De la contrainte à l’empathie

Jour 38. Confinement 2020.

Nous faisons, tous en ce moment, une expérience bien désagréable : la contrainte.

On nous a fermé les bars, les églises, interdit les fêtes de mariage, fermé les restaurants pour les midis entre collègues, punis de collègues à la machine à café, interdit les réunions où on arrivait des fois à faire passer ses propres idées, interdit les essayages vite fait de cette jolie paire de chaussures. On nous a même interdit de déjeuners de famille où on mange trop et où on se râle dessus les uns les autres. Interdit de bises, interdit de baisers.

Alors on ne se maquille plus. On ne se rase plus. On ne s’apprête plus. On ne se parfume plus. On n’achète plus rien d’autre que ce qu’on va consommer, rien que le nécessaire. Le strict minimum, et rien d’autre.

Au début, nous fûmes plein d’envies, plein d’allant. Nous devenons moroses et lents.

Nous expérimentons, tous, la contrainte. Et la crainte.

La peur de sortir, la peur de l’autre, la peur de mal faire dehors et que l’autre nous juge comme mauvais, comme dangereux, comme sale. Quel est le bon geste ? Le masque, lequel dois-je prendre ? La peur d’être mis au ban. La peur de voir nos enfants s’enfoncer dans ce ban sans la meilleure éducation possible. La peur de voir leurs cerveaux rétrécir à force de vidéos sur Youtube dont nous ne maîtrisons pas tout. La peur d’être de mauvais parents parce que notre morosité nous a fait baisser les bras aujourd’hui, et puis hier, espérons que demain ça ira mieux. La peur de mourir si on échoue, mourir un tube dans la gorge pendant des jours, absent. La peur de n’être pas assez solides pour supporter tout ça, toutes nos peurs. L’envie de se noyer dans des séries télé parce que leur réalité est agréable, dorlotante, divertissante de notre morosité. L’envie de s’évader alors courir et voler, et se cogner la tête à la fenêtre fermée de l’extérieur, toujours. Interdit, tout est interdit. Sortir est dérogatoire. Aimer est contraint. Nous sommes tous l’Autre potentiellement contagieux. Nos corps sont devenus l’ennemi public numéro 1.

Ce que nous expérimentons dans nos corps aujourd’hui, cette tristesse calme de ne pouvoir voir nos amis, de ne pouvoir être ce qui nous plaît, cet estomac noué, ce cerveau ralenti… cette contrainte imposée, détestable, c’est le état de corps que les pauvres ressentent de janvier à décembre, tout le temps, tous les ans, avec en plus la culpabilité de ne pouvoir nourrir correctement leurs familles. Oh oui, on s’y habitue. On trouve des trucs. On abdique sur l’espoir de ravoir un jour une vie normale, comme celle dans les séries. On s’abonne à Netflix. On abdique sur notre dignité, aussi. On fabrique des masques, pas en tissus. On fait semblant.

On trouve des « trucs », pour paraître vivants, mais on ne sait plus où est la Vie. Moi je préparais des goûters. C’est beau, les goûters. C’était la fête tous les quatre heures à la maison quand les enfants étaient petits et que seul le RSA nous nourrissait. Des gâteaux maison avec du glaçage dessus, de la jolie vaisselle (cadeaux, récup, Emmaüs, pas cher mais joli) pour faire semblant d’être vivants et heureux. Et créer de la joie, pour que la Joie nous porte. Alors à force de se forcer à sourire on finit par sourire vraiment. J’aurais pu aussi parler de couchers de soleil, de parcs, de toutes ces jolies choses où on s’extasie gratuitement ou presque. Mais cette Joie nous porte dedans, pas dehors. Dehors c’est la peur de sortir non maquillée juste parce qu’en fait, on n’a plus de démaquillant, ou plus de ricil, et que ça coûte au moins 10 balles, un ricil. Dehors, c’est croiser les anciens amis qui disent « tu viens vendredi soir ? on va à ce concert », et puis qui ne vous le disent même plus, tellement ils ont oublié que vous saviez sortir, avant. Faire semblant d’être debout quand tout son être est liquéfié par la peur de sortir de la contrainte imposée par le pouvoir de l’argent : le pouvoir d’achat, ce dieu tout puissant pouvoir qui s’achète avec l’argent que les autres ont, qu’on n’a pas. La contrainte du pauvre, c’est ça, c’est ce qu’on a, là.

Nous sommes tous pauvres de liberté, en ce moment.

Et ceux qui étaient pauvres avant, sont tombés aussi, le même jour que nous. Tombés dans l’hyper pauvreté. Avant ils ne pouvaient pas aller au restau. Aujourd’hui ils ne peuvent plus aller au LIDL.

Si nous pouvions tous, à ce moment où on se dit « ah ben non, en fait je ne peux pas » nous prenions une minute pour ressentir ce que ça nous fait en dedans. Ce sera la graine pour que demain nous soyons tous plus à l’écoute, non dans la charité ni la pitié mais dans l’empathie. Et si nous sommes capables de cette empathie avec l’empêché, le contraint alors elle pourra nous permette de construire une société plus sûre pour tous avec comme seule question, venant du plus profond de nos êtres, de notre expérience contrainte : « Comment faire pour que l’insupportable ne se reproduise plus jamais ? Pour personne ? ».

Pauvres en messe, cherchons la Communion ailleurs…

Jour 29. Confinement 2020.

Mon église. Vide.
Notre Dame, rue de la Chèvre, Metz.

Dimanche 15 mars, nous aurions dû aller à la messe. Le 8 mars, nous nous sommes dit “à dimanche” et que “dimanche” n’advint pas. C’était il y a un mois et Le Jour du Seigneur nous a offert une messe extraordinaire, d’une simplicité rare, dans la stupeur du moment. Une communion dans la stupeur. La fébrilité était des deux côtés de l’écran, la main tendue aussi. Une audience qui crève le plafond.

– Partageons ce moment. Revenez. A dimanche… –

Et puis, la stupeur passant, les curés essaient de reprendre la tête de leurs paroisses. On se demande des nouvelles les uns des autres. On pourvoit. Ce ne sont parfois que de très minces fils qui nous unissent en dehors d’une présence à la messe, c’est vrai, surtout nous les citadins. Nos paroisses sont parfois loin de notre petit kilomètre de liberté horaire actuel. Nous sommes en manque les uns des autres, et tous ensemble en manque de communion. Alors, les messes en live sur Facebook se multiplient avec une étrange particularité : elles sont toutes entre 10h et midi, le dimanche. Une hyper concurrence de messes. Trop de Jésus étouffent le Christ.

Le Jour du Seigneur c’est l’église des pauvres de messe de France, qui le sont toute l’année : pauvres en jambes, pauvres en force, pauvres en curés, pauvres en voiture pour faire les parfois dizaines de kilomètres qui les séparent de l’église la plus proche. Ces pauvres en messe en sont privés tous les dimanches, toutes les année, au contraire de nous. Ils nous accueillent chez eux, avec la bonté du chrétien, dans la paroisse hertzienne qui est la leur. Ils nous accueillent, nous qui avons d’habitude une paroisse à portée de main et de cœur toutes les semaines, nous qui les oublions parfois. Soyons heureux : ils ont gardé la porte ouverte pour nous.

Dieu a fait 7 jours à la semaine. Votre messe n’a pas a être en même temps que celle de tous, qu’elle soit sur France 2 ou sur France Culture. Vous n’aurez jamais la qualité d’image ou de son de l’audiovisuel public, vous le savez. Laissez vivre le culte sur le service public, pour le plus grand nombre, pour Tous afin que les pauvres de messe hors confinement ne perde pas leur paroisse lorsque nous retrouverons les nôtres et quitterons la leur.

S’il vous plaît : arrêtons la concurrence.

Si on me demande ce qui est le plus important pour moi, à la messe, je réponds souvent : le souffle. Oui, nous communions à travers le pain, Corps du Christ. Mais ce n’est pas la seule communion que nous vivons. Chantant et priant ensemble, nous respirons comme un seul corps. Disant le Notre Père en même temps, nos inspirations et expirations se font au même rythme. Cette communion du souffle, nous ne l’avons pas perdue, nous n’en sommes pas empêchés. La messe hertzienne nous permet d’être vraiment ensemble, jeunes ou vieux, pauvres en réseaux ou multi-connectés. Notre chemin, derrière le Christ, est de trouver la voie/x commune. Le Souffle de Vie. L’Amour à partager.

A la maison, combler le vide, trouver l’espace.

Ô, oui, très chers Pères, nous avons besoin de vous : vous êtes le lien entre nous. Donnez-nous ce qui vous porte vers le Christ, vous. Donnez-nous à comprendre la Bible, les Evangiles. Donnez-nous à comprendre les Pères de l’Eglise. Ou donnez nous à chanter, à partager, à comprendre l’histoire de la paroisse, de l’Eglise, les histoires des paroissiens, ou juste des nouvelles des uns et des autres, selon votre coeur, selon celui de vos fidèles… Vous les connaissez. Vous savez ce dont ils ont envie. Donnez-nous à chercher avec vous ce qu’est l’Eglise en ces temps où nous sommes sans églises. Parce que nous le savons : l’Eglise n’est pas l’addition de toutes les églises du monde, elle est bien plus que cela. Mais qu’est-ce ? Cherchons-là ensemble.

Nous sommes pauvres de messe, de Corps du Christ, de quête et d’embrassades. Mais nous devons être riches de cette pauvreté. Car si l’Eglise et l’Amour ne sont que cela, alors gardons nos églises fermées, elles ne sont pas assez ! Nous sommes riches de l’attente vers nos retrouvailles. Mais faire comme si de rien n’était, c’est un leurre. Soyons riches de cette souffrance commune et trouvons un moyen de faire de ce temps une attente réelle, inventive, pleine de l’attente comme l’Avent ou le Carême nous le demandent chaque année. Ce sont des temps hors du temps. Nous vivons un temps hors du temps. Et nous, chrétiens, plus que tout autre, connaissons ce temps du “rien”. Nous pouvons faire de ce temps d’absence un temps d’Amour parce que tous les ans Il nous le rappelle : le Samedi Saint n’est pas un vain jour.

Jour 15. 5è dimanche de Carême / Nous allons bien.

Bonjour !
C’est #Dimanche, alors on fête. On dresse une jolie table, même pour le petit déjeuner. Il fait beau, le soleil entre dans l’appartement. Nous allons bien tous les 3. Alors on fête !
Nous avons un toit, un frigo plein, des rires à foison. Alors on fête. Parce que nous méritons de nous souvenir de ce qui va.

#5eDimancheDeCarême

« Seigneur, si tu avais été ici,
mon frère ne serait pas mort. » Jn 1,21.

[version longue]

Cette année, nous fêterons deux pâques. Celle qui clôture la #Passion qui débute dimanche prochain. Celle qui clôturera le #Confinement.

Nous fêterons #Pâques à la maison. Seuls. Ni #Triduum, ni #VigilePascale à #NotreDame. Ni nids de mousse dans les jardins où les cloches mettront les oeufs en chocolat. Mais nous inventerons. Nous rallumerons la #lumière de la vie.

Et en sortant, nous devrons inventer cette nouvelle façon d’être au monde, dans la #Vie. Croyants ou non, si les vivants, les êtres humains ne se rendent pas compte de leur interdépendance aujourd’hui, alors jamais nous ne sortirons des multiples confinements où nous vivons depuis des décennies. Jamais nous vivrons à nouveau. Jamais nous ne vivrons enfin.

Cherchons en nous où est la Vie. Son sublime et son superflux. Ses bonheurs et ses peurs. Les vraies peurs, les vrais bonheurs. Cherchons en nous ce qui meurt en ce moment, ce que nous lâchons. Et faisons comme Jesus : prenons le temps avant de nous relever. Prenons le temps d’avoir lâché nos poids morts.

Ils partent seuls, en ce moment. La Vie reprend le terrain de nos vies. Et c’est heureux. Ça se fête.

Bon dimanche ❤️

J’aime ce que vous faites avec vos photos de vous petits, ce défi de confinement. Alors on se rend compte de plusieurs choses.
Déjà, comme l’a souligné Vincent Message : “À voir toutes vos photos tirées des oubliettes : nous restons toute notre vie les enfants que nous fûmes.”
Et puis, vous soulignez aussi quelque chose qu’Anne Delrez met en œuvre depuis des années dans son travail d’artiste, avec ces archives d’album photo de famille, avec un sens esthétique et mémoriel fondamental : l’importance de nos photos de famille.

Chacun poste son visage, mais aussi le reste. La mode. Les coupes de cheveux. Ça nous fait rire. Les tapisseries, mobiliers, voitures, décors de quand vous étiez petits, vous. Ça pose une époque. Et puis aussi les gens que vous prenez avec vous. Vos parents, vos amis, vos fratries vous accompagnent dans ce défi, ou plutôt vous les emmenez avec vous, malgré eux, pour nous les montrer.

Et surtout, vous nous montrez quelque chose que rien ne peut effacer : le regard qui s’est posé sur vous ce jour-là pour vous prendre en photo. Ce jour dont vous vous rappelez parfois. Une photo de famille, c’est un regard d’amour qui s’arrête sur un moment.

Jour 13. Les humanités ou le collège.

#Pronote et #ContinuitéPédagogique ?

Parce qu’il ne faudrait pas qu’ils ne travaillent pas, alors il faut devenir géo statège de l’application.
Certaines informations sont dans le travail à faire, d’autres dans les cours, d’autres dans la conversation.
Elles se complètent, se confondent, se répètent ou s’entrecroisent.
(Certaines personnes n’ont toujours pas compris la différence entre répondre à et répondre à tous alors…)

Plus aucune hiérarchie de l’information, ni du travail.

Perdition globale pour enfant en phase fragile de rescolarisation.

L’ordre en désordre du collège me saute au visage. Ça fait mal. Certains tiennent la barque, d’autres se noient. Enfants et adultes. Ne sont considérés par la machine que ceux qui répondent. Ceux qui silencent disparaissent. Comme en cours. Disparition.

Et le pire, ce sont ces messages qui disent, sincèrement, “j’espère que tout va bien.”

Non, tout ne va pas bien.
Le collège est un lieu de broyage de l’unicité des êtres. Il ne peut être que pire lorsqu’il est réduit à une simple application virtuelle.

Mais l’enfant va mieux : il n’y entre plus. Il a le droit d’être lui. D’écrire moche mais de lire des maths trop complexes pour son âge. Il est protégé de la violence de l’abandon. Abandon des adultes face à certains enfants. Abandon des enfants face à eux-mêmes, leurs vies, leurs puissances de rêve. Abandon du système face aux multiples possibles.

Le broyage, c’est pronote qui est, depuis qu’il existe, le seul univers possible pour les rapports humains entre le collège et la vie.

Et on va (encore) me dire que c’est de ma faute. Que je ne comprends pas la vie réelle, la Loi, le Juste, la Société.
J’aime la vie de mon fils en dehors du collège : ses cauchemars de 22h30, quotidiens, ont disparu. Les anxiolytiques ont disparu. Le sourire est revenu. Son esprit est à nouveau vif, plein de jeux de mots. Il est heureux. Sans école, son extraordinaire cerveau est libre. Il vit.

#Confinement
#Jour13

Jour 11. Annonciation / décider de refaire surface / dire oui.

-4° dehors, un beau temps à regarder le ciel en restant chez soi.

Amis athées, je vous le dis : écoutez les cloches à 19h30, ce sont les premières de Noël et demandez vous aujourd’hui ce que vous voulez faire à Noël à Nouvel an. Aujourd’hui, on fait péter le décompte des jours, on pense plus loin, plus large… 🥳🥳🥳

[version longue : ]

Dans 9 mois, c’est #Noël. Alors ce soir, à 19h30, les cloches des églises voleront vers nos oreilles et les catholiques ne pouvant se rendre à la messe pour fêter ensemble, mettront une bougie sur leur fenêtre pour dire : “Oui”, avec Marie lorsque #Gabriel lui a dit :
– Sois sans crainte, Marie,
car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.
Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ;
tu lui donneras le nom de Jésus.
(Luc 1, 26-38.)

Comme toujours, c’est au milieu du #Carême, quand sa fin ne vient pas que que son début est si loin qu’on ne s’en souvient pas, que nous fêtons la source de Noël. Nous sommes, avec Jésus, au désert. Nous savons la fin de l’histoire : il va ressusciter et pour cela il doit mourir. Pâques est notre seul but, et c’est pas prêt d’arriver. Finir nos carêmes, nos privations, et fêter, et chanter enfin celui qui nous manque tant : l’Allel—… Comme si ce renouveau était une fin.
Mais le calendrier vient nous rappeler qu’il n’y a pas que ce temps de privation qui se prépare. Il y a aussi l’autre temps, le plus long, qui arrivera aussi…

Ce matin, je remercie le Ciel de m’avoir fait croyante, car aujourd’hui ce #Jour9 de #Confinement sera un jour de fête, et de fête partagée.

BONJOUR !

Voilà, c’est fête, alors on a sorti le #Longwy 🥳🥳🥳
#Annonciation#Dans9MoisCEstNoel

Jour 10 : Silence de l’angoisse

Aucune photo. Rien. Des choses de la veille. Rien du jour là. Rien du mardi 24 mars 2020, passé en silence, à essayer de faire taire l’angoisse qui est né la veille. Toute la journée, chercher son souffle. Il s’est posé là, au bord du canal le lundi midi, lorsqu’il a fallu faire demi-tour alors que je voulais continuer à marcher. Marcher, marcher, marcher. Jusqu’à ce qu’un Autre me prenne et me dise “ça va, ça ira”.

Mais non. Faire demi-tour et n’être pris en charge par personne. Continuer à prendre en charge les miens. Devoir.

Lundi, 13h, arrivée au Leclerc.
Dans l’Hyper que je connais, suivre la liste longuement élaborée. Marly, car j’ai besoin d’une imprimante. J’ai besoin d’un hypermarché.
Dès le parking, deux sensations qui se disputent en moi : de la gratitude envers ceux qui travaillent, ceux qui font tout pour que tout se passe au mieux, pour notre sécurité, et de la stupeur envers ceux qui viennent en couple, comme si c’était une promenade.

Gratitude et stupeur

J’avance dans les rayons alors que ces gens ne font pas attention, qu’ils s’en fichent de l’Autre, qu’ils font leur petit chemin, leurs petites courses, dans leur grand espace, et réduisent d’autant notre espace, à nous, les autres. Ils s’en fichent. On peut crever, ils s’en fichent. Ils veulent juste savoir qui va chercher l’huile, mais n’oublie pas de prendre les herbes, aussi. Et toi, tu fais tes courses pour 3 semaines, pour toi et tes enfants. Tes enfants. Qui ont besoin de toi, de toi en forme, parce qu’il faut tenir, tenir, tenir. Et eux là, ils se demandent, l’un à côté de l’autre dans ce rayon-là, puis dans celui d’après et celui d’encore après, si ce qui est sur la liste est bien sûr ou s’il faut changer les choses. Et ils prennent leur espace, comme si ce n’était que le leur. Que le leur. Comme si personne d’autre que leurs petites personnes, qui s’aiment, qui ne supportent pas d’être séparés, tellement pas qu’ils ne peuvent pas venir seuls faire leurs putains de courses, comme si personne d’autre n’existait.

J’avance dans ces rayons et tout à coup, respirer est difficile. Difficile. Métallique. Je suis malade ? Déjà ? En quelques rayons, déjà malade ? Le virus, si vite ? Respiration difficile, douloureuse, comme si mon plexus n’était plus solaire, mais d’acier. De l’acier froid, qui plombe. Dans ma poitrine. Là, entre les rayons pleins et les rayons vides. Trop difficile de respirer.

Et je me souviens. Je me souviens que depuis des années, je ne viens presque plus au Leclerc. Une ou deux fois par an, seulement. Pour la rentrée, toujours. Et puis si j’ai besoin de quelque chose pour la voiture, ou de jouets pour Noël… Mais non, je n’y vais plus. Je vais, dans cet ordre de priorité, au marché puis au marché couvert, puis au Lidl, puis au Simply : supermarché, petit supermarché. Reflexe de quand j’étais très pauvre, pour manger sain en dépensant peu. Et ça nous suffit pleinement. Et ce sont de petits bonds de courses, un jour là, un jour ici. Mais ce sont des tailles humaines, des gens humains, des sourires, des échanges, des habitudes. Ce sont des clients – peut-être les mêmes qu’à l’hypermarché – qui se rappellent qu’ils sont autant humains que nous, ni plus, ni moins.

Alors, je me souviens que la période est anxiogène, je me souviens que les angoisses troublent la respiration. Alors, j’essaie de faire en sorte que mon esprit reprenne lien avec mon corps et qu’ils aillent tous deux vers la réalité, pas la peur. Alors, je continue à avancer. Ça va et ça vient, de rayon en rayon. Respirer. Sentir ce métal dans mes bronches. Aller à la caisse. Discuter avec les caissières. Nous moquer des gens, de leur inconscience, des tous petits paniers, des couples, des familles entières. Parler de la foule du matin, de l’absence de pause, mais là ça va mieux. Payer. 3 semaines d’un coup et des fournitures qui n’auraient jamais été nécessaire sans confinement. Payer beaucoup.

Et jusqu’au surlendemain matin, après la nuit, sentir ce poids dans la poitrine. Mon angoisse, c’étaient vous, les anonymes inconscients d’être au monde au milieu du monde. Mon angoisse, c’était cette société qui nous tue : celle du mètre linéaire, celle de la tête de gondole, celle de la caisse automatique, celle des choses à avoir.

Cette ville que l’on a, on la mérite. Les “hyper” viennent du fait qu’on ne peut plus prendre le temps de vivre, d’acheter tranquillement, il faut tout en un, tout en une fois, avec parking devant. On peut s’en plaindre, mais qui est assez fou pour avoir un job à temps plein, des activités en dehors, deux enfants à élever, aucune aide, et a quand même envie de faire 8 ou 10 fois la queue, au moins, toutes les semaines pour avoir et à manger, et du PQ, et des livres, et du thé, et du pain… Qui prend ce temps ? A qui le laisse-t-on ? Personne.

Et pourtant, si c’était cela, la respiration humaine…?
Si c’était nous passer de tout ce qui est “hyper” pour trouver tout ce qui est “humain”, à notre échelle, d’hommes et non de dieux.

Jour 9 : Hyper-Angoisse

Sortir.
L’angoisse.
Sortir, c’est quand on rentre risquer de contaminer ceux qu’on aime. C’est savoir qu’on en aura quand même peut être pas fait assez. C’est savoir que le virus est invisible, vicieux, qu’il nous colle à la peau quand il s’attache à nous, et qu’on a laissé notre vie entre les mains des #autres, ces cons qui font les courses à deux et prennent toute la place dans l’allée, ceux qui sont venus avec 3 enfants qui touchent tout dans le magasin. Ma vie, celle de la mère de mes enfants, dans leurs putain de mains sales.
L’angoisse.
Celle d’oublier quelque chose. Je ne veux pas y retourner, dans cet hyper magasin trop grand. L’angoisse de l’oubli. Celle du virus. Et au milieu de cela penser à ramener des choses pour créer de la joie. Parce que mes merveilleux enfants et moi, nous vaincrons ce virus avec la #Joie. Notre seule arme pour la #Paix : la Joie.
L’angoisse, c’est la poitrine qui se serre. Dans les rayons, de plus en plus. Serré. Serré. Glacial. L’angoisse, c’est de prendre ça d’abord pour un problème pulmonaire. Puis se souvenir, réaliser que non, c’est juste l’angoisse qui attaque doucement. Pas une crise, juste un état.
Une fois lavée, bien lavée, les os glacés transpercent le corps de l’effroi passé. On l’a fait. On a fait ce qu’on a pu. On ne fera bien que ce qu’on aura pu. Alors pour réchauffer le corps, calmer l’esprit, se blottir dans le châle de Grand-Mère, pour l’appeler à moi. Et la chaleur revient.

#Confinement ce n’est que le #Jour9
Mais déjà une semaine est passée… 🙂
#StaySafe #StayHome #LOVE❤️

Jour 8 – Laetare : la Joie.

4è dimanche de Carême, dimanche de la Joie

La #Paix du #Christ à chacun. 🙏

#Dimanche #Messe #Confinement #2eDimanche

Cette messe télévisée, en comité très restreint, comme chacun chez soi, très improvisée la semaine passée, est notre nouvelle communion hebdomadaire. Il faut trouver nos nouvelles marques, créer de nouveaux #temples.
En plein Carême, cette absence de #corps, ceux des autres, et celui du Christ, nous pousse à penser et panser ce qui nous manque.

Aimer, dans le manque.
Recevoir l’Amour, dans l’absence.

L’altérité est dehors. Nous en sommes dépossédés. Il faut alors trouver la Vérité en nous, sans contre argument, sans bataille, dans un cheminement intime.

Chercher le manque ultime, trouver la voie pour ne pas le perdre. Et cheminer vers notre plénitude, au bout du bout du chemin… Sans certitude, juste une immense Foi en l’Amour.

Quand dans ton immeuble, il y a 249 appartements, quand ça prend, ça prend d’un coup…
#applaudissements #Confinement #PourLesSoignants #JAiPasFilméJÉtaisAuTél

Jour 6. Dans mon HLM.

#Metz Sans filtre, le ciel de #printemps et la tour des suicidés vue de dos.
Ste Barbe, Sainte patronne des messins et des pompiers…
Ciel bleu et un certain silence aujourd’hui.
La voisine du dessus n’a crié qu’une fois sur ses enfants, pour qu’ils aillent à douche.
Les voisins du dessous ne semblent pas être là. C’est plus calme. C’est bon.

Depuis dimanche, j’ai parlé à deux voisines par la fenêtre de la cuisine. Elles étaient sur la coursive. Les coursives, cette idée Le Corbusienne de créer des villages superposés. 12 rues de superposent de mon côté. 19 chez ceux qu’on voit là. Des villages lego, sans jardin, sans espace. Heureusement, il y a du ciel, beaucoup de ciel. Alors je vous donne mon ciel à vous qui êtes en rez de chaussée, en rue serrée, en manque de ciel.

Il y a quelque chose entre l’incertitude, l’incompréhension et la peur, ici. Beaucoup de silence, en fait. Des voisinEs qui vont bosser : nettoyer, nourrir, aider, qui laissent leurs enfants seuls, parce qu’un est au collège l’autre en primaire et que ça fait deux accueils différents, que c’est trop compliqué. Ici, on est pauvres, on fait des métiers très utiles. Des voisins. Ceux qui descendent leur chien mais c’est tout. Qui disent bonjour de très loin. Qui serrent les dents…

Moi je vais bien. Je prends du recul en regardant LCP. Je m’énerve contre l’innocuité de la majorité. Ça occupe.

Je me demande si un jour j’appelle la police pour des cris trop violents, viendront ils ? Que feront ils ? Que pourront ils faire, vraiment ?

Est ce que quelqu’un, à bout de nerfs confinés, décidera de venir chez nous et sauter ? Ça fait plus d’un an que ce n’est pas arrivé. Ici, on accueille même la misère des gens qu’on n’a jamais vu.

Pour l’instant, c’est silencieux. C’est pas si mal. C’est bien. Ça n’applaudit pas à 20h. Mais ça ne hurle pas les 23 autres heures, et c’est déjà ça, la résilience en HLM.

#Confinement #Jour6 #LesVoisins #DansMonHLM