J’ai adhéré il y a 10 ans au Parti socialiste, j’y adhérais parce que je voyais le monde changer et le parti de ne pas bouger. Le parti pour lequel je votais systématiquement au moins au 2e tour, me semblait figé.
Depuis, il a bougé.
Depuis, il s’est pris des grandes claques, par les électeurs et par la politique en général. Alors, il a bougé.
Il aurait pu bouger avant mais il lui fallait une nouvelle équipe et une prise de conscience réelle pour pouvoir le faire. Cette nouvelle équipe elle est incarnée par Olivier Faure, notre actuel Premier secrétaire national, qui est arrivé premier jeudi dernier, avec le plus grand nombre de voix socialistes.
Alors oui c’est assez insupportable pour certains, en fait c’est assez insupportable pour ceux qui souhaiteraient continuer “comme avant”. Je comprends qu’ils ne comprennent pas.
Ce que je pense aujourd’hui c’est que nous devons sortir de nos habitus et entrer dans le XXIe siècle. Ce que je comprends aujourd’hui c’est qu’un nouvel élan vient enfin de recommencer à avoir confiance, ou plutôt de recommencer pouvoir avoir confiance dans le Parti socialiste. En parallèle, la gauche a sans doute enfin compris que sans le parti socialiste elle ne reviendra pas au pouvoir. Ce sont deux victoires. Deux batailles victorieuses pour pouvoir après gagner la guerre contre le néo-libéralisme, et surtout contre le fascisme.
Je suis fière du parti que nous avons reconstruit ces dernières années. Pas parce qu’il est parfait : rien n’est parfait en ce monde. Mais parce qu’ils écoutent, ils écoutent les pauvres et ceux qui le deviennent, ils écoutent les cris qui viennent de la rue, ils cherchent le meilleur chemin possible, et ils prennent en compte ce que les électeurs disent dans les urnes.
Nous nous faisons traiter de tricheurs par les mêmes qui ont réussi à faire 150 % de votants en plus sur un seul département par rapport au vote du dernier congrès et de l’investiture d’Anne HIDALGO. Nous nous faisons traiter de fossoyeurs du Parti socialiste par des gens qui ont vu les défaites s’accumuler et qui n’ont rien souhaité changer à leurs méthodes, ni locales, ni nationales.
Les électeurs nous ont dit, dans les urnes d’abord, qu’ils veulent une gauche forte, alors ils ont utilisé ce que nous les socialistes nous avions inventé : le vote utile. Les électeurs nous ont dit ensuite que l’union de la gauche, même avec LFI, c’était OK. Mais les électeurs du deuxième tour ont aussi dit que c’était plus facile avec le Parti socialiste qu’avec les autres. Évidemment, lorsque le centre doit voter à gauche contre la droite dure ou extrême, ils ont moins peur de nous, socialistes.
Lorsque nous sommes à terre et que nous voyons des mains se tendre vers nous, il faut sourire au lieu de leur cracher dessus. Ce que l’équipe si disparate autour de Nicolas Mayer-Rossignol, avec tant de gens qui se haïssent, des gens qui ont refusé de financer la campagne d’Anne HIDALGO un peu partout en France, mais qui maintenant expliquent à qui mieux mieux que le Parti socialiste ne l’a jamais défendue et que c’est pour ça qu’il faut virer Olivier Faure, ceux qui expliquent que l’union de la gauche est importante, ceux qui expliquent qu’il est hors de question d’aller avec toute la gauche, ceux, en fait, qui veulent juste rester maîtres chez eux… Ceux ci n’ont pas compris ce que les Français avaient dit.
Alors jeudi, chers camarades, si vous pensez que le parti doit continuer à avancer vers le présent, allez voter Olivier Faure dans toutes les sections de France. Le vote est secret, même si quelqu’un vous intime l’ordre de voter pour quelqu’un d’autre, votre vote est secret et il est à vous !
Et si vous n’êtes pas militant socialiste et que vous lisez cela, et que cette situation vous casse les pieds, au lieu de râler : adhérez!
Un mois est passé. Depuis chaque personne que je croise me parle de cet épisode et je répète tout cela, avec plus ou moins de temps pour le dire. Alors, pour tous ceux que je ne croise pas mais que cela intéresse, c’est posé là.
Le jeudi 29 septembre, vers 16h30, le 1er adjoint de Metz où je suis conseillère municipale d’opposition (de gauche) et qui remplaçait le Maire en arrêt maladie, m’a interpelée en me disant “Madame Picard arrêtez de rire, vous allez faire pipi dans votre culotte”. S’en est suivi une explication entre lui et moi, où il a fini par s’excuser tout en ajoutant qu’il fallait que j’avoue “que cette phrase était tellement bien choisie”, ce que je ne trouvais pas, puis une explication de vote de Marina Verronneau qui siège dans le même groupe que moi lui expliquant être “choquée” par ses propos ce à quoi il répondit “ça se soigne”. A ce moment là, nous avons décidé de quitter le Conseil Municipal et nous sommes rendus dans la salle attenante.
Le vote eut quand même lieu, sans nous. Puis le Docteur Khalifé, 1er adjoint, nous rejoignit pour “calmer le jeu”. Il s’excusa, ne comprenant sans doute pas pleinement la situation. Nous exigeâmes des excuses publiques puisque l’attaque fut aussi publique, sinon nous ne revenions pas dans la salle du conseil. Il accepta. Le reste du conseil s’est passé plus calmement.
Le Républicain lorrain publiait durant le conseil un entrefilet sur cet échange intitulé “Le baptême du feu” où le journaliste expliquait que mon rire était ironique et donnait une des raisons à celui-ci.
Le soir, je publiais sur mes comptes instagram et facebook l’extrait de l’altercation tirée du compte youtube de la mairie et faisant office de procès verbal du Conseil municipal. Le lendemain matin, cette vidéo était reprise par une journaliste après un échange en privé, et Marina Verronneau en publia une autre (avec le “ça se soigne” et son “on se lève et on se casse” qui marquait notre sortie). Les réseaux sociaux étant ce qu’ils sont, le soir, la France connectée était au courant.
Je recevais beaucoup de messages de soutien, d’amis, de camarades, d’élus, et d’inconnus. Et je vis beaucoup de papiers qui se ressemblaient tous être publiés et republiés, sans la ligne sur la raison de mon rire qui se trouvait dans le Républicain Lorrain. Beaucoup de réseaux féministes firent des articles, posts, images, vidéos sur cela. Mais personne ne me demanda ce qu’il en était, sauf la Secrétaire nationale à l’égalité femme/homme du Parti socialiste, dont je fais partie (du PS et de son secrétariat national).
Le lundi, un journaliste de La Semaine (hebdomadaire local) me téléphonait pour une interview, elle était publiée sur leur site le soir même. Il retenait surtout le fait que j’avais détesté les attaques racistes et/ou âgistes contre le 1er adjoint, et que je me sentais pas être la victime que le buzz avait fabriqué : je fais de la politique, je sais prendre des coups, et les rendre. D’ailleurs beaucoup de mes soutiens, publics et privés, ont salué la dignité de ma réponse et c’est sans doute ce qui comptait le plus pour moi : remettre de la dignité au sein du conseil de notre ville.
Toute cette histoire a fait le tour, de France Inter à NRJ chez Cauet, en passant par yahoo actu, TF1, BFM et des journaux espagnols. Mais dans le buzz, il manquait quelque chose. Il manquait moi. Pourtant, j’étais sensé être au centre de cette histoire.
Personne ne voulait savoir pourquoi je riais. Personne ne voulait savoir ce que je défendais. Personne ne voulait savoir qui nous étions.
Alors je vais l’expliquer ici. Je ne riais pas parce que je traînais sur les réseaux à lire des blagues. Je riais jaune, de colère démocratique et républicaine.
Nous parlions du point sécurité, G. Laloux du RN venait de faire une parfaite sortie xénophobe sur le fait que l’insécurité était due aux migrants. Je n’étais pas surprise : c’est son thème favori. Mais nous avions parlé avant lui, et nous n’allions pas pouvoir lui répondre de front, je ne me voyais pas l’écouter en étant placide. Je n’aime pas le racisme, ni les raccourcis fainéants.
Après, P. Thil avait joué son rôle de leader (pour un soir) du groupe majoritaire en tirant à boulets rouges sur l’inaction de la gauche au pouvoir durant les 2 derniers mandats. Alors je faisais mon rôle de défenderesse du bilan de mon camarade ancien Maire en rappelant un peu fort qu’il avait armé la police municipale (ce que j’avais assez décrié à l’époque pour m’en souvenir).
S’en est venu le tour de K. Khalifé, président du conseil ce soir-là, qui balayait tous les arguments. Lorsqu’il s’adressait à G. Laloux, il lui expliquait qu’“il y a les clochards que nous avons tous connus quand on était jeunes, pas M. Roques mais les plus anciens, ceux-là ne posaient pas de problèmes ils faisaient partie du paysage”. Entre la pique condescendante contre mon partenaire de groupe Jérémy Roques et le racisme mal caché de cette phrase, ma patience avait atteint ses limites. Et lorsque le Dr Khalifé a continué en expliquant qu’il n’y avait aucun problème entre le Maire et le Préfet (alors que l’un est l’autre s’invectivaient par voie de presse depuis 2 ou 3 semaines), et qu’il n’était pas question d’en faire “une question politique”, j’ai sans doute dit à voix haute le fond de ma pensée : on se fiche de nous!
C’est à ce moment-là qu’il m’a invectivée. Parce que j’avais vu son sous-entendu raciste, parce que j’avais vu la couleuvre qu’il essayait de faire avaler aux messins. Ce dévoilement l’a suffisamment troublé pour qu’il oublie dans son langage que je représentais les messins et que lui aussi, pour qu’il oublie toute bienséance, pour que le mépris soit flagrant.
Ce n’est pas la première fois que cela arrive dans un de nos conseils municipaux, mais d’habitude c’est par monsieur le Maire en personne, ou un de ses snipers, pas par son 1er adjoint. Opposition imbécile, réfractaire, khmers verts, j’en passe et des meilleures… Ce n’est pas le Dr Khalifé qui a dérapé, c’est le Maire qui a donné l’impression que le dérapage était une manière de diriger possible.
Dérapage raciste, aussi. Je me souviens du passage d’une subvention où M. le Maire avait fait durer le débat fort longtemps, donnant et redonnant la parole à l’ancienne présidente du groupe RN. Nous subventionnions alors une association faisant mémoire d’une ratonnade faite par les para contre les algériens de Metz, durant la guerre d’Algérie. Ratonnade faisant suite à une bagarre dans un dancing. Le débat avait tourné autour du fait que 2 paras et le patron du bar étaient morts dans la bagarre ce qui aurait dû, pour eux, équilibrer avec la ratonnade. Le Maire avait fini par dire “Je ne vois pas bien la différence entre une rixe à la sortie d’un dancing et une ratonnade”, j’avais dû, en explication de vote, rappeler que “la différence, c’est le racisme”.
Voilà ce que je défendais : l’égalité et la démocratie.
Et pourtant, quand on m’a défendue, moi, on a utilisé parfois des arguments racistes et âgistes. Il serait libanais, ce serait pour cela qu’il serait sexiste. Il serait vieux, ce serait pour cela qu’il serait sexiste. Non.
C’est un mandarin-carabin. Il a donc pour habitude, qui n’a rien à voir avec l’âge ou l’origine, de ne pas être impunément contredit. S’il a utilisé une expression familière, cela j’en suis certaine, c’est parce que nous nous entendons bien (tant qu’il ne m’explique pas qu’il faut arrêter de faire de tel ou tel sujet un sujet politique, comme si la politique était sale, lui qui est dans son 3è mandat). Mais il fut chef de service hospitalier durant une bonne partie de sa carrière. Allez faire un tour dans les services et dans les blocs opératoires pour voir quel respect y règne, pas partout, mais beaucoup beaucoup trop souvent. Ce n’est pas clairement du sexisme : c’est du mépris condescendant pour tous ceux qui sont sensés être inférieurs aux chefs, hommes ou femmes. Demandez aux internes. Demandez aux infirmiers. C’est du rapport de force de classes sociales. C’est de l’écrasement social. Et c’est contre cela que je suis devenue socialiste.
Mais mon altercation avec lui ne fut qu’un moment. Nous en aurons d’autres. Et nous aurons à nouveau l’occasion d’échanger voire de travailler ensemble sur certains dossiers. Dans mon altercation avec lui où j’ai été réduite à l’état d’objet (au sens philosophique), j’ai pu regagner mon rôle de sujet lorsque j’ai gagné le droit à des excuses publiques.
Ce ne fut pas le cas dans le buzz. Ce buzz, monté en épingle comme il se doit par les réseaux sociaux, tenu par beaucoup de réseaux féministes, ne m’a jamais proposé de redevenir le sujet de cette histoire. J’étais l’objet d’une guerre contre le patriarcat. J’étais un objet sans pensée, sans idéaux, sans combat, pour un combat que je vois encore plus maintenant comme ce que je ne veux pas faire.
Oui, je trouve normal et bénéfique que les réseaux féministes aient pris ma défense. Non, je ne trouve pas normal qu’ils l’aient fait sans connaître le fond de l’histoire. Est-ce que j’étais en faute ou non ? Est-ce que j’avais quelque chose à dire ou non ? Rien de tout cela ne m’a été demandé. J’ai passé la journée du buzz à voir ma batterie se décharger de notifications sans qu’un seul message privé me parvienne d’eux.elles, et je suis pourtant assez facilement trouvable. Pas un seul moment on m’a demandé si j’avais un nouvel angle à donner à cette histoire. Pas un seul moment on ne m’a demandé si j’allais bien, comment je vivais cela.
Si je m’étais sentie victime de l’attaque du 1er adjoint, l’augmentation de la dépossession de ma personne par ce buzz aurait sans doute été délétère. Mais je sais comment fonctionne le monde, alors je l’ai regardé, et j’ai attendu. Rien n’est venu.
Mes cher.e.s camarades féministes, n’oubliez pas les autres -istes, n’oubliez pas que les victimes sont d’abord des personnes, n’oubliez pas que la politique c’est plus large que la chute du patriarcat, parce que ce dont nous avons besoin c’est d’être tous traités en sujets de la société, et plus en objets.
Depuis des semaines, je me demande comment vit tout ce tapage médiatique Mme futur-ex-Quattenens. Lui m’importe peu, j’avoue. Je pense à elle, dont le patron, les collègues, les cousins, la grand-mère si elle vit encore, savent qu’elle s’est pris une claque par son futur-ex-mari, dont les enfants savent ou sauront, alors qu’elle n’avait fait qu’une main courante. Etait-elle d’accord pour ce tapage, cette publicité de son intimité ? La main courante, était-ce pour se protéger, par peur, ou juste pour le jugement de divorce et que cela se dépêche ? Depuis un mois, je me dis que cette pensée qui ne me lâchait pas était sensée.
Alors, ici, je redeviens le sujet de ma personne.
Je ne me bats pas contre le sexisme, je me bats contre le mépris. Et j’ai souvent été méprisée par des hommes mais aussi par des femmes, des femmes qui aiment défendre les femmes-victimes, qui aiment qu’on les défendent elles, mais qui essaient d’écraser les femmes qui les regardent dans les yeux, celles qui leur disent ce qu’elles pensent. J’ai été insultée par des hommes, avec le silence complice des femmes autour, voire participant à la vindicte, les mêmes qui ont parfois pris ma défense lors de cet épisode.
Mais j’ai été bien souvent soutenue par des hommes et des femmes non pas pour nos genres mais pour nos personnes, parce que nos personnes s’accordent, parce que nos idéaux s’accordent. J’ai bien plus été portée par les amitiés fugaces ou tenaces que blessée par des cons. C’est tout ce qui compte.
Ce que je sais, c’est qu’il ne faut plus laisser passer le mépris. Même lorsque c’est quelqu’un que nous n’aimons pas qui est méprisé, cela n’apporte rien. Combattre les idées, combattre les politiques, oui, avec force ! mais mépriser rend aigre.
Pour ceux qui sont arrivés jusque là, merci d’avoir pris ce temps. Cet épisode n’est pas, comme certains me le disent en haussant les épaules « un épisode malheureux » mais la réalité crue de nos vies. Mais c’est à nous de jouer maintenant, à nous qui voulons bien du grivois mais pas du mépris, qui voulons de la joie sans écrasement, à nous qui voulons vivre libres de prendre les choses en main, et de dire non à ce qui nous dérange. Le nouveau monde n’a jamais été aussi proche d’advenir, à nous de choisir ses couleurs. (Metz, le 1/11/2022)
Le gouvernement fait semblant de croire que le symptôme est la maladie, mais la réalité, c’est que ce n’est pas l’essence qui est trop cher : c’est tout. L’essence est seulement le plus gros problème car c’est une dépense obligatoire pour beaucoup, et qui arrive même en fin de mois : le réservoir ne sait attendre le salaire pour se vider.
Mais si l’immobilier était moins cher, mais si nos salaires étaient plus hauts, mais si la TVA était baissée sur TOUS les produits, mais si se soigner dents et yeux, si les activités des enfants, si les pneus neige devenus obligatoires pour certaines régions, si les repas au self du travail, si la cantine des enfants, si les livres des enfants, si le ciné pour leur faire plaisir à chaque vacances, si l’idée de faire des cadeaux à Noël, si nos assurances et mutuelles, si nos appareils pour communiquer avec nos services publics (téléphones et ordinateurs pour échanger avec l’école, les impôts, tout…) si tout cela coûtait moins cher, les dizaines d’euros en plus à la pompe ne seraient pas un si grand problème. Mais ce n’est pas le cas.
Si ceux qui regardent le prix au litre le font, c’est parce que même avant cette dernière augmentation, c’était dur.
Alors oui, 100€, ça va aider pas mal de monde. Mais pas tout le monde. Ca va aider ceux qui ont du travail, pas ceux qui en cherchent exclus du dispositif. Assignés à résidence, encore. 100€, ça va aussi passer vite. Et cela ne résoudra rien à moyen terme. Mais de cela, le gouvernement n’en a cure : son terme est en avril, il lui faut nous plaire jusqu’au 10 avril, jour où il veut que nous votions à nouveau pour le président qui aura passé le quinquennat à nous dire d’être plus ambitieux (« désirer être millionnaires ») en nous enlevant les moyens de l’être (réforme de l’assurance chômage).
La première charge des ménages se passe dans la tension entre le coût de leur logement et le montant de leur salaire. La majeure partie des revenus n’ont pas suivi l’inflation, les salaires sont à la traîne mais les dividendes ont explosé. Mais là, le président ne voit aucun lien avec notre impossible fin de mois. Aucun. Parce qu’il préfère nous faire la charité que de déranger ses amis. Nous, le bas-peuple, les intermittents de l’emploi, les temps partiels, les bas salaires, et même aujourd’hui, avec ces salaires qui ne suivent en rien l’inflation, les fonctionnaires, les salaires moyens, médians… Nous, il nous dit de regarder les millionnaires devenir milliardaires et nous donne 100€ pour nous faire taire.
Ne soyons pas dupes. Cela ne résoudra rien. Prenons l’argent : c’est le nôtre. Mais ne soyons pas dupes : ce n’est pas la solution aux vrais problèmes.
Les réformes qui sont à faire, elles ne doivent pas rétrécir le Peuple mais investir sur le Peuple : nous. La vision courtermiste est ce qui nous fait accélérer d’année en année droit dans le mur, ces 100€ c’est le chewing-gum qu’on prend en voiture, ça n’a enlevé ni la vitesse, ni le mur, mais c’est plus frais.
#CMMetz#Metz Mes questions autour de la création de 2 Maisons des Assistantes Maternelles prévues à Metz.
Monsieur le Maire, Chers collègues, Je vais commencer par vous dire que je suis satisfaite d’évoquer dans ce conseil municipal les besoins de la petite enfance. En effet, c’est à cet âge que l’équilibre de l’enfant, futur adulte, se construit. Et nous, parents, avons besoin de la solidarité de la société pour nous aider à nous occuper de nos enfants, comme le dit le proverbe africain : “Il faut un village pour élever un enfant”, et en occident, le village ce sont les collectivités publiques. Contrairement à ce que vous dites, nous avons bien compris que vous êtes Maire, donc responsable de votre équipe mais aussi de tout le conseil municipal et de notre capacité à travailler correctement. Alors, je suis désolée, mais une fois encore j’arrive avec des questions que j’aurais pu poser en commission si les documents étaient arrivés suffisamment en amont de la réunion. Moins de 24h en pleine semaine entre la convocation et la réunion, alors que nous avons, en tous cas dans l’opposition, d’autres activités que d’élus, c’est un peu court, Monsieur le Maire. Je sais bien que vous et votre groupe avez des activités aussi en dehors de la mairie, et d’ailleurs je remercie Mme Lux d’avoir été là pour l’ouverture de la réunion, Mme Stémart étant toujours au conseil départemental à l’heure de sa convocation. Mais je vais donc poser ce soir les questions pour lesquelles il me fallait un peu plus de recul que l’Exposé ouai que vient de faire Mme Lux et auxquelles vous auriez pu répondre déjà. La question est sur le comment et non le quoi, Monsieur le Maire, car avant de lancer un projet tel que ces 2 Maisons des Assistantes Maternelles pouvez nous nous éclairer sur les taux d’occupations à tous âges des lieux déjà existants ? J’ai peur, en effet, que d’ouvrir un nouveau lieu puisse faire perdre l’agrément CAF aux autres qui sont, depuis toujours, sur la brèche avec trop de bébés, puis pas assez de 2/3 ans alors que la CAF a besoin d’un taux élevé d’occupation de chaque classe d’âge pour donner l’agrément. J’imagine que vous avez pris cette décision d’investissement après une étude fine quartier par quartier, même si vous décidez de mettre chaque MAM à proximité d’une crèche déjà existante. Pouvez-vous nous dire les besoins réels en lieux d’accueil petite enfance du Sablon sud et des Hauts de Ste Croix, en rapport avec les besoins des autres quartiers ? Et, Monsieur le Maire, nous dire aussi pourquoi nous n’avons pas eu accès à une telle étude si elle a été faite ? Je ne vois, en outre, aucun document ni aucune information sur les statuts juridiques de ces MAM. Seront-elles louées par les assistantes maternelles organisées en association ou chaque assistante maternelle pourra-t-elle louer seule une part de la MAM ? Comment se fera le choix des assistantes maternelles qui y seront ? Ces questions ne sont pas simplement administratives, mais, je pense aussi aux parents : qui embaucheront-ils ? Qui sera responsable de leur enfant ? La mairie ? L’assistante maternelle qu’ils emploient eux-mêmes ? Un groupe, une association, si oui lesquels ? Si l’assistante maternelle qu’ils emploient est malade et absente, pourront-ils confier leur enfant à une autre, comme dans tout mode collectif ou est-ce un faux mode collectif où notre enfant ne dépend en fin de comptes que d’une personne ? Une place en crèche coûte plus de 5000€ par an à la collectivité, à ce village qui élève l’enfant. Une place en MAM coûte bien moins cher puisqu’en plus vous créez ces dispositifs à fonds constants (c’est-à-dire sans dépenser un centime de plus du budget de la petite enfance). Pouvez-vous nous assurer, monsieur le Maire, que le dispositif des MAM ne viendra pas à moyen terme diminuer le nombre de places en crèche de la ville ? Vous me voyez, encore une fois, désolée de vous poser toutes ces questions en conseil municipal, j’espère, monsieur le Maire que vous saurez palier à l’absence de documentation. Merci.
#CMMetz#Metz Un autre point sans statuts ni budget de l’association ni budget du projet…
Monsieur le Maire, Chers collègues, Permettez-moi de prendre la parole sur ce point pour un principe qui s’est déjà posée à nous ce soir et lors de précédents conseils. Monsieur le Maire, nous ne pouvons voter ce que nous ne connaissons pas. Vous nous demandez d’octroyer 3,000€ des messins à une association woipicienne qui, nous a-t-on dit, a sollicité la ville mais dont nous n’avons ni les statuts ni le projet ni le budget du projet. Je veux bien croire que vous ayez personnellement confiance en cette association qui, si j’ai bien compris a été fondée par quelqu’un avec qui vous avez travaillé à Woippy, mais nous messins n’avons jamais entendu parler d’elle. Quel est l’objet de cette association ? Combien d’employés ? Combien de bénévoles ? Depuis quand existe-t-elle ? Quel est son bilan des opérations précédentes ? Je vous rappelle ma toute première intervention et le fait que nous n’avons pas eu le temps de nous préparer en amont de la commission. En commission, donc, nous avons compris que les enfants allaient faire un film pour expliquer le quotidien en France alors que des cambodgiens allaient faire de même pour leur quotidien. Ça aurait donc été 3000€ pour la réalisation d’un film. Mais dans la convention je ne vois que (permettez-moi de citer) « La diffusion du film Les Pépites réalisé par Xavier de Lauzanne pour l’ONG Pour un sourire d’enfant, suivi d’un temps de questions réponses et d’un échange avec des personnes originaires du Cambodge, permettront aux enfants de découvrir tout un pan de la culture cambodgienne. » Il n’est donc pas question de la réalisation d’un film, mais juste de l’invitation du réalisateur qui a travaillé pour une autre association et de personnes d’origines cambodgiennes pour un échange avec les enfants. Pouvons nous donc savoir à quoi serviront ces 3000€: rémunérations, et si oui, de qui et pour quoi faire ? Défraiements ? Matériel ? Je pense qu’il est intéressant pour les petits messins de comprendre que notre vie n’est pas la vie de tout le monde. Mais je pense aussi qu’il est plus facile d’accepter de voter des subventions, de distribuer l’argent public qui est en fait l’argent des messins, lorsque sa destination est claire. Monsieur le Maire, nous ne pourrons décemment voter contre le conventionnement UNICEF « Metz, Ville amie des enfants », nous voterons donc pour, mais sachez que nous attendons les réponses quant à cette association, son projet à Metz, et son budget. Je ne pense pas qu’au Sénat vous auriez accepté de voter un dossier incomplet, en tous cas, je pense que nous devons aux messins une intransigeance sur tous les dossiers. Vous nous faites, encore, voter à l’aveugle, et je ne suis pas sûre que cela donne de notre ville la meilleure des images. Je vous remercie.
Quand on approche des 80% de personnes qui ne veulent plus prendre part à la démocratie telle qu’elle est, le quotidien ne peut reprendre vraiment sans se poser de questions. Enfin, si, sans doute, pour 80% des gens. Mais moi non. Nous ne pouvons être des grenouilles que l’on plonge dans l’eau froide et que l’on fait cuire doucement, il faut sortir de la casserole de cette nouvelle normalité et couper le feu, essayer tout du moins : être conscients que l’on va mourir ne suffit pas pour se sauver, il faut après, faire un geste.
On ne sait jamais ce qui nous fait comprendre le monde, ce qui va créer les révélations. Mais comme l’a dit une merveilleuse chorégraphe il y a quelques années “La variété française est un monstre gluant”. Je faisais donc ce que la campagne m’avait privée de faire durant quelques jours/semaines : je nettoyais la cuisine en écoutant radio Nostalgie. Ces moments où agir créé une liberté de l’esprit à penser sans contraintes, aka “le ménage comme méditation” (ça coûte moins cher que les retraites en yourte…) Et puis, l’éponge à la main, vint Johnny.
A force d’impasses et de fausses routes, A force de s’habituer au pire, A force des mots sans qu’on les écoute Jusqu’à ne plus même oser les dire, A force de rêver à des sirènes Et ne pêcher que des pauvres leurres, A force de ne parler qu’aux poubelles, Au petit matin, cassé et tout seul, Je ne sais pas où les anges arrivent. Je me doute que tu n’en es plus un. Je t’attends, je t’attends, …
Ils attendent, mais ils ne savent même plus qui, ou quoi.
La classe médiatico-politique voudrait que ces gens s’intéressent aux macro-problèmes (la planète, le terrorismes dans le Sud Sahel…) ou aux micro-problèmes (les problèmes sociétaux, etc…) alors qu’en même temps ils ont l’impression qu’on ne met rien en place pour leurs problèmes réels et quotidiens lorsqu’on a les manettes en mains, et que quand on le fait, on ne le fait pas vraiment savoir, ou c’est si complexe à mettre en place que ça en devient obscur.
C’est comme si, avec le temps, nous avions réduit notre audience sans y prendre garde : nous ne parlons plus qu’à la France de Dominique A et nous nous étonnons que la France de Jean-Jacques Goldman ne vote plus pour nous, elle qui attend que nous parlions à nouveau à la France de Johnny. Nous méprisons sans même nous en rendre compte la France de Johnny, parce qu’elle ne voterait pas pour nous. Ce n’est pas vrai : les gens qui chantent à tue tête Diego libre dans sa tête n’attendent certes pas la gauche mais au moins des politiques qui les considèrent vraiment, et qui leur semblent justes et vrais.
Johnny Hallyday Pavillon de Paris, Jean-Jacques Goldman Entre gris clair et gris foncé, Dominique A Le Twenty-two Bar.
Vous pensez ne pas faire partie de la France de Johnny ? Vous vous pensez plus haut, plus beau, plus fort ? Ou vous les pensez plus gras, plus gros, plus laids ? Mais vous êtes comme les autres : vous fredonnez sur sa chanson qui passe au supermarché.
La France de Johnny c’est justement cette France qui va au supermarché. Celle qui paie une assurance de voiture, même cher, même si elle remboursera jamais l’accident qu’on pourrait avoir, juste parce qu’elle en a besoin pour aller bosser, cette France-là. Celle qui trouve que les courses de rentrée, c’est galère. Celle qui tend le dos quand la machine à laver fait un drôle de bruit, parce que là, c’est vraiment pas le moment… C’est aussi celle qui n’a pas vraiment le temps de se préoccuper de ce que ne devrait pas permettre la CNIL ou de ce qu’on fait à l’international, mais qui veut qu’on s’en occupe pour elle, consciencieusement. Parfois, on l’appellele Peuple.
Prenons l’exemple du Mariage Pour Tous (c’est vieux, c’est fait, c’est pratique pour ne pas relancer le débat sur le fond…) On a donné l’impression de passer un an à ne faire que ça : permettre aux homosexuels de pouvoir convoler, faire une fête comme les autres, avec pièce montée, tenues de soirée etc… De dehors, on n’a vu que ça et une bataille entre réacs et progressistes sur des plateaux télé autour du droit à être un couple homosexuel… Comme si, à l’ère du divorce, le mariage était devenu roi. Ce mariage pour tous était surtout primordial pour les droits de succession des couples homosexuels, c’était non pas une avancée sociale mais de la justice sociale (économique), et on en a fait un fait de société. On a passé un an à dire que les couples avaient le droit de convoler, à parler des wedding planners, et des lunes de miel spéciales gays ou lesbiennes, alors que la société souffrait économiquement des années Sarkozy et que ça ne remontait pas (sauf pour ceux qui sont toujours tout en haut et ne tombent jamais). Moi ce que je retiens du MPT, c’est que le conjoint d’une personne en mort cérébrale peut donner son avis pour le débrancher, ou non (et plus le parent homophobe qui l’a rejeté lorsqu’il avait 17 ans), et que les neveux et nièces d’un défunt ne peuvent plus éjecter son conjoint pour vendre la maison où ils avaient vécu ensemble toute leur vie. Et ça, c’est de la justice sociale, c’est la chose que seul le mariage donne, ce n’était pas (que) un combat sociétal contre l’homophobie, c’était une égalité financière et vitale pour des situations analogues. Égalité. Justice. OK.
Mais notre com’pol dictée par le poids que nous laissons aux lobbyistes nous fait perdre de vue que les lobbyistes eux-mêmes, vont au supermarché, ont une machine à laver, doivent (parfois) avoir une voiture et payer les faux frais qui vont avec. Il nous faut, nous devons retourner la machine. Parce qu’au Karaoké, on arrive plus facilement à faire le chorus tous ensemble sur Toute la musique que j’aime que sur le Twenty-Two Bar, même si on l’aime, ce bar, alors il faut reparler de la qualité de vie au quotidien, partout, pour tous. Egalité. Justice.Toujours. Il faut combattre ce déclassement qui avait déjà débuté avant la pandémie, et qui va être violent, si violent lorsqu’on en sortira. On n’y arrivera que tous ensemble. On n’y arrivera qu’en enterrant les haches de guerre, parce que là, l’ennemi est ailleurs, et il est puissant. La question n’est plus qui est le plus joli courtisan mais qui sont les plus valeureux chevaliers et de les mettre en première ligne.
Et cette France-là, celle qui râle, qui beugle, qui chante “Allumez le feu”, qui klaxonne, c’est aussi celle qui tient la buvette au club de foot ou à la kermesse, celle qui fait la circulation en attendant les flics quand il y a un accident de la route, celle qui sait depuis quand elle n’a pas vu son voisin et s’en inquiète, celle qui casse le nez du mec de sa cousine parce qu’il l’a envoyée à l’hôpital… C’est une France pleine de commun, d’un commun ancestral, à qui nous ne savons plus parler et qui nous demande :
A quoi tu sers? Pourquoi t’es là? Qu’est-ce que t’espères? A quoi tu crois? Y’en a qui meurent, qui prient pour un morceau de terre Y’en a qui risquent leur vie pour passer la frontière Y’en a qui bronzent et d’autres qui s’font la peau plus claire Certains s’effraient au fond quand d’autres font des affaires Mais y’a toujours la lune qui s’méfie du soleil Et quand tout ça changera, c’est pas demain la veille Certains smatchent ou labourent, d’autres soignent ou bien peignent C’est à toi, c’est ton tour, qu’est-ce que t’as dans les veines?
Alors voilà, chers camarades (socialistes ou non) le temps est venu de regarder les gens droit dans les yeux, et de les écouter. On a trop menti, on a trop caché, on a trop pataugé, on a trop hésité, on a trop omis. On les a trop pris pour des imbéciles à leur dire ce que les libéraux voulaient nous faire croire (on les a trop crus) There is no alternative… Oui, il y a d’autres politiques possibles, celles qui prennent en compte les êtres humains dont on a la charge en tant qu’élus républicains et évitent les souffrances évitables, celles qui regardent le prix des choses (du travail comme des produits) et crée une harmonie entre les deux pour une vie décente pour tous, celles qui ne parleraient plus d’investissements à prévoir avant qu’on ait déjà fait fonctionner tout ce qu’on a correctement…
Et puis, cette vieille façon d’être, celle qui sent un peu le vieux, mais qui est si évidente, pourtant… Celle avec laquelle nous savons éduquer nos enfants mais pas diriger nos collectivités : l’exemplarité.
Que chaque lieu qui est géré par la puissance publique (HLM, foyers, transports en commun…) soit aussi bien entretenu que le bureau du préfet [parce que le mépris des pauvres se voit à leurs cages d’escaliers, chaque jour ils le voient comme une piqûre de rappel du désamour que l’État a pour eux] Que chaque personne travaillant dans le public ou para public ne puisse rencontrer le mépris ou la souffrance au travail impunément [parce que tout se sait, et que nos villes ne sont pas aveugles : harcèlement, hypocrisie, manque de moyens, burn outs en série, cela se sait toujours, même quand la presse le tait] Que ce qui a été construit par des forces humaines et justes pour le commun, durant des mois ou des années, ne soit plus détruit par le fait du prince à un changement de bord politique, pour un nom en bas de l’affiche [parce que nous ne sommes pas des princes autocrates mais des élus par le peuple, issus du peuple] Que chacun laisse la place à l’autre d’exister [être élu ne signifie pas tout savoir, tout savoir faire, mais avoir été choisir pour choisir à notre tour ceux qui savent ou font au mieux pour l’intérêt général]
Pour que ces choses ne soient pas de vains mots mais des obligations de moyens et de résultats opposables il nous faut nous rappeler les notions de Justice et de Vérité, et nous les appliquer chaque jour, même quand ça fait mal. Et ça fait souvent mal. Alors, nous redeviendrons dignes d’être écoutés au-delà du cercle des convaincus d’avance. Pas avant.
C’est notre devoir. C’est le travail qui nous attend. Vérité, Justice, Égalité. Exemplarité.
Le jour est mon épreuve. Mon épreuve qui se répète, chaque jour.
Le jour, c’est la somme des échecs, des failles, des chutes qui me tient. Somme assommante. Somme éreintante.
Ces jours sans liberté sont gravés dans ma poitrine. Mon sang est épais. Il ne coule plus bien. Il manque de l’élan.
Je ne sais plus me lever. Je ne sais plus marcher. Je ne sais sans doute plus danser non plus. Mais que signifie danser ? Pour danser il faudrait être léger. Qui est encore assez léger pour danser, même seul dans sa chambre sur Sylvie Vartan ? Qui.
Je ne sais plus penser. Je ne fais que rêver. Rêver de frapper, rêver de contourner, rêver de clandestinité. Mon bonheur ne peut qu’être clandestin puisque le jour est sombre.
Ma liberté comate au fond de ma gorge, noyau d’abricot empêchant de parler. Je voudrais danser dans la rue, une samba douce, sentir la chaleur de la vie quelque part. Je voudrais qu’une samba nous libère, nous détache de nos canapés. Je voudrais une samba en moi. Je voudrais écrire une saudade sur notre vie gâchée un an à attendre que quelque chose arrête d’arriver. Je voudrais écrire une saudade où j’embrasserais l’air.
Le jour est sombre, il appelle la défaite du Peuple.
Ma voix ne sort plus. Mes yeux ne lisent plus. Mon coeur bat sans comprendre trop pourquoi. Mes mains sont lasses. Mes pieds ne veulent plus.
Le jour est sombre et il ressemble à hier qui ressemble à demain.
Nous en sommes là, sombres.
Mais nous, c’était autre chose. C’était rire et danser. C’était chanter et penser. C’était panser les blessures de l’autre sans lui demander quoi, ni pourquoi. C’était boire et manger, parce qu’on avait compris que la Vie, c’est court. Nous, c’était vouloir le Beau plus que tout. Le Beau avec une majuscule, pas le joli, non. Le Beau qui est Juste, qui est Vrai. Nous, c’était la Joie d’être vivants et la volonté de l’être pleinement.
Le jour est sombre parce que nos vies sont lumineuses, et qu’on les a éteintes.
Que quelqu’un prenne ma main, je n’arrive pas à me lever. Que quelqu’un prenne ma main et me ramène à moi. Vous vous souvenez de moi ? Je voudrais y retourner. Attrapez-moi et faites moi danser. Attrapez-moi, ne me laissez pas là, dans ce trou sans lumière, sans goût. Rattrapez-moi et je vous tiendrai pour qu’on en sorte.
Je voudrais reconnaître les jours et les saisons à nouveau. Je voudrais le goût de l’Autre qui revient dans mon plaisir de le rencontrer pour la première fois. Revoir ceux qui me manquent depuis des lustres, parce que ces 12 mois furent trop long pour en supporter encore d’autres. Je voudrais les moyens de réunir tout le monde pour une grande bacchanale d’un mois de rattrapage humain. Je veux des corps, les corps de tous ceux que j’aime ou qui me font rire, ceux qui me font rêver ou danser, je veux tous ces corps inaccessibles depuis tant de mois, et je veux pouvoir les toucher sans plastique, sans parois, sans pixel. Je veux de vrais corps. Pas des images de corps. Laissez nous tranquilles avec vos images, on n’en peut plus de vos images. On veut la réalité. On veut du Vrai.
Nous faisons, tous en ce moment, une expérience bien désagréable : la contrainte.
On nous a fermé les bars, les églises, interdit les fêtes de mariage, fermé les restaurants pour les midis entre collègues, punis de collègues à la machine à café, interdit les réunions où on arrivait des fois à faire passer ses propres idées, interdit les essayages vite fait de cette jolie paire de chaussures. On nous a même interdit de déjeuners de famille où on mange trop et où on se râle dessus les uns les autres. Interdit de bises, interdit de baisers.
Alors on ne se maquille plus. On ne se rase plus. On ne s’apprête plus. On ne se parfume plus. On n’achète plus rien d’autre que ce qu’on va consommer, rien que le nécessaire. Le strict minimum, et rien d’autre.
Au début, nous fûmes plein d’envies, plein d’allant. Nous devenons moroses et lents.
Nous expérimentons, tous, la contrainte. Et la crainte.
La peur de sortir, la peur de l’autre, la peur de mal faire dehors et que l’autre nous juge comme mauvais, comme dangereux, comme sale. Quel est le bon geste ? Le masque, lequel dois-je prendre ? La peur d’être mis au ban. La peur de voir nos enfants s’enfoncer dans ce ban sans la meilleure éducation possible. La peur de voir leurs cerveaux rétrécir à force de vidéos sur Youtube dont nous ne maîtrisons pas tout. La peur d’être de mauvais parents parce que notre morosité nous a fait baisser les bras aujourd’hui, et puis hier, espérons que demain ça ira mieux. La peur de mourir si on échoue, mourir un tube dans la gorge pendant des jours, absent. La peur de n’être pas assez solides pour supporter tout ça, toutes nos peurs. L’envie de se noyer dans des séries télé parce que leur réalité est agréable, dorlotante, divertissante de notre morosité. L’envie de s’évader alors courir et voler, et se cogner la tête à la fenêtre fermée de l’extérieur, toujours. Interdit, tout est interdit. Sortir est dérogatoire. Aimer est contraint. Nous sommes tous l’Autre potentiellement contagieux. Nos corps sont devenus l’ennemi public numéro 1.
Ce que nous expérimentons dans nos corps aujourd’hui, cette tristesse calme de ne pouvoir voir nos amis, de ne pouvoir être ce qui nous plaît, cet estomac noué, ce cerveau ralenti… cette contrainte imposée, détestable, c’est le état de corps que les pauvres ressentent de janvier à décembre, tout le temps, tous les ans, avec en plus la culpabilité de ne pouvoir nourrir correctement leurs familles. Oh oui, on s’y habitue. On trouve des trucs. On abdique sur l’espoir de ravoir un jour une vie normale, comme celle dans les séries. On s’abonne à Netflix. On abdique sur notre dignité, aussi. On fabrique des masques, pas en tissus. On fait semblant.
On trouve des « trucs », pour paraître vivants, mais on ne sait plus où est la Vie. Moi je préparais des goûters. C’est beau, les goûters. C’était la fête tous les quatre heures à la maison quand les enfants étaient petits et que seul le RSA nous nourrissait. Des gâteaux maison avec du glaçage dessus, de la jolie vaisselle (cadeaux, récup, Emmaüs, pas cher mais joli) pour faire semblant d’être vivants et heureux. Et créer de la joie, pour que la Joie nous porte. Alors à force de se forcer à sourire on finit par sourire vraiment. J’aurais pu aussi parler de couchers de soleil, de parcs, de toutes ces jolies choses où on s’extasie gratuitement ou presque. Mais cette Joie nous porte dedans, pas dehors. Dehors c’est la peur de sortir non maquillée juste parce qu’en fait, on n’a plus de démaquillant, ou plus de ricil, et que ça coûte au moins 10 balles, un ricil. Dehors, c’est croiser les anciens amis qui disent « tu viens vendredi soir ? on va à ce concert », et puis qui ne vous le disent même plus, tellement ils ont oublié que vous saviez sortir, avant. Faire semblant d’être debout quand tout son être est liquéfié par la peur de sortir de la contrainte imposée par le pouvoir de l’argent : le pouvoir d’achat, ce dieu tout puissant pouvoir qui s’achète avec l’argent que les autres ont, qu’on n’a pas. La contrainte du pauvre, c’est ça, c’est ce qu’on a, là.
Nous sommes tous pauvres de liberté, en ce moment.
Et ceux qui étaient pauvres avant, sont tombés aussi, le même jour que nous. Tombés dans l’hyper pauvreté. Avant ils ne pouvaient pas aller au restau. Aujourd’hui ils ne peuvent plus aller au LIDL.
Si nous pouvions tous, à ce moment où on se dit « ah ben non, en fait je ne peux pas » nous prenions une minute pour ressentir ce que ça nous fait en dedans. Ce sera la graine pour que demain nous soyons tous plus à l’écoute, non dans la charité ni la pitié mais dans l’empathie. Et si nous sommes capables de cette empathie avec l’empêché, le contraint alors elle pourra nous permette de construire une société plus sûre pour tous avec comme seule question, venant du plus profond de nos êtres, de notre expérience contrainte : « Comment faire pour que l’insupportable ne se reproduise plus jamais ? Pour personne ? ».
Mon église. Vide. Notre Dame, rue de la Chèvre, Metz.
Dimanche 15 mars, nous aurions dû aller à la messe. Le 8 mars, nous nous sommes dit “à dimanche” et que “dimanche” n’advint pas. C’était il y a un mois et Le Jour du Seigneur nous a offert une messe extraordinaire, d’une simplicité rare, dans la stupeur du moment. Une communion dans la stupeur. La fébrilité était des deux côtés de l’écran, la main tendue aussi. Une audience qui crève le plafond.
– Partageons ce moment. Revenez. A dimanche… –
Et puis, la stupeur passant, les curés essaient de reprendre la tête de leurs paroisses. On se demande des nouvelles les uns des autres. On pourvoit. Ce ne sont parfois que de très minces fils qui nous unissent en dehors d’une présence à la messe, c’est vrai, surtout nous les citadins. Nos paroisses sont parfois loin de notre petit kilomètre de liberté horaire actuel. Nous sommes en manque les uns des autres, et tous ensemble en manque de communion. Alors, les messes en live sur Facebook se multiplient avec une étrange particularité : elles sont toutes entre 10h et midi, le dimanche. Une hyper concurrence de messes. Trop de Jésus étouffent le Christ.
Le Jour du Seigneur c’est l’église des pauvres de messe de France, qui le sont toute l’année : pauvres en jambes, pauvres en force, pauvres en curés, pauvres en voiture pour faire les parfois dizaines de kilomètres qui les séparent de l’église la plus proche. Ces pauvres en messe en sont privés tous les dimanches, toutes les année, au contraire de nous. Ils nous accueillent chez eux, avec la bonté du chrétien, dans la paroisse hertzienne qui est la leur. Ils nous accueillent, nous qui avons d’habitude une paroisse à portée de main et de cœur toutes les semaines, nous qui les oublions parfois. Soyons heureux : ils ont gardé la porte ouverte pour nous.
Dieu a fait 7 jours à la semaine. Votre messe n’a pas a être en même temps que celle de tous, qu’elle soit sur France 2 ou sur France Culture. Vous n’aurez jamais la qualité d’image ou de son de l’audiovisuel public, vous le savez. Laissez vivre le culte sur le service public, pour le plus grand nombre, pour Tous afin que les pauvres de messe hors confinement ne perde pas leur paroisse lorsque nous retrouverons les nôtres et quitterons la leur.
S’il vous plaît : arrêtons la concurrence.
Si on me demande ce qui est le plus important pour moi, à la messe, je réponds souvent : le souffle. Oui, nous communions à travers le pain, Corps du Christ. Mais ce n’est pas la seule communion que nous vivons. Chantant et priant ensemble, nous respirons comme un seul corps. Disant le Notre Père en même temps, nos inspirations et expirations se font au même rythme. Cette communion du souffle, nous ne l’avons pas perdue, nous n’en sommes pas empêchés. La messe hertzienne nous permet d’être vraiment ensemble, jeunes ou vieux, pauvres en réseaux ou multi-connectés. Notre chemin, derrière le Christ, est de trouver la voie/x commune. Le Souffle de Vie. L’Amour à partager.
A la maison, combler le vide, trouver l’espace.
Ô, oui, très chers Pères, nous avons besoin de vous : vous êtes le lien entre nous. Donnez-nous ce qui vous porte vers le Christ, vous. Donnez-nous à comprendre la Bible, les Evangiles. Donnez-nous à comprendre les Pères de l’Eglise. Ou donnez nous à chanter, à partager, à comprendre l’histoire de la paroisse, de l’Eglise, les histoires des paroissiens, ou juste des nouvelles des uns et des autres, selon votre coeur, selon celui de vos fidèles… Vous les connaissez. Vous savez ce dont ils ont envie. Donnez-nous à chercher avec vous ce qu’est l’Eglise en ces temps où nous sommes sans églises. Parce que nous le savons : l’Eglise n’est pas l’addition de toutes les églises du monde, elle est bien plus que cela. Mais qu’est-ce ? Cherchons-là ensemble.
Nous sommes pauvres de messe, de Corps du Christ, de quête et d’embrassades. Mais nous devons être riches de cette pauvreté. Car si l’Eglise et l’Amour ne sont que cela, alors gardons nos églises fermées, elles ne sont pas assez ! Nous sommes riches de l’attente vers nos retrouvailles. Mais faire comme si de rien n’était, c’est un leurre. Soyons riches de cette souffrance commune et trouvons un moyen de faire de ce temps une attente réelle, inventive, pleine de l’attente comme l’Avent ou le Carême nous le demandent chaque année. Ce sont des temps hors du temps. Nous vivons un temps hors du temps. Et nous, chrétiens, plus que tout autre, connaissons ce temps du “rien”. Nous pouvons faire de ce temps d’absence un temps d’Amour parce que tous les ans Il nous le rappelle : le Samedi Saint n’est pas un vain jour.
Bonjour ! C’est #Dimanche, alors on fête. On dresse une jolie table, même pour le petit déjeuner. Il fait beau, le soleil entre dans l’appartement. Nous allons bien tous les 3. Alors on fête ! Nous avons un toit, un frigo plein, des rires à foison. Alors on fête. Parce que nous méritons de nous souvenir de ce qui va.
« Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » Jn 1,21.
[version longue]
Cette année, nous fêterons deux pâques. Celle qui clôture la #Passion qui débute dimanche prochain. Celle qui clôturera le #Confinement.
Nous fêterons #Pâques à la maison. Seuls. Ni #Triduum, ni #VigilePascale à #NotreDame. Ni nids de mousse dans les jardins où les cloches mettront les oeufs en chocolat. Mais nous inventerons. Nous rallumerons la #lumière de la vie.
Et en sortant, nous devrons inventer cette nouvelle façon d’être au monde, dans la #Vie. Croyants ou non, si les vivants, les êtres humains ne se rendent pas compte de leur interdépendance aujourd’hui, alors jamais nous ne sortirons des multiples confinements où nous vivons depuis des décennies. Jamais nous vivrons à nouveau. Jamais nous ne vivrons enfin.
Cherchons en nous où est la Vie. Son sublime et son superflux. Ses bonheurs et ses peurs. Les vraies peurs, les vrais bonheurs. Cherchons en nous ce qui meurt en ce moment, ce que nous lâchons. Et faisons comme Jesus : prenons le temps avant de nous relever. Prenons le temps d’avoir lâché nos poids morts.
Ils partent seuls, en ce moment. La Vie reprend le terrain de nos vies. Et c’est heureux. Ça se fête.
Bon dimanche ❤️
J’aime ce que vous faites avec vos photos de vous petits, ce défi de confinement. Alors on se rend compte de plusieurs choses. Déjà, comme l’a souligné Vincent Message : “À voir toutes vos photos tirées des oubliettes : nous restons toute notre vie les enfants que nous fûmes.” Et puis, vous soulignez aussi quelque chose qu’Anne Delrez met en œuvre depuis des années dans son travail d’artiste, avec ces archives d’album photo de famille, avec un sens esthétique et mémoriel fondamental : l’importance de nos photos de famille.
Chacun poste son visage, mais aussi le reste. La mode. Les coupes de cheveux. Ça nous fait rire. Les tapisseries, mobiliers, voitures, décors de quand vous étiez petits, vous. Ça pose une époque. Et puis aussi les gens que vous prenez avec vous. Vos parents, vos amis, vos fratries vous accompagnent dans ce défi, ou plutôt vous les emmenez avec vous, malgré eux, pour nous les montrer.
Et surtout, vous nous montrez quelque chose que rien ne peut effacer : le regard qui s’est posé sur vous ce jour-là pour vous prendre en photo. Ce jour dont vous vous rappelez parfois. Une photo de famille, c’est un regard d’amour qui s’arrête sur un moment.