Coincés, on a perdu l’essence.

« Faire de la politique autrement »,
mais avec les mêmes mots, les mêmes personnes, le même calendrier, les mêmes institutions, les mêmes réflexes, les mêmes idées.
Coincés.
« Parler au Peuple »,
mais avec une langue pré-écrite, technocratique, sans aucune fausse note, sans approximation, sans vie : machinale.
Coincés.
« Sortir de l’appareil »,
mais en étant élu, car sinon on n’est rien, on n’a rien fait, on n’a rien prouvé, on ne vaut rien.
Coincés.

Ce n’est pas uniquement la classe politico-économique qui est coincée, c’est la société toute entière. Il y a un chaos dans nos envies : elles tombent. Tous nos cadres sont vides, alors on s’y accroche agressivement, de peur de tomber nous aussi. L’équation est simple : contre le pareil, on prend l’autre mais celui qu’on voit depuis longtemps. Contre l’establishment en place, on prend celui qui veut prendre sa place. Contre le loup, l’ogre.

http://www.filipmarkiewicz.com/silentio-delicti/

Silencio Delicti – Filip Markiewicz, 2012-2045

Notre ennemi est la finance ?

La secrétaire nationale aux droits de l’homme de mon parti, socialiste, dit de moi que je suis conservatrice car je refuse de laisser changer le droit du travail dans le sens où la droite voulait le faire il y a 15 ans. Puis elle demande à ce que l’on soit plus véhément contre la droite d’aujourd’hui. Boire ou conduire, il faudrait choisir… « l’aile gauche du PS préfère la division et a prêté allégeance à une gauche radicale qui, dès le début, a parié sur un échec du gouvernement en misant sur la très hypothétique formation d’un Podemos à la française. » Je dirais plutôt, chère Rita Maalouf, que c’est le gouvernement qui a misé sur l’échec du programme présidentiel et législatif. C’est lui, qui a abandonnés et qui nous pointe maintenant comme une gauche radicale alors que nous sommes so FH2012.

Je connais bien, l’aile gauche : c‘est elle qui m’a ouvert les bras du PS. J’y ai vu beaucoup de choses, mais peu de conservateurs. Quant au Podemos à la française, c’est méconnaître et la France et l’Espagne que de penser nos deux régimes et cultures suffisamment identiques pour être reproductibles. La seule chose que nous avons pris à l’Espagne, c’est un dauphin, Louis XX de Bourbon, duc d’Anjou.

Contre l’obscurantisme, ne baissons pas les armes : soyons subversifs !

J’entends dire ici ou là qu’il faut battre le Front National, l’empêcher, le contraindre, le réduire. J’entends les mêmes dire, à quelques souffles de ça, qu’on doit faire attention et ne pas faire monter l’extrême-droite sur leurs grands chevaux. Mais qu’ils hennissent, fichtre diantre, qu’ils hennissent !! Et je n’ai jamais vu qu’une seule arme pacifique efficace contre l’obscurantisme : l’amour de la subversion. C’est le rayon de soleil dissipant le vampire. Être subversif, inventif, curieux et aimer ça.

Si vous voulez battre le Front National, levez-vous et arrêtez de demander « Et vous comptez toucher une large audience ? » mais, lorsque vous recevez des artistes, des passeurs d’art, des professionnels qui touchent aux âmes « Et, lorsque le public sort de votre représentation, peut-il être bouleversé ? »

Essayez cela, vous transformerez alors le monde. Parce que bouleversé, c’est ébloui ou choqué, c’est porté ou giflé, mais c’est vivant et ça bouge. La subversion ne choque que les conservateurs, et les conservateurs sont nocifs.

Silencio Delicti, Manifeste pour la dépolitisation du corps humain. Filip Markiewicz, 2012-2045.

Silencio Delicti, Manifeste pour la dépolitisation du corps humain. Filip Markiewicz, 2012-2045.

Il nous faut reprendre notre liberté calendaire dans nos réflexions. Oublions les élections lorsque nous souhaitons penser. S’il faut sortir des préconçus, fabriquer, ou faire la Politique par rapport au monde à inventer ne pensons plus aux échéances. Il nous faut aussi reprendre notre liberté politique face à nos opposant qui eux n’ont jamais perdu la leur. Qu’ils se débrouillent pour convaincre avec leurs idées, nous nous débrouilleront avec les nôtres. Et si parfois elles se rejoignent ? Et bien nous les construirons ensemble. Et moi, de la gauche archaïco-radicalo-conservatrice*, je dis oui : projet après projet, voyons où nous pouvons construire ensemble, droite et gauche réunies. Et où ce n’est pas possible, nous laisserons les citoyens choisir entre nous.

Réécrire le monde.

Nous sommes face à l’improbable : réécrire l’œuvre du monde dans une époque de résumés de textes et de slogans en langue-sms. Dans une Europe qui devrait se réinventer, on se renferme sur nos vieilles frontières. Pour dynamiser notre pays, on a découpé ses terres comme à la colonisation on avait découpé le Sahara : selon les intérêts économiques et politiques de ceux au pouvoir au jour J. Aujourd’hui on leur cherche des noms dans nos livres d’histoire médiévale. Appelez-moi Brunehilde… je suis reine d’Austrasie*.

Nous sommes face à l’incompréhension : le pouvoir nous dit qu’il ne peut plus rien. TINA est notre ennemie commune, alors on s’y accroche en se disant qu’un jour, elle nous embrassera. TINA ne fait rien, c’est une ogresse avide de chair humaine. Elle nous mange. Ensuite, elle crèvera de faim.
There Is No Alternative to death**. C’est la seule chose qui n’en a pas : la mort de toute chose vivante. Si tu n’es pas la Mort, quoique tu sois, tu peux disparaître de nos vies. Même le capitalisme financier a une alternative, qu’apparemment nous ne connaîtrons que lorsqu’il nous aura mangé. Nos petits-enfants le saurons lorsqu’il se sera étouffé de nous avoir mangé, qu’il aura chu.

Mais il y a aussi toute une catégorie de personne qui veut et fait, parallèlement, dans un ailleurs souvent salué par un haussement d’épaules.

Il est là le podemos : nous pouvons. Nous pouvons sortir du XXème siècle par le XXIème, un siècle où la pensée complexe sera envisageable. Nous n’avons pas à copier ce que nos voisins ont fait, mais nous sommes, nous, européens sans contraintes : nous allons construire l’Europe dont nous avons envie ensemble. Nous ne regardons pas nos voisins avec envie mais avec intérêt. Nous avons compris que nous sommes l’avenir, ensemble.

Nous pouvons penser la France comme faisant partie de la francophonie comme nous incite à le faire Alain Mabanckou. C’est si juste. Nous rendre compte que la terre est ronde et qu’à sa surface, il n’y a pas de centre, même pas Paris. Écouter enfin les mots des autres pour penser le monde en dehors des frontières de la colonisation. Sans mot d’excuse, mais en regardant enfin en face, droit dans les yeux, les noirs et les arabes que nous, blancs, ignorons si souvent. Ce n’est pas un mépris profond, c’est une vraie ignorance, une ignorance passive.

Et si nous donnions à la pensée francophone la place que nous donnons aux populismes occidentaux ? Et si nous donnions aux exclus l’importance que nous donnons aux populistes ? Quels en seraient les conséquences sur notre vie à court, moyen et long terme ?

 

* humour / second degré / auto-dérision / ce n’est pas sale
** il n’y a pas d’alternative à la mort

Effrontée

CYNISME : “mépris effronté des convenances et de l’opinion qui pousse à exprimer sans ménagements des principes contraires à la morale, à la norme sociale”

effrontee-1985-05-gPour moi, effrontée, c’était ça et c’était bon. Pas bien, mais bon. Et puis, j’ai grandi. J’ai toujours trouvé plus sympathiques les effrontés aux autres. Et puis nous avons tous vieilli, et nous sommes sortis des années 80. Le cynisme vainquit. Il a tout acheté.

D’ailleurs, aujourd’hui, j’ai essayé de me réjouir au premier degré d’une chose que j’attendais depuis longtemps : mon parti se réveille, mes camarades retrouvent la parole.

J’ai lu l’article de Stéphane Alliès et il est exactement où j’en suis là : las. Oh my f*cking Lord, où sommes-nous ? Nous sommes, là, dans un brouillard de confusion, nous sommes perdus là où plus aucun mot ne vaut son sens. Alors j’essaie d’oublier les mots. Comme Charlotte quand elle écoute le piano de Clara et s’envole.

effrontee spectacle[break]

Il n’y a pas deux gauches. Oui, il y a un désir de rupture. Je n’arrive pas à le comprendre, d’ailleurs. Je ne vois pas comment on peut décider non pas de partir, mais de faire partir. Quelle logique humaine pousse à cela ? Quelle intuition politique peut réellement faire penser que pour battre cette gigantissime crise qui nous assaille, “diviser pour mieux régner” serait la solution ? Encore faudrait-il avoir un royaume où régner…

Voilà, ni enthousiasme, ni colère. Juste des blagues, des sourires, cyniques… las… tout au long de la journée. Pourquoi ? Parce que c’est plus simple que de diriger ma colère vers la source de son objet. Il est tellement facile d’être, pour moi, pour nous, en colère contre Martine Aubry. Alliès le dit bien : elle se re-réveille, quand se rendormira-t-elle ? Facile d’être en colère qu’elle reprenne les mots que nous portons, sous les coups, depuis 3 ans finalement, là, maintenant. Être en colère contre ces camarades qui nous méprisent de dire tout haut ce qu’ils n’ont pas le droit de dire, eux. Parce que nous non plus nous n’avions pas le droit de les dire, ces mots : “le gouvernement fait fausse route, Hollande se trompe, nous rentrons dans une impasse, il faut changer, les gens nous tournent le dos”. Nous n’avions pas le droit, nous l’avons pourtant fait.

Mais elle n’est pas la source du problème, elle est juste une solution hésitante.

Il nous faut prendre le présent tel qu’il est et avec qui est debout, qui se lève, qui souhaite se lever.
Nous nous battrons ensemble, fatigues contiguës, solidaires. Non pas confiants, car le monde est en ruine : il ne reste que sa peau pour tenir le lait.

La question n’est plus “qui”, la question est “quoi” ? Pour moi, la seule réponse que nous n’avons su essayer contre cette crise latente, explosive, longue, lente et sans doute définitive c’est la solidarité. En France, en Europe, dans le monde, la seule arme contre le capitalisme financier agressif qui nous attaque et nous transforme, c’est ce tout petit bâton dans ses rouages, ce grain de sable accessible à toutes les échelles donc par tous : la solidarité.

Allez, à demain… debout.

[Edit du lendemain matin : voilà, j’ai signé “sortir de l’impasse” parce que ça ressemble à mon cri de défoncer le mur de l’été 2014 et que nous ne pouvons continuer à attendre…]

être française

Une bonne année, hein. Et la santé. La santé surtout. C’est important. 2015 ne nous a pas épargnée, espérons que 2016 sera meilleure, hein…
Donc, tu vois, si c’est un terroriste, c’est pas grave si on lui enlève la nationalité française. Oui mais ça sert à quoi ? Parce que tu veux qu’ils restent français, toi, les terroristes ? t’as pas honte de vouloir qu’ils restent français ? Non, c’est pas ça, mais ça sert à quoi ? ça empêche quoi ? ça résout quoi ? Mais qu’est-ce qu’on en a à foutre de ce que ça résout ? moi je veux juste qu’ils dégagent. Mais, en faire des étrangers, ça veut pas dire les virer ; et puis, ils seront en prison pendant longtemps, quand même… ça sert plus à rien la prison, pour toi ? Nan, mais la question n’est pas là, la question elle est qu’ils ne peuvent plus rester français ! OK, et ceux qui sont uniquement français, on en fait quoi ? Ben ils dégagent aussi. OK, et ils vont où ? en apatridie ? sur la Lune ? sur Mars ?

Je l’ai déjà dit : à force de trahir nos promesses, nous n’en avions plus, nous avons trahis nos valeurs. Ce qui me rassure, c’est que je ne suis pas la seule à m’insurger: là Joxe et Quilès, là Amirshahi et là Lienemann… Ce qui m’angoisse, c’est qu’on en parle encore… ç’aurait dû être enterré il y a fort longtemps… Cela n’aurait même pas dû être envisagé : pour faire plaisir à la droite et à l’extrême droite, donner un symbole qui constitutionnaliserait l’inégalité entre français, je… Non, rien. Y’en a marre. Juste marre.

Alors tu tournes les pages du journal.
Michel Delpech est mort.

Alors tu vas sur les réseaux sociaux.
On s’insurge que Jean-Jacques Goldman soit toujours et encore la personnalité préférée des français.

Alors tu vas sur youtube, pour les écouter.
Il faut toujours revenir à la source : la rivière y est plus claire.

Une certaine idée de la France.

Parce que c’est ça Delpech, Goldman, c’est une certaine idée de la France. Mais on s’en fiche, parce qu’on n’y pense pas comme ça. Delpech, Goldman, si on les aime c’est parce que c’est “nous”. C’est tout.

La nationalité, c’est un rapport à la Nation, pas au territoire. Être française, c’est se savoir chez soi dans une ambassade française même à l’autre bout du monde. C’est savoir que la République, prend soin de moi, où que je sois : elle est attentive, protectrice. Alors là, oui : je suis la fille de ma Nation. La nationalité, ça m’apporte une appartenance, ça rend un pays responsable de moi, qu’il m’aime ou non, que je l’aime ou non. On n’est pas obligé d’aimer tous ses enfants, on n’est pas obligés d’aimer ses parents. Mais toujours, on s’appartient.

Le Peuple français vit sur toute la planète. Habitant ici, nous vivons dans le Peuple de France, il est multi-national. Et rien n’y fera. Habiter une frontière c’est trouver normal l’étranger. Vous verrez : on s’y fait. Parfois, l’étranger est même blanc et sa langue maternelle est française. Parfois, il me ressemble plus qu’un concitoyen de l’autre bout du pays. Une frontière, c’est un champs, une rivière, une colline, une rue. “L’étranger”, c’est une autre Nation mais pas un autre monde.
D’ailleurs, si tu y regardes bien, “étranger”, j’aurais pu l’être… nos grands-parents l’ont été…

Je ne sais pas ce qu’est “être français”. Non, je ne le sais pas. Pourtant, cela me tient à cœur parce que je sais ce que ce n’est pas : pour moi, c’est “ne pas être allemand”. Parce que Metz, bon… c’était chaud quand même. Et comme dit Michel Sardou : si les ricains n’étaient pas là, nous serions tous en Germanie. Surtout moi.
Je ne sais pas ce qu’est “être français”, parce que je ne demande pas leurs papiers à mes amis, ma boulangère, mon médecin. J’habite une frontière, on se croise, on se décroise. Je sais les accents des uns et des autres. Mais en fait, les luxembourgeois ont moins d’accent que les lorrains, alors on s’y perd.

Alors je cherche, pour moi, ce qu’est “être français”. Et je retourne à ce “nous” dont Delpech et Goldman parlent.
Il y a / Le Loir et Cher. Voilà. C’est ça. Il y a Le Loir et Cher. Je suis du pays où je me suis croûtée. Croûtée les genoux en tombant à vélo. Là est mon pays, ma terre, ma patrie : là où mon sang a rencontré le sol, pour de vrai, quand j’étais enfant. La France:

Il y a JJG

Pourquoi les aimons-nous tant, ces chanteurs ? Parce qu’on les connaît, nous avons grandi avec. On sait qui ils sont, on sait ce qu’ils veulent nous dire : ils nous le disent depuis des lustres. Parce qu’ils mettent en pratique leurs mots chantés. Ils parlent de “nous”, mais ils se mettent dedans. C’est pour ça qu’on les aime : ils sont dans notre “nous”, et nous mettent nous, dans le leur. Pas d’apartheid, des doutes au quotidien, comme nous. On les aime parce qu’ils nous aiment, même quand ils ne nous supportent plus. On les aime parce qu’ils sont attentifs à nous.

Et je sais que pour beaucoup de français, ni Delpech ni Goldman ne sont rien. Parce que certains de nos concitoyens ne se sont pas croûtés dans des villages près des lavoirs, les pieds dans la boue… certains se sont croûtés au pied des blocs, près des voies ferrées, derrière la station de métro et n’ont jamais vu de bébés lapins en allant jouer avec leurs copains. Pour eux, le “nous” a d’autres artistes que je ne peux pas citer parce que je les connais mal. Je ne veux pas faire semblant. Mais ces “nous” se confondent parfois, ailleurs. Une identité est une tresse entre soi et ses cercles. Il existe toujours un “nous” où s’identifier ensemble, si nous le souhaitons.

C’est la différence entre les artistes et les intellectuels. Les artistes sont dans le “nous”. Les intellectuels étudient le “eux”, même lorsqu’ils étudient leur groupe social, pour des questions d’objectivité.
C’est ce qu’a perdu la classe politique : être dans un “nous” et voir le “eux”. On refuse d’être estampillés “professionnels de la politiques” comme si c’était une insulte. Ce n’en est pas : c’est un constat, à nous de le rendre positif. Mais le pire, c’est qu’on ait arrêté de s’inclure dans le “nous” du Peuple alors qu’on ne sait plus lire le “eux” du peuple. Nous sommes des professionnels sans outils, sans main, sans pensée.
Nous avons, à force de pensée unique, de cercles de la raison, d’exclusion des uns et des autres, d’exclusion de tout Autre, perdu la Pensée, perdu la Raison, perdu nos visions.

Aujourd’hui, on continue. On exclue. On pense à exclure. On est embêtés de savoir comment réagir, parce qu’il ne faudrait pas déranger le pouvoir. Mais arranger les choses, on ne sait pas comment faire et apparemment, le Pouvoir non plus. Alors le monde s’enferme dans son aveuglement, il se crispe, on simplifie. Binaires, nous devenons simplistes, nous devenons bêtes.

On veut du neuf. On a Juppé et Attali.
On veut du vrai. On a du Coca Life.
On veut de l’espoir. On a de la peur.

Il faut sortir de là. Sortons. Chacun, sortons. Allons voir, chez Laurette, parce qu’On voyait bien qu’ell’ nous aimait beaucoup…

 

La Fin du Déni

Antigone 1Aujourd’hui, je pleure.
Depuis hier en fait…

Pas à cause des élections mais à cause de la réponse (non) faite après ces élections.
Je suis fatiguée du déni. Le pouvoir nie alors qu’il devrait révéler. Nier, c’est faire disparaître. Je me souviens d’une prise de parole du Premier Ministre, notre camarade Manuel, venu annoncer à la tribune du Conseil National, fin 2014 “La Gauche va mourir”. Quelqu’un dans la salle a scandé “et c’est toi qui la tue”.
Nous savions. Nous savions tout. Et nous avons laissé faire.

Je ne vais pas vous parler des frondeurs. Depuis octobre 2012 ils sont sur le pont, ils sont épuisés. Mais ils sont loyaux et dignes. S’ils écoutaient les militants qui les soutiennent, ils demanderaient la démission de Manuel Valls voire celle de François Hollande, tant on n’en peut plus sur le terrain des trahisons aux promesses voire aux valeurs, et du regard des citoyens qui les accompagne, et ce depuis le résultat cataclysmique des européennes juste après celui catastrophique des municipales. Mais non, ils sont socialistes, ils passent par les instances.
Instances qui nous trahissent mais qu’il ne faudrait pas trahir.
OK.

Non, je vais vous parler des 289 (- 11 à 43) députés socialistes élus sur un programme et qui ont voté :

  • Le traité Merkozy et son pacte de stabilité et ses instances européennes antidémocratiques
  • L’ANI et sa flexi-sécurité
  • Le Pacte de Responsabilité et son CICE (que même l’UDI et la CGPME trouvaient injuste et inefficace !!)
  • La Loi Renseignement et ses folies sécuritaires
  • L’Etat d’urgence et la création d’un nivellement de la citoyenneté française…
  • ad lib…

Chers camarades députés qui écoutez avec tant de loyauté le gouvernement, comprenez ce qu’il se passe chez nous, dans nos vies, dans le démantèlement de nos valeurs. Et demandez-vous si vous allez assumer cela jusqu’au bout ? Parce que moi je n’en peux plus de vous dire qu’il faut que cela cesse. Là, les prochaines élections sont les vôtres. Et je ne sais pas si je me déplacerai pour vous. J’en ai marre de donner du pouvoir à des gens qui refusent de l’exercer. A des gens qui abandonnent, qui nous abandonnent. A des gens qui obéissent à ceux qui ont été nommés, alors que cela va à l’encontre des promesses faites à ceux qui les ont élus.

 

Si moi, simple rien, j’ai réussi à résister à des pressions hallucinantes la semaine dernière, à des mensonges et de la culpabilisation à outrance, à des menaces qui venaient des plus hautes sphères du pouvoir, chers camarades parlementaires, vous, vous allez y arriver aussi. Ou vous n’êtes pas faits pour représenter un peuple qui souffre et qui garde, malgré tout, nos valeurs en amour.

 

A force, nous n’avions plus de promesse à trahir,
nous avons trahis nos valeurs.

Antigone 2

Parce que non, le Peuple de Gauche ne vote pas Front National. Mais il ne vote plus socialiste. Et il n’a pas tout à fait tort.
Si je me suis inscrite au Parti Socialiste, c’est parce que j’étais socialiste. Pour moi, être socialiste, c’est juste penser que un être humain = un être humain, et le mettre en place.
Aujourd’hui, le pouvoir crée une sous caste de citoyens : les français binationaux nés français. Être socialiste, ce n’est pas ça. Être socialiste, c’est assumer. Assumer même les pires de nos concitoyens, parce qu’on nettoie nous-même nos merdes. Sinon, nous ne sommes plus une Société, nous ne serions même plus inscrits dans une civilisation. A la limite, on serait une entreprise : on vire ceux qui sont mauvais. Un pays n’est pas une entreprise : on ne choisit pas nos concitoyens, on ne choisit que nos politiques. Et notre pays ne mérite pas cela.

 

J’aime la France

 

J’aime la France, même quand elle est moche. Je n’ai de leçon de patriotisme à ne recevoir de personne. Je dis “on a gagné” quand l’Equipe de France gagne (de foot, de rubgy, de ski, de natation…) Je frissonne aux sons de la Marseillaise.
Comme j’aime la France, je veux qu’elle transforme l’Union Européenne. Je veux qu’elle construise une réelle démocratie en Europe contrairement à cette gestion par commissions contre les avis des élus, contre les populations, contre l’Humanité même, parfois.
Comme j’aime la France, je veux qu’elle reste la tête de prou des Droits de L’Homme, l’exemple universel qu’elle voudrait être, qu’elle ne recule en rien sur sa devise LIBERTE EGALITE FRATERNITE. Il n’y a rien avant cette devise. Rien de plus important que cette devise. C’est la base, le socle inaltérable. Nous l’avons déjà altérée dans l’histoire, nous y avons beaucoup, beaucoup perdu.
Comme j’aime la France, j’aime autant ses campagnes que ses villes, ses puits que sa fibre optique. Parce que c’est tout, ou rien. Quand on aime la France, on la regarde comme elle est, et sans rougir :

évo voix du FN ds circos

 

Je veux tout tout de suite et que ce soit entier
ou alors je refuse.

Je suis fatiguée des dénis.
Je suis fatiguée des mépris.

Non, le Front National n’est pas le “FHaine”. Bien sûr, dedans, il y a des néo-nazis, des identitaires, il y a de bons gros racistes, des connards et des blaireaux. Mais les gens qui votent pour eux ne sont ni haïssant ni haïssables. D’ailleurs certains ont souvent voté pour nous, avant. Ils veulent savoir pour quoi ils votent. Pour qui. Ils veulent des chefs, pas des biaiseux. Ils trouvent des chefs là où ils sont. Mais dans nos voisins, dans nos familles, nous avons tous des électeurs FN. Et bien, ils sont bougons, mais souvent tristes. Pas haineux.
Ils aiment notre pays, et ont peur.
Nous les avons créés, ceux-là. Nous devons assumer et les aider.

Mais ceux dont on ne parle jamais, ce sont ceux qui pensent “voilà, ce point-là fait que je ne voterai plus jamais PS. Alors je ne voterai plus : voter n’a plus d’issue.”
Ceux-là sont mes amis. Mes chers amis. Ceux que j’aime. Ceux avec qui je passe du temps. Nos “vacances” sont des festivals où on sue pour le plaisir, pour le public. Nos “soirées” sont des concerts où on porte des chaises, des flight-cases, des projecteurs pour le plaisir, pour le public. Nos “projets” sont bénévoles et fous, pour le plaisir, pour le public. Nous sommes aussi la Gauche. Celle qui vit sa gauche au quotidien mais ne la pense pas forcément. Celle qui n’a pas besoin d’y penser. Nous vivons selon nos valeurs, pour des actions qui nous dépassent, sans ambition majeure sinon la Beauté et l’Autre. Si je ne m’étais pas engagée au Parti Socialiste, je serais sans doute comme eux : je ne voterais plus.

Mais je ne m’engage jamais à demi. Je suis dedans, et je vous le dis : ils ne votent plus pour nous. Et pourtant, souvent, ils l’ont fait. Mais ils ne nous croient plus et ils ont raison : nos actions ne sont plus dignes de nos idéaux. Souvent, nous n’avons même plus nos idéaux en tête.

Antigone 3

 

Nous le payons, collectivement. Si vous croyez vous en sortir, sachez que vous échouerez. Et que vous y aurez, en plus, perdu votre honneur.

Des hommes et des femmes, anciens élus, sans idéaux et sans honneurs, voilà ce qu’il restera du Parti Socialiste si vous vous entêtez dans ce déni globalisé. Et la Gauche ne sera plus qu’une utopie, qu’une alternative à la société. Ce ne sera plus une politique possible. Le Peule souffrira, et la Gauche n’existera plus. La classe politique commencera au Centre, donc à droite. Et il n’y aura quasi plus de députés de gauche dans l’hémicycle. Oui, même vous, vous risquez d’y passer.

En 3 ans, nous serons passés de “il y a d’autres politiques possibles” à “il n’y a plus de politique possible du tout”, et vous en serez responsables, par votre silence.

“Nous ne laisserons pas le Parti Socialiste à ceux qui ne le sont plus”, allez, soyez socialistes : levez-vous !

Tenir Parole

Pourquoi suis-je restée ?

Je ne sais pas pour quoi. Je sais simplement pourquoi.
Je doute. Chaque seconde, je doute. Cette décision a sûrement été la plus difficile et la plus simple à faire. C’est binaire : oui ou non. Rien de plus : maintien ou retrait. Si retrait : désistement ou maintien. J’ai dit “je reste”. Pourquoi ?
Parce que je me suis engagée en politique avec entre autres l’idée qu’il fallait redonner de la valeur à la PAROLE. C’est le nom de mon blog, c’est le centre de ma démarche. Redonner du sens aux mots, arrêter de dévoyer les mots, de les vider de leurs sens. Et redonner de l’épaisseur à la parole donnée.

Cela fait 3 ans que je m’insurge à chaque parole donnée et trahie. 3 ans que je dis, parmi d’autres, peu écoutés en général : “il faut allier le dire et le faire”.

3 ans que je dis qu’on va droit dans le mur. Aucune élection ne m’a démentie. Lorsque je me suis portée candidate à la candidature pour les régionales, je connaissais la situation politique. Je savais.

Il nous l’avait dit.

Début juillet, nous avons eu notre première réunion de candidats et là, Jean-Pierre Masseret nous a dit :
“Ma liste de 1er tour sera ma liste de 2nd tour et il y aura des socialistes au sein du Conseil Régional, quoiqu’il arrive.”
Certes, l’absence de possibilité de rassemblement de la gauche à l’entre-deux tours ne m’a pas fait très plaisir, mais la clarté sur l’absence de fusion avec LR me plaisait. L’un dans l’autre, c’était acceptable : au moins, on ne confondait pas la gauche et la droite.
Début octobre, avant le dépôt de la liste à la préfecture, Jean-Pierre Masseret a recommencé :
“Ma liste de 1er tour sera ma liste de 2nd tour et il y aura des socialistes au sein du Conseil Régional, quoiqu’il arrive. Si vous voulez vous retirer, je le comprendrai, vous pouvez le faire jusqu’au dépôt des listes. Et Solférino et Matignon pourront dire ce qu’ils veulent : je suis le seul à pouvoir déposer la liste, je déposerai la même au 2nd tour.”

Il l’a dit. J’ai signé. Il le fait. Je le suis.

Comment pourrais-je demander aux autres de ne pas abandonner leur parole si je retire la mienne à un homme qui tient la sienne ?
Comment pourrais-je demander aux citoyens d’avoir confiance dans ma présence à leurs côtés si je ne suis capable de rester dans une équipe qui m’a accueillie ?
Comment pourrais-je demander aux gens de se battre avec moi, si quand on me propose de me battre, je m’en vais ?

Je suis fatiguée d’être lasse. Je disais cela avant le 1er tour. Voilà, j’en suis toujours là. Fatiguée d’être lasse, je veux arrêter de dire que “on ne peut pas faire”. “On” n’existe pas. TINA n’existe pas. C’est un croquemitaine. C’est une pensée auto-réalisatrice.
Moi je veux regarder la réalité comme elle est : complexe, et me battre avec les armes qui correspondent à cette réalité-là. On ne peut plus dire que le FN n’appartient pas à la classe politique. On ne peut plus faire de la politique sans l’envisager dans l’équation. On ne peut plus faire semblant : ça nous rend bornés, ça nous rend mauvais.

Bien sûr, le maintien n’est pas LA solution. Mais le retrait non plus. Chaque personne qui, comme un couperet, me dit qu’il pense que je n’ai QUE tort, je ne peux pas l’entendre. Parce que je sais que je ne sais pas. Je sais qu’il n’y a pas de bonne solution.
J’ai de très bons camarades, des amis (et de la famille) en Nord – Pas de Calais – Picardie et en PACA. Je comprends la décision qui a été prise. Complètement. Entièrement. Sincèrement. Mais pour moi, la différence entre les deux, c’est l’action : j’ai entendu la semaine passée à une conférence “et si au lieu de dire que nous allions travailler à, simplement, nous faisions”.

Je refuse de faire de la politique de sondages d’opinion ou de la politique émotionnelle. Je déteste les lois faites dans la période où les nerfs sont encore à vifs. J’ai envie de réflexion, de pensée. Jean-Pierre Masseret m’avait demandé sa confiance, en transparence. Je la lui avais accordée, en connaissance de cause. C’est tout.

Et, pendant la campagne, il m’a plu. Plusieurs fois je l’ai entendu dire “Nous ne sauverons pas la planète dans le capitalisme !” J’ai trouvé ça si juste qu’il m’a fait croire en lui. Je crois déjà à cela : nous ne sauverons pas la planète dans le capitalisme financier et libéral. Nous avons tant de choses à inventer…

J’aimerais que cette élection nous fasse sortir du déni généralisé dans lequel la classe politique est plongée depuis des décennies. J’ai l’impression que Jean-Pierre Masseret, là, n’est pas dans le déni. Je ne sais pas s’il est dans le vrai, mais il a au moins l’honneur d’essayer autre chose que l’échec habituel du forfait d’office.

J’ai envie qu’on sorte de nos carcans, et qu’on recommence (avant de penser) à écouter.

 

 

 

 

Premier tour dimanche 6

Voilà, ami lecteur… dernière ligne droite…

photo officielle JPM2015 Tu vois ma tête de candidate officielle pour la liste Notre Région, + forte + proche avec Jean-Pierre MASSERET. Ce soir, je me tais jusque dimanche 20h. C’est la loi. On fait une pause. On te laisse réfléchir.

Et quelques photos, parce qu’une campagne c’est un moment humain exceptionnel…

Au marché, en porte à porte, en réunion publique, en entreprise…

porte à porte  marché campagne JPM2015 réunion publique assos JPM2015   visite DOCEL

 

Une #Région, c’est les transports, les entreprises, la formation professionnelle, les lycées, le sport et la culture. Sur aucun de ces points, Jean-Pierre Masseret n’a manqué à sa #gauche. Je suis fière d’être sur la liste d’un homme qui répète à l’envi “On ne sauvera pas la planète sans sortir du capitalisme.” Je suis fière d’être dans une équipe qui veut lancer cette nouvelle région, cette grande région européenne, avec QUATRE frontières, avec des capacités hors pairs et assez méconnues encore… vraiment. Et de pouvoir militer et me battre avec des camarades de Champagne-Ardenne, d’Alsace, de Lorraine, ensemble, pour redonner du sens à la politique : un sens que chaque citoyen, chaque habitant pourra vérifier dans son quotidien.

Lorsque la campagne sera finie, je parlerai sans doute de la politique nationale. Mais ces derniers temps, tout le monde ne parle que de cela. Alors que la région, c’est important. Et ce n’est pas la sécurité, ce n’est pas l’armée, ce n’est pas la police. C’est la construction de notre quotidien, concrètement.

Je sais ce qu’on peut faire avec une région à gauche. Oui, les sondages, etc… Oui, les déceptions etc… Oui. Je les partage avec toi, les angoisses. Oui.
Oui, nous sommes perdus. Mais nous ne sommes pas morts. Alors tant que nous pensons, tant que nous lisons, tant que nous ne nous endormons pas, nous pouvons nous lever et parler.
Je ne suis pas là pour faire la morale, demander le vote utile, demander des miracles. Juste, je te promets que je ressens la lassitude. Elle est la cause de mon engagement politique : la fatigue d’être lasse, l’envie d’avoir envie… Alors je te promets de me battre contre la lassitude.

Si tu veux avoir quelques idées sur ce que je peux penser d’autre, il te reste toujours les autres pages de ce blog (, et par exemple)… là moi je file en réunion, pour écouter ce que certaines personnes ont à dire aux candidats dont je fais partie.
Écouter.
C’est important.
C’est ma pratique de spectatrice, de militante associative & culturelle, et j’espère, de politique.
Ce serait le premier pas vers une nouvelle politique… “écouter”…

A très vite !

 

 

 

 

 

Communeurs, communeuses…

“Power resides where the men believe it resides. It’s a trick, a shadow on the wall. And a very small man can cast a very large shadow.”
Vary in Game of Thrones 2×03.

 Le Mouvement Commun

L’absence de Pouvoir pré-établi était ce qui a traversé tout ce dimanche après-midi, cet événement fondateur. “Ecoutez-vous avec bienveillance et gentillesse, c’est le seul moyen d’entendre ceux qui d’habitude ne parlent pas.” Le mot d’ordre. Bienveillance.
On a souri en entendant cela, et nos sourires se sont transformés en grimace de souvenirs. Les souvenirs de nos premières interventions, ou des dernières en date où nous fûmes moqués et houspillés. Alors oui, nous aurons une bienveillance active.
Nous essaierons, au moins.

MOUVEMENT : changement de position dans l’espace
COMMUN : qui appartient à tous
MOUVEMENT COMMUN : changement de position dans l’espace qui appartient à tous

Ce n’est pas le “mouvement de Pouria Amirshahi”. Il n’est que le réceptacle de nos additions. Il n’est ni le maître, ni le gourou, il est le recenseur. L’idée est simple : certains le faisaient déjà, d’autre n’en avaient pas encore eu l’occasion, l’idée est de créer des synergies d’échanges. Des mouvements d’idées mises en commun pour être mieux ensemble que seuls. L’idée est de déménager un peu de tous nos piédestaux et de marcher, enfin.

Pour nous, hommes et femmes politiques, militants politiques, reprendre parole avec ceux que nous souhaitions représenter lorsque nous avons pris notre carte. Jamais nous ne l’avons fait que pour nous, tous, nous avions une plus haute idée de la politique que cela. Nous l’avons toujours. Retrouvons-en l’élan.
Pour nous, militants associatifs, dirigeants de structures, reprendre parole avec ceux qui sont de l’autre côté de la table des décisions politiques. Jamais nous n’avons cru que nous pourrions faire sans eux. Parfois nous avons dû faire contre eux. Mais sans, ça n’existe pas.
Pour nous, citoyens, nous prenons tous part à la vie de notre cité, sinon nous ne serions pas au courant que ce Mouvement Commun existe, sinon, nous regarderions simplement ailleur, alors regardons ceux qui avancent et suivons-les.

Il n’y eut ni “vaincre” ni “sondage”. Il n’y eut aucun ordre, aucun calendrier avec ultimatums prescripteurs d’actes. Il n’y eut que de l’élan.

Le Mouvement Commun - événement fondateur

On nous appelle les communeurs. Il y a du commun, de la Commune, il y a beaucoup dans ce terme.
Moi ce que j’y vois, c’est un peuple de vigies, de gardiens de phares qui éclairent la voie aux bateaux dans la nuit, dans la tempête. Que les capitaines soient capitaines, que les marchands soient marchands, que les pirates soient pirates… que chacun soit à la place qu’il souhaite, qu’il aime, où il se sent utile. Mais ensemble, allumons les phares qui feront que chacun voie son utilité améliorée.
Je veux être différente de la personne qui sera à la table des communeurs, parce que je souhaite qu’elle m’apporte quelque chose que je n’ai pas. Je veux que nous soyons si différents dans nos méthodes, dans nos analyses, dans nos actes que 1+1=3 et non une unité lissée et fade où tous=1.
Toutes nos révolutions n’ont jamais arrêté notre civilisation de partager le pain à table, que cette table fut dans une chaumière faite de bois brut coupé à la main ou dans un gratte-ciel faite de verre et designée par Stark. Alors trouvons cette force de partage, trouvons ce liant au plus simple de nos énergies, trouvons notre pain.

Il est venu le temps où la nuit et la tempête nous forcent à allumer des phares à jamais éteints. Et comme ils éclaireront des routes jamais prises encore, nous pourrions voir émerger des idées, des pensées nouvelles pour, au bout du chemin, voir tout simplement qu’une autre politique est possible puisqu’un autre monde se crée déjà.

A Gauche Pour Gagner, étape 3 : Aller à Marennes.

carte d'adhérent PS

C’était il y a 3 ans, j’ai passé le pas. J’ai pris ma carte au Parti Socialiste en mai 2012. L’année où ma cadette entrait en maternelle. Trois ans plus tard, elle rentre en CP et je suis membre du Conseil National du Parti Socialiste.
Ce fut rapide, ce fut intense, et ce fut heureux.

J’ai choisi ce parti parce que c’est celui qui me correspond le mieux. Il me va. Ce n’est pas parce qu’il est le plus beau ou le plus intelligent : ce n’est qu’un parti politique, ce n’est pas une personne. Je ne suis pas amoureuse du Parti Socialiste. J’ai choisi d’adhérer au seul parti auquel je me serais vu prendre ma carte un jour. C’est toujours le cas.
Non, je n’ai pas toujours voté pour le PS. Oh, non. Les premiers tours c’était souvent trop improbables. Non, ce n’était pas assez. Mais à la fin, c’est là que je trouvais le plus de paroles sérieuses, intéressantes, complètes et responsables. Pas uniquement, mais le plus.
Je trouve que la politique menée actuellement est irresponsable. Je suis très claire là-dessus, et ce dès la ratification du TSCG (aka traité Merkozy). Mais ce n’est pas mon parti qui la mène, c’est le Président de la République élu par les français et le Premier Ministre nommé par lui, tous deux issus du PS.
Mon parti, lui, tente. Il tente peu, faiblement et échoue souvent. Mais comment faire un bras de faire avec un président et un premier ministre issu de ses propres rangs ?

 

Oui, entre camarades on parle (beaucoup) de partir. De si, de quand, de où, de pour quoi partir… Oui. Et personne n’est joyeux à l’évocation de cette idée. Mais ça signifie quelque chose : nous ne sommes pas aveuglés et régulièrement nous mettons notre engagement en cause. Et pour l’instant, nous restons. En tous cas moi.

 

train desk

Je publie ce billet en direct du TGV en direction de La Rochelle. Je vais aux Rencontres de Marennes, de la Motion B – A Gauche Pour Gagner issue du dernier congrès en date (Poitiers, ce printemps). Puis on enchaîne avec l’Université d’Eté du Parti Socialiste, à La Rochelle. Je serai sur la liste de Jean-Pierre Masseret aux élections régionales en décembre… Je sais que je vais y rester. Cette année. Et chaque année, je pèserai le pour, le contre…

Je suis heureuse d’aller à Marennes avant d’aller à La Rochelle, ce sont des heures de formation en plus, où on écoutera des gens nous parler du monde. Et apprendre devrait toujours être loué et jamais décrié.
Je suis aussi heureuse de retrouver les potes. Non, parce qu’on parle sans cesse de nos disputes… est-ce qu’on vous parle des heures passées au téléphone où on se remonte mutuellement le moral ? des coups de main si simplement donnés ? est-ce qu’on vous parle des fous-rires attrapés pour rien, à la fin de journées trop longues ? est-ce qu’on vous parle de ces histoires d’amour fou ? d’amitiés à la vie à la mort ? des larmes versées ensemble après de mauvaises nouvelles ? Non. Ça, ça nous le gardons pour nous. Notre bonheur nous appartient.

Je suis heureuse du choix que j’ai fait en 2012, de l’intuition que j’ai eu de rejoindre l’équipe de Maurel, Lienemann et Guedj à l’automne, au congrès de Toulouse. Cette intuition était la bonne : ce sont de bonnes personnes. Pas les seules. Il y a aussi les noms que vous ne connaissez pas. Et puis ceux qui à Toulouse étaient ailleurs mais n’en sont pas moins ouverts, intelligents, intéressants. Et dans la vie, ce que j’aime le plus, c’est rencontrer des gens intéressants. Ils me rendent meilleure.

A tout à l’heure, camarades…

EUROPE

Hier soir, j’étais tranquillement à un pique-nique au bord de la Seille. C’est une jolie rivière, la Seille, rivière toute mosellane. Donc rivière qui fut française, allemande, française, allemande… Du coup, c’est un petit bout de rivière qui est très européen.
Autour de la rivière, il y a des villages, des champs… et puis elle traverse des villes. Elle va jusqu’à Metz. Elle a créé Metz, un peu. Un tout petit bout de rivière se jette dans une autre et voilà : un confluent. Alors, Metz s’est créée sur une colline sur ce confluent. Plus de 2000 ans d’histoire grâce à ce petit bout de rivière.

IMG_20150711_211933Hier soir, j’étais hors de l’actualité, et j’ai oublié de regarder comment l’Europe tombait.

Ce matin, j’ai mal à mon Europe.

Ce n’est pas une bataille franco-allemande. C’est une bataille gauche-droite. Et la droite allemande est très forte. Et la gauche allemande ne l’est pas assez.
Le problème est de ne plus savoir ce qu’est la gauche et ce qu’est la droite car au temps de TINA nous sommes perdus. Nous avons peur.vice-versa peur

Cette fichue peur qui nous assaille, qui nous fait confondre “réalisme” et “droite”, c’est juste le libéralisme. Pour s’implanter, il a besoin que nous ayons peur.

Nous essayons donc le libéralisme, l’individualisme et l’ordo-capitalisme depuis une bonne quarantaine d’années… et nous en sommes là. Encore. Nous essayons de voir quelle est la peur qui fait le moins peur pour décider du moins pire des chemins possibles.

Je ne veux pas d’une société où la Peur serait notre seul guide. Ce n’est pas ce monde où je veux vivre, ce n’est pas ce monde que je veux construire pour mes enfants.

viceversaAlors, je choisis la Colère, le Dégoût, la Tristesse et la Joie pour m’accompagner. Je choisis de suivre ceux qui construirons quelque chose de nouveau, que nous n’avons pas encore essayé : une Europe des Peuples et non des économies.

 

Je veux bien risquer gros pour des Peuples. Je ne veux pas perdre mon âme pour l’économie.

Hier soir, je faisais un pique-nique avec des amis, au bord d’une rivière qui pourrait en parler gros de la haine des peuples européens quand l’un tente de prendre le dessus sur l’autre. Une rivière qui a vu le sang couler, sur plusieurs générations. Une rivière où hier, malgré le bordel institutionnello-technocratico-politique, une moissonneuse moissonnait et des amis riaient.

Ce combat, là, ce n’est pas un combat de certains pays contre d’autres. C’est de la Politique. C’est un rapport de force pour un choix de société. C’est un combat entre la droite qui se pense toute puissante et ne voit pas sa propre chute, et la gauche qui doit arrêter de ne pas avoir confiance ses idées.

 

OXI et etc…

« Nous demandons qu’il soit fait une instruction aux citoyens pour diriger leurs mouvements. Nous demandons qu’il soit envoyé des courriers dans tous les départements pour les avertir des décrets que vous aurez rendus.
Le tocsin qu’on va sonner n’est point un signal d’alarme, c’est la charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, messieurs, il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et la France est sauvée. »
Danton, 2 septembre 1792.

Telle Paris se leva pour la France, la Grèce peut, aujourd’hui, se lever pour l’Europe.

Le tocsin de Metz, la tour de Mutte, a été remis en fonction la semaine dernière. Son son résonne à nouveau dans la ville. Hasard, sans doute mais il n’avait pas sonné depuis 1919 et le retour de l’Alsace-Moselle à la France par la signature du Traité de Versailles. Il se remit à tinter de son son grave qui prend le corps en entier, la même semaine où Tsipras décida de demander au peuple de Grèce quelle bataille il faut mener.

Je suis du côté du NON. Je suis du côté d’une Europe humaine. Je dis NON à une Europe dirigée par des capitaux. Je suis aux côtés d’Alexis Tsipras et de l’Europe qu’il veut construire. Elle est responsable, elle est solidaire, elle est éclairée et intelligente.
Je suis aux côtés de Tsipras comme je l’étais de Martin Schulz quand il disait que l’ « austérité en Europe est une erreur ».
Je suis aux côtés de Tsipras comme je l’étais de François Hollande quand il disait qu’ « il n’y a pas qu’une seule politique possible ».
Je suis aux côtés de Tsipras, parce qu’il a le courage de tenir sa parole. Parce que son peuple, nos peuples, l’Europe compte plus pour lui que la BCE, le FMI et des technocrates qui prennent des décisions si éloignées de nous qu’ils noient notre amour de ce qu’ils devraient représenter et le transforme en une méfiance épidermique.
Je suis aux côtés de Tsipras, parce que lui pense encore que la politique existe. Que les hommes debout peuvent avancer mieux.

Il n’est pas le seul.

Ce qu’ils font à Tsipras, au peuple grec, c’est un double broyage made by TINA. Ils le font à Tsipras, mais surtout au peuple grec. Ils le font au peuple européen aussi. Ce que nous voyons comme pressions, comme mensonges, comme revirements, est ce que nous aurions subi si François Hollande avait renégocié le Traité Merkozy. Ce qu’ils font au grec, c’est l’arrière-pensée en forme de bras d’honneur qu’ils nous font à chaque fois que nos dirigeants acceptent sans sourciller des règles dictées par les marchés dérégulés.

Alors à ce bras d’honneur, je dis NON. Pas parce que je ne respecte pas ce ils qui me nie, pas parce que je pense qu’il faut faire chuter les marchés par-delà les océans. NON. Je pense simplement qu’il n’y a pas qu’une seule politique possible, je pense que le Peuple ne peut être nié.

A notre génération, on demande de grandir et de vieillir dans la flexibilité ‘obligée’, ‘dictée’ par les circonstances. Alors on a appris : la FLEXIBILITE. Nous le sommes devenus. Nous ne mettons pas nos œufs dans un seul panier. Surtout percé.
Toi, Europe des technocrates, tu as bâti une génération d’êtres flexibles, adaptables à toutes les précarités, qui avale les manques comme un moindre mal.
Toi, Europe des technocrates, tu n’as pas vu que nous étions restés humains.
Alors, tu nous as rendus capables de faire changer le monde, puisque tu nous empêches d’avoir un monde personnel constant. Même inerte, nous saurons le faire bouger.

Nous vivons tant de choses hors des carcans de ce qu’ils comptabilisent. Toutes ces choses qui nous rendent heureux sont hors des marchés, hors du CAC40, ne sont pas touchées par les fluctuations des agences de notations. Nos sourires, nos émotions, notre raison de vivre se construit ailleurs que dans la réussite glorieuse qu’ils ont cassée. Alors, voilà : nous sommes LIBRES.

Tsipras a raison : il faut un système de santé, un système d’éducation, et une capacité à l’inventivité et du respect. Pour qu’un peuple avance, il faut cela. Le reste, il le créera lui-même. Un peuple n’est en inertie que lorsqu’il souffre, s’appauvrit intellectuellement, n’est plus en capacité de s’émerveiller.

Ce soir, j’espère que le tocsin du NON à l’Europe inerte dépendante des marchés sonnera. Ce soir, j’espère que le peuple grec nous fera ouvrir les yeux sur la vérité : nous sommes européens, nous sommes interdépendants, nous sommes ensemble, et nous sommes libres de construire quelque chose qui nous ressemble.