

La statue du commandeur qui arrive à la fin, pour faire taire Dom Juan.

 

Et si ça ne suffisait pas, et si ça ne refroidissait pas assez la fournaise qu’est notre planète ?

 

« A horse ! A horse ! My kingdom for a horse ! »

could be saying Occident tonight.

PEUPLES GUERRIERS.

Nous en sommes.

Nous n’avons, en fait, pas changé. La nuit des temps ne nous a toujours pas endormis. Nous sommes un peuple guerrier. Avancer, taper, conquérir, avoir.

 

Petite, j’ai grandi avec une tante en Centrafrique. Vous savez ? Non, vous ne savez pas. Moi je savais, et je savais que vous ne saviez pas. C’était un peu notre secret, notre trésor cette guerre incessante, ce conflit qui pointillait. Comprendre avant ses six ans que des enfants meurent de faim, que certains le savent et s’en préoccupent assez pour les y aider, pendant que les autres se préoccupent d’autre chose, ça règle quelques problèmes de compréhension du monde. L’injustice est norme. C’est tout.

On y peut, mais ça coûte.

On y peut peu et ça coûte beaucoup.

 

La Centrafrique, je n’y suis jamais allée. Mauvaise concordance des temps. Mais j’ai grandi avec ce pays. Je l’aime, quelque part. Ce pays, il me permet de relativiser. De savoir que nous ne savons jamais tout. Et que les choix politiques ne sont pas humains. Et que même en guerre, un pays est beau, les gens sont beaux.

 

Cette famille, ses sacrifices m’ont rendue humainement idéaliste et réaliste. En même temps. Pas évident. Ne rien attendre, toujours espérer. Pas évident. Vraiment.

 

Alors là, ce mois de juillet 2014 là… Ne rien attendre, toujours espérer. Écouter. Écouter. Écouter. La vie depuis m’apprend à me focaliser sur l’écoute. Là est notre voie de sortie. Ailleurs c’est l’impasse. Écouter. Écouter le monde. Au lieu de guerroyer : nous n’avons plus les moyens de guerroyer. Nous devons avant, savoir avec qui nous battre. Redéfinir les équipes. Les légions.

 

Je ne comprends pas ce qu’il se passe en Centrafrique. Mais vous savez, je crois que c’est un peu pareil que ce qu’il se passe dans le Croissant Fertile, de la Libye à l’Irak… pareil que ce qu’il se passe ici entre la place de la République et la rue de la Roquette… Je crois que nous avons laissé nos oreilles, nos mains, nos cœurs enfermés dans l’individualisme à outrance et que nous sommes tant et si bien enchaînés, que nous préférons tuer celui qui est enchaîné à côté de nous pour le bouffer que de briser nos chaînes pour aller chasser avec lui un gibier plus ambitieux.

 

Nos chaînes nous font des marques aux poignets et nous pensons que c’est celui qui a une autre couleur de chaînes le responsable. Jamais nous ne nous retournons, par peur du coup de fouet, vers celui qui pose et tient la chaîne. Personne ne sait même plus qui il est.

Pavlov nous a tués.

 

Arrêtons-nous deux minutes. Stop. Posez-vous. On est fin juillet. On prend l’apéro entre amis. On s’arrête. On bouge un peu. Posez-vous et réfléchissez à qui tient vos chaînes. Pas juste à côté de vous, pas votre sous-chef névrosé, non… le bout de la chaîne, le début de la chaîne…

Je crois que ce sont nos mains qui sont dessus. Il faut lâcher. Lâchons.

Screw you, neoliberalism.