[Obs] Le 21 avril 2002, j’ai voté Besancenot, un acte romantique stupide.

[LE PLUS. C’était il y a 14 ans. À la surprise générale, Jean-Marie Le Pen se hissait au second tour de la présidentielle 2002, éliminant le candidat socialiste, Lionel Jospin. Un coup de tonnerre politique que personne n’avait anticipé. Aujourd’hui militante socialiste, Charlotte Picard était alors étudiante. Ce 21 avril 2002, elle avait décidé de voter Olivier Besancenot…

Édité et parrainé par Sébastien Billard]

21 avril 2002. Je dois partir à Toul pour un concours de théâtre amateur. Je ne me souviens plus du titre de la pièce ni de son sujet. Je me souviens juste que je l’aimais beaucoup, et que j’ai rencontré là des gens auxquels je suis toujours attachée aujourd’hui.

 Je vote avant de partir. J’aurai les résultats du vote en plein entretien oral avec le jury du concours.

 À cette époque, j’étais étudiante et je faisais du théâtre amateur. Je militais hors circuit, “sans étiquette”. Entre nous, on s’auto-appelait “le scotch” parce qu’un jour on avait mis du chatterton sur nos manteaux avant une manif, pour refuser sereinement les autocollants syndicaux.

 Comment peut-on voter Jospin, quand on a 20 ans ?

 J’ai voté pour Besancenot. La “gauche Jospin”, très peu pour moi. Pour moi qui avais 24 ans, la gauche devait être résolument, combativement, activement, clairement à l’avant-garde de la défense des faibles. Jospin n’avait pas fait ça en tant que Premier ministre. Je voulais lui dire “remets ton courage dans ton pantalon, bats-toi pour nous”.

 C’était sans doute un acte romantique stupide, mais comment voter Jospin, Premier ministre de la privatisation, quand on a 20 ans ? Comment voter pour des rêves coincés dans une réalité qu’on nous vend grise, contrainte ?

 Et comment ne pas avoir envie d’en mettre une petite à un homme qui se croyait si certainement arrivé qu’il n’avait pas réussi à s’adresser à nous de toute sa campagne ? Et de tout son mandat ?

 Je n’avais rien contre lui, je n’ai toujours rien contre lui aujourd’hui. Mais face à cette assurance de l’homme politique arrivé parce qu’il a réussi à battre tous les autres à l’intérieur de son parti, je voulais lui dire “merde”. Je lui ai dit “LCR”J’allais voter pour lui au second tour. Mais je voulais qu’il sache.

 Le week-end suivant, le FC Metz est descendu en D2

 Puis, j’ai su. Je me suis dit que je ne le ferai plus. Depuis, j’ai appliqué le “vote utile”. Fut-ce toujours utile ?

 Deux semaines après, le FC Metz est descendu en D2 et j’ai voté Jacques Chirac. À la fin de son second mandat, en 2007, je me suis dit que plus jamais je ne donnerai ma voix à un homme de droite, même contre le FN, voyant ce que Chirac avait fait de “ses” 82% en mettant Sarkozy, par exemple, à l’Intérieur… Non merci !

 2002, ce n’était vraiment pas un bon départ pour le XXIe siècle.

 

[Obs] Déchéance de nationalité : un triste soap-opéra. La gauche au pouvoir s’est égarée

[LE PLUS. La révision constitutionnelle proposée par le gouvernement est sérieusement compromise. Mardi 22 mars, le Sénat a adopté sa propre version du projet de révision en incluant une extension de la déchéance de nationalité aux seuls binationaux. Militante socialiste, Charlotte Picard déplore la ligne adoptée par le gouvernement sur ce dossier.
Édité et parrainé par Sébastien Billard]

 

Soap-opéra. L’exécutif a promis à la droite et à l’extrême droite, pour permettre sa révision constitutionnelle, la déchéance de nationalité des personnes reconnues coupables de crimes terroristes.

Le Parti socialiste a toujours combattu cette idée dont personne ne fut dupe : elle ne fera que séparer encore les Français entre eux, elle n’empêchera aucun acte violent de se produire. Césure.

Une façon de faire martiale

Oui, au lendemain du 16 novembre, peu étaient ceux à se lever contre cette idée, abasourdis que nous étions encore des attentats du 13. Mais quand à Noël, la rumeur a pris de son abandon, nous fûmes tous soulagés. Puis non. Circulez, y’a rien à voir : le Premier Ministre annonce qu’ils gardent la déchéance, et étendre sa possibilité à tout le peuple français.

Cette façon martiale de soit diviser le peuple français, soit piétiner le droit international, pour aucun effet de protection réelle n’a fait que libérer du légitimisme la parole de nos camarades, par exemple lorsque la loi travail arriva.

Alors le Parti disait non à la déchéance, organisé démocratiquement, dans ses instances fédérales il le vota. Puis, au Bureau national, nos éléphants décidaient qu’il fallait sortir du débat en imposant, hormis quelques voix discordantes demandant l’improbable “déchéance pour tous”, ce que nous soutenions depuis des décennies : une peine “d’indignité nationale”.

L’actualité bruxelloise va permettre à ceux qui ont promis la déchéance de nationalité des bi-nationaux ou pour tous (Sarkozy à Grenoble, Hollande à Versailles) de faire culpabiliser ceux qui la pensent inutile et improductive pour la faire passer dans le désespoir.

La peur comme modèle décisionnel

La question qui se pose aujourd’hui est le degré de liberté des députés. À quel point sont-ils des adultes responsables, élus par le peuple en leur nom propre, au suffrage universel ? À quel point sont-ils des voix univoquement pour le gouvernement ? La question devient donc institutionnelle : le Parlement existe-t-il sous la Ve République ?

Avoir tant parlé de la déchéance de nationalité, parce que cela touchait la chair du peuple français post-colonial, c’est aussi avoir omis l’article 1 de cette révision constitutionnelle dans nos discussions, et son état d’urgence permanent que les parlementaires hésitent aussi (83 députés du groupe Socialiste Républicain et Citoyen ont voté contre l’intégralité du texte, notons-le) à constitutionnaliser, c’est-à-dire à mettre irrévocablement dans les mains de n’importe quel pouvoir élu.

Malgré cela, je ne pense pas l’exécutif en panique. Nous sommes simplement à l’apogée de notre époque politique : “Nous vs. Les Autres” comme seul credo. Binaire.

L’exécutif institutionnalise la peur comme modèle décisionnel. La peur du licenciement pour accepter tout et n’importe quoi comme conditions de travail, la peur du vrai méchant pour pointer du doigt l’Autre comme complice, la peur du demandeur d’asile qu’on laisse de l’autre côté de l’Europe, la peur du peuple par le peuple contre le peuple…

Protéger la liberté, notre bien commun

Alors que d’un autre côté, le gouvernement tente d’avancer sur la décolonisation par un 19 mars plein de débats, de blessures, mais au moins qui remet notre histoire en marche, les étrangers n’ont toujours pas le droit de vote aux élections locales, le récépissé aux contrôles d’identités n’existe toujours pas et on déclare les binationaux autres. La Défense vs. l’Intérieur.

La gauche au pouvoir devrait marcher sur ses deux pieds pour faire avancer le monde. Les terroristes attaquent le monde libre, la réponse ne peut pas être sa dislocation.

La réponse doit être solide et solidaire. L’Union européenne ne peut se disloquer, il faut la renforcer, la rendre plus grande et plus forte pour lui permettre de travailler avec ses partenaires naturels, avec le reste ce monde libre par une protection de ce bien commun : la liberté.

Nous pourrions penser la France comme faisant partie de la francophonie, comme nous incite à le faire Alain Mabanckou. Nous rendre compte que la terre est ronde et qu’à sa surface, il n’y a pas de centre, même pas Paris.

Donner moins d’importance aux populistes

Écouter enfin les mots des autres pour penser le monde en dehors des frontières de la colonisation. Sans mot d’excuse, mais en regardant enfin en face, droit dans les yeux, les Noirs et les Arabes que nous, Blancs, ignorons si souvent. Ce n’est pas un mépris profond, c’est une vraie ignorance, une ignorance passive, qu’on ne combat donc pas.

Et si, en plus, nous donnions à la pensée démocratique européenne et francophone emprunte de liberté une place plus importante qu’aux populismes occidentaux ? Et si nous donnions aux exclus l’importance que nous donnons aux populistes ? Quels en seraient les conséquences sur notre vie à court, moyen et long terme ?

Communeurs, communeuses…

“Power resides where the men believe it resides. It’s a trick, a shadow on the wall. And a very small man can cast a very large shadow.”
Vary in Game of Thrones 2×03.

 Le Mouvement Commun

L’absence de Pouvoir pré-établi était ce qui a traversé tout ce dimanche après-midi, cet événement fondateur. “Ecoutez-vous avec bienveillance et gentillesse, c’est le seul moyen d’entendre ceux qui d’habitude ne parlent pas.” Le mot d’ordre. Bienveillance.
On a souri en entendant cela, et nos sourires se sont transformés en grimace de souvenirs. Les souvenirs de nos premières interventions, ou des dernières en date où nous fûmes moqués et houspillés. Alors oui, nous aurons une bienveillance active.
Nous essaierons, au moins.

MOUVEMENT : changement de position dans l’espace
COMMUN : qui appartient à tous
MOUVEMENT COMMUN : changement de position dans l’espace qui appartient à tous

Ce n’est pas le “mouvement de Pouria Amirshahi”. Il n’est que le réceptacle de nos additions. Il n’est ni le maître, ni le gourou, il est le recenseur. L’idée est simple : certains le faisaient déjà, d’autre n’en avaient pas encore eu l’occasion, l’idée est de créer des synergies d’échanges. Des mouvements d’idées mises en commun pour être mieux ensemble que seuls. L’idée est de déménager un peu de tous nos piédestaux et de marcher, enfin.

Pour nous, hommes et femmes politiques, militants politiques, reprendre parole avec ceux que nous souhaitions représenter lorsque nous avons pris notre carte. Jamais nous ne l’avons fait que pour nous, tous, nous avions une plus haute idée de la politique que cela. Nous l’avons toujours. Retrouvons-en l’élan.
Pour nous, militants associatifs, dirigeants de structures, reprendre parole avec ceux qui sont de l’autre côté de la table des décisions politiques. Jamais nous n’avons cru que nous pourrions faire sans eux. Parfois nous avons dû faire contre eux. Mais sans, ça n’existe pas.
Pour nous, citoyens, nous prenons tous part à la vie de notre cité, sinon nous ne serions pas au courant que ce Mouvement Commun existe, sinon, nous regarderions simplement ailleur, alors regardons ceux qui avancent et suivons-les.

Il n’y eut ni “vaincre” ni “sondage”. Il n’y eut aucun ordre, aucun calendrier avec ultimatums prescripteurs d’actes. Il n’y eut que de l’élan.

Le Mouvement Commun - événement fondateur

On nous appelle les communeurs. Il y a du commun, de la Commune, il y a beaucoup dans ce terme.
Moi ce que j’y vois, c’est un peuple de vigies, de gardiens de phares qui éclairent la voie aux bateaux dans la nuit, dans la tempête. Que les capitaines soient capitaines, que les marchands soient marchands, que les pirates soient pirates… que chacun soit à la place qu’il souhaite, qu’il aime, où il se sent utile. Mais ensemble, allumons les phares qui feront que chacun voie son utilité améliorée.
Je veux être différente de la personne qui sera à la table des communeurs, parce que je souhaite qu’elle m’apporte quelque chose que je n’ai pas. Je veux que nous soyons si différents dans nos méthodes, dans nos analyses, dans nos actes que 1+1=3 et non une unité lissée et fade où tous=1.
Toutes nos révolutions n’ont jamais arrêté notre civilisation de partager le pain à table, que cette table fut dans une chaumière faite de bois brut coupé à la main ou dans un gratte-ciel faite de verre et designée par Stark. Alors trouvons cette force de partage, trouvons ce liant au plus simple de nos énergies, trouvons notre pain.

Il est venu le temps où la nuit et la tempête nous forcent à allumer des phares à jamais éteints. Et comme ils éclaireront des routes jamais prises encore, nous pourrions voir émerger des idées, des pensées nouvelles pour, au bout du chemin, voir tout simplement qu’une autre politique est possible puisqu’un autre monde se crée déjà.

A Gauche Pour Gagner étape 1 : Retrouvailles

Off Conf de Presse CNPS motions

Guedj – Hamon – Filippetti (c) Sebastien Calvet pour Libération.

Retrouvailles.

Des sourires.
Je ne veux retenir que les sourires.
Et les rires.

Rires d’avoir réussi une mission périlleuse : avoir une équipe.
Rires de retrouver des frères d’armes, de l’officialiser.
Rires de savoir que l’on risque de mourir au combat mais que nous mourrons tous armes à la main. [C’est figuratif, soyons clairs, la politique n’est pas SI violente.]

Des rires, et des sourires. Parce que nous croyons vraiment à ce que nous défendrons, défendions, défendons. Juste vraiment. Dans un sentiment de vrai. Non pas de Vérité incarnée, non, juste de vrai, de réel, de concret, de tangible, de toujours là, d’immuable. Le point de non-retour fut atteint, nous ne le franchîmes pas. Nous nous tînmes pour ne le pas franchir. Nous y parvînmes et de notre côté du gué, nous regardâmes qui il restait, et nous sourîmes.
Nous sommes vivants.

A Gauche Pour Gagner succède à Vive La Gauche.
Nous sommes vivants, c’est sûr. Et un Être de Gauche vivant ne s’arrête pas avant d’avoir gagné. Coûte que coûte, vaille que vaille.

J’ai vu cette force dans nos sourires. J’ai vu des étincelles dans nos yeux.

Ce n’est pas l’idée de choisir entre 5 et 12 dimanches ouvrés.
Ce n’est pas l’idée d’être pour ou contre le fait d’aider les entreprises.
Ce n’est pas l’idée de plus ou de moins de service public.
C’est au-delà de ces idées précises, où des compromis pourront être trouvés.

C’est : pour quoi nous sommes nous engagés en politique ? et pourquoi avons-nous choisi le Parti Socialiste ? pour quoi ?
Ces réponses, nous n’en avons pas beaucoup parlé. Nous sommes cette équipe-là non pas parce que nous avons négocié ou tergiversé, mais parce que nous avons refusé, chacun et tous, un par un, d’avancer un pas de plus.

1 2 3 soleil. Nous nous sommes arrêtés.

La ligne infranchissable fut le renoncement. THERE ARE SO MANY OTHER ALTERNATIVES ANYWHERE, ANYWHEN ! JUST THINK !

11 avril 2015.

11 avril 2015.

Alors, il faut lister les renoncements, argumenter, expliquer, convaincre.
Convaincre.

La Gauche n’est pas morte, elle déserte simplement le champ politique et électoral.
28 jours de grève à Radio France, pour nous. Pour sauver notre intelligence, notre curiosité, nos oreilles. Et le faire pour la dignité des faibles, dans un esprit de corps.
Vous croyez que la Gauche est morte, pensez à eux et dès demain, écoutez-les encore plus.

Non pas pour eux, mais pour vous.

La Gauche n’existe pas en bloc. Elle agrège. Comme elle agrège, elle est belle et riche, mais risque de se désagréger. Alors, alors elle donne l’impression de mourir car on ne la voit plus dans le magma d’expressions de droite si monolithe.

Nous sommes informatables.
Nous sommes des formes.
Nous, Peuple de Gauche, n’avons pas vocation à diriger un pays, mais à changer le Monde. Dans ce Peuple de Gauche, certains décident de changer le Monde en dirigeant un territoire. Certes. Mais ils ne sont pas les seuls à vouloir et pouvoir changer le monde. Et nous sommes vous, nous, eux, tous, interdépendants.

L’unicité est plastique. Nous sommes bois, eau, terre, feu.

Nous sommes vivants.

Nous nous relevons, doucement, de quatre coups sur la tête consécutifs. C’est dur de perdre. Non pas parce que vous perdez, mais aussi, surtout, parce que vous savez quelles politiques vont être mises (ou démises) en place par vos successeurs. Vos projets vont être jetés. Vos avancées sociales, petites ou grandes, vont être rétrogradées. Alors, oui, 4 claques.

151 villes perdues
13 députés européens sur 77
le Sénat
31 départements sur 100
Quatre claques qui font mal.

Donc voilà. Après 1, puis 2, puis 3, puis là 4, nous ne franchirons pas la ligne du renoncement à nos idéaux.
Nous avions un programme qui n’était pas fantasmagorique en 2012. Tenons-le. Nous avions des projets, des idées d’égalité, de Justice surtout. De protection des faibles qui en manquent tant. Nous avions ces idées-là. Nous les avons toujours.
Pas besoin de redessiner un ADN, nous nous sommes regardés dans les yeux à cette réunion de constitution de motion, ces idéaux étaient toujours là, et n’étaient toujours pas devenus extravagants.
Et nous nous battrons pour les faire vivre.

NOUS, ce n’est pas défini. Nous, c’est sans doute vous aussi. Ou toi, camarade.

Nous, ce sont ceux qui ne feront pas un pas de plus vers l’abîme. Ceux qui veulent cesser d’abîmer notre cœur. Nous, c’est ouvert. Nous, c’est le lien entre la parole et l’acte.

http://agauchepourgagner.fr/signez-la-motion-b-a-gauche-pour-gagner/

A Gauche Pour Gagner

Un bon dimanche

Je ne suis pas le bois qui se consume dans ta cheminée.
Tu ne m’emmèneras pas dans ton consumérisme. Garde-le. Regarde-toi, charbon cramé.

Tu sais, toi qui pense que travailler le dimanche c’est bien, tu peux devenir infirmière. Ou si tu ne veux pas faire d’études pour travailler le dimanche, tu peux aussi aller faire la plonge dans un restaurant. Bosser au Mc DO.

Si tu veux bosser le dimanche, tu peux bosser dans la culture (ah, oui, mais ils n’embauchent plus… plus de sous. Désolés.) Tu peux aussi faire nounou pour les infirmières ou aides-soignantes ou serveuses qui bossent, elles, le dimanche, déjà.
Sinon, tu peux faire femme de ménage (oui, même si tu es un homme) tu peux faire femme de ménage dans un service d’urgence d’une grande ville.
Ou flic. Tu peux faire flic si tu veux faire des gardes du dimanche.
Ou prof. Parce qu’en fait, le dimanche, les profs, bah ils corrigent, ils préparent : ils bossent (mais ne sont pas payés, mais c’est pas grave, ça, hein…)

Alors quoi, toi, tu ne dis plus rien ?
C’est parce que ton truc n’est pas que nous allions travailler le dimanche, ton truc c’est que nous passions notre vie à consommer. Parce que consommer, ça nous empêche de penser, de réfléchir. Consommer, ça accélère le temps. Nous perdons l’espace du temps lent si nous pouvons consommer. Nous sommes impatients de consommer. Nous n’arrivons plus à nous arrêter de consommer, nous ne vivons plus.

Mais tu sais ce que tu fais aussi ? dis, tu sais ?
Tu empêches les pauvres, les vrais pauvres, ceux qui n’ont plus que 10€ dans le porte-monnaie, 10€ à faire durer 12 jours (oui, ‘ça’ existe) tu les empêches de s’accaparer la ville, notre bien commun.
Parce qu’il y a une grande différence entre se balader dans une ville, faire du lèche vitrine, regarder les décorations en sachant que de toute façon, même si on pouvait acheter on ne le ferait pas puisque les magasins sont fermés, et se balader et se dire « ah, ça, c’est beau ! » « ah, ça, mon aîné en aurait vraiment besoin ! » et savoir qu’on ne PEUT pas.
Ce crève-cœur, tu y as pensé, dans ton monde consumériste ?

Alors donc le bitume que tu fais pour tous, en fait, tu ne le fais que pour tous-ceux-qui-ont-les-moyens-de-venir-consommer-en-ville. Et tu sépares notre société entre ceux qui peuvent et ceux qui ne peuvent pas.
Alors tu crées du désespoir. Et le désespoir crée de la haine.

Je n’ai pas besoin de faire les magasins le dimanche pour être heureuse. Mes enfants non plus.
Le dimanche, on se balade, on va au manège, on va au Mc Do. On va prendre un pain au chocolat à la boulangerie, un bretzel à l’autre. Le dimanche, on fait de la peinture ou du vélo. Le dimanche, on essaie de déjeuner en famille, avec la famille élargie. Et puis on s’organise pour n’avoir besoin de rien. Et on dit aux enfants « non, on n’a plus de jus de fruits » « bah va en acheter » « mais non, aujourd’hui c’est dimanche » « ah oui, c’est vrai, bon ben demain alors » « oui, demain ». Et tout va bien.

Tu veux que je consomme le dimanche ? alors donne-moi les moyens de le faire du lundi au samedi, et ensuite, on recausera du dimanche.
Tu veux que je puisse consommer du lundi au samedi ? mais tu as peur que je n’en aie pas le temps ? Pourquoi ? tu as déjà mis sous le tapis les 35 heures et cette demie journée dite de RTT ?

Tu sais, si tu veux nous faire consommer le dimanche, redonne des moyens à la culture, empêche la baisse de la dotation de l’état qui va faire chuter, d’une violente chute, l’offre culturelle partout en France. Tu sais, si tu veux nous faire consommer le dimanche, tu n’es pas obligé de nous faire rentrer dans des grands magasins. Tu peux nous emmener au théâtre ou au cinéma. Et ton alliée, la Ministre de la Culture pour qui le cinéma est un produit industriel comme un autre, nous appelle déjà des clients. Tu vois, même elle te suit dans ce consumérisme à l’envi.

Pas moi. Moi, là, vous m’avez perdue.

Moi, je voudrais que le dimanche soit le jour de la semaine où on se pose et on partage.
Mais moi, tu me diras sans doute vile.

Ce dimanche, on a fait des spritz.

spritz

silence écoute

« Le silence, dit Meschonnic, est une catégorie du langage. Et il définit le rythme comme l’organisation du mouvement de la parole dans le langage. Ça n’a rien à voir avec la rapidité ou la fréquence. »
Claude Régy, L’Ordre des Morts, 1999.

pavésEchanger pour changer.
27 septembre 2014.
La Bellevilloise.

Une pierre sur le chemin…

C’était une réunion sur la parole. Sur la parole donnée, sur la parole émise, sur la parole trahie, sur la parole empêchée. La “société civile” avait la parole. Alors ils sont venus rappeler aux socialistes qui avaient fait la démarche de venir les entendre, que nous n’avions collectivement pas tenu notre parole.
Ils s’en excusaient presque puisqu’ils savaient que les socialistes présents en souffraient autant qu’eux, différemment, mais autant.
Alors ils se sont levés, un par un, pour émettre une parole qu’en période de campagne nous sollicitons mais n’écoutons pas, qu’entre deux campagnes nous tentons d’éviter. Une parole d’acteurs de la vie.
Comme nous, militants, mais ailleurs.
Et pour une fois, ils avaient le pouvoir : ils avaient le micro.

Pouria Amirshahi leur et nous a dit bonjour. Puis leur et nous a dit merci. Et n’a rien dit d’autre.
Barbara Romagnan, Fanélie Carey-Conte, Cécile Duflot, Emmanuelle Cosse, Pierre Laurent, Emmanuel Maurel, Jérôme Guedj, Guillaume Balas, Pascal Cherki, Daniel Goldberg, Michel Pouzol, Christian Paul, Jean-Marc Germain, Frédéric Hocquard, Capucine Edou et les autres se sont tus. Parole empêchée, écoute activée.

Ils ont écouté.

“Quand on commence à faire des compromis avec les mots on continue à faire des compromis avec les principes et ça finit toujours mal.” Lénine.
Voilà avec quelle citation Gérard Miller, psychanalyste, nous laissait. Il nous avait salués en citant la chanson de Dalida : ‘Paroles, paroles’ pour donner le ton…
Aujourd’hui nous ne nous parlons plus, donc nous ne nous écoutons plus. Nous sommes une société de postures. Miller a raison : nous avons « abandonné un certain type de discours depuis la chute du mur de Berlin, [nous avons] adopté le langage de nos adversaires. Aujourd’hui les socialistes sont inaudibles quand ils parlent des chômeurs ou des roms mais très audibles quand ils parlent au Medef. »
Edwy Plenel a posé une parole non pas de passé triste mais d’espoir naissant : « les “frondeurs” nous invitent à faire comme eux, c’est-à-dire ne plus se lamenter, mais sortir de TINA, chercher un chemin… Inventer ce chemin vers le futur… Trouver le phare qui va l’éclairer. »
Philippe Torreton appuie sur le même point : « Si le débat ne se fait pas, libre à nous de le faire quand même !! »

Ils nous autorisent, car nous y accompagneront, à la parole recouvrée.
Non, pas la parole négative critique ou délétère, la Parole. Le son qui sort de son corps pour lier sa pensée à celles des autres. Retrouvons la phasis, nous redeviendrons en phase avec le monde.

Il n’y a rien de révolutionnaire, juste la permission de s’écouter au-delà des étiquettes, au-delà des habitudes… Juste s’écouter…

« Sans bruit, avec délicatesse, la réalité exacte laisse apparaître qu’elle n’est pas du tout une réalité finie. »
Claude Régy, L’Ordre des Morts, 1999.

Retour(s) de La Rochelle

Le ciel est gris mais clarteux.
Voilà. C’est comme ça.

Le ciel est encombré, plein de nuages, des promesses d’orages. Mais la lumière nous éblouis.

Ne soyons pas trop éblouis. N’ayons pas peur de l’orage.
L’orage passe. La nuit vient. Puis le jour. Puis la nuit. Puis le jour.

ViveLaGauche (c) Le Monde

La réunion « Vive La Gauche » samedi matin n’était ni un début, ni une apogée. C’était un rendez-vous.

Ce n’était pas un début parce que les députés n’ont jamais commencé. Des députés qui décident d’amender des textes proposés par leur propre majorité, il y en a toujours eu. Ce qui n’existait pas, c’est qu’ils se réunissent en collectif que, in fine, soient obligés de rendre public le rapport de force.
Collectif, donc.
Collectif car sans chef. Sans chef car là n’est pas la question. L’urgence n’est pas au leader mais à la direction : la voie à prendre. La leur est simple : la feuille de route des élections de 2012. Une feuille de route, une direction, collectives. C’est tout.

Ce n’était pas une apogée non plus. Parce que l’apogée, c’est arriver tout en haut pour redescendre. Ça monte tout droit vers le ciel telle une fusée de feu d’artifice, ça pétarade, et ça retombe doucement en laissant quelques traces et de beaux souvenirs. Samedi, ce n’était pas une apogée : c’était une étape. Je me souviens du vote du TSCG à l’automne 2012 lorsqu’on avait dit que ceux qui ne l’avaient pas voté ne comprenaient rien à la real-politique. Je me souviens de Jérôme Guedj alors encore député qui expliquait la nécessité de devoir faire attention avec la création du CICE, qu’on pourrait mieux le cibler par exemple.
Ce n’était pas une apogée, parce que Vive La Gauche n’est pas une explosion mais un joli crescendo. Un chant entonné sur un chemin de campagne à la lisière du bois qui à l’entrée de chaque nouveau chanteur, prend de l’ampleur.
Et ce n’est pas un coup médiatique, parce que pour faire un coup de pub, il vaut mieux être tout seul. La couverture est plus facile à tirer à soi : elle est moins lourde. Un collectif, ce n’est pas un coup.

C’était un rendez-vous. C’étaient nos PARLEmentaires qui venaient nous parler. Et nous voir. Vérifier que nous existions vraiment, que nous étions vivants. C’était un rendez-vous où ils venaient vérifier qu’ils devaient continuer. Et où nous avons dit « oui ». On suit. Pas de problème. On a envie. Oui !

C’était un chemin de traverse de l’Université d’Eté du Parti Socialiste. Mais il y a eu sur la ‘grande route’ socialiste beaucoup de paroles dites. Et beaucoup allaient sur la même voie/x, une par une, voie qui n’est que celle du programme de François Hollande en 2012 : se battre pour une plus grande justice sociale. C’est tout.

Et la parole se libère. Il y a deux ans, il n’y avait que l’aile gauche qui osait dire tout haut que la politique menée n’était pas légitime, pas celle prévue. Et alors que Maurel, Lienemann, Guedj et leurs camarades ne baissaient pas les bras, on tentait de les leur tordre. Ces derniers jours, même les anciens ministres l’ouvrent, cette voie. Mais à un ancien ministre, on ne tord pas le bras. Tout juste on tente de couvrir sa voix.

Évidemment, elle est légale cette politique. Il n’y a pas de putsch, il n’y a pas de défaillance institutionnelle. Il y a une défaillance dans nos institutions, ce n’est pas la même chose. Personne ne triche, mais les règles ne fonctionnent plus. Lorsqu’on sait que les règles sont mauvaises, on tente de les transcender. On discute, on débat, on négocie : on s’arrange. On l’a souvent fait. Mais là aucun équilibre n’est plus possible, aucune écoute, aucun travail en commun, aucun esprit de complémentarité. Il y a un refus de trouver un équilibre entre la chèvre et le chou. Aujourd’hui, il n’y a plus que le loup.

Alors oui, la semaine passée est la semaine qui rend obligatoire la clarification. Il n’y a pas de guerre à faire, il n’y a que des choix à valider. Ce n’est pas si grave. Aucun combat. Aucune bataille. Sauf si nous devions avoir à combattre même pour avoir la possibilité de valider ces choix et de ce fait combattre pour redonner un esprit démocratique à notre parti.

Père de la vérité.

falling-skies tom mason 2Falling Skies.

 

Auctoritas, du latin auctor et itas père et vérité – racine du mot autorité.

Faire preuve d’autorité, c’est détenir une Vérité, dans sa complexité.
Faire preuve d’autorité, c’est avoir prouvé détenir la vérité et donc pouvoir bénéficier de la confiance des autres lorsqu’une parole est dite.
Faire preuve d’autorité, c’est savoir et protéger quand même.
Faire preuve d’autorité, c’est non pas exercer un pouvoir sur les autres, mais exercer un pouvoir pour les autres.

Connaître (naître avec)
Comprendre (prendre avec)
Réaliser (rendre réel)

 

Augmenter la fondation.
Auctoritas
vient du grec augerer : augmenter la fondation.

Hannah Arendt - augerer

Hannah Arendt – “La crise de la culture“, Ed : Folio, 1972, p190

 

Être un chef, c’est ça. C’est protéger le groupe dont on est chef, pour lui permettre de se développer et de donner le meilleur de lui-même, individuellement et collectivement, pour que l’ensemble se développe. Enfin, l’idée, ce serait ça. Être chef, qui plus est de gauche, ce serait ça idéalement.

Être chef c’est aimer et avoir confiance en son équipe.

Être un bon chef, c’est avoir une équipe qui se sourit et qui est une force de frappe même en son absence, et pas forcément au nom du chef, mais au nom du groupe voire simplement au nom de la cause défendue ensemble.

 

Alors toi qui voudrais être mon chef, toi, là, qui pense être à la tête d’un groupe dont je ferais partie, ou qui souhaiterais le faire, tu dois d’abord te demander sur quelles fondations tu le fais. Tu n’as pas le choix. Pour nous faire avancer tous ensemble, tu dois nous dire non pas comment on y va, mais où on va. On va te faire confiance si, et seulement si tu décides d’avoir confiance en nous. Nous en groupe. Nous ensemble. Nos décisions. Notre survie.

Et d’ailleurs, en fait, nous ne t’acceptons toujours qu’après avoir choisir une direction. Un but. Une raison de te mettre à notre tête :

 Ceux mêmes qui commandent sont les serviteurs
de ceux à qui ils paraissent commander.

St Augustin.

à écouter impérativement : Pouvoir, autorité et légitimité
http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-pouvoir-autorite-et-legitimite-2013-04-19

Réalité / confrontation au monde.

Réalité - littré

 

La réalité, c’est ce qu’on en veut. La réalité globale, nous ne la comprendrons jamais. Je suis assise. Je comprends ce geste. Mais est-ce que je comprends la réalité physique de la pression que j’inflige au siège sur lequel je suis ? Est-ce que je comprends la réalité biologique complexe du geste, du fait d’être assise ? Est-ce que je comprends l’histoire qui m’a permis de m’asseoir là, aujourd’hui, maintenant ? Est-ce que je comprends toute l’évolution qui a transformé ma race, ma terre ?

Non. Ma réalité est d’avoir choisi ces vêtements ce matin, ce canapé il y a plusieurs années, éventuellement… Ma réalité, c’est de penser ces mots et de les taper sur mon clavier. Éventuellement, d’y avoir pensé un peu avant. Très peu de me demander ce que vous en diriez, vous en penseriez en les lisant. Le réel, c’est ce que nous rendons intelligible et important dans notre présent. Le présent, c’est ce qui se trouve entre notre mémoire immédiate et notre futur préhensile.

Notre réel, c’est ce que nous voulons bien voir, penser, imaginer.

 

Alors la real-politic, est sans doute une manière de voir le monde. C’est tout. C’est une étiquette de validation de questions automatisées aux réponses prémâchées par l’histoire proche, dans l’immédiateté impensée, dans un futur qui ne peut s’éloigner de ce que nous connaissons. C’est un geste réflexe.

Mais la réalité est autre.

Truth is anywhere.

Ce n’est pas « la vérité est ailleurs » mais la vérité est n’importe où.

La vérité est là où vous êtes.

 

La real-politic, c’est ce qui nous est imposé par on ne sait qui. C’est un totem. C’est une réalité qui a trait à la réalité du corps du Christ dans l’Eucharistie. Tu as le droit d’y croire. Mais dans une République laïque, tu ne devrais pas avoir le droit de l’imposer.

 

Aujourd’hui, la crise nous force à prendre nos responsabilités. Et la responsabilité ne peut pas être de baisser la tête pour continuer sur la voie qui nous a mis dans le mur. La responsabilité des hommes et des femmes politiques aujourd’hui est de lever la tête et de voir ces citoyens qui font fonctionner la terre sans eux. La cohérence de l’homme politique, c’est de conduire le monde là où il sera meilleur. La cohérence de l’homme politique de gauche est que ce meilleur soit plus juste, pour chacun.

 

La force de l’homme politique, c’est sa capacité à se battre pour des idées.

 

La réalité aujourd’hui, est de moins en moins libérale. Le peuple n’en a plus les moyens. Alors il y a du troc, de l’entraide, des fripes, des AMAP, des circuits courts, des dons… parce que si la puissance publique de gauche ne le fait pas, le peuple de gauche s’en chargera.

Et pas que de gauche, d’ailleurs.  

 

L’homme politique responsable regarde le monde dans lequel il vit. Et il propose autre chose. Une autre politique : gérer autrement le monde et faire de la politique autrement. Là est la real-politic : la politique tirée de la réalité.


Précédemment publié le 12/07/2014 sur http://charlotpicard.tumblr.com/post/91546455045/realite-confrontation-au-monde-la-realite

CULTURE.

Semer. Dans la terre. Semer et faire pousser.

Choisir la terre. Penser au soleil. Penser à l’eau.

Semer.

Décider de la graine. La choisir, semer, et laisser pousser.

Choisir le fruit. Décider de la graine. Choisir. Semer. Planter.

 

Temps.

 

Regarder pousser. Eau. Terre. Soleil. Pousser.

Arroser. Nourrir. Soigner. Pousser.

 

Temps.

 

Protéger. Tailler. Choisir. Protéger. Nourrir. Abreuver. Soigner.

 

Décision.

 

Cueillir. Récolter. Soigner. Apporter. Partager.

Partager.

Nourrir l’Autre. Se nourrir de la plante avec l’autre.

 

Culture nourrissante.

 

 

Je fais la culture des tomates sur mon balcon.

Je fais la culture des oignons au jardin.

Je fais la culture des mirabelles au verger.

 

La culture se fait dans mon jardin. La culture se fait dans mon village. La culture se fait dans ma ville. La culture se fait dans une grange ou un théâtre. La culture c’est ce qui me permet de te parler, et que tu me comprennes. La culture c’est ce qui nous fait pousser l’esprit et les os. C’est ce qui nous met ensemble, à partager quelque chose. Des tomates, une tarte aux mirabelles, un film, un match ou un spectacle. La culture c’est ce qui nous fait civilisation. Quelle qu’elle soit. La culture est la marque de notre civilisation.

 

Tue la et tu te tues.

 

Précédemment publié le 15/06/2014 sur http://charlotpicard.tumblr.com/post/88857069220/culture