Dans mes nuits blanches…

5000 ans

 

45 ans, un pied sur la lune. Puis l’autre. Puis des pas. Puis un autre pied, un nouveau, qu’on oublie, le second homme. Puis son deuxième pied.

C’était il y a longtemps. Mais en fait, pas tant que ça. C’était il y a un monde d’ici. C’était il y a 45 ans, quasi jour pour jour. Même pas un demi-siècle. C’était dans les 30 glorieuses, mais vers la fin. C’était juste avant le début de la re-fin. Cyclique fin. Recommençante fin. C’était à un moment de notre histoire où l’Ouest et l’Est dépensaient sans compter pour montrer à l’autre sa puissance, en espérant ne jamais avoir à l’utiliser pour de vrai. C’était à un moment où on se pensait tous invincibles, en fait. On se prenait pour les maîtres du monde.

Et depuis, le Monde se rappelle à nous. C’est la planète, la superpuissance du Monde. Pas nous.

 

 

« Préhistoire et protohistoire / Orient.

Vers 3000, le déluge. (Hypothèse de plusieurs inondations et éruptions catastrophiques.) Construction de digues et de canaux en Egypte (Nil) et en Mésopotamie (Euphrate et Tigre) Le récit de la Bible correspond à l’Epopée de Gilgamesh.

L’apparition des grandes civilisations. A la suite de la révolution néolithique, les grandes civilisations urbaines apparaissent (généralement concentrées autour de grands fleuves), et l’ère historique commence. Civilisation égyptienne sur le Nil, de la Mésopotamie sur le Tigre et l’Euphrate, de l’Inde sur l’Indus et de la Chine sur le Houang-ho. L’élément décisif est la modification climatique amorcée dès le Mésolithique : dessèchent d’immenses régions (ceinture désertique de l’ouest à l’est : du Sahara à la steppe kirghize). La population augmente, le sol s’épuise, la sécheresse se prolonge et les habitants des régions désolées émigrent vers les oasis fluviales ; Pour y vivre, il faut résoudre collectivement les problèmes qui s’y posent. Comme une partie de la population est libérée de la production de nourriture, elle est libre pour d’autres tâches (artisanat, défense, culture, administration, technique). Naissance d’une société différenciée par division du travail, émancipation des différents métiers et complication des processus de production. (…)

Langage, culture et religion font naître une communauté de sentiments et de pensées. L’expansion des relations commerciales conduit à une multiplicité d’influences et à une plus grande largeur de conceptions. »

in Atlas historique, ed. Perrin, 1997, p.13.

 

 

5000 ans. Entre le déluge et le pied sur la lune, environ 5000 ans, à la louche.

Dans ce Croissant Fertile est né notre Nous. Et aujourd’hui, nous le pensons différent et dangereux. Ou pire : lointain.

Dans cet endroit est né le Livre. Dans son côté religieux, les trois religions du Livre. Et puis dans son côté pratique : l’écriture. L’Histoire est née avec elle.

 

Nous y avons appris à former une société. Entre Le Caire et Téhéran, nous sommes ensemble sortis de la préhistoire.

Là-bas.

Depuis nous avons rejoint la Lune. Ce n’est pas rien. La Lune.

 

Nous avons formé une société lorsqu’il a fallu, pour vaincre les éléments, se mettre ensemble et se partager la terre et les tâches. Il a fallu échanger pour partager. Alors, nous avons formé une société. Des langages, des codes, des ordres. Tout ça s’est créé là-bas.

 

 

C’était il y a 5000 ans. Et il y a 45 ans, un homme, puis un deuxième mettaient un pied sur la Lune.

Depuis l’Homme doit apprendre qu’il n’est pas divin. Il y a cru mais c’était un leurre. La seule invincibilité qui vaille, c’est le partage des tâches, l’entraide, la société c’est le groupe, ensemble, qui a vaincu les déluges et qui a fait entrer l’Homme dans l’Histoire, dans le Croissant Fertile.

 

 

 

Réalité / confrontation au monde.

Réalité - littré

 

La réalité, c’est ce qu’on en veut. La réalité globale, nous ne la comprendrons jamais. Je suis assise. Je comprends ce geste. Mais est-ce que je comprends la réalité physique de la pression que j’inflige au siège sur lequel je suis ? Est-ce que je comprends la réalité biologique complexe du geste, du fait d’être assise ? Est-ce que je comprends l’histoire qui m’a permis de m’asseoir là, aujourd’hui, maintenant ? Est-ce que je comprends toute l’évolution qui a transformé ma race, ma terre ?

Non. Ma réalité est d’avoir choisi ces vêtements ce matin, ce canapé il y a plusieurs années, éventuellement… Ma réalité, c’est de penser ces mots et de les taper sur mon clavier. Éventuellement, d’y avoir pensé un peu avant. Très peu de me demander ce que vous en diriez, vous en penseriez en les lisant. Le réel, c’est ce que nous rendons intelligible et important dans notre présent. Le présent, c’est ce qui se trouve entre notre mémoire immédiate et notre futur préhensile.

Notre réel, c’est ce que nous voulons bien voir, penser, imaginer.

 

Alors la real-politic, est sans doute une manière de voir le monde. C’est tout. C’est une étiquette de validation de questions automatisées aux réponses prémâchées par l’histoire proche, dans l’immédiateté impensée, dans un futur qui ne peut s’éloigner de ce que nous connaissons. C’est un geste réflexe.

Mais la réalité est autre.

Truth is anywhere.

Ce n’est pas « la vérité est ailleurs » mais la vérité est n’importe où.

La vérité est là où vous êtes.

 

La real-politic, c’est ce qui nous est imposé par on ne sait qui. C’est un totem. C’est une réalité qui a trait à la réalité du corps du Christ dans l’Eucharistie. Tu as le droit d’y croire. Mais dans une République laïque, tu ne devrais pas avoir le droit de l’imposer.

 

Aujourd’hui, la crise nous force à prendre nos responsabilités. Et la responsabilité ne peut pas être de baisser la tête pour continuer sur la voie qui nous a mis dans le mur. La responsabilité des hommes et des femmes politiques aujourd’hui est de lever la tête et de voir ces citoyens qui font fonctionner la terre sans eux. La cohérence de l’homme politique, c’est de conduire le monde là où il sera meilleur. La cohérence de l’homme politique de gauche est que ce meilleur soit plus juste, pour chacun.

 

La force de l’homme politique, c’est sa capacité à se battre pour des idées.

 

La réalité aujourd’hui, est de moins en moins libérale. Le peuple n’en a plus les moyens. Alors il y a du troc, de l’entraide, des fripes, des AMAP, des circuits courts, des dons… parce que si la puissance publique de gauche ne le fait pas, le peuple de gauche s’en chargera.

Et pas que de gauche, d’ailleurs.  

 

L’homme politique responsable regarde le monde dans lequel il vit. Et il propose autre chose. Une autre politique : gérer autrement le monde et faire de la politique autrement. Là est la real-politic : la politique tirée de la réalité.


Précédemment publié le 12/07/2014 sur http://charlotpicard.tumblr.com/post/91546455045/realite-confrontation-au-monde-la-realite

NUIT NOIRE.

Je ne sais pas ce que j’ai vu. C’était tendu. Ça tirait fort.

Ce que j’ai vu je ne l’ai pas vu. Le plus tendu, le plus tiraillant n’était pas là. C’était entre les deux. Entre avant et après. J’imagine.

Comment décider de bloquer un parlement parce qu’on ne peut l’entendre bouger ? Je ne sais pas. Je sais que demain, lorsqu’on va se réveiller, ceux qui célèbrent ce soir la victoire de la France et n’ont pas vu ce débat sans vote, ceux-là, une partie de ceux-là vont crier au scandale. Certains pérorer à la dissolution. Certains menacer à la dissolution. Mais il y a une autre solution. Il n’y a jamais qu’une seule solution. Il y a dix solutions.

Je m’excuse, il est tard. Il est tard dans la nuit, il est tard dans la République, il est tard dans la démocratie. Il est un temps où un Premier Ministre peut regretter que certains appellent à « une reparlementarisation à outrance » (Mais où serait l’outrage ?) pour menacer de la « mort de la Gauche ». Il est tard comme un jour où on ne veut plus de parole, plus que du silence, plus que du vide.

Mais la nature a horreur du vide. Elle le remplira. Elle le remplit. Elle met la folie. Quand les enfants dorment j’allume la télé. Quand la démocratie dort, le reste prend sa place. La consommation prend sa place. L’automatisme des actes prend la place. Quand on n’ose plus choisir, on n’est plus. Alors, le pire advient.

 

Aujourd’hui, ma République est sur une voie de garage. Soit on pète le mur du fond, soit on fait marche arrière. Moi je veux qu’on pète le mur. Je veux voir le jour, je veux voir ce que depuis ma naissance on me dit avoir existé. Je veux voir la Politique agir. Je veux un monde où la chose publique est décidée par des hommes et non par des systèmes. Moi, je veux qu’on pète le mur. Je veux cultiver le jardin qui est derrière le mur. Je veux me nourrir de ce qu’on nous cache. Je veux avancer, debout.

 

Je vois ce qui se passe. Je ne le comprends pas. Pas beaucoup. Pas entièrement. Un peu. Mais je le vois et je peux vous dire que la lumière est belle. Elle est belle. Forte. Elle fait mal aux yeux. Elle brûle. Mais elle éclaire.

 

Je veux qu’on arrête la nuit. Je veux qu’on arrête la nuit. Je veux le jour. Et des possibles.

Je veux choisir.

 

Et si on te demande… Je suis fière d’être au Parti Socialiste. Parce que je n’y ai pas adhéré pour ce qu’il est aujourd’hui, au moment M. Non. Je suis fière de faire partie de cette histoire-là, le Socialisme. Ça, c’est pour le passé. OK. Mais aujourd’hui je suis fière de cheminer auprès de ceux qui font, je l’espère, son futur. Le futur que je lui souhaite. Un futur qui dessine la société au lieu d’uniquement la gérer a posteriori.

Je suis fière d’être au Parti Socialiste, parce qu’il crie, il pleure, il a mal, mais il vit, il respire et il vit, d’idées et d’idéaux.

 

Précédemment publié le 1/07/2014 sur http://charlotpicard.tumblr.com/post/90398540270/nuit-noire

CULTURE.

Semer. Dans la terre. Semer et faire pousser.

Choisir la terre. Penser au soleil. Penser à l’eau.

Semer.

Décider de la graine. La choisir, semer, et laisser pousser.

Choisir le fruit. Décider de la graine. Choisir. Semer. Planter.

 

Temps.

 

Regarder pousser. Eau. Terre. Soleil. Pousser.

Arroser. Nourrir. Soigner. Pousser.

 

Temps.

 

Protéger. Tailler. Choisir. Protéger. Nourrir. Abreuver. Soigner.

 

Décision.

 

Cueillir. Récolter. Soigner. Apporter. Partager.

Partager.

Nourrir l’Autre. Se nourrir de la plante avec l’autre.

 

Culture nourrissante.

 

 

Je fais la culture des tomates sur mon balcon.

Je fais la culture des oignons au jardin.

Je fais la culture des mirabelles au verger.

 

La culture se fait dans mon jardin. La culture se fait dans mon village. La culture se fait dans ma ville. La culture se fait dans une grange ou un théâtre. La culture c’est ce qui me permet de te parler, et que tu me comprennes. La culture c’est ce qui nous fait pousser l’esprit et les os. C’est ce qui nous met ensemble, à partager quelque chose. Des tomates, une tarte aux mirabelles, un film, un match ou un spectacle. La culture c’est ce qui nous fait civilisation. Quelle qu’elle soit. La culture est la marque de notre civilisation.

 

Tue la et tu te tues.

 

Précédemment publié le 15/06/2014 sur http://charlotpicard.tumblr.com/post/88857069220/culture

Sans voix ?

Sans oreilles.

Sans mains.

Sans parole.

Sans voix.

Nous demandons l’impossible, et nous nous étonnons de ne pas le recevoir.

Nous demandons le grand écart, sans spectacle, sans lumière, sans bouquet. Et nous nous étonnons de la défection.

Nous demandons l’adhésion à l’inexpliqué continent, dont on avait dit qu’on refuserait les règles, que nous avons quand même adoubées, union que nous n’aimons que comme une vieille maîtresse : par obligation, avec dépit. Et nous nous étonnons du désamour.

Nous demandons la force de l’autorité aveugle. Nous sommes, donc vous suivrez ! Mais sans offrir la protection, l’autorité n’est jamais données. Là est la politique de l’offre et de la demande. Je t’offre ma protection, tu me donnes de l’autorité. Aujourd’hui, nous offrons une décomposition de la protection, et nous faisons les gros yeux fixes et méchants de l’autorité. Et nous nous étonnons du manque d’écho, de prise.

Nous demandons la confiance. Non, nous oublions même de demander la confiance, nous faisons comme bon nous semble, sans se préoccuper de ce qui fut dit. Nous oublions que le XXIème siècle est celui où la moindre parole est écrite, enregistrée, numérisée et donc à portée de main, de souvenir et de comparaison. Nous défaisons constamment notre parole et nous demandons la confiance sur celle en cours. Et nous nous étonnons que cela ne prenne plus.

Nous sommes donc dans une belle jaguar. Au point mort. Avec les mauvaises clefs.

La société a des clefs. Plein de clefs. Le monde avance sans la politique. On peut lui faire confiance. Il vit.

Ouvrons les yeux. Écoutons non pas les sondages, mais les idées de demain qui se trament aujourd’hui.

Un politique, c’est un visionnaire, pas un gestionnaire.

 

précédemment publié le 26 mai 2014 sur http://charlotpicard.tumblr.com/post/86883273440/sans-voix

Dés-ordres.

Je te donne ma voix pour avoir ta parole.
Suffrage Universel :
Je te donne ma voix pour avoir ta parole.

Principe simple. Parole donnée. Attendre les faits. Tic tac tic tac tic tac. Attendre les faits. Tic tac. Voir les fails. Toc.

La parole est ce qui reste quand le reste ne tient plus. Ce à quoi on s’accroche quand le temps est trop long. Un espoir infini, parce qu’elle fut donnée.

Le XXIème siècle est spirituel : il a rendu impossible l’insulte à nos esprits. Il a rendu impossible l’outrage à la vérité.
Nous sommes en train de vomir le trop plein de communication vide & vaine. Nous sommes en train d’annihiler l’automatisme de la réponse. Aujourd’hui, nous pensons. Nos esprits fonctionnent. Et c’est donc devenu plus compliqué.

Écouter.
Entendre.
Apprendre.
Comprendre.
Dire.
Faire.

La nouvelle voie de la voix du peuple.

Retrouvons nos oreilles. Maintenant.

 

déjà publié le 13 avril 2014 sur http://charlotpicard.tumblr.com/post/82614444720/des-ordres