[LE PLUS. C’était il y a 14 ans. À la surprise générale, Jean-Marie Le Pen se hissait au second tour de la présidentielle 2002, éliminant le candidat socialiste, Lionel Jospin. Un coup de tonnerre politique que personne n’avait anticipé. Aujourd’hui militante socialiste, Charlotte Picard était alors étudiante. Ce 21 avril 2002, elle avait décidé de voter Olivier Besancenot…
Édité et parrainé par Sébastien Billard]
21 avril 2002. Je dois partir à Toul pour un concours de théâtre amateur. Je ne me souviens plus du titre de la pièce ni de son sujet. Je me souviens juste que je l’aimais beaucoup, et que j’ai rencontré là des gens auxquels je suis toujours attachée aujourd’hui.
Je vote avant de partir. J’aurai les résultats du vote en plein entretien oral avec le jury du concours.
À cette époque, j’étais étudiante et je faisais du théâtre amateur. Je militais hors circuit, “sans étiquette”. Entre nous, on s’auto-appelait “le scotch” parce qu’un jour on avait mis du chatterton sur nos manteaux avant une manif, pour refuser sereinement les autocollants syndicaux.
Comment peut-on voter Jospin, quand on a 20 ans ?
J’ai voté pour Besancenot. La “gauche Jospin”, très peu pour moi. Pour moi qui avais 24 ans, la gauche devait être résolument, combativement, activement, clairement à l’avant-garde de la défense des faibles. Jospin n’avait pas fait ça en tant que Premier ministre. Je voulais lui dire “remets ton courage dans ton pantalon, bats-toi pour nous”.
C’était sans doute un acte romantique stupide, mais comment voter Jospin, Premier ministre de la privatisation, quand on a 20 ans ? Comment voter pour des rêves coincés dans une réalité qu’on nous vend grise, contrainte ?
Et comment ne pas avoir envie d’en mettre une petite à un homme qui se croyait si certainement arrivé qu’il n’avait pas réussi à s’adresser à nous de toute sa campagne ? Et de tout son mandat ?
Je n’avais rien contre lui, je n’ai toujours rien contre lui aujourd’hui. Mais face à cette assurance de l’homme politique arrivé parce qu’il a réussi à battre tous les autres à l’intérieur de son parti, je voulais lui dire “merde”. Je lui ai dit “LCR”. J’allais voter pour lui au second tour. Mais je voulais qu’il sache.
Le week-end suivant, le FC Metz est descendu en D2
Puis, j’ai su. Je me suis dit que je ne le ferai plus. Depuis, j’ai appliqué le “vote utile”. Fut-ce toujours utile ?
Deux semaines après, le FC Metz est descendu en D2 et j’ai voté Jacques Chirac. À la fin de son second mandat, en 2007, je me suis dit que plus jamais je ne donnerai ma voix à un homme de droite, même contre le FN, voyant ce que Chirac avait fait de “ses” 82% en mettant Sarkozy, par exemple, à l’Intérieur… Non merci !
2002, ce n’était vraiment pas un bon départ pour le XXIe siècle.










