Jour 2. Se rendre compte.

Confinement. Lundi 16 mars.

Crochus et tulipes.
#Confinement #Jour2 #TrouverDuBeau #AimerLaVie

Restez à la maison.
C’est tout.
Et quand vous avez un coup de blues, appelez l’ami ou le parent à qui vous pensez depuis des semaines, des mois en vous disant toujours “ah zut, là, j’ai pas le temps”. Parce que vous verrez, vous avez plein de belles choses à vous raconter. Depuis ce temps, vous avez des vies à vous raconter…
Ce virus nous donne deux choses : la capacité d’agir vraiment les uns pour les autres en ne sortant pas de chez nous, et du temps. Beaucoup de temps.
Ce temps que la société nous bouffe.
Reposez-vous. Lisez. Regardez des merdes à la télé. Écoutez de la musique.
Prenez soin de vous.
Faites belle votre maison.
Nous serons de toutes façons solidaires, car ensemble. Une belle communion humaine.

Allez, #Confinement #Jour2, ce sera une belle leçon de #vie. Faisons cela pour aider nos soignants, pour qu’ils ne soient plus submergés. Pour nous, ce n’est pas si dur.

Chut…
Un jour est passé. Et le ciel est d’or…
#StaySafe #StayHome

Confinement. Jour 1. S’enfermer chez soi. Dimanche 15 mars.

A #voté.
Les précautions d’usage (lavage de mains et SURTOUT DISTANCES) étaient bien mieux respectées que l’agglutinement d’hier et avant hier dans les supermarchés, marchés… Et nous continuerons à devoir sortir et être en présence les uns des autres pour aller acheter de quoi nous nourrir, si possible pas trop mal.

Et comme un pied de nez à notre #confinement (#Jour1), le #ciel resplendit.
Au bout de 6, 8 semaines, vous verrez, nous saurons que c’est nous qui avons besoin de notre planète, et non l’inverse.
Bon dimanche. ❤️

Nous y sommes.
Le 1er tour est passé et normalement je devrais avoir discuté avec énormément de gens, à l’hôtel de ville et à la préfecture. #Metz a voté. Je suis sur une liste. J’y vais toujours. Savoir, comprendre, échanger. Avec nos opposants aussi. Nous avons vécu la même campagne de 1er tour. Nous vivrons avec certains celle du 2e.
Se battre contre souvent, ça créé des liens spéciaux.
Se battre avec aussi, mais ce soir ce très beau score qui présage que tout est encore possible, que #Metz peut plus que jamais rester à gauche, c’est par écran interposés que nous le vivons, que nous sommes ensemble. Ni local. Ni mairie. Ni préfecture. Aucun proche. Aucune humanité de chair.

Je n’y suis pas allée. Mon équipe se passait très bien de moi. Je suis allé dépouiller dans mon bureau de vote parce qu’ils manquaient de monde. Puis je suis retournée avec mes enfants. Parce que eux priment sur le monde entier.

On attend que je me sois changée pour faire un câlin quand je rentre. Nouveaux rituels acquis.
On mange le périssable en premier. Nouveaux rituels acquis.
Demain, nous organiserons d’autres nouveaux rituels.

Nous y voilà. #ShutDown
Pour la #vie, chérissons notre communauté virtuelle. Soyons là. Nous serons là. Nous y arriverons.
Prenez soin de vous. La #LanterneDuBonDieu a 800 ans. Cette photo a 36h. Je reprendrai la même dans 6 à 10 semaines et vous verrez : elle n’aura pas bougé. ❤️

An neuf.

Toute la journée, des messages, des gifs, des vidéos de gens qui… qui sont-ils déjà ? Une journée qui ressemble au brouillard qui trône dehors. Lire Régy, manger, chercher un sens à l’année qui vient, repasser le linge devant une comédie romantique, se demander si on vit vraiment ou si tout n’est qu’illusion, faire des listes, défaire ces listes, remplir le nouveau calendrier, voir les anniversaires qui viennent, le mien, les échéances qui viennent, qui hocquettent dans une société qui hocquette, des solutions à chaque problème mais toujours 3cm trop loin impossibles à atteindre seule, alors se poser, faire une pause, s’arrêter et écouter.

Écouter le monde, écouter l’air, écouter le silence, la voix de Glenn Gould dans cet enregistrement des variations, se dire que Bach et Gould, quand même, quelle rencontre… Écouter la vie des enfants dans leurs chambres.

Alors voilà, Régy est mort. Ou plutôt, la Mort a repris Régy. Mais nous, que faisons nous de cela ? De tout ce qu’il nous a appris ? De là où il voulait nous porter ? Où est la Vérité ? Notre Vérité ? Où est la justesse de la parole, sinon dans le silence juste avant le premier son ? Quand tout est là, entier, prêt à être dit ? quand l’inspiration se fait ? Que ferons nous dire à nos actes ?

Comment être ce que l’on dit être ? Comment se rendre compte lorsqu’on fait l’inverse ? Qui nous dira “arrête, vois-toi” avec suffisamment d’amour pour qu’on l’écoute ? Aurons-nous le courage de le dire à nos proches ? Sommes-nous de si fortes personnes ? Sommes-nous conscients de chacun de nos empêchements ?

Claude Régy, Du Régal pour les Vautours, p25
Claude Régy, Du Régal pour les Vautours, p26

Il faut donc réussir à exprimer ce que l’on ne comprend pas. Ces évidences qu’on ne s’explique pas. Les exprimer car les ressentir n’est pas une coïncidence. Être portés par nos évidences et laisser s’exprimer nos corps pour les vivre pleinement. Vivre pleinement. (Mais qu’est-ce ?) Et savons nous ce qui est, dans nos vies, dans ce monde, au delà de notre propre exprimable ?

J’aimerais savoir rapporter ces Variations de l’an neuf à des sujets bruts. Vous dire “ceci est le Vrai” sur les municipales, la République, l’Amour, Dieu, la Vie ou même la Mort. J’aimerais vraiment. Mais alors vous pourriez dire “elle a tort, elle se trompe, elle veut quelque chose de moi, elle biaise le sujet, elle se joue de moi”, alors que non, aujourd’hui, j’ai simplement pensé à Régy et à ma vie, à ce qu’elle aurait été sans lui, sans les ricochets de sa vie à lui qui ont bouleversé la mienne, il y a 20 ans, au tout début de ce millénaire.

Despentes se décrit comme brutale dans une interview récente. Je suis avec elle, de cette énergie. J’aime cela, la brutalité. La puissance. C’est une réaction. Je suis réactionnaire. Brutale par réaction aux apathies malveillantes.

Régy, lui, m’a offert la radicalité. Au monde par erreur, il me fallait bien tracer une voie. Il fallait trouver mes racines, elles étaient dans Kane lue avec Colas. La Mort qui donne Vie. Ma naissance dans son suicide. Depuis lors je ne tolère rien de médiocre. Et mon intolérance vous fatigue. Tant mieux. Vos médiocrités, à vous qui jouez les si forts que rien n’ébranle, m’épuisent.

En cet an neuf, je crois qu’il faut que je reprenne l’art de la parole. Parler, même dans le brouillard : peut-être qu’au-delà de mon regard, quelqu’un écoute, dans le silence.

Savoir choisir

Parfois, en amitié, il faut savoir se dire quand ça merde. Et même si nous ne sommes pas vraiment amis, je ne peux rien contre la dose d’affection que j’ai pour toi et que j’espère réciproque. Donc voilà.

Cher Benoît,

Si nous ne faisons pas campagne ensemble contre les autres, nous serons obligés de faire campagne l’un contre l’autre. C’est d’un idiot…
Nous sommes dans une impasse politique car nous ne faisons pas de politique, là, mais de la tambouille affective. Les militants de ton mouvement n’ont pas confiance dans celui qui fut le nôtre. Les militants du mien ne veulent plus rien avoir à faire avec ceux qui sont partis pour de mauvaises raisons, sans assumer la défaite commune.

Certes. Nous en sommes là.
Mais cela ne concerne que la France. En Europe, notre bilan commun est différent.

Je sais, tu vas me dire que la Délégation des Socialistes Français a voté pour Juncker au début du mandat, en 2014. OK. C’est le jeu des négociations : lorsque ton groupe a réussi à avoir des positions (très) favorables, tu votes le paquet. Tu le sais. Est-ce que ça m’a réjouit à l’époque ? Point du tout. En plus, en Moselle, on connaissait bien Juncker et je savais que c’était une mauvaise idée. Mais moi je soutenais à ce moment là un socialiste maintenant parti dans la galaxie LFI qui avait, lui, voté contre, contrairement aux eurodéputés de ton parti actuel.
2014. Si je ne m’abuse, le printemps 2014, entre les municipales et les européennes, c’est le moment où toi, personnellement, engageant là dedans tous ceux qui te suivent avec loyauté et ferveur, tu as signé avec Montebourg un pacte de génération avec un certain Manuel Valls qui resta Premier Ministre bien après que vous partîtes des ministères que vous aviez réussi à arracher avec ce pacte, non ?
Tu vois, 2014, c’était il y a une éternité. Ou pas. Tu vois, on peut compter les points. Ou pas.

Mais parlons plutôt de ce qui concerne cette élection qui arrive si vite : les européennes. Pourquoi devons-nous y renvoyer certains des eurodéputés français de gauche qui y sont en ce moment ? Pour moi, et je sais que ton sens politique partage cette analyse avec moi, c’est parce que les sociaux démocrates (ce n’est pas un gros mot que de désirer un socialisme non dictatorial) français qui y sont élus aujourd’hui furent moteur, avec d’autres, de ce qui est sans doute la plus grande avancée politique pour la gauche européenne et donc pour les citoyens européens depuis sa création : ils ont créé un Progressive Caucus.

Depuis le début des années 80, les conservateurs ont leur caucus, leur groupe de droite conservatrice qui écrase toute velléité de gauche. Il a fallu tout ce temps pour que la gauche crée le sien et il n’est, malheureusement, qu’à ses premiers pas. Il pourrait chuter vite et pour longtemps si on n’y prend pas garde.
Si tu penses à l’Europe, et non aux affects internes à la politique française, crois-tu vraiment pouvoir éviter le groupe S&D, quel qu’il soit, dans ce Progressive Caucus ? Tu sais bien que les Verts européens sont parfois plus à droite que nous, et pourtant il ne te viendrait pas à l’idée de les en rejeter ou de rejeter une main tendue par Yannick Jadot…

Le temps n’est pas à la construction ou reconstruction de nos mouvements politiques nationaux sur le dos d’une élection, le temps est bien plus important que ça : il est à la construction d’une gauche européenne qui apprenne à s’organiser pour protéger les citoyens européens. Notre question aujourd’hui est : voulons-nous que la gauche française pro-européenne participe à ce Progressive Caucus et à sa construction ou en avons-nous rien à faire ?

Je n’ai pas envie de faire campagne avec les membres de ton mouvement qui, à longueur de tweets et de posts facebook semblent ne faire qu’une chose de leur journées : nous cracher au visage. Aucune envie. Je suis fatiguée de cela. J’avais déjà vécu cela juste après mon adhésion au PS en 2012 lorsque tu les fis adhérer à la grande motion majoritaire qui allait de toi à Valls (encore lui) et où ils passaient plus de temps à m’expliquer que Maurel et Lienemann ne comprenaient rien et que nous devions disparaître car nous n’existions pas vraiment (!) plutôt que de construire une réelle convergence interne et des barrages à Valls ou Macron. Je suis très fatiguée de cela et des échecs politiques que cela a collaboré à créer. C’est de la politique de batailles pour oublier où est la vraie guerre, où est le vrai sujet. C’est de la diversion injustifiable. Fatiguée de cela, je l’étais, tu le sais. Cela ne m’a pas empêchée de te soutenir lorsqu’il le fallait. Fatiguée, je le suis encore plus maintenant. Et avec ma fatigue vient ma colère.

Colère. Parce que le sujet n’est pas là. Que la misère ne se bat pas minorité contre minorité. La misère se bat minorités contre majorité. Je ne veux pas faire partie de la plus jolie minorité, la mieux décorée, la plus contente d’elle. Je veux faire partie de la majorité, pour labourer la terre de fond en combles, semer et récolter. Je veux voir la droite libérale et financière amoindrie au sein du Parlement Européen. Je veux voir une Europe qui pense protection des êtres avant protection des avoirs.

C’est pour ça que je me suis engagée au Parti Socialiste : parce qu’il me semblait ne plus voir les petites blessures qui font les grandes souffrances de la misère, pour le réveiller. Et je t’ai secoué, comme d’autres, avec d’autres. Et si tu veux une confidence étrange, pour ma première intervention face au CN en décembre, j’ai été comme d’habitude : un peu trop fort mais sincère. Crois le ou non, mais les gens en face de moi, toutes micro obédiences socialistes confondues, ont écouté et entendu. Le parti change depuis non pas votre départ, mais tous ces départs. Nous le savions au tout début des frondeurs : nous avions vu la chute avant 2014, ils ne nous croyaient pas, mais ils étaient simplement en retard, aveuglés ou apeurés. Tu es parti trop tôt pour le voir, mais je te le dis : nous avons quitté le cimetière des éléphants.

La Délégation des Socialistes Français en est la preuve par le travail. Arrivée si petite en 2014, elle a su, à force de batailles et des débats, bouger accepter et changer et surtout, influer sur le travail du Parlement Européen. Parce que c’est cela qui compte : ils l’ont fait. Ils ont fait ce qu’ils ont pu là où ils pouvaient, et souvent plus que ce qu’on osait espérer. Qui aurait dit que le Progressive Caucus allait naître là, tapis entre les hollandais pur jus, les strauss-kahniens, les sans autre avis que la majorité et que la Radicale que nous avions avoir élue en serait une vraiment de gauche ? Qui l’eût cru ?
Perfectionniste, j’aurais aimé plus, mieux, plus clair – et ils le savent. Comme toi en tant que ministre, tu aurais aimé faire plus. Mais regardons ce qui a été fait : faut-il l’oublier, l’éradiquer ?

Sur chacune de nos propres listes il y aura des gens qui n’auront pas confiance les uns dans les autres, alors quoi, on lance des listes composées uniquement d’amis ? Ou on fait de la politique : savoir quel est l’intérêt commun et trouver les meilleurs moyens de le mettre en œuvre ? Je n’ai pas envie de faire campagne avec vous, le mépris de vos plus proches camarades face à nous qui sommes resté dans notre parti qui fut commun est difficilement supportable et il n’a d’égal que le mépris affiché par certains de tes cercles durant la présidentielle, et le reste du temps… Mais je passerai outre ce manque d’envie parce que les européens, les français en Europe, ont besoin que nous fassions campagne ensemble et non les uns contre les autres en ayant peu ou prou les mêmes promesses, les mêmes buts. Et les buts du Parti Socialiste sont clairs. Ils sont écrits, adoptés par le Bureau National depuis septembre, ils sont la base de la négociation d’un projet commun et sérieusement, ils pourraient avoir été écrits par toi.

Je t’écris aujourd’hui pour te dire cela : ce n’est pas une campagne d’amour entre nous que nous appelons de nos vœux, mais une campagne d’amour pour les européens et l’Europe, pour qu’elle ne crève pas de manger ou de respirer, étouffée par les milliards d’avoir enfermés dans des coffres, et que ce combat ne supportera aucun retard. Prenons nos responsabilités en disant “oui, ok, comment ?”, ce sera moins dur à porter dans 20 ans quand on répondra aux questions des “historiens de la chute”. Nous avons déjà dû prendre nos responsabilités à d’autres moments, contre vents et marées, contre le TSCP sans toi ou la déchéance avec toi. Nous n’avons pas toujours réussi mais nous avons au moins l’honneur d’avoir essayé.

Je ne veux pas faire campagne contre toi, contre Guillaume Balas ou Isabelle Thomas. C’est stupide. Et vous le savez bien. Et je ne veux pas non plus les voir disparaître du Parlement Européen. Ils ne sont pas les seuls, mais on a besoin d’eux, tu le sais.

C’est pas perdu puisque tu m’aimes
Un peu moins fort, quand même

Le premier des combats

Puisque le Parti Socialiste ne diffuse plus ni photo ni verbatim des interventions au Conseil National, et parce que je veux garder une trace de ce que j’ai énoncé lors de ma première intervention à la tribune du Conseil National le 13 décembre, je vais essayer de remettre ici ce que j’ai dit là-bas (et que je n’ai ni vraiment écrit ni enregistré).

© Mathieu Delmestre – 13/12/19

Chers camarades,

Je sais que vous saurez m’accueillir avec bienveillance pour ma toute première intervention devant le Conseil National du Parti Socialiste car la bienveillance est inhérente au fait d’être socialiste, n’est-ce pas ?

Je suis venue pour vous parler d’Europe, mais puisque les sujets se croisent, je vais commencer par vous parler de ce qui nous a occupé quasi toute la journée ici : le mouvement des Gilets Jaunes.

Je ne suis pas allée sur les rond-points pour les écouter comme vous, chers amis élus. Non : je n’ai pas d’argent à dépenser pour faire garder mes enfants afin d’aller discuter avec des gens qui m’expliqueraient à quel point il est difficile de vivre dans la société actuelle. Non, je ne suis pas allée écouter les Gilets Jaunes parce que je n’ai pas besoin de les écouter pour les comprendre : je n’ai qu’à regarder ma vie.

Si je ne m’étais pas engagée en politique, pour cela, auprès de vous il y a 6 ans, je serais sans doute aussi sur ces rond-points. Je sais que vous êtes de bonne volonté, que vous les écoutez vraiment, mais je voudrais vous rappeler que ce qu’ils dénoncent, je le dis, le crie depuis plus de 6 ans maintenant et que vous n’avez jamais eu envie de l’écouter. Je l’écris même, dans mon blog, depuis près de 5 ans, et jamais vous ne l’avez pris au sérieux. Et je n’étais pas la seule

J’ai raconté le RSA, les CDD, les problèmes administratifs liés à la pauvreté. J’ai raconté les problèmes scolaires, les problèmes de voiture. En réunion, en apparté, sur les réseaux, partout… J’ai raconté la misère économique, psychologique et sociale. Vous saviez.

Oui, il est insupportable de devoir choisir entre acheter une nouvelle paire de chaussure à son enfant qui rentre de l’école en ayant mal aux pieds et être sûre de pouvoir acheter à manger la dernière semaine du mois. Oui.

Oui, il est insupportable de ne pas emmener son enfant aux urgences car la voiture est en panne pour faire les quasi 20min de route entre le quartier du centre ville où j’habite et le nouvel hôpital à l’extérieur de la ville, et le bus coûte 1,30€ l’aller et que si jamais ce n’est pas si grave, ça fait beaucoup d’argent à garder pour la semaine prochaine, 2,60€ c’est le pain frais.

Et oui, bien sûr, le quinquennat de François Hollande a réduit le trou de la Sécu. Oui. OK. Mais venez me regarder dans les yeux et me dire que c’était plus important que la santé de mes enfants. Venez, et vous verrez ma colère. Lorsqu’on a diagnostiqué des problèmes neurologique et/ou génétiques à mon fils, il a fallu 12 mois avant d’avoir une certitude : il n’avait rien, rien du tout. Mais 12 mois entre le premier rendez-vous et le dernier parce qu’il y a au moins 9 mois d’attente pour un rendez-vous (et 65km, parce que dans la wanna be métropole de Metz il n’y a plus de spécialistes pédiatriques, alors il faut aller à Nancy, se faire préter une voiture lorsque la sienne est en panne, mettre de l’essence alors que non, 130km, ça tenait pas dans le budget). 12 mois où je devais vivre avec la possibilité que mon fils meure jeune de problèmes cardiaques. 12 mois qui auraient dû en être 2 ou 3 mois dans un système de santé efficace, surtout vu sa centralisation si coûteuse pour les patients. Et je ne devrais pas me plaindre parce que pour moi “c’est allé vite”. Alors le trou de la Sécu, moi mère, je m’en fiche lorsque j’ai peur pour la vie de mes gosses. Je m’en contrefiche.

Mais tout cela, je dois dire que vous n’aviez pas besoin d’attendre le mouvement des Gilets Jaunes pour le savoir : il vous suffisait d’écouter les pauvres de vos sections. Il vous suffisait de vous taire, vous élus, pour écouter les pauvres de vos sections. Mais les réunions de sections, ce sont des combats de coqs entre élus pour savoir lequel parlera le mieux. Alors que ce devrait être des endroits où les gens qui ont décidé de s’impliquer dans la vie commune devraient pouvoir vous dire des choses. Vous avez laissé passer cette chance là. Au gouvernement, le parti a protégé le pays mais pas les gens. Et les gens l’ont vu.

C’est pour cela que je voudrais remercier nos représentants au Congrès du PSE de s’être mis à la marge, mais quelle belle marge, en refusant de soutenir le bras droit de Juncker, Timmermans, comme candidat commun.

Parce qu’il faut voir ce que cette commission Juncker a mis en place comme mensonge : le Plan Juncker, sensé sauver l’Europe après 2008 en faisant un grand plan de relance par l’investissement, c’est 100.000.000.000€ promis. Mais pour que cet argent soit dépensé, il faut que les états ou collectivités territoriales dépensent la même somme. Mais la commission empêche toute dépense au dessus de 3% de déficit. Et donc ? Et bien interdit aux collectivités d’investir parce que cela crée de la dette et n’est donc pas obligée d’engager les dépenses promises. Malin, non ? Et bien Timmermans n’a rien fait contre, nous n’avons donc pas d’énergie à dépenser pour lui. Faire campagne pour et avec ceux qui oublient de se battre pour éradiquer la pauvreté et contre l’extrême droite, ce n’est plus possible. L’ère est au combat, défensif pour la population, offensif contre le néolibéralisme au pouvoir mondialement et qui emmène les gens et la planète droit dans le mur.

Il faut voir aussi ce que la Délégation des Socialistes Français a fait, malgré le tout petit nombre de députés que nous avons envoyés en notre nom en 2014. Certes, la DSF est encore plus petite aujourd’hui qu’alors, mais c’est surtout dû à des problèmes nationaux qu’européens. Ils se sont battus, souvent intelligemment, toujours avec pugnacité. Et ils ont permis ce qui, pour moi, est notre planche de salut : le Progressive Caucus, ou Left Caucus, c’est-à-dire l’alliance des gauches européennes sur les sujets où ils sont en accord pour pouvoir faire pression collectivement et faire avancer des sujets importants. Le Conservative Caucus existe depuis l’ère Thatcher-Reagan et il n’a jamais fait perdre le pouvoir à la droite depuis lors. Le Progressive Caucus est jeune et frais mais si les eurodéputés qui vont arriver au Parlement Européen ne le renforcent pas, alors la Gauche va continuer à perdre, les peuples à souffrir.

Malgré toute cette adversité, malgré le petit nombre d’élus et malgré cette facheuse habitude si difficile à perdre au groupe S&D de toujours aller négocier des miettes avec le centre pour faire passer les miettes, plutôt que de mener la bataille et de montrer la droite pour ce qu’elle est, et d’être ce que la gauche devrait être, malgré tout, donc, notre délégation d’eurodéputés a fait un travail de Titan pour protéger les gens : contre le glyphosate, contre la pèche électrique, contre des politiques économiques et industrielle incompréhensibles, contre beaucoup… Et il faut le faire savoir. Ils ont été de tous les combats, et se sont battus avec force pour tenter de protéger les européens et lorsque ce n’était pas possible dans le Parlement, tenter d’alerter l’opinion pour faire changer les choses par la presse et/ou la rue.

Alors avant de vous préoccuper de vos mairies, parce que ceux qui croient que sous prétexte d’un tarif dégressif à la cantine et de leur hyper-charisme ils vont garder ou gagner leurs villes fassent attention : nous avons collectivement, autant vous que moi, en tant que socialistes, perdu la confiance des gens en nous. Et la confiance des gens, ça ne se gagne pas à coups de slogans mais de preuves. Vous balader dans la rue ne suffira pas, votre charisme ne fera pas tout loin de là. Tavoillot explique dans Qui doit Gouverner ? que l’autorité vient d’en bas : il faut que le Peuple se sente protégé pour qu’il vous donne de l’autorité. Elle ne se prend pas, si elle se prend c’est de l’autoritarisme (du Macronisme ?), ce n’est pas de l’autorité. L’autorité se donne par ceux qui se mettent sous votre aile. Et pour l’instant, nous en sommes au stade où nous discutons. C’est déjà bien. Ce n’est pas suffisant, et pour les mairies cela ne suffira pas si la politique menée ou combattue est faiblement protectrice. Il faut laisser de côté la social-négociation pour remettre au centre le Socialisme.

Parce que, en tant que socialistes mais bien au delà, la première chose que nous devons faire c’est d’empêcher l’empoisonnement de nos enfants et de nou concitoyens. Vous ne vous rendez pas compte de l’horreur que c’est de mettre dans un caddie un pain de mie industriel dont je sais qu’il est le seul que j’ai les moyens d’acheter maintenant mais qu’il est celui qui pourra donner un cancer du système digestif à mes enfants pour leurs 40 ans. Les affamer ou les empoisonner, c’est mon seul choix aujourd’hui. Notre premier combat, en tant que force politique, c’est d’empêcher l’empoissonnement des poumons et du système digestif de nos enfants. C’est un combat premier, non négociable, obligatoire car nécessaire. Ensuite viendra le temps des programmes et des négociations.

L’angoisse du sapin

On était un samedi matin, et en buvant ma tasse de thé de week-end sans enfants, je téléphonais à une amie tout en regardant sans le son une chaîne d’info continue publique (ne cherchez pas : il n’y en a qu’une). Pendant que je lui parlais de mes difficultés de retour à l’emploi (de ma galère à retrouver un taff qui me permette d’avoir du temps à consacrer à l’éducation des gosses, parce que ça se fait pas tout seul et que ça, je le suis : toute seule), je voyais des gaz lacrymo, des coups de matraque, des tags sur l’Arc de Triomphe, un tabassage de policier… Et je ne supportais rien, mais sincèrement, j’avais besoin de son aide pour qu’elle m’aide à trier les solutions possibles pour ne pas retourner au RSA à la mi-février. Donc je ne mettais pas le son. L’image suffisait. L’image était horrible.

Credit:Eric Dessons/JDD/SIPA/1812021330

Depuis, cela me hante.
Pourquoi ?
D’abord, parce que je n’ai pas supporté cette violence physique et symbolique. C’est le plus immédiat, le plus tribal : insupportable. Un homme, quel qu’il soit, s’il est tabassé au sol par une meute, c’est que la meute n’est plus humaine, elle est inhumaine. Ce n’est pas quelque chose qui s’efface par un haussement d’épaule, l’inhumanité. Cette auto-exclusion est à punir, rien d’autre.

Mais il y a autre chose. Ce dimanche est le premier dimanche de l’Avent. J’ai la chance d’être catholique et donc de préparer Noël de multiples façons toutes festives et pas toutes commerciales. Oui, la chance. Parce que pour moi, mère célibataire au chômage et donc précaire, si cette partie n’existait pas, Noël ne serait qu’angoisse. L’angoisse du sapin.

Nous avons survécu aux vacances. Tant bien que mal, en allant moins loin et moins longtemps. Nous avons survécu à la rentrée, même si elle n’est pas encore finie : il reste encore des activités extra-scolaires à payer. Pourquoi des activités extra-scolaires ? Ah mais c’est simple, c’est que la Société m’impose d’être une mère parfaite, parce que le bien-être social et professionnel de mes enfants à l’âge adulte et donc leur capacité à être des êtres humains accomplis pour la société d’alors, dépend de l’énergie (et donc de l’argent) que je leur aurais mis à disposition durant leur enfance. Art & sport en dehors de l’école. Parce que la refondation de l’école n’est pas allée au bout : manque de moyens, alors je dois suppléer à ce que la Société (dont les forces publiques) me demande en tant que parent. Et c’est certes un effort mais aussi un plaisir, comprenez-le. Sauf que fin novembre, la rentrée n’est pas encore derrière moi, derrière nous. Et je n’ai toujours pas acheté les chaussures d’hiver aux enfants.

Malgré tout, mi octobre, les catalogues de jouets sont arrivés dans nos boîtes aux lettres, depuis la fin octobre, tous nos supermarchés nous accueillent avec des montagnes de jouets à acheter. Les chaînes de dessins animés, et même youtube, nous abreuvent de publicité où toutes les minutes j’entends dans le salon “je veux ça !!” accompagné du plus beau des sourires (et d’un nombre incalculable d’arguments pour avoir ce jeu où on va chercher des trucs dans la bouche d’un chien en plastique ou ce super Lego Harry Potter avec Ararog… pourquoi des araignées ?) et le 30 novembre, pour pouvoir payer les courses du week-end, j’ai demandé à mon fils de me prêter 30€ jusqu’à ce que mon chômage tombe, lundi. Les sous de sa tirelire.

Je répète.
Vous n’avez pas vraiment entendu.
Pour pouvoir aller acheter de quoi manger dans le train pour rejoindre leur père, pour aller au marché acheter le seul pain que mon système digestif tolère, j’ai ouvert la tirelire de mon fils et lui ai emprunté de l’argent. A mon fils. De 12 ans. Pris de l’argent, jusqu’à ce que Pôle Emploi me verse l’argent qu’il me doit parce que le 1er décembre tombait un samedi alors il fallait attendre le lundi 3. Enfin, si tout se passe bien. Et ce n’est pas arrivé le 3.

Expliquez-moi comment je leur offre les cadeaux qui feront de moi (non pas pour eux, eux comprennent, non, pas pour eux juste pour la Société) une bonne mère ? Vous ne savez pas ? Vous ne savez pas parce qu’il n’y a pas de réponse. Il n’y a pas de réponse parce qu’il n’y a pas de solution.

Si mon fils arrive au collège en janvier en disant qu’il a reçu une nouvelle paire de chaussures, une paire d’hiver, sous le sapin, il aura honte. Cette honte, dans l’univers de brusquerie, de violence induite qu’est le collège unique de nos jours, en fera un paria et potentiellement un enfant harcelé. Et donc de moi une mauvaise mère. Non pas de la société une mauvaise société, non pas du collège un mauvais collège mais de moi une mère défaillante qui n’a pas bien appris à mon aîné à se défendre.

Je vais trop vite ?
Allez dans un collège. Je ne vais pas trop vite.

On me demande d’être un bon parent. Mais l’éducation nationale n’a pas les moyens de donner les cours qu’il faut pour que mes enfants apprennent au mieux (c’est-à-dire pour eux et non pour les professeurs.)
On me demande d’être un bon parent. Mais si je veux être aidée pour mes vacances il faut qu’elles me coûtent très cher.
On me demande d’être un bon parent. Mais on me dit que ma voiture, sous prétexte qu’elle a quelques trous de rouille, devra être détruite en octobre 2019 alors qu’elle roule encore. Voiture qui est une clef du retour à l’emploi en province.
On me demande d’être un bon parent. Mais si je travaille, je dois payer quelqu’un pour s’occuper de mes enfants, pour les emmener à leurs activités extra-scolaires, car rien n’est organisé s’ils ne sont pas autonomes. Et s’ils ne font aucune activité ils ne sont pas assez épanouis. Et…
On me demande d’être un bon parent. Mais on ne me donne les moyens d’acheter que de la mal bouffe, des habits fabriqués par des enfants, des chaussures qui chaussent mal.
On me demande d’être un bon parent. Mais on prend dans mes poches pour donner à ceux qui ne savent pas ce que vaut l’argent qu’on m’a pris.
On me demande d’être un bon parent. Mais on crée une société où les valeurs de possession sont plus importantes que les valeurs de cœur. Où “n’être rien” est présidentiellement admis. Où nos anciens amis ont voté pour quelqu’un qui méprise les illettrés mais n’accepte pas qu’il serait bien incapable de faire leur métier. Une société où le seul usage est la compétition et la seule valeur est l’argent.

Il y a quelque chose de pourri dans la République de France, il y a quelque chose de pourri dans l’Union Européenne, dans l’Occident. On se sent moqués et volés par les super-puissants. Mais nous sommes le nombre, nous sommes le Peuple. We, the People… nous faisons les puissants puissant et nous pourrions donc les défaire. Et la seule société qui n’accepte pas l’idée de service, c’est celle portée par notre président de la République et son assemblée : le néo-libéralisme. Nous avons trop fléchi, auparavant. Nous avons trop déverrouillé de portes. Il ouvre tout avec une indécente aisance. D’où la colère.

Je viens d’entendre un gilet jaune dire qu’il faut entrer dans les institutions. Je suis d’accord. J’étais à peu près au même endroit social lorsque j’ai décidé de rentrer en politique. 2012, RSA avec un mi temps au SMIC, 2 enfants, seule. Et depuis je ne dis qu’une chose : “je suis nous chez eux”. Parce que non, il n’est pas naturel d’être une femme ou un homme politique et d’être pauvre.

Je vais vous le dire : pour faire de la politique comme il faut, il faut de l’argent, et pouvoir abandonner sa famille à un conjoint. Je ne peux pas faire 6 ou 8 assemblées générales, réunions, débats, visites d’EHPAD, photos call, coupures de ruban chaque week-end : personne ne fait mes courses, ne nourrit mes enfants, ne fait tourner mes machines si je ne suis pas à la maison. Et vous, électeurs, vous ne voulez voter que pour ceux que vous voyez, pas pour ceux qui ont une vie. Puis vous leur reprochez de ne pas avoir de vie.

Je n’ai pas non plus les moyens de faire adhérer dans mon parti plein d’amis pour qu’ils m’aident à obtenir l’investiture. Ça coûte, cher. Parfois, je n’ai même pas les moyens de payer de baby-sitter les soirs de réunions obligatoires.
Et non, sans parti, faire campagne est impossible. Quelle banque vous prêtera 40 ou 80.000€ pour que vous puissiez faire imprimer vos bulletins de vote, vos affiches et tracts officiels puis tout ce qui n’est pas obligatoire mais qui est tout à fait nécessaire ? Quelle banque ?
A moins que vous ayez 100.000€ sur un compte épargne. Mais alors, êtes-vous représentatifs de mes pairs ? Non. Moi j’ai une carte bleue qui appelle la banque même pour 1€ de dépense et qui est bloquée lorsque je suis à découvert. Voilà. J’ai pas 100.000 balles…

Donc il faut un parti. A gauche, il y a un choix à ne plus savoir qu’en faire, choisissez le vôtre. Se mettre en association pour collecter de l’argent ça va, dès que cet argent sert à faire élire quelqu’un, vous devenez un parti politique et ça devient très surveillé et très compliqué, sachez-le. Moi je suis toujours au Parti Socialiste parce que je sais que les autres partis assez proches de mes opinions ne me permettraient pas de militer sans trop dépenser faute de moyens mais j’y ai des amis, des camarades. Et puis maintenant, j’ai une place au PS, croyez le ou non je fais partie des cadres nationaux du Parti Socialiste. Place que je chéris comme je chéris les camarades que j’ai rencontré là et nulle part ailleurs, même si en ce moment je suis très fatiguée. Fatiguée, parce que j’ai des cadeaux à faire pour dire aux gens que j’aime que je les aime et que mes 1.100€ de chômage pour 3 personnes vont m’empêcher de le faire.

Donner des moyens à la base de ce qui crée une société : santé, éducation, culture. Je me suis coltiné, comme ceux qui bloquent les rond-points et les autres, aux déserts médicaux, aux urgences surchargées, aux profs épuisés, aux classes surchargés, aux enfants non considérés, aux lieux de spectacles qui ferment hors des métropoles, à l’avant garde qui disparaît, à l’obligation normative. Nous sommes dans l’ère où la santé l’éducation et la culture sont médiocres en France et l’État n’y change rien. Au plus haut de son action, il abandonne : il privatise.

Donner des moyens au Peuple : laisser les cotisations sociales tranquilles pour maintenir notre système social solidaire et efficace en place, mais rendre vraiment progressif l’impôt. Payer le travail pour ce qu’il vaut et non pour ce qu’il coûte. Faire payer 1€ symbolique d’impôt même aux gens au RSA pour qu’ils aient l’honneur de participer à nos routes et nos écoles, mais que cet impôt aille vraiment jusqu’aux très riches, jusqu’à la finance, ceux qui font de l’argent avec l’argent sur les dos des pauvres et de la planète. Protéger, avant notre planète, nos corps : rendre le “bio” normal et le pesticidé pestiféré, rendre la mal-bouffe l’exception, redonner le sens de l’agriculture et de leurs territoires à nos concitoyens, remettre des trains là où il y a des rails, des trains où on peut mettre des vélos, des trains à toute heure. Cela réglerait les problèmes de la planète, en fait. Mais cela demande une chose horrible pour l’UE de droite libérale que nous avons et surtout la zone euro et ses sacro-saints 3% : de l’investissement. Et cela, notre Président et son ballet ne le peuvent pas : ils veulent créer du fric, donc du court terme, donc non pas investir mais placer.

Ceux qui sont allé voter ont voulu cela. Nous voilà là : Marianne défigurée.
La démocratie, ça se choie. L’autorité, ça se mérite, ça ne se prend pas. On l’acquiert lorsqu’on protège bien ceux qui nous donne cette autorité. J’ai l’impression que cette notion à a revoir chez le Président-philosophe. Je lui conseille cette lecture : Qui doit gouverner ? de Tavoillot.

Il a choisi son peuple. Il n’aura jamais d’autorité sur eux car ils n’ont pas besoin de lui. Le Peuple de France, lui, est dégoûté, sans chef, sans vision. Chacun réagit comme il peut. Moi je rêve d’une vie à la campagne, entre feu de bois et potager et je vais passer l’Avent à faire des biscuits de Noël à distribuer. J’ai besoin d’équilibre et de joie. D’autres ont besoin de montrer leur colère en déséquilibrant leur vie quotidienne. Parce que leur vie, comme beaucoup, c’est rentrer chez soi harassé par le travail, sans énergie pour aider ses enfants tout en se demandant comment on va réussir à leur faire plaisir au moment où la magie est sensée nous porter, se demander durant tout le dîner si on va être obligé de tuer la magie de Noël ce sentiment est sans doute le fuel des gilets jaunes, là. Et l’angoisse du sapin est sans fin, comme la colère d’enfances volées.

Et maintenant…

Un week-end politique dense.

Des amis qui partent du parti où je les ai rencontrés, on a beau s’y attendre et le comprendre, ce n’en est pas moins dur. Des camarades qui tensent ces mêmes amis, on a beau s’y attendre, c’est très désagréable. Emotionnellement dense, éreintant, mais voilà : le pas est franchi. C’est fait. Maintenant on avance. Il n’est plus sensé y avoir de doute sur qui est où et, donc, alors que tous les tremblements de terre semblent passés, nous allons savoir comment avancer, chacun de notre côté, sans doute bientôt ensemble sur certains sujets.

Le Parti Socialiste a travaillé aussi, ce week-end. Nous avons des textes qui nous permettent d’avancer (le texte Europe que certains en interne trouvent “trop à gauche”, ce qui devrait redonner le sourire à nos électeurs…) et puis des textes qui vont sans doute nous permettre de nous écharper entre camarades (comme si on avait besoin de changer nos statuts, sérieusement, quelle urgence ??). Bref, le Parti Socialiste n’est pas mort et sa direction accepte même d’être de gauche. Avançons.

Je continue en son sein, notre Texte d’Orientation appelé “L’Union et l’Espoir” au congrès d’Aubervilliers du Parti Socialiste sera porté par le duo de mandataires nationaux décidé en réunion vendredi soir : Nora Mebarek et Laurent Baumel, et nous allons continuer le combat interne au PS et en externe avec le PS, comme nous l’avons toujours fait. Collectivement. Voilà.

Trois voire cinq réunions plus tard, ce que je retiens de fondateur, ce qui continue à me trotter en tête après ce week-end de mi-octobre estival depuis que je l’ai entendu, c’est cela :

Raphaël Glucksmann est celui qui a réussi le geste politique le plus fort, le plus juste, le plus concret : engageons-nous.

Où vous voulez, mais engagez-vous.

Comme vous voulez, mais levez-vous et parlez.

Je l’ai fait il y a 6 ans, avec ce sentiment que c’était le moment, que ça allait craquer et qu’il fallait être à l’intérieur pour dire. J’ai décidé d’aller raconter de dedans. Parler de nos vies, différentes de celles des hommes et femmes politiques installés, mais non pas sur un marché lorsqu’on les rencontre rapidement quand ils sont en campagne, non : de dedans, de leurs réunions, peser sur leurs consciences en leur faisant connaître un exemple de nous. Je l’ai fait comme ça, en allant au PS, parce que c’était le parti qui m’était le moins éloigné et le mieux installé sur mon territoire et que la politique me tentait. J’aurais pu aller dans une association militante, mais je milite déjà pour la diffusion de l’avant-garde musicale. J’ai choisi un parti politique. Mais tout est possible.

Si vous êtes de gauche, ce qui si vous finissez par lire ceci est probable, vous ne pouvez plus dire aujourd’hui que vous n’avez pas de choix. Nous avons, par nos séparations successives, créé autant de partis, micro partis, sur chaque micro ligne politique que constitue la gauche. Et je dois dire que même au Parti Socialiste, les successives claques électorales ont permis à ceux qui se pensaient omnipotents et hégémoniques en interne de douter et d’accepter le débat, voire de changer. Donc si vous râlez dehors, allez râler dedans. Râler pour, râler avec, râler contre. Râlons ensemble.

Le climat, l’accueil des populations migrantes, l’appauvrissement de la population, l’appauvrissement intellectuel de l’enseignement… dans le désordre et de manière absolument non exhaustive, la politique d’Emmanuel Macron & Edouard Philippe nous offre une telle perfection libérale, délétère pour tous sauf “eux”, que chacun peut trouver une bonne raison de s’engager.

Tout le monde n’a pas à faire de la politique. Tout le monde ne peut pas, parce que croyez-moi sur parole : c’est dur et c’est souvent ch**nt ! Mais chacun de là où il est peut émettre son analyse du monde ou porter ceux qui le font. Ecouter, comprendre, apprendre, partager, poser des questions c’est aussi faire de la politique. Allez dans des partis, mais aussi dans des assemblées, des associations, des clubs, des réunions sans nom… mais ne vous laissez pas endormir par la tâche qui paraît trop grande, trop ardue. Chaque pas compte, chaque pas marque.

Soyons exigeants. Soyons têtus. Soyons protecteurs de notre planète et du monde de nos enfants. Soyons audacieux pour maintenir une qualité de vie correcte pour tous. Il en faudra, de l’audace !

Un monde de vicieux, et d’Hommes

Moi, à 14 ans.

8 ou 9 ans. Les seins qui pointent. Enfin, un sein qui pointe. Puis l’autre. S’ils pouvaient le faire à une vitesse égale et constante, mais non. Dès qu’ils arrivent, c’est un problème, ces trucs.
Un jour, mon frère entreprend de me parler. Mon Grand-Frère. 11 ans de plus que moi, qui fait des courses de voiture (autorisées) qui vont vite. Mon demi-dieu-vivant – euh, pardon – mon chiant de frère entreprend donc de me parler des hommes. Une règle, une seule, une simple :

“Si un mec t’emmerde, qui que ce soit, tu lui mets un grand coup de genou dans les couilles, sans réfléchir. Enfin, sauf à moi.”

Il m’inculquait un réflexe, encore jamais vraiment utilisé alors que j’approche des 40 ans maintenant. Mais j’en ai l’autorisation, j’ai l’autorisation de taper, de taper fort, avec un os, sur quelque chose de très douloureux pour eux et pas pour moi. Depuis le début de ma vie, j’ai l’autorisation, même petite fille, de frapper un homme, même un homme mûr.

Lui, mon grand frère, et mes cousins aussi m’apprirent ensemble l’adversité, mais dans l’amour. Ils m’ont appris à répondre, répondre toujours, répondre à tout, n’importe quoi, en toute occasion pour rire, parce que ne pas avoir le dernier mot c’est perdre et faire rire à nos dépends. Jamais d’apitoiement, toujours rebondir : trouver LA vanne suivante, même contre soi, parce qu’il faut être meilleur que l’autre. Rire, le maître mot de toute attaque : faire rire et rire ensemble même de soi. Nos réunions de famille, ça ressemble à un entraînement de Rocky Balboa de la vanne.

Mais dans ces moments, on apprend énormément. On apprend par exemple les réponses réflexes. On apprend le tempo du pouvoir. Non pas du pouvoir économique, mais du pouvoir garder notre propre intégrité face à l’Autre.

Alors voilà, aujourd’hui je voudrais leur rendre grâce (et Dieu sait qu’ils en manquent !). Grâce à eux, et à d’autres, souvent des copains du frère, même lorsqu’ils s’étaient – entre hommes – engueulé, grâce à tous ceux qui ont veillé sur moi comme on veille sur le niveau d’une rivière : de loin, mais alertant à chaque fois qu’il déborde, jusqu’à ce que mes propres digues soient construites, grâce à eux, j’ai toujours su quoi répondre. Quand j’avais 16 à 22 ans, mais même avant cela, à 10, 12, 14 ans, qu’ils étaient encore à côté de moi, je me suis entraîné. Entraîné à dire “non”. Entraîné à trouver étrange ce qui l’était et que je ne comprenais pas comme tel. Entraîné à voir ce qui était insupportable. Et il y en a eu, dès mes 8 ou 9 ans, qui m’ont emmené dans le monde des femmes que je ne comprendrai qu’après. Mais je me suis aussi entraîné à voir ce qui était joli lorsque ça l’était vraiment. Reconnaître le beau du moche, par la barrière qu’ils ont mise – ou pas – entre moi et ce qui arrivait. Le pire, c’est qu’ils l’ont fait comme ça, sans y penser vraiment.
Mais toujours, il y a eu un ange gardien, même un inconnu, soit pour dire “non” à ma place, soit pour autoriser mon “non” par une présence bienveillante. Même quand je ne comprenais ni à quoi ni pourquoi je disais “non”.

Mais alors, nous étions au siècle dernier.

Aujourd’hui, je n’ai plus que ce que mon frère et mes cousins m’ont appris pour me défendre : un répondant du tac au tac qui assomme le pervers, et, s’il n’est pas assommé, il reste que si quelque chose dérape, j’ai le droit de lui exploser les couilles avec mon genou, et je le sais.
Je ne suis plus une enfant, et je parais “dure” (si, sous prétexte de célibat, je ne suis pas simplement réduite à un statut de “femme libérée”… pourtant, depuis Cookie Dingler on le sait, que c’est pas si facile, d’être une femme libérée), alors, les anges gardiens ont disparu. Ils jaugent, maintenant. Ils jugent, même, parfois. Jusqu’à me trouver trop émotive. Trop dure, trop émotive, va savoir…

Ce que je n’avais pas appris, parce que personne ne peut apprendre ça à personne, c’est à gérer la blessure de voir que ceux qui paraissent le plus solidaires ne sont pas ceux qui le sont vraiment. La lâcheté, c’est souvent lâcher quelqu’un, en l’occurrence souvent la lâcher elle, souvent parce qu’on culpabilise de ne pas avoir su lui éviter ça. Ils se sont tu.

Il est là, le problème profond, plus profond que les vicieux qui profitent. Il est dans le silence du monde.

Il y a quelques jours, je suis passée pour une héroïne dans le bus, parce qu’un homme apparemment souffrant mentalement, en pleine crise d’angoisse complotiste, à la limite de la violence, faisait tout un foin et que des ados se jetaient dans la gueule de son angoisse en le regardant en souriant, cachant leur peur dans de la moquerie. Nous avions tous un peu peur, mais eux étaient inconscients. Discrètement leur donner le mode d’emploi. Juste ça. Aucun adulte présent n’y avait pensé : donner le mode d’emploi du monde pour protéger ces jeunes de la violence possible. “Regardez dehors et parlez de la pluie, il n’a pas besoin de vous, il a besoin de solitude, il ne se contrôle pas, regardez dehors et parlez d’autre chose.”

Une héroïne parce que je donne une clef de compréhension et de comportement à des ados que je ne connais pas. Sérieusement, société, réveille-toi. Accuser sert, un peu. Prendre ses responsabilités, en revanche…  ça peut “changer la vie” !

 

 

Paroles impossibles

“Sortie”

Je ne regarderai pas les extraits de On N’est Pas Couché de samedi. J’aime les débats, j’aime quand les gens dérapent. Je n’aime pas quand on scénarise ce que je dois voir d’une dispute, d’une crise, d’un choc. Pas lorsqu’on me vend de la proxi-vérité.

N’est pas John Woo qui veut.

Si vous voulez mon avis, Sandrine Rousseau et Christine Angot ont raison. Et leurs manières d’avoir raison sont aussi sales que ce qu’elles ont subi.

Sandrine Rousseau a raison : les partis politiques, a fortiori de gouvernement, a fortiori dits progressifs doivent pouvoir entendre les agissements de harceleurs sexuels de ses membres.

La loi est claire, nous l’avons faite passer : le harcèlement est interdit qu’il soit sous une forme continue (appels, SMS, réflexions, gestes…) ou ponctuelle (demande d’acte en échange d’un service, d’une faveur…)

Alors, notre société doit être prête à entendre, comprendre et protéger.

Mais Christine Angot a raison: les structures n’y peuvent rien. On est seules. Lorsqu’il faut faire face au monde, lorsqu’il fait risquer d’être à nouveau face à lui, lorsqu’il faut retourner dans le monde où on ne nous regarde plus que comme une victime qui se sur victimise, qui exagère, qui s’est elle-même exclue, on est seule. Face au rejet de ceux qui étaient solidaires les premiers jours mais qui ne peuvent affronter l’Ignoble puisqu’il brille, et qu’en plus, il a dû subir notre violence rentrée, puisqu’il n’y avait pas mort d’homme et qu’on aurait pu arrêter d’en faire un plat, et surtout puisqu’il a fait plus pour eux que toi tu ne pouvais. Alors, on est seule avec son courage, ou pas.

Souvent pas. Pas le courage de sourire à des blagues de ceux qui savaient et l’ont gardé, lui, pas toi. Pas le courage de croiser sa femme dans la rue. Pas le courage de rien. Seule. On se terre.

Il est là le vrai harcèlement. Il n’est pas dans l’acte, parfois si ridicule, que tu l’as repoussé d’un revers de main, comme une mauvaise blague, comme tu en as déjà repoussé des dizaines… Le harcèlement c’est quand il est tellement vexé de ton rejet que même l’heure que tu donnes lorsqu’on te la demande lui est insupportable. Le harcèlement c’est quand tu dois sourire à ses côtés parce que, ça va, on a compris, hein, fais un effort. Le harcèlement, c’est quand ceux qui savent ne te protègent pas alors qu’ils pourraient, et rient avec lui. Parfois, ils donnent des leçons de Justice, ceux-là. Ça te met encore plus en colère que le comportement perverti de l’Ignoble.

Tous ceux là vivent. Toi, tu as arrêté, un peu.

Oui, seule, dans la colère contre eux tous. Seule, sans qu’aucune parole puisse y faire quoi que ce soit.

Seule, sans paroles, on attend les gestes. Notre violence nous ronge en attendant des gestes d’humanité, de solidarité. Et tant qu’on attend, on s’isole du monde qui rit.

Sandrine Rousseau a raison : il faut un espace de protection de la parole. C’est une question d’humanité.

Christine Angot a raison : c’est au centre de soi de remonter sur ses pieds, seules, là où l’altérité nous abandonne.

Ce que France 2 aurait dû dire, en tant que service public, c’est que l’émission était un mensonge puisque montée, mais que malgré tout, ces deux souffrances sont bien réelles, et qu’elles sont aussi dues à tous les taiseux, tous les hausseurs d’épaules, tous les “oh ça va, hein” que toutes les victimes ont reçu de notre part à tous.

Coincés, on a perdu l’essence.

« Faire de la politique autrement »,
mais avec les mêmes mots, les mêmes personnes, le même calendrier, les mêmes institutions, les mêmes réflexes, les mêmes idées.
Coincés.
« Parler au Peuple »,
mais avec une langue pré-écrite, technocratique, sans aucune fausse note, sans approximation, sans vie : machinale.
Coincés.
« Sortir de l’appareil »,
mais en étant élu, car sinon on n’est rien, on n’a rien fait, on n’a rien prouvé, on ne vaut rien.
Coincés.

Ce n’est pas uniquement la classe politico-économique qui est coincée, c’est la société toute entière. Il y a un chaos dans nos envies : elles tombent. Tous nos cadres sont vides, alors on s’y accroche agressivement, de peur de tomber nous aussi. L’équation est simple : contre le pareil, on prend l’autre mais celui qu’on voit depuis longtemps. Contre l’establishment en place, on prend celui qui veut prendre sa place. Contre le loup, l’ogre.

http://www.filipmarkiewicz.com/silentio-delicti/

Silencio Delicti – Filip Markiewicz, 2012-2045

Notre ennemi est la finance ?

La secrétaire nationale aux droits de l’homme de mon parti, socialiste, dit de moi que je suis conservatrice car je refuse de laisser changer le droit du travail dans le sens où la droite voulait le faire il y a 15 ans. Puis elle demande à ce que l’on soit plus véhément contre la droite d’aujourd’hui. Boire ou conduire, il faudrait choisir… « l’aile gauche du PS préfère la division et a prêté allégeance à une gauche radicale qui, dès le début, a parié sur un échec du gouvernement en misant sur la très hypothétique formation d’un Podemos à la française. » Je dirais plutôt, chère Rita Maalouf, que c’est le gouvernement qui a misé sur l’échec du programme présidentiel et législatif. C’est lui, qui a abandonnés et qui nous pointe maintenant comme une gauche radicale alors que nous sommes so FH2012.

Je connais bien, l’aile gauche : c‘est elle qui m’a ouvert les bras du PS. J’y ai vu beaucoup de choses, mais peu de conservateurs. Quant au Podemos à la française, c’est méconnaître et la France et l’Espagne que de penser nos deux régimes et cultures suffisamment identiques pour être reproductibles. La seule chose que nous avons pris à l’Espagne, c’est un dauphin, Louis XX de Bourbon, duc d’Anjou.

Contre l’obscurantisme, ne baissons pas les armes : soyons subversifs !

J’entends dire ici ou là qu’il faut battre le Front National, l’empêcher, le contraindre, le réduire. J’entends les mêmes dire, à quelques souffles de ça, qu’on doit faire attention et ne pas faire monter l’extrême-droite sur leurs grands chevaux. Mais qu’ils hennissent, fichtre diantre, qu’ils hennissent !! Et je n’ai jamais vu qu’une seule arme pacifique efficace contre l’obscurantisme : l’amour de la subversion. C’est le rayon de soleil dissipant le vampire. Être subversif, inventif, curieux et aimer ça.

Si vous voulez battre le Front National, levez-vous et arrêtez de demander « Et vous comptez toucher une large audience ? » mais, lorsque vous recevez des artistes, des passeurs d’art, des professionnels qui touchent aux âmes « Et, lorsque le public sort de votre représentation, peut-il être bouleversé ? »

Essayez cela, vous transformerez alors le monde. Parce que bouleversé, c’est ébloui ou choqué, c’est porté ou giflé, mais c’est vivant et ça bouge. La subversion ne choque que les conservateurs, et les conservateurs sont nocifs.

Silencio Delicti, Manifeste pour la dépolitisation du corps humain. Filip Markiewicz, 2012-2045.

Silencio Delicti, Manifeste pour la dépolitisation du corps humain. Filip Markiewicz, 2012-2045.

Il nous faut reprendre notre liberté calendaire dans nos réflexions. Oublions les élections lorsque nous souhaitons penser. S’il faut sortir des préconçus, fabriquer, ou faire la Politique par rapport au monde à inventer ne pensons plus aux échéances. Il nous faut aussi reprendre notre liberté politique face à nos opposant qui eux n’ont jamais perdu la leur. Qu’ils se débrouillent pour convaincre avec leurs idées, nous nous débrouilleront avec les nôtres. Et si parfois elles se rejoignent ? Et bien nous les construirons ensemble. Et moi, de la gauche archaïco-radicalo-conservatrice*, je dis oui : projet après projet, voyons où nous pouvons construire ensemble, droite et gauche réunies. Et où ce n’est pas possible, nous laisserons les citoyens choisir entre nous.

Réécrire le monde.

Nous sommes face à l’improbable : réécrire l’œuvre du monde dans une époque de résumés de textes et de slogans en langue-sms. Dans une Europe qui devrait se réinventer, on se renferme sur nos vieilles frontières. Pour dynamiser notre pays, on a découpé ses terres comme à la colonisation on avait découpé le Sahara : selon les intérêts économiques et politiques de ceux au pouvoir au jour J. Aujourd’hui on leur cherche des noms dans nos livres d’histoire médiévale. Appelez-moi Brunehilde… je suis reine d’Austrasie*.

Nous sommes face à l’incompréhension : le pouvoir nous dit qu’il ne peut plus rien. TINA est notre ennemie commune, alors on s’y accroche en se disant qu’un jour, elle nous embrassera. TINA ne fait rien, c’est une ogresse avide de chair humaine. Elle nous mange. Ensuite, elle crèvera de faim.
There Is No Alternative to death**. C’est la seule chose qui n’en a pas : la mort de toute chose vivante. Si tu n’es pas la Mort, quoique tu sois, tu peux disparaître de nos vies. Même le capitalisme financier a une alternative, qu’apparemment nous ne connaîtrons que lorsqu’il nous aura mangé. Nos petits-enfants le saurons lorsqu’il se sera étouffé de nous avoir mangé, qu’il aura chu.

Mais il y a aussi toute une catégorie de personne qui veut et fait, parallèlement, dans un ailleurs souvent salué par un haussement d’épaules.

Il est là le podemos : nous pouvons. Nous pouvons sortir du XXème siècle par le XXIème, un siècle où la pensée complexe sera envisageable. Nous n’avons pas à copier ce que nos voisins ont fait, mais nous sommes, nous, européens sans contraintes : nous allons construire l’Europe dont nous avons envie ensemble. Nous ne regardons pas nos voisins avec envie mais avec intérêt. Nous avons compris que nous sommes l’avenir, ensemble.

Nous pouvons penser la France comme faisant partie de la francophonie comme nous incite à le faire Alain Mabanckou. C’est si juste. Nous rendre compte que la terre est ronde et qu’à sa surface, il n’y a pas de centre, même pas Paris. Écouter enfin les mots des autres pour penser le monde en dehors des frontières de la colonisation. Sans mot d’excuse, mais en regardant enfin en face, droit dans les yeux, les noirs et les arabes que nous, blancs, ignorons si souvent. Ce n’est pas un mépris profond, c’est une vraie ignorance, une ignorance passive.

Et si nous donnions à la pensée francophone la place que nous donnons aux populismes occidentaux ? Et si nous donnions aux exclus l’importance que nous donnons aux populistes ? Quels en seraient les conséquences sur notre vie à court, moyen et long terme ?

 

* humour / second degré / auto-dérision / ce n’est pas sale
** il n’y a pas d’alternative à la mort