[Obs] 49-3, motion de censure : oui, les frondeurs sont horripilants. Mais ils servent la gauche

[LE PLUS. Il n’y aura pas de motion de censure “de gauche” contre le gouvernement. Les frondeurs et la gauche de la gauche ont échoué à déposer une telle motion, à deux signatures près, mercredi 11 mai. Un échec qui achève une séquence politique particulièrement mouvementée, explique la socialiste Charlotte Picard.

Édité et parrainé par Sébastien Billard]

C’était un 10 mai, il ne faisait pas beau. Non, ce n’était pas une bonne journée.

L’abolition de l’esclavage commémorée dans l’indifférence

D’abord, nous avons nationalement commémoré l’abolition de l’esclavage dans la plus grande indifférence. Rien à faire. Des êtres humains ont assis leurs empires sur la vente et la revente d’autres êtres humains, pendant des décennies, comme des chiens. Rien à faire.

Le révérend Jesse Jackson, descendant d’esclaves, était présent aux Jardins du Luxembourg, auprès du président de la République française, et tout ce qu’on en retient ce sont des photos où le pauvre s’est fait piéger à un dîner ou un déjeuner avec le couple Le Pen. Le pauvre.

Le commerce triangulaire, c’est quand des blancs prenaient des bateaux pour aller chercher des noirs dans des ports d’Afrique pour les vendre telles des bêtes de somme à des blancs ayant colonisé l’Amérique en dégommant des indiens. C’est ce qui a assis la toute-puissance de l’Europe sur l’Occident, sur le monde.

Voilà une part des racines de l’Europe prétendument aussi chrétienne. Vous reprendrez bien un peu de sauce gribiche ? Je n’ai pas à avoir honte de ça, je ne l’ai pas fait personnellement. J’ai à m’en souvenir pour me rappeler que notre puissance est comme celle des autres : sale.

L’affaire Baupin et la culpabilité qui pèse sur les femmes

Et puis, il y a cette culpabilité. Depuis lundi matin, il y a la culpabilité qu’on fait peser sur les femmes politiques, les femmes en politique : la culpabilité du silence. On fait peser sur Denis Baupin l’intégralité de la saloperie masculine, comme s’il était le seul au monde.

Non, la majorité des hommes politiques ne sont pas des gros dégueulasses machistes. Mais il y en a. Parfois, ce sont même des mecs qui passent pour des “mecs bien”. Cette culpabilité d’un seul nom est stupide.

Le problème, c’est effectivement l’omerta, comme l’avaient dit les journalistes politiques dans leur tribune. Mais on fait comme si une “omerta” était endogène pour un nom, un seul. Je vous aime, mais vous avez tort. Les coupables n’arrêteront jamais. Les victimes, sans vous, ne pourront rien faire.

J’ai entendu Cécile Duflot, mardi soir sur France 5, vue, oui mais entendue surtout. Sa voix, les tremblements dans sa voix de n’avoir pas eu le courage de dénoncer le/s coupable/s. Dire, on le fait.

À l’Assemblée, un magique suicide politique

Dénoncer, c’est dur. Mais lorsqu’on dit que ceux qui écoutent ne bougent pas, dénigrent ou oublient, pouffent et nous demandent de faire des efforts de compréhension, de prendre sur nous et d’arrêter de faire notre mauvaise tête, dénoncer devient impossible.

Alors on se recroqueville. Et les femmes ont appris à se recroqueviller pour avoir la paix. Des siècles d’apprentissage. Sinon, c’est que ce sont des salopes, des chiennes, des arrivistes, des carriéristes, des connes, non ? Quoi ? Alors, vous voyez, vous saviez. Le silence coupable, il ne vient pas des victimes mais des témoins.

In fine, la victime, c’est la politique. Parce qu’on a perdu des femmes, épuisées. Parce qu’on a laissé des hommes, imbéciles.

Alors voilà. Épuisés contre imbéciles, la politique avance cahin-caha dans tous les partis, pas de jaloux. Mercredi, cherry on the cake, le groupe socialiste a voté à une écrasante majorité (86 pour, 14 contre, et 11 fichues abstentions) le droit au gouvernement de lui enlever le droit de légiférer. Merveilleux. Magique suicide politique validé par la diagonale du vide.

Je sais que les frondeurs sont horripilants

Un texte que la veille, la droite n’a même pas fait semblant de faire tomber, et que le gouvernement n’a même pas tenté de faire avancer (vote bloqué), parce qu’il savait qu’il n’avait pas réussi à mobiliser assez de députés dits légitimistes dans l’hémicycle.

Donc, le gouvernement était minoritaire dans sa propre majorité, mais toléré par son opposition, il préfère passer en force pour que ça ne se voie pas. Et en profite pour reculer sur des tentatives de déprécarisation du travail (amendement taxation CDD), au cas où on pouvait avoir quelques raisons de se satisfaire de quelque chose.

Je sais que les frondeurs sont horripilants : ils mettent les socialistes face à leurs contradictions. Le texte signé au congrès, arrivé premier, avec la signature de tous les socialistes du gouvernement, avec tous les éléphants imaginables, ce texte explique noir sur blanc, par exemple, qu’il faut revenir sur l’atteinte à la hiérarchie des normes que Fillon avait entamée. Et là, les mêmes valident l’inverse.

Horripilants, ces frondeurs avec une mémoire et des valeurs. Horripilants, parce qu’ils assument publiquement leurs désaccord et refusent de revenir sur ce qui a été validé par des votes. Par vous. Par nous. Même si ce n’est pas leur propre texte qui est mis en porte à faux.

Mais imaginons un quinquennat sans eux

L’objectif des frondeurs est de faire une politique qui protégerait les plus faibles et d’éviter le retour trop rapide de la droite au pouvoir parce que cinq années ne seront jamais assez pour rattraper la somme d’inégalités qu’ils ont créées.

L’objectif de la gauche, de toute la gauche, est celui-là : égalité et justice. La différence est dans la méthode. D’ailleurs, les frondeurs ont toujours soutenu, accompagné et applaudi toutes les réformes allant vers la création ou le renforcement de l’égalité en France et en Europe. Et lorsqu’ils étaient en désaccord, ils ont toujours proposé un contre-projet.

Je sais aussi que les frondeurs déçoivent à gauche, parce qu’ils n’y arrivent pas. Mais imaginons un quinquennat sans eux. Dès le début du quinquennat, la majorité aurait explosé. Parce que François Hollande en avait une. Certes, le Front de Gauche n’était pas au gouvernement, mais ils étaient capables de travailler avec des compromis, la gauche sait faire cela.

On aurait laissé les groupes communiste et écologiste (et encore, pas tout le groupe) défendre la renégociation du TSCG, notre promesse, sans aucun soutien socialiste ? On les aurait laissé seuls défendre les contreparties au CICE, les amendements sur la loi Macron 1, ou s’élever contre la déchéance de nationalité ?

La gauche n’a pas besoin de se renier pour avancer

Parce que c’est ça, un “frondeur” : un socialiste qui dit non (ou plutôt “faut voir”) à la ligne imposée par le gouvernement (et donc le président de la République).

Leur parole, leur liberté en tant que représentant du peuple, elle est légitime. Chacun a été élu par les citoyens de sa circonscription. Ceux qui sont allés voter et ceux qui ont laissé les autres choisir pour eux. Mais ils n’ont pas de pouvoir magique. Ils sont entre 11 et une centaine, selon le texte.

Mais il n’y a pas de grande stratégie empirique derrière leurs gestes. Certains en ont, évidemment : on fait de la politique, pas une soirée télé. D’ailleurs, quand ils en ont, leurs stratégies divergent en grande partie parce qu’il n’y en a aucune qui soit évidente pour 2017 (ni avant, ni après).

Leur folie est d’avoir toujours envie du rassemblement. Sincèrement envie, mais pas jusqu’à se renier : la gauche n’a pas besoin de se renier pour avancer, mais elle a besoin de la force et de la bonne volonté de chacun.

[Obs] Le 21 avril 2002, j’ai voté Besancenot, un acte romantique stupide.

[LE PLUS. C’était il y a 14 ans. À la surprise générale, Jean-Marie Le Pen se hissait au second tour de la présidentielle 2002, éliminant le candidat socialiste, Lionel Jospin. Un coup de tonnerre politique que personne n’avait anticipé. Aujourd’hui militante socialiste, Charlotte Picard était alors étudiante. Ce 21 avril 2002, elle avait décidé de voter Olivier Besancenot…

Édité et parrainé par Sébastien Billard]

21 avril 2002. Je dois partir à Toul pour un concours de théâtre amateur. Je ne me souviens plus du titre de la pièce ni de son sujet. Je me souviens juste que je l’aimais beaucoup, et que j’ai rencontré là des gens auxquels je suis toujours attachée aujourd’hui.

 Je vote avant de partir. J’aurai les résultats du vote en plein entretien oral avec le jury du concours.

 À cette époque, j’étais étudiante et je faisais du théâtre amateur. Je militais hors circuit, “sans étiquette”. Entre nous, on s’auto-appelait “le scotch” parce qu’un jour on avait mis du chatterton sur nos manteaux avant une manif, pour refuser sereinement les autocollants syndicaux.

 Comment peut-on voter Jospin, quand on a 20 ans ?

 J’ai voté pour Besancenot. La “gauche Jospin”, très peu pour moi. Pour moi qui avais 24 ans, la gauche devait être résolument, combativement, activement, clairement à l’avant-garde de la défense des faibles. Jospin n’avait pas fait ça en tant que Premier ministre. Je voulais lui dire “remets ton courage dans ton pantalon, bats-toi pour nous”.

 C’était sans doute un acte romantique stupide, mais comment voter Jospin, Premier ministre de la privatisation, quand on a 20 ans ? Comment voter pour des rêves coincés dans une réalité qu’on nous vend grise, contrainte ?

 Et comment ne pas avoir envie d’en mettre une petite à un homme qui se croyait si certainement arrivé qu’il n’avait pas réussi à s’adresser à nous de toute sa campagne ? Et de tout son mandat ?

 Je n’avais rien contre lui, je n’ai toujours rien contre lui aujourd’hui. Mais face à cette assurance de l’homme politique arrivé parce qu’il a réussi à battre tous les autres à l’intérieur de son parti, je voulais lui dire “merde”. Je lui ai dit “LCR”J’allais voter pour lui au second tour. Mais je voulais qu’il sache.

 Le week-end suivant, le FC Metz est descendu en D2

 Puis, j’ai su. Je me suis dit que je ne le ferai plus. Depuis, j’ai appliqué le “vote utile”. Fut-ce toujours utile ?

 Deux semaines après, le FC Metz est descendu en D2 et j’ai voté Jacques Chirac. À la fin de son second mandat, en 2007, je me suis dit que plus jamais je ne donnerai ma voix à un homme de droite, même contre le FN, voyant ce que Chirac avait fait de “ses” 82% en mettant Sarkozy, par exemple, à l’Intérieur… Non merci !

 2002, ce n’était vraiment pas un bon départ pour le XXIe siècle.

 

[Obs] Déchéance de nationalité : un triste soap-opéra. La gauche au pouvoir s’est égarée

[LE PLUS. La révision constitutionnelle proposée par le gouvernement est sérieusement compromise. Mardi 22 mars, le Sénat a adopté sa propre version du projet de révision en incluant une extension de la déchéance de nationalité aux seuls binationaux. Militante socialiste, Charlotte Picard déplore la ligne adoptée par le gouvernement sur ce dossier.
Édité et parrainé par Sébastien Billard]

 

Soap-opéra. L’exécutif a promis à la droite et à l’extrême droite, pour permettre sa révision constitutionnelle, la déchéance de nationalité des personnes reconnues coupables de crimes terroristes.

Le Parti socialiste a toujours combattu cette idée dont personne ne fut dupe : elle ne fera que séparer encore les Français entre eux, elle n’empêchera aucun acte violent de se produire. Césure.

Une façon de faire martiale

Oui, au lendemain du 16 novembre, peu étaient ceux à se lever contre cette idée, abasourdis que nous étions encore des attentats du 13. Mais quand à Noël, la rumeur a pris de son abandon, nous fûmes tous soulagés. Puis non. Circulez, y’a rien à voir : le Premier Ministre annonce qu’ils gardent la déchéance, et étendre sa possibilité à tout le peuple français.

Cette façon martiale de soit diviser le peuple français, soit piétiner le droit international, pour aucun effet de protection réelle n’a fait que libérer du légitimisme la parole de nos camarades, par exemple lorsque la loi travail arriva.

Alors le Parti disait non à la déchéance, organisé démocratiquement, dans ses instances fédérales il le vota. Puis, au Bureau national, nos éléphants décidaient qu’il fallait sortir du débat en imposant, hormis quelques voix discordantes demandant l’improbable “déchéance pour tous”, ce que nous soutenions depuis des décennies : une peine “d’indignité nationale”.

L’actualité bruxelloise va permettre à ceux qui ont promis la déchéance de nationalité des bi-nationaux ou pour tous (Sarkozy à Grenoble, Hollande à Versailles) de faire culpabiliser ceux qui la pensent inutile et improductive pour la faire passer dans le désespoir.

La peur comme modèle décisionnel

La question qui se pose aujourd’hui est le degré de liberté des députés. À quel point sont-ils des adultes responsables, élus par le peuple en leur nom propre, au suffrage universel ? À quel point sont-ils des voix univoquement pour le gouvernement ? La question devient donc institutionnelle : le Parlement existe-t-il sous la Ve République ?

Avoir tant parlé de la déchéance de nationalité, parce que cela touchait la chair du peuple français post-colonial, c’est aussi avoir omis l’article 1 de cette révision constitutionnelle dans nos discussions, et son état d’urgence permanent que les parlementaires hésitent aussi (83 députés du groupe Socialiste Républicain et Citoyen ont voté contre l’intégralité du texte, notons-le) à constitutionnaliser, c’est-à-dire à mettre irrévocablement dans les mains de n’importe quel pouvoir élu.

Malgré cela, je ne pense pas l’exécutif en panique. Nous sommes simplement à l’apogée de notre époque politique : “Nous vs. Les Autres” comme seul credo. Binaire.

L’exécutif institutionnalise la peur comme modèle décisionnel. La peur du licenciement pour accepter tout et n’importe quoi comme conditions de travail, la peur du vrai méchant pour pointer du doigt l’Autre comme complice, la peur du demandeur d’asile qu’on laisse de l’autre côté de l’Europe, la peur du peuple par le peuple contre le peuple…

Protéger la liberté, notre bien commun

Alors que d’un autre côté, le gouvernement tente d’avancer sur la décolonisation par un 19 mars plein de débats, de blessures, mais au moins qui remet notre histoire en marche, les étrangers n’ont toujours pas le droit de vote aux élections locales, le récépissé aux contrôles d’identités n’existe toujours pas et on déclare les binationaux autres. La Défense vs. l’Intérieur.

La gauche au pouvoir devrait marcher sur ses deux pieds pour faire avancer le monde. Les terroristes attaquent le monde libre, la réponse ne peut pas être sa dislocation.

La réponse doit être solide et solidaire. L’Union européenne ne peut se disloquer, il faut la renforcer, la rendre plus grande et plus forte pour lui permettre de travailler avec ses partenaires naturels, avec le reste ce monde libre par une protection de ce bien commun : la liberté.

Nous pourrions penser la France comme faisant partie de la francophonie, comme nous incite à le faire Alain Mabanckou. Nous rendre compte que la terre est ronde et qu’à sa surface, il n’y a pas de centre, même pas Paris.

Donner moins d’importance aux populistes

Écouter enfin les mots des autres pour penser le monde en dehors des frontières de la colonisation. Sans mot d’excuse, mais en regardant enfin en face, droit dans les yeux, les Noirs et les Arabes que nous, Blancs, ignorons si souvent. Ce n’est pas un mépris profond, c’est une vraie ignorance, une ignorance passive, qu’on ne combat donc pas.

Et si, en plus, nous donnions à la pensée démocratique européenne et francophone emprunte de liberté une place plus importante qu’aux populismes occidentaux ? Et si nous donnions aux exclus l’importance que nous donnons aux populistes ? Quels en seraient les conséquences sur notre vie à court, moyen et long terme ?

Coincés, on a perdu l’essence.

« Faire de la politique autrement »,
mais avec les mêmes mots, les mêmes personnes, le même calendrier, les mêmes institutions, les mêmes réflexes, les mêmes idées.
Coincés.
« Parler au Peuple »,
mais avec une langue pré-écrite, technocratique, sans aucune fausse note, sans approximation, sans vie : machinale.
Coincés.
« Sortir de l’appareil »,
mais en étant élu, car sinon on n’est rien, on n’a rien fait, on n’a rien prouvé, on ne vaut rien.
Coincés.

Ce n’est pas uniquement la classe politico-économique qui est coincée, c’est la société toute entière. Il y a un chaos dans nos envies : elles tombent. Tous nos cadres sont vides, alors on s’y accroche agressivement, de peur de tomber nous aussi. L’équation est simple : contre le pareil, on prend l’autre mais celui qu’on voit depuis longtemps. Contre l’establishment en place, on prend celui qui veut prendre sa place. Contre le loup, l’ogre.

http://www.filipmarkiewicz.com/silentio-delicti/

Silencio Delicti – Filip Markiewicz, 2012-2045

Notre ennemi est la finance ?

La secrétaire nationale aux droits de l’homme de mon parti, socialiste, dit de moi que je suis conservatrice car je refuse de laisser changer le droit du travail dans le sens où la droite voulait le faire il y a 15 ans. Puis elle demande à ce que l’on soit plus véhément contre la droite d’aujourd’hui. Boire ou conduire, il faudrait choisir… « l’aile gauche du PS préfère la division et a prêté allégeance à une gauche radicale qui, dès le début, a parié sur un échec du gouvernement en misant sur la très hypothétique formation d’un Podemos à la française. » Je dirais plutôt, chère Rita Maalouf, que c’est le gouvernement qui a misé sur l’échec du programme présidentiel et législatif. C’est lui, qui a abandonnés et qui nous pointe maintenant comme une gauche radicale alors que nous sommes so FH2012.

Je connais bien, l’aile gauche : c‘est elle qui m’a ouvert les bras du PS. J’y ai vu beaucoup de choses, mais peu de conservateurs. Quant au Podemos à la française, c’est méconnaître et la France et l’Espagne que de penser nos deux régimes et cultures suffisamment identiques pour être reproductibles. La seule chose que nous avons pris à l’Espagne, c’est un dauphin, Louis XX de Bourbon, duc d’Anjou.

Contre l’obscurantisme, ne baissons pas les armes : soyons subversifs !

J’entends dire ici ou là qu’il faut battre le Front National, l’empêcher, le contraindre, le réduire. J’entends les mêmes dire, à quelques souffles de ça, qu’on doit faire attention et ne pas faire monter l’extrême-droite sur leurs grands chevaux. Mais qu’ils hennissent, fichtre diantre, qu’ils hennissent !! Et je n’ai jamais vu qu’une seule arme pacifique efficace contre l’obscurantisme : l’amour de la subversion. C’est le rayon de soleil dissipant le vampire. Être subversif, inventif, curieux et aimer ça.

Si vous voulez battre le Front National, levez-vous et arrêtez de demander « Et vous comptez toucher une large audience ? » mais, lorsque vous recevez des artistes, des passeurs d’art, des professionnels qui touchent aux âmes « Et, lorsque le public sort de votre représentation, peut-il être bouleversé ? »

Essayez cela, vous transformerez alors le monde. Parce que bouleversé, c’est ébloui ou choqué, c’est porté ou giflé, mais c’est vivant et ça bouge. La subversion ne choque que les conservateurs, et les conservateurs sont nocifs.

Silencio Delicti, Manifeste pour la dépolitisation du corps humain. Filip Markiewicz, 2012-2045.

Silencio Delicti, Manifeste pour la dépolitisation du corps humain. Filip Markiewicz, 2012-2045.

Il nous faut reprendre notre liberté calendaire dans nos réflexions. Oublions les élections lorsque nous souhaitons penser. S’il faut sortir des préconçus, fabriquer, ou faire la Politique par rapport au monde à inventer ne pensons plus aux échéances. Il nous faut aussi reprendre notre liberté politique face à nos opposant qui eux n’ont jamais perdu la leur. Qu’ils se débrouillent pour convaincre avec leurs idées, nous nous débrouilleront avec les nôtres. Et si parfois elles se rejoignent ? Et bien nous les construirons ensemble. Et moi, de la gauche archaïco-radicalo-conservatrice*, je dis oui : projet après projet, voyons où nous pouvons construire ensemble, droite et gauche réunies. Et où ce n’est pas possible, nous laisserons les citoyens choisir entre nous.

Réécrire le monde.

Nous sommes face à l’improbable : réécrire l’œuvre du monde dans une époque de résumés de textes et de slogans en langue-sms. Dans une Europe qui devrait se réinventer, on se renferme sur nos vieilles frontières. Pour dynamiser notre pays, on a découpé ses terres comme à la colonisation on avait découpé le Sahara : selon les intérêts économiques et politiques de ceux au pouvoir au jour J. Aujourd’hui on leur cherche des noms dans nos livres d’histoire médiévale. Appelez-moi Brunehilde… je suis reine d’Austrasie*.

Nous sommes face à l’incompréhension : le pouvoir nous dit qu’il ne peut plus rien. TINA est notre ennemie commune, alors on s’y accroche en se disant qu’un jour, elle nous embrassera. TINA ne fait rien, c’est une ogresse avide de chair humaine. Elle nous mange. Ensuite, elle crèvera de faim.
There Is No Alternative to death**. C’est la seule chose qui n’en a pas : la mort de toute chose vivante. Si tu n’es pas la Mort, quoique tu sois, tu peux disparaître de nos vies. Même le capitalisme financier a une alternative, qu’apparemment nous ne connaîtrons que lorsqu’il nous aura mangé. Nos petits-enfants le saurons lorsqu’il se sera étouffé de nous avoir mangé, qu’il aura chu.

Mais il y a aussi toute une catégorie de personne qui veut et fait, parallèlement, dans un ailleurs souvent salué par un haussement d’épaules.

Il est là le podemos : nous pouvons. Nous pouvons sortir du XXème siècle par le XXIème, un siècle où la pensée complexe sera envisageable. Nous n’avons pas à copier ce que nos voisins ont fait, mais nous sommes, nous, européens sans contraintes : nous allons construire l’Europe dont nous avons envie ensemble. Nous ne regardons pas nos voisins avec envie mais avec intérêt. Nous avons compris que nous sommes l’avenir, ensemble.

Nous pouvons penser la France comme faisant partie de la francophonie comme nous incite à le faire Alain Mabanckou. C’est si juste. Nous rendre compte que la terre est ronde et qu’à sa surface, il n’y a pas de centre, même pas Paris. Écouter enfin les mots des autres pour penser le monde en dehors des frontières de la colonisation. Sans mot d’excuse, mais en regardant enfin en face, droit dans les yeux, les noirs et les arabes que nous, blancs, ignorons si souvent. Ce n’est pas un mépris profond, c’est une vraie ignorance, une ignorance passive.

Et si nous donnions à la pensée francophone la place que nous donnons aux populismes occidentaux ? Et si nous donnions aux exclus l’importance que nous donnons aux populistes ? Quels en seraient les conséquences sur notre vie à court, moyen et long terme ?

 

* humour / second degré / auto-dérision / ce n’est pas sale
** il n’y a pas d’alternative à la mort

Effrontée

CYNISME : “mépris effronté des convenances et de l’opinion qui pousse à exprimer sans ménagements des principes contraires à la morale, à la norme sociale”

effrontee-1985-05-gPour moi, effrontée, c’était ça et c’était bon. Pas bien, mais bon. Et puis, j’ai grandi. J’ai toujours trouvé plus sympathiques les effrontés aux autres. Et puis nous avons tous vieilli, et nous sommes sortis des années 80. Le cynisme vainquit. Il a tout acheté.

D’ailleurs, aujourd’hui, j’ai essayé de me réjouir au premier degré d’une chose que j’attendais depuis longtemps : mon parti se réveille, mes camarades retrouvent la parole.

J’ai lu l’article de Stéphane Alliès et il est exactement où j’en suis là : las. Oh my f*cking Lord, où sommes-nous ? Nous sommes, là, dans un brouillard de confusion, nous sommes perdus là où plus aucun mot ne vaut son sens. Alors j’essaie d’oublier les mots. Comme Charlotte quand elle écoute le piano de Clara et s’envole.

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Il n’y a pas deux gauches. Oui, il y a un désir de rupture. Je n’arrive pas à le comprendre, d’ailleurs. Je ne vois pas comment on peut décider non pas de partir, mais de faire partir. Quelle logique humaine pousse à cela ? Quelle intuition politique peut réellement faire penser que pour battre cette gigantissime crise qui nous assaille, “diviser pour mieux régner” serait la solution ? Encore faudrait-il avoir un royaume où régner…

Voilà, ni enthousiasme, ni colère. Juste des blagues, des sourires, cyniques… las… tout au long de la journée. Pourquoi ? Parce que c’est plus simple que de diriger ma colère vers la source de son objet. Il est tellement facile d’être, pour moi, pour nous, en colère contre Martine Aubry. Alliès le dit bien : elle se re-réveille, quand se rendormira-t-elle ? Facile d’être en colère qu’elle reprenne les mots que nous portons, sous les coups, depuis 3 ans finalement, là, maintenant. Être en colère contre ces camarades qui nous méprisent de dire tout haut ce qu’ils n’ont pas le droit de dire, eux. Parce que nous non plus nous n’avions pas le droit de les dire, ces mots : “le gouvernement fait fausse route, Hollande se trompe, nous rentrons dans une impasse, il faut changer, les gens nous tournent le dos”. Nous n’avions pas le droit, nous l’avons pourtant fait.

Mais elle n’est pas la source du problème, elle est juste une solution hésitante.

Il nous faut prendre le présent tel qu’il est et avec qui est debout, qui se lève, qui souhaite se lever.
Nous nous battrons ensemble, fatigues contiguës, solidaires. Non pas confiants, car le monde est en ruine : il ne reste que sa peau pour tenir le lait.

La question n’est plus “qui”, la question est “quoi” ? Pour moi, la seule réponse que nous n’avons su essayer contre cette crise latente, explosive, longue, lente et sans doute définitive c’est la solidarité. En France, en Europe, dans le monde, la seule arme contre le capitalisme financier agressif qui nous attaque et nous transforme, c’est ce tout petit bâton dans ses rouages, ce grain de sable accessible à toutes les échelles donc par tous : la solidarité.

Allez, à demain… debout.

[Edit du lendemain matin : voilà, j’ai signé “sortir de l’impasse” parce que ça ressemble à mon cri de défoncer le mur de l’été 2014 et que nous ne pouvons continuer à attendre…]

être française

Une bonne année, hein. Et la santé. La santé surtout. C’est important. 2015 ne nous a pas épargnée, espérons que 2016 sera meilleure, hein…
Donc, tu vois, si c’est un terroriste, c’est pas grave si on lui enlève la nationalité française. Oui mais ça sert à quoi ? Parce que tu veux qu’ils restent français, toi, les terroristes ? t’as pas honte de vouloir qu’ils restent français ? Non, c’est pas ça, mais ça sert à quoi ? ça empêche quoi ? ça résout quoi ? Mais qu’est-ce qu’on en a à foutre de ce que ça résout ? moi je veux juste qu’ils dégagent. Mais, en faire des étrangers, ça veut pas dire les virer ; et puis, ils seront en prison pendant longtemps, quand même… ça sert plus à rien la prison, pour toi ? Nan, mais la question n’est pas là, la question elle est qu’ils ne peuvent plus rester français ! OK, et ceux qui sont uniquement français, on en fait quoi ? Ben ils dégagent aussi. OK, et ils vont où ? en apatridie ? sur la Lune ? sur Mars ?

Je l’ai déjà dit : à force de trahir nos promesses, nous n’en avions plus, nous avons trahis nos valeurs. Ce qui me rassure, c’est que je ne suis pas la seule à m’insurger: là Joxe et Quilès, là Amirshahi et là Lienemann… Ce qui m’angoisse, c’est qu’on en parle encore… ç’aurait dû être enterré il y a fort longtemps… Cela n’aurait même pas dû être envisagé : pour faire plaisir à la droite et à l’extrême droite, donner un symbole qui constitutionnaliserait l’inégalité entre français, je… Non, rien. Y’en a marre. Juste marre.

Alors tu tournes les pages du journal.
Michel Delpech est mort.

Alors tu vas sur les réseaux sociaux.
On s’insurge que Jean-Jacques Goldman soit toujours et encore la personnalité préférée des français.

Alors tu vas sur youtube, pour les écouter.
Il faut toujours revenir à la source : la rivière y est plus claire.

Une certaine idée de la France.

Parce que c’est ça Delpech, Goldman, c’est une certaine idée de la France. Mais on s’en fiche, parce qu’on n’y pense pas comme ça. Delpech, Goldman, si on les aime c’est parce que c’est “nous”. C’est tout.

La nationalité, c’est un rapport à la Nation, pas au territoire. Être française, c’est se savoir chez soi dans une ambassade française même à l’autre bout du monde. C’est savoir que la République, prend soin de moi, où que je sois : elle est attentive, protectrice. Alors là, oui : je suis la fille de ma Nation. La nationalité, ça m’apporte une appartenance, ça rend un pays responsable de moi, qu’il m’aime ou non, que je l’aime ou non. On n’est pas obligé d’aimer tous ses enfants, on n’est pas obligés d’aimer ses parents. Mais toujours, on s’appartient.

Le Peuple français vit sur toute la planète. Habitant ici, nous vivons dans le Peuple de France, il est multi-national. Et rien n’y fera. Habiter une frontière c’est trouver normal l’étranger. Vous verrez : on s’y fait. Parfois, l’étranger est même blanc et sa langue maternelle est française. Parfois, il me ressemble plus qu’un concitoyen de l’autre bout du pays. Une frontière, c’est un champs, une rivière, une colline, une rue. “L’étranger”, c’est une autre Nation mais pas un autre monde.
D’ailleurs, si tu y regardes bien, “étranger”, j’aurais pu l’être… nos grands-parents l’ont été…

Je ne sais pas ce qu’est “être français”. Non, je ne le sais pas. Pourtant, cela me tient à cœur parce que je sais ce que ce n’est pas : pour moi, c’est “ne pas être allemand”. Parce que Metz, bon… c’était chaud quand même. Et comme dit Michel Sardou : si les ricains n’étaient pas là, nous serions tous en Germanie. Surtout moi.
Je ne sais pas ce qu’est “être français”, parce que je ne demande pas leurs papiers à mes amis, ma boulangère, mon médecin. J’habite une frontière, on se croise, on se décroise. Je sais les accents des uns et des autres. Mais en fait, les luxembourgeois ont moins d’accent que les lorrains, alors on s’y perd.

Alors je cherche, pour moi, ce qu’est “être français”. Et je retourne à ce “nous” dont Delpech et Goldman parlent.
Il y a / Le Loir et Cher. Voilà. C’est ça. Il y a Le Loir et Cher. Je suis du pays où je me suis croûtée. Croûtée les genoux en tombant à vélo. Là est mon pays, ma terre, ma patrie : là où mon sang a rencontré le sol, pour de vrai, quand j’étais enfant. La France:

Il y a JJG

Pourquoi les aimons-nous tant, ces chanteurs ? Parce qu’on les connaît, nous avons grandi avec. On sait qui ils sont, on sait ce qu’ils veulent nous dire : ils nous le disent depuis des lustres. Parce qu’ils mettent en pratique leurs mots chantés. Ils parlent de “nous”, mais ils se mettent dedans. C’est pour ça qu’on les aime : ils sont dans notre “nous”, et nous mettent nous, dans le leur. Pas d’apartheid, des doutes au quotidien, comme nous. On les aime parce qu’ils nous aiment, même quand ils ne nous supportent plus. On les aime parce qu’ils sont attentifs à nous.

Et je sais que pour beaucoup de français, ni Delpech ni Goldman ne sont rien. Parce que certains de nos concitoyens ne se sont pas croûtés dans des villages près des lavoirs, les pieds dans la boue… certains se sont croûtés au pied des blocs, près des voies ferrées, derrière la station de métro et n’ont jamais vu de bébés lapins en allant jouer avec leurs copains. Pour eux, le “nous” a d’autres artistes que je ne peux pas citer parce que je les connais mal. Je ne veux pas faire semblant. Mais ces “nous” se confondent parfois, ailleurs. Une identité est une tresse entre soi et ses cercles. Il existe toujours un “nous” où s’identifier ensemble, si nous le souhaitons.

C’est la différence entre les artistes et les intellectuels. Les artistes sont dans le “nous”. Les intellectuels étudient le “eux”, même lorsqu’ils étudient leur groupe social, pour des questions d’objectivité.
C’est ce qu’a perdu la classe politique : être dans un “nous” et voir le “eux”. On refuse d’être estampillés “professionnels de la politiques” comme si c’était une insulte. Ce n’en est pas : c’est un constat, à nous de le rendre positif. Mais le pire, c’est qu’on ait arrêté de s’inclure dans le “nous” du Peuple alors qu’on ne sait plus lire le “eux” du peuple. Nous sommes des professionnels sans outils, sans main, sans pensée.
Nous avons, à force de pensée unique, de cercles de la raison, d’exclusion des uns et des autres, d’exclusion de tout Autre, perdu la Pensée, perdu la Raison, perdu nos visions.

Aujourd’hui, on continue. On exclue. On pense à exclure. On est embêtés de savoir comment réagir, parce qu’il ne faudrait pas déranger le pouvoir. Mais arranger les choses, on ne sait pas comment faire et apparemment, le Pouvoir non plus. Alors le monde s’enferme dans son aveuglement, il se crispe, on simplifie. Binaires, nous devenons simplistes, nous devenons bêtes.

On veut du neuf. On a Juppé et Attali.
On veut du vrai. On a du Coca Life.
On veut de l’espoir. On a de la peur.

Il faut sortir de là. Sortons. Chacun, sortons. Allons voir, chez Laurette, parce qu’On voyait bien qu’ell’ nous aimait beaucoup…

 

La Fin du Déni

Antigone 1Aujourd’hui, je pleure.
Depuis hier en fait…

Pas à cause des élections mais à cause de la réponse (non) faite après ces élections.
Je suis fatiguée du déni. Le pouvoir nie alors qu’il devrait révéler. Nier, c’est faire disparaître. Je me souviens d’une prise de parole du Premier Ministre, notre camarade Manuel, venu annoncer à la tribune du Conseil National, fin 2014 “La Gauche va mourir”. Quelqu’un dans la salle a scandé “et c’est toi qui la tue”.
Nous savions. Nous savions tout. Et nous avons laissé faire.

Je ne vais pas vous parler des frondeurs. Depuis octobre 2012 ils sont sur le pont, ils sont épuisés. Mais ils sont loyaux et dignes. S’ils écoutaient les militants qui les soutiennent, ils demanderaient la démission de Manuel Valls voire celle de François Hollande, tant on n’en peut plus sur le terrain des trahisons aux promesses voire aux valeurs, et du regard des citoyens qui les accompagne, et ce depuis le résultat cataclysmique des européennes juste après celui catastrophique des municipales. Mais non, ils sont socialistes, ils passent par les instances.
Instances qui nous trahissent mais qu’il ne faudrait pas trahir.
OK.

Non, je vais vous parler des 289 (- 11 à 43) députés socialistes élus sur un programme et qui ont voté :

  • Le traité Merkozy et son pacte de stabilité et ses instances européennes antidémocratiques
  • L’ANI et sa flexi-sécurité
  • Le Pacte de Responsabilité et son CICE (que même l’UDI et la CGPME trouvaient injuste et inefficace !!)
  • La Loi Renseignement et ses folies sécuritaires
  • L’Etat d’urgence et la création d’un nivellement de la citoyenneté française…
  • ad lib…

Chers camarades députés qui écoutez avec tant de loyauté le gouvernement, comprenez ce qu’il se passe chez nous, dans nos vies, dans le démantèlement de nos valeurs. Et demandez-vous si vous allez assumer cela jusqu’au bout ? Parce que moi je n’en peux plus de vous dire qu’il faut que cela cesse. Là, les prochaines élections sont les vôtres. Et je ne sais pas si je me déplacerai pour vous. J’en ai marre de donner du pouvoir à des gens qui refusent de l’exercer. A des gens qui abandonnent, qui nous abandonnent. A des gens qui obéissent à ceux qui ont été nommés, alors que cela va à l’encontre des promesses faites à ceux qui les ont élus.

 

Si moi, simple rien, j’ai réussi à résister à des pressions hallucinantes la semaine dernière, à des mensonges et de la culpabilisation à outrance, à des menaces qui venaient des plus hautes sphères du pouvoir, chers camarades parlementaires, vous, vous allez y arriver aussi. Ou vous n’êtes pas faits pour représenter un peuple qui souffre et qui garde, malgré tout, nos valeurs en amour.

 

A force, nous n’avions plus de promesse à trahir,
nous avons trahis nos valeurs.

Antigone 2

Parce que non, le Peuple de Gauche ne vote pas Front National. Mais il ne vote plus socialiste. Et il n’a pas tout à fait tort.
Si je me suis inscrite au Parti Socialiste, c’est parce que j’étais socialiste. Pour moi, être socialiste, c’est juste penser que un être humain = un être humain, et le mettre en place.
Aujourd’hui, le pouvoir crée une sous caste de citoyens : les français binationaux nés français. Être socialiste, ce n’est pas ça. Être socialiste, c’est assumer. Assumer même les pires de nos concitoyens, parce qu’on nettoie nous-même nos merdes. Sinon, nous ne sommes plus une Société, nous ne serions même plus inscrits dans une civilisation. A la limite, on serait une entreprise : on vire ceux qui sont mauvais. Un pays n’est pas une entreprise : on ne choisit pas nos concitoyens, on ne choisit que nos politiques. Et notre pays ne mérite pas cela.

 

J’aime la France

 

J’aime la France, même quand elle est moche. Je n’ai de leçon de patriotisme à ne recevoir de personne. Je dis “on a gagné” quand l’Equipe de France gagne (de foot, de rubgy, de ski, de natation…) Je frissonne aux sons de la Marseillaise.
Comme j’aime la France, je veux qu’elle transforme l’Union Européenne. Je veux qu’elle construise une réelle démocratie en Europe contrairement à cette gestion par commissions contre les avis des élus, contre les populations, contre l’Humanité même, parfois.
Comme j’aime la France, je veux qu’elle reste la tête de prou des Droits de L’Homme, l’exemple universel qu’elle voudrait être, qu’elle ne recule en rien sur sa devise LIBERTE EGALITE FRATERNITE. Il n’y a rien avant cette devise. Rien de plus important que cette devise. C’est la base, le socle inaltérable. Nous l’avons déjà altérée dans l’histoire, nous y avons beaucoup, beaucoup perdu.
Comme j’aime la France, j’aime autant ses campagnes que ses villes, ses puits que sa fibre optique. Parce que c’est tout, ou rien. Quand on aime la France, on la regarde comme elle est, et sans rougir :

évo voix du FN ds circos

 

Je veux tout tout de suite et que ce soit entier
ou alors je refuse.

Je suis fatiguée des dénis.
Je suis fatiguée des mépris.

Non, le Front National n’est pas le “FHaine”. Bien sûr, dedans, il y a des néo-nazis, des identitaires, il y a de bons gros racistes, des connards et des blaireaux. Mais les gens qui votent pour eux ne sont ni haïssant ni haïssables. D’ailleurs certains ont souvent voté pour nous, avant. Ils veulent savoir pour quoi ils votent. Pour qui. Ils veulent des chefs, pas des biaiseux. Ils trouvent des chefs là où ils sont. Mais dans nos voisins, dans nos familles, nous avons tous des électeurs FN. Et bien, ils sont bougons, mais souvent tristes. Pas haineux.
Ils aiment notre pays, et ont peur.
Nous les avons créés, ceux-là. Nous devons assumer et les aider.

Mais ceux dont on ne parle jamais, ce sont ceux qui pensent “voilà, ce point-là fait que je ne voterai plus jamais PS. Alors je ne voterai plus : voter n’a plus d’issue.”
Ceux-là sont mes amis. Mes chers amis. Ceux que j’aime. Ceux avec qui je passe du temps. Nos “vacances” sont des festivals où on sue pour le plaisir, pour le public. Nos “soirées” sont des concerts où on porte des chaises, des flight-cases, des projecteurs pour le plaisir, pour le public. Nos “projets” sont bénévoles et fous, pour le plaisir, pour le public. Nous sommes aussi la Gauche. Celle qui vit sa gauche au quotidien mais ne la pense pas forcément. Celle qui n’a pas besoin d’y penser. Nous vivons selon nos valeurs, pour des actions qui nous dépassent, sans ambition majeure sinon la Beauté et l’Autre. Si je ne m’étais pas engagée au Parti Socialiste, je serais sans doute comme eux : je ne voterais plus.

Mais je ne m’engage jamais à demi. Je suis dedans, et je vous le dis : ils ne votent plus pour nous. Et pourtant, souvent, ils l’ont fait. Mais ils ne nous croient plus et ils ont raison : nos actions ne sont plus dignes de nos idéaux. Souvent, nous n’avons même plus nos idéaux en tête.

Antigone 3

 

Nous le payons, collectivement. Si vous croyez vous en sortir, sachez que vous échouerez. Et que vous y aurez, en plus, perdu votre honneur.

Des hommes et des femmes, anciens élus, sans idéaux et sans honneurs, voilà ce qu’il restera du Parti Socialiste si vous vous entêtez dans ce déni globalisé. Et la Gauche ne sera plus qu’une utopie, qu’une alternative à la société. Ce ne sera plus une politique possible. Le Peule souffrira, et la Gauche n’existera plus. La classe politique commencera au Centre, donc à droite. Et il n’y aura quasi plus de députés de gauche dans l’hémicycle. Oui, même vous, vous risquez d’y passer.

En 3 ans, nous serons passés de “il y a d’autres politiques possibles” à “il n’y a plus de politique possible du tout”, et vous en serez responsables, par votre silence.

“Nous ne laisserons pas le Parti Socialiste à ceux qui ne le sont plus”, allez, soyez socialistes : levez-vous !

Tenir Parole

Pourquoi suis-je restée ?

Je ne sais pas pour quoi. Je sais simplement pourquoi.
Je doute. Chaque seconde, je doute. Cette décision a sûrement été la plus difficile et la plus simple à faire. C’est binaire : oui ou non. Rien de plus : maintien ou retrait. Si retrait : désistement ou maintien. J’ai dit “je reste”. Pourquoi ?
Parce que je me suis engagée en politique avec entre autres l’idée qu’il fallait redonner de la valeur à la PAROLE. C’est le nom de mon blog, c’est le centre de ma démarche. Redonner du sens aux mots, arrêter de dévoyer les mots, de les vider de leurs sens. Et redonner de l’épaisseur à la parole donnée.

Cela fait 3 ans que je m’insurge à chaque parole donnée et trahie. 3 ans que je dis, parmi d’autres, peu écoutés en général : “il faut allier le dire et le faire”.

3 ans que je dis qu’on va droit dans le mur. Aucune élection ne m’a démentie. Lorsque je me suis portée candidate à la candidature pour les régionales, je connaissais la situation politique. Je savais.

Il nous l’avait dit.

Début juillet, nous avons eu notre première réunion de candidats et là, Jean-Pierre Masseret nous a dit :
“Ma liste de 1er tour sera ma liste de 2nd tour et il y aura des socialistes au sein du Conseil Régional, quoiqu’il arrive.”
Certes, l’absence de possibilité de rassemblement de la gauche à l’entre-deux tours ne m’a pas fait très plaisir, mais la clarté sur l’absence de fusion avec LR me plaisait. L’un dans l’autre, c’était acceptable : au moins, on ne confondait pas la gauche et la droite.
Début octobre, avant le dépôt de la liste à la préfecture, Jean-Pierre Masseret a recommencé :
“Ma liste de 1er tour sera ma liste de 2nd tour et il y aura des socialistes au sein du Conseil Régional, quoiqu’il arrive. Si vous voulez vous retirer, je le comprendrai, vous pouvez le faire jusqu’au dépôt des listes. Et Solférino et Matignon pourront dire ce qu’ils veulent : je suis le seul à pouvoir déposer la liste, je déposerai la même au 2nd tour.”

Il l’a dit. J’ai signé. Il le fait. Je le suis.

Comment pourrais-je demander aux autres de ne pas abandonner leur parole si je retire la mienne à un homme qui tient la sienne ?
Comment pourrais-je demander aux citoyens d’avoir confiance dans ma présence à leurs côtés si je ne suis capable de rester dans une équipe qui m’a accueillie ?
Comment pourrais-je demander aux gens de se battre avec moi, si quand on me propose de me battre, je m’en vais ?

Je suis fatiguée d’être lasse. Je disais cela avant le 1er tour. Voilà, j’en suis toujours là. Fatiguée d’être lasse, je veux arrêter de dire que “on ne peut pas faire”. “On” n’existe pas. TINA n’existe pas. C’est un croquemitaine. C’est une pensée auto-réalisatrice.
Moi je veux regarder la réalité comme elle est : complexe, et me battre avec les armes qui correspondent à cette réalité-là. On ne peut plus dire que le FN n’appartient pas à la classe politique. On ne peut plus faire de la politique sans l’envisager dans l’équation. On ne peut plus faire semblant : ça nous rend bornés, ça nous rend mauvais.

Bien sûr, le maintien n’est pas LA solution. Mais le retrait non plus. Chaque personne qui, comme un couperet, me dit qu’il pense que je n’ai QUE tort, je ne peux pas l’entendre. Parce que je sais que je ne sais pas. Je sais qu’il n’y a pas de bonne solution.
J’ai de très bons camarades, des amis (et de la famille) en Nord – Pas de Calais – Picardie et en PACA. Je comprends la décision qui a été prise. Complètement. Entièrement. Sincèrement. Mais pour moi, la différence entre les deux, c’est l’action : j’ai entendu la semaine passée à une conférence “et si au lieu de dire que nous allions travailler à, simplement, nous faisions”.

Je refuse de faire de la politique de sondages d’opinion ou de la politique émotionnelle. Je déteste les lois faites dans la période où les nerfs sont encore à vifs. J’ai envie de réflexion, de pensée. Jean-Pierre Masseret m’avait demandé sa confiance, en transparence. Je la lui avais accordée, en connaissance de cause. C’est tout.

Et, pendant la campagne, il m’a plu. Plusieurs fois je l’ai entendu dire “Nous ne sauverons pas la planète dans le capitalisme !” J’ai trouvé ça si juste qu’il m’a fait croire en lui. Je crois déjà à cela : nous ne sauverons pas la planète dans le capitalisme financier et libéral. Nous avons tant de choses à inventer…

J’aimerais que cette élection nous fasse sortir du déni généralisé dans lequel la classe politique est plongée depuis des décennies. J’ai l’impression que Jean-Pierre Masseret, là, n’est pas dans le déni. Je ne sais pas s’il est dans le vrai, mais il a au moins l’honneur d’essayer autre chose que l’échec habituel du forfait d’office.

J’ai envie qu’on sorte de nos carcans, et qu’on recommence (avant de penser) à écouter.

 

 

 

 

Premier tour dimanche 6

Voilà, ami lecteur… dernière ligne droite…

photo officielle JPM2015 Tu vois ma tête de candidate officielle pour la liste Notre Région, + forte + proche avec Jean-Pierre MASSERET. Ce soir, je me tais jusque dimanche 20h. C’est la loi. On fait une pause. On te laisse réfléchir.

Et quelques photos, parce qu’une campagne c’est un moment humain exceptionnel…

Au marché, en porte à porte, en réunion publique, en entreprise…

porte à porte  marché campagne JPM2015 réunion publique assos JPM2015   visite DOCEL

 

Une #Région, c’est les transports, les entreprises, la formation professionnelle, les lycées, le sport et la culture. Sur aucun de ces points, Jean-Pierre Masseret n’a manqué à sa #gauche. Je suis fière d’être sur la liste d’un homme qui répète à l’envi “On ne sauvera pas la planète sans sortir du capitalisme.” Je suis fière d’être dans une équipe qui veut lancer cette nouvelle région, cette grande région européenne, avec QUATRE frontières, avec des capacités hors pairs et assez méconnues encore… vraiment. Et de pouvoir militer et me battre avec des camarades de Champagne-Ardenne, d’Alsace, de Lorraine, ensemble, pour redonner du sens à la politique : un sens que chaque citoyen, chaque habitant pourra vérifier dans son quotidien.

Lorsque la campagne sera finie, je parlerai sans doute de la politique nationale. Mais ces derniers temps, tout le monde ne parle que de cela. Alors que la région, c’est important. Et ce n’est pas la sécurité, ce n’est pas l’armée, ce n’est pas la police. C’est la construction de notre quotidien, concrètement.

Je sais ce qu’on peut faire avec une région à gauche. Oui, les sondages, etc… Oui, les déceptions etc… Oui. Je les partage avec toi, les angoisses. Oui.
Oui, nous sommes perdus. Mais nous ne sommes pas morts. Alors tant que nous pensons, tant que nous lisons, tant que nous ne nous endormons pas, nous pouvons nous lever et parler.
Je ne suis pas là pour faire la morale, demander le vote utile, demander des miracles. Juste, je te promets que je ressens la lassitude. Elle est la cause de mon engagement politique : la fatigue d’être lasse, l’envie d’avoir envie… Alors je te promets de me battre contre la lassitude.

Si tu veux avoir quelques idées sur ce que je peux penser d’autre, il te reste toujours les autres pages de ce blog (, et par exemple)… là moi je file en réunion, pour écouter ce que certaines personnes ont à dire aux candidats dont je fais partie.
Écouter.
C’est important.
C’est ma pratique de spectatrice, de militante associative & culturelle, et j’espère, de politique.
Ce serait le premier pas vers une nouvelle politique… “écouter”…

A très vite !

 

 

 

 

 

Communeurs, communeuses…

“Power resides where the men believe it resides. It’s a trick, a shadow on the wall. And a very small man can cast a very large shadow.”
Vary in Game of Thrones 2×03.

 Le Mouvement Commun

L’absence de Pouvoir pré-établi était ce qui a traversé tout ce dimanche après-midi, cet événement fondateur. “Ecoutez-vous avec bienveillance et gentillesse, c’est le seul moyen d’entendre ceux qui d’habitude ne parlent pas.” Le mot d’ordre. Bienveillance.
On a souri en entendant cela, et nos sourires se sont transformés en grimace de souvenirs. Les souvenirs de nos premières interventions, ou des dernières en date où nous fûmes moqués et houspillés. Alors oui, nous aurons une bienveillance active.
Nous essaierons, au moins.

MOUVEMENT : changement de position dans l’espace
COMMUN : qui appartient à tous
MOUVEMENT COMMUN : changement de position dans l’espace qui appartient à tous

Ce n’est pas le “mouvement de Pouria Amirshahi”. Il n’est que le réceptacle de nos additions. Il n’est ni le maître, ni le gourou, il est le recenseur. L’idée est simple : certains le faisaient déjà, d’autre n’en avaient pas encore eu l’occasion, l’idée est de créer des synergies d’échanges. Des mouvements d’idées mises en commun pour être mieux ensemble que seuls. L’idée est de déménager un peu de tous nos piédestaux et de marcher, enfin.

Pour nous, hommes et femmes politiques, militants politiques, reprendre parole avec ceux que nous souhaitions représenter lorsque nous avons pris notre carte. Jamais nous ne l’avons fait que pour nous, tous, nous avions une plus haute idée de la politique que cela. Nous l’avons toujours. Retrouvons-en l’élan.
Pour nous, militants associatifs, dirigeants de structures, reprendre parole avec ceux qui sont de l’autre côté de la table des décisions politiques. Jamais nous n’avons cru que nous pourrions faire sans eux. Parfois nous avons dû faire contre eux. Mais sans, ça n’existe pas.
Pour nous, citoyens, nous prenons tous part à la vie de notre cité, sinon nous ne serions pas au courant que ce Mouvement Commun existe, sinon, nous regarderions simplement ailleur, alors regardons ceux qui avancent et suivons-les.

Il n’y eut ni “vaincre” ni “sondage”. Il n’y eut aucun ordre, aucun calendrier avec ultimatums prescripteurs d’actes. Il n’y eut que de l’élan.

Le Mouvement Commun - événement fondateur

On nous appelle les communeurs. Il y a du commun, de la Commune, il y a beaucoup dans ce terme.
Moi ce que j’y vois, c’est un peuple de vigies, de gardiens de phares qui éclairent la voie aux bateaux dans la nuit, dans la tempête. Que les capitaines soient capitaines, que les marchands soient marchands, que les pirates soient pirates… que chacun soit à la place qu’il souhaite, qu’il aime, où il se sent utile. Mais ensemble, allumons les phares qui feront que chacun voie son utilité améliorée.
Je veux être différente de la personne qui sera à la table des communeurs, parce que je souhaite qu’elle m’apporte quelque chose que je n’ai pas. Je veux que nous soyons si différents dans nos méthodes, dans nos analyses, dans nos actes que 1+1=3 et non une unité lissée et fade où tous=1.
Toutes nos révolutions n’ont jamais arrêté notre civilisation de partager le pain à table, que cette table fut dans une chaumière faite de bois brut coupé à la main ou dans un gratte-ciel faite de verre et designée par Stark. Alors trouvons cette force de partage, trouvons ce liant au plus simple de nos énergies, trouvons notre pain.

Il est venu le temps où la nuit et la tempête nous forcent à allumer des phares à jamais éteints. Et comme ils éclaireront des routes jamais prises encore, nous pourrions voir émerger des idées, des pensées nouvelles pour, au bout du chemin, voir tout simplement qu’une autre politique est possible puisqu’un autre monde se crée déjà.