Et moi, je voterais pour qui ?

Dimanche 27 juin, de 8h à 18h.
Metz 1 : Sallusti – Vitoux.
Metz 2 : barrage au Front National.
Metz 3 : Saadi – Hadadi.
Grand Est : Eliane Romani / Il est temps pour l’écologie et la justice sociale.

Partout ailleurs : là où vous trouverez le Poing et la Rose.

Pourquoi ?

Pour qui ?
Des femmes choc, têtes de mules juste ce qu’il faut, pour vous, toujours pour vous. Sélima SAADI, Patricia SALLUSTI et Eliane ROMANI. Et des jeunes hommes talentueux qui méritent de pouvoir vous montrer qu’ils sont autant têtes de mule qu’elles lorsqu’il s’agit de défendre vos droits. Yoan HADADI et Frédéric VITOUX.
Ce sont des gens que je connais (les socialistes) ou que j’ai découvert sur cette campagne (les écolos) et nous savons que nous avons devant nous beaucoup de combats, durs et longs, pour qu’on souffre le moins possible (nous les “petits”) de tout ce qui arrive devant nous en crises sociales et écologiques. Nous sommes prêts, mais en démocratie on a besoin des voix du Peuple pour être choisis. De vous. De vous, pour les 6 prochaines années de nos départements et de nos régions, dimanche entre 8h et 18h.

Ailleurs, le poing et la rose comme boussole.
Parce que quiconque a encore le courage de les mettre sur son matériel de campagne, en 2021, malgré les remontrances et les quolibets, vous savez qu’il a les reins solides et qu’il saura vous défendre, défendre les intérêts de ceux qui ne peuvent pas le faire eux-mêmes.
Vous le souhaiteriez parfait, moi aussi. Et lui ? Lui, celui qui se présente avec ce poing et cette rose, lui aussi aimerait être parfait. Il aimerait avoir fait mieux, il aimerait avoir vu toujours juste, il aimerait voir au loin, comment rendre le monde meilleur, plus juste. Il n’est pas parfait, mais lui le sait, et il sera là pour vous. Et si au cours du mandat, il court trop et oublie, appelez-nous : le parti fera passer le message.

Pour nous, messins.
Parce qu’une baronnie se définit par l’impossible altérité, l’impossible opposition, et donc l’impossible équilibre. Quoiqu’en dise le maire de Metz (élu à 197 voix, si ça pouvait le pousser à plus d’humilité) il a besoin d’opposition pour rester sur ses gardes : il n’y a pire ennemi que soi-même. Certes, il ne supporte ni la voix des associations, ni celle de la presse, ni, évidemment, la nôtre, mais notre territoire a besoin de casser son désir hégémonique. L’omnipotence est délétère. Elle étouffe les idées. Metz, son territoire, et sa région, ont besoin de se développer en dehors du seul esprit de son sur-occupé maire, président de métropole et candidat à la région. Metz n’est pas une baronnie, elle n’est pas monarchiste. Metz était une république, dirigée par les Treize. Voter à gauche pour les deux cantons où elle est toujours présente, voter à gauche pour la région, c’est donner des sièges et donc une voix à ceux qui chanteront différemment, donner de la couleur aux hémicycles. C’est casser, entailler plutôt, la baronnie naissante.

Barrer la route au FN.
Parce que oui, c’est toujours le FN. Changer de nom ne change ni les idées ni les gens. Parce que même si la droite sifflote souvent sur la colline pour le faire lorsque c’est la gauche qui est seule face à l’extrême droite, ou comme ici, est capable de s’allier avec elle plutôt que de voir passer la gauche, nous, nous n’oublions pas que l’État, notre république et la démocratie supplante notre envie de pouvoir. Nous, nous savons la fragilité de la démocratie, et nous ne jouons pas avec. Alors oui, vous qui êtes de gauche et qui n’avez pas très envie d’aller voter à droite, je vous embrasse, je suis avec vous. Et je suis désolée. Désolée que nous n’ayons pas été à la hauteur pour faire en sorte d’être au 2nd tour. Désolée de ne pas avoir, partout en France où vous avez à faire cela, su créer l’espoir. Nous allons continuer à travailler. Nous ne vous abandonnons pas. C’est juste qu’on ne sait plus trop comment vous parler. On a perdu la langue, et votre confiance. On cherche. On arrive, on va y arriver.

Conseil municipal mai 2021 / théâtre & Avignon

Mon intervention de ce soir au conseil municipal.
✊🌹🌻
#Théâtre #Avignon #Soutien

Monsieur le Maire,

Chers collègues,

Je veux saluer ici le principe de soutenir les compagnies messines choisies par le conseil régional pour représenter la région Grand Est au festival d’Avignon depuis plusieurs années.

J’ai cru comprendre que vos désirs en matière de politique culturelle étaient de développer la place du théâtre et des arts vivants dans notre ville, et je pense que depuis le départ de Metz du Théâtre Populaire de Lorraine c’est effectivement un sujet sans cesse à remettre à l’ouvrage.

Le festival d’Avignon est un véritable investissement pour les compagnies. C’est évidemment un festival public qui fait rêver. Mais c’est surtout pour les professionnels la possibilité de montrer aux diffuseurs de toutes les régions leur travail de création et donc de permettre aux spectacles d’être achetés et joués. Car s’ils créent, c’est pour jouer.

Lorsque je parle d’investissement c’est à bon escient : malgré le lieu mis à disposition par la région et d’autres subventions attenantes, le festival coûte beaucoup aux compagnies et cette subvention-là ne peut être que bénéfique.

Et pourtant, je vois que cette année le budget alloué aux compagnies messines est à la baisse : 4000€ d’enveloppe totale au lieu de 10000. 2000€ par compagnie au lieu de 4 et 3000€ en 2019.

Malgré ce dispositif créé par la région Champagne Ardenne et repris par le Grand Est, les compagnies peuvent d’ordinaire étaler le coût d’Avignon sur les économies faites la saison précédente et sur les ventes de la saison suivante. Mais pour Avignon 2021, il n’y a pas eu de saison précédente et on voit poindre l’embouteillage pour la saison suivante. C’est pourquoi j’avoue ne pas comprendre cette baisse.

Nous aurions pu montrer une plus grande présence de notre ville aux côtés de nos compagnies professionnelles faisant un travail artistique certain pour ce festival d’Avignon si particulier :

Particulier car le théâtre est quasiment à l’arrêt depuis début mars 2020 et les compagnies doivent savoir que nous comprenons les difficultés quasi psychiques qu’a entraîné cette notion de travail non essentiel. La mise en perspective, la mise en présence humaine, la catharsis, le corps, la langue, et toutes ces choses qui n’existent que dans la magie du théâtre et du spectacle vivant sont tout à fait essentielles à notre vie en société.
Festival particulier aussi car comme je l’ai dit, il n’y a ni saison précédente et que peu de saison suivante pour rattraper les frais énormes qu’engendrent une participation au festival d’Avignon.

Et même si nous ne parlons pas de grosses sommes l’équilibre de ces compagnies se fait parfois sur quelques centaines d’euros, aucune somme n’est méprisable.

Je souhaite à ces deux compagnies un très beau festival d’Avignon, d’être vus et repérés par le plus grand nombre de diffuseurs possible et que le nom de la ville de Metz soit lu dans les programmes de France et de Navarre grâce à eux.

Mesdames Messieurs, Monsieur le maire, merci de votre écoute.

Le jour est sombre.

Le jour est mon épreuve. Mon épreuve qui se répète, chaque jour.

Le jour, c’est la somme des échecs, des failles, des chutes qui me tient. Somme assommante. Somme éreintante.

Ces jours sans liberté sont gravés dans ma poitrine. Mon sang est épais. Il ne coule plus bien. Il manque de l’élan.

Je ne sais plus me lever. Je ne sais plus marcher. Je ne sais sans doute plus danser non plus. Mais que signifie danser ? Pour danser il faudrait être léger. Qui est encore assez léger pour danser, même seul dans sa chambre sur Sylvie Vartan ? Qui. 

Je ne sais plus penser. Je ne fais que rêver. Rêver de frapper, rêver de contourner, rêver de clandestinité. Mon bonheur ne peut qu’être clandestin puisque le jour est sombre.

Ma liberté comate au fond de ma gorge, noyau d’abricot empêchant de parler. Je voudrais danser dans la rue, une samba douce, sentir la chaleur de la vie quelque part. Je voudrais qu’une samba nous libère, nous détache de nos canapés. Je voudrais une samba en moi. Je voudrais écrire une saudade sur notre vie gâchée un an à attendre que quelque chose arrête d’arriver. Je voudrais écrire une saudade où j’embrasserais l’air.

Le jour est sombre, il appelle la défaite du Peuple. 

Ma voix ne sort plus. Mes yeux ne lisent plus. Mon coeur bat sans comprendre trop pourquoi. Mes mains sont lasses. Mes pieds ne veulent plus.

Le jour est sombre et il ressemble à hier qui ressemble à demain.

Nous en sommes là, sombres. 

Mais nous, c’était autre chose. C’était rire et danser. C’était chanter et penser. C’était panser les blessures de l’autre sans lui demander quoi, ni pourquoi. C’était boire et manger, parce qu’on avait compris que la Vie, c’est court. Nous, c’était vouloir le Beau plus que tout. Le Beau avec une majuscule, pas le joli, non. Le Beau qui est Juste, qui est Vrai. Nous, c’était la Joie d’être vivants et la volonté de l’être pleinement.

Le jour est sombre parce que nos vies sont lumineuses, et qu’on les a éteintes.

Que quelqu’un prenne ma main, je n’arrive pas à me lever. Que quelqu’un prenne ma main et me ramène à moi. Vous vous souvenez de moi ? Je voudrais y retourner. Attrapez-moi et faites moi danser. Attrapez-moi, ne me laissez pas là, dans ce trou sans lumière, sans goût. Rattrapez-moi et je vous tiendrai pour qu’on en sorte. 

Je voudrais reconnaître les jours et les saisons à nouveau. Je voudrais le goût de l’Autre qui revient dans mon plaisir de le rencontrer pour la première fois. Revoir ceux qui me manquent depuis des lustres, parce que ces 12 mois furent trop long pour en supporter encore d’autres. Je voudrais les moyens de réunir tout le monde pour une grande bacchanale d’un mois de rattrapage humain. Je veux des corps, les corps de tous ceux que j’aime ou qui me font rire, ceux qui me font rêver ou danser, je veux tous ces corps inaccessibles depuis tant de mois, et je veux pouvoir les toucher sans plastique, sans parois, sans pixel. Je veux de vrais corps. Pas des images de corps. Laissez nous tranquilles avec vos images, on n’en peut plus de vos images. On veut la réalité. On veut du Vrai. 

Et nous, c’est Vrai.

Atone stupeur – comment parler ?

Je ne sais plus parler.

Je ne sais pas comment vous faites pour parler.

Il n’y a rien, là, qui ne me sorte de la stupeur.

Comment faites vous pour connaître les mots justes alors que l’inhumanité a frappé ? Quels sont les mots qui parlent de l’horreur ?

Il faut être Sénèque et travailler des mois pour évoquer Médée.

Il faut être Shakespeare pour écrire Richard III.

Alors oui, la République, la Nation doit être unie, une, forte, intransigeante face à la violence fanatique, face au fascisme islamiste. Alors il faut l’être dans et hors nos frontières. Alors il faut l’être dans chaque rue, chaque parcelle de notre territoire. Alors il faut l’être (par)tout, tout de suite et que ce soir entier ou alors on/je refuse, car c’est laisser faire. Et on ne laisse faire aucun fascisme sans être complice. Ne jamais pactiser, ne jamais baisser le regard. Jamais. Le fascisme, qu’il soit islamiste ou nazi, ne se battra qu’en le combattant.

Cela signifie que l’économie devra passer derrière l’Humanité, derrière l’Humanisme. Cela signifie claquer la porte sur les doigts d’Erdogan lorsqu’il juge notre liberté d’expression. Nous lui donnons toujours de l’argent pour qu’il “gère” un de nos problèmes. Être dépendants d’islamistes n’est pas plus reluisant que de l’être de nazis. Non, pas “néo-nazis”, ils n’ont rien de nouveau, c’est la même gangrène que toujours. Et ils se tiennent la main, tous ces fachos. Ils sont la même merde.

Cela demande une chose : du courage.

Nous ne sommes pas “en guerre” contre le Covid-19. Nous sommes en guerre, constante et en train d’être perdue, contre le fascisme. Et cette fois ci les américains ne nous sauverons pas.

Chaque citoyen doit se poser la question de sa collaboration, avec l’un ou l’autre des fascismes. Chaque citoyen doit savoir que s’il utilise l’un pour éradiquer l’autre, il n’en est pas moins un facho de fait. Chaque citoyen doit savoir que baisser les yeux au petit geste devant soi, c’est participer par son silence. Chaque citoyen qui pense qu’il n’est ni islamiste ni nazi, s’il laisse faire une insulte, un geste, est complice. C’est ça, cette guerre. Nous devons, nous démocrates, faire front.

Chacun.

Tous.

Il faut comprendre que cette guerre a poussé un gamin de 18 ans à prendre un couteau pour tuer, certes. Egorger. Puis décapiter. Vous, vous sentez vous capable de tuer un lapin avec une lame comme nos grands parents le faisaient encore il y a quelques décennies? Non. Nous, nous demandons au boucher d’enlever la tête du poulet parce que ça nous dégoûte. 18 ans, il a tué en l’égorgeant, puis, dans un bain de sang a continué à découper ce cadavre encore chaud, dégoulinant de sang. 18 ans. Quelle folie ! Quelle déshumanité ! 18 ans. Non, on ne naît pas monstre, on le devient.

Il est coupable. Il est mort. Il ne sera pas jugé. D’autres pourront l’être, d’autres devront l’être. Il faudra savoir qui l’a rendu monstre. Il faudra savoir qui a pointé la victime comme cible. Et tous les punir de ce qu’ils ont fait, et de ce qu’ils n’ont pas fait. Ils sont coupables.

Il faudra savoir aussi pourquoi aucune protection n’a été mise en place pour protéger cet enseignant, comme si cette guerre n’existait pas. Il faudra savoir comment un ado qui a immigré chez nous et a donc été suivi par des services de l’état, du département, venant d’un pays où sévit une guerre sanglante à pu se retrouver là, à faire ça, comme ça. Il faudra se poser la question des responsabilités politiques. Où fut le manque. Où notre Nation a failli à se protéger elle-même. Peut être que des préfets tomberont. Peut être que des dispositifs publics tomberont. Peut être que des recteurs tomberont. D’avoir dit “tant pis”, d’avoir dit “on ne pouvait pas”. Ils sont responsables.

Cette guerre ne se gagnera que si nous arrêtons de baisser le regard.

Nous sommes plus nombreux qu’eux. Nous sommes plus forts. Il nous suffit de nous lever.

J’ai un vide dans la cage thoracique. Monsieur Paty crée un vide en moi. Je ne le connaissais pas, mais il fait partie de ce grand tout de ceux qui gardent les yeux levés et aiment tous nos enfants, ceux qu’on leur donne des journées durant. Un grand vide. On espère tant en eux, on leur donne nos enfants et ceux comme lui nous les rendent encore meilleurs. Merci. Merci à vous tous qui restez bienveillants et qui veillez sur eux, sur leurs esprits, sur leurs tolérances. Merci. Merci de ce que vous faites, chaque jour, en conscience. Merci.

A nous aujourd’hui de faire notre part. Tous.

De la contrainte à l’empathie

Jour 38. Confinement 2020.

Nous faisons, tous en ce moment, une expérience bien désagréable : la contrainte.

On nous a fermé les bars, les églises, interdit les fêtes de mariage, fermé les restaurants pour les midis entre collègues, punis de collègues à la machine à café, interdit les réunions où on arrivait des fois à faire passer ses propres idées, interdit les essayages vite fait de cette jolie paire de chaussures. On nous a même interdit de déjeuners de famille où on mange trop et où on se râle dessus les uns les autres. Interdit de bises, interdit de baisers.

Alors on ne se maquille plus. On ne se rase plus. On ne s’apprête plus. On ne se parfume plus. On n’achète plus rien d’autre que ce qu’on va consommer, rien que le nécessaire. Le strict minimum, et rien d’autre.

Au début, nous fûmes plein d’envies, plein d’allant. Nous devenons moroses et lents.

Nous expérimentons, tous, la contrainte. Et la crainte.

La peur de sortir, la peur de l’autre, la peur de mal faire dehors et que l’autre nous juge comme mauvais, comme dangereux, comme sale. Quel est le bon geste ? Le masque, lequel dois-je prendre ? La peur d’être mis au ban. La peur de voir nos enfants s’enfoncer dans ce ban sans la meilleure éducation possible. La peur de voir leurs cerveaux rétrécir à force de vidéos sur Youtube dont nous ne maîtrisons pas tout. La peur d’être de mauvais parents parce que notre morosité nous a fait baisser les bras aujourd’hui, et puis hier, espérons que demain ça ira mieux. La peur de mourir si on échoue, mourir un tube dans la gorge pendant des jours, absent. La peur de n’être pas assez solides pour supporter tout ça, toutes nos peurs. L’envie de se noyer dans des séries télé parce que leur réalité est agréable, dorlotante, divertissante de notre morosité. L’envie de s’évader alors courir et voler, et se cogner la tête à la fenêtre fermée de l’extérieur, toujours. Interdit, tout est interdit. Sortir est dérogatoire. Aimer est contraint. Nous sommes tous l’Autre potentiellement contagieux. Nos corps sont devenus l’ennemi public numéro 1.

Ce que nous expérimentons dans nos corps aujourd’hui, cette tristesse calme de ne pouvoir voir nos amis, de ne pouvoir être ce qui nous plaît, cet estomac noué, ce cerveau ralenti… cette contrainte imposée, détestable, c’est le état de corps que les pauvres ressentent de janvier à décembre, tout le temps, tous les ans, avec en plus la culpabilité de ne pouvoir nourrir correctement leurs familles. Oh oui, on s’y habitue. On trouve des trucs. On abdique sur l’espoir de ravoir un jour une vie normale, comme celle dans les séries. On s’abonne à Netflix. On abdique sur notre dignité, aussi. On fabrique des masques, pas en tissus. On fait semblant.

On trouve des « trucs », pour paraître vivants, mais on ne sait plus où est la Vie. Moi je préparais des goûters. C’est beau, les goûters. C’était la fête tous les quatre heures à la maison quand les enfants étaient petits et que seul le RSA nous nourrissait. Des gâteaux maison avec du glaçage dessus, de la jolie vaisselle (cadeaux, récup, Emmaüs, pas cher mais joli) pour faire semblant d’être vivants et heureux. Et créer de la joie, pour que la Joie nous porte. Alors à force de se forcer à sourire on finit par sourire vraiment. J’aurais pu aussi parler de couchers de soleil, de parcs, de toutes ces jolies choses où on s’extasie gratuitement ou presque. Mais cette Joie nous porte dedans, pas dehors. Dehors c’est la peur de sortir non maquillée juste parce qu’en fait, on n’a plus de démaquillant, ou plus de ricil, et que ça coûte au moins 10 balles, un ricil. Dehors, c’est croiser les anciens amis qui disent « tu viens vendredi soir ? on va à ce concert », et puis qui ne vous le disent même plus, tellement ils ont oublié que vous saviez sortir, avant. Faire semblant d’être debout quand tout son être est liquéfié par la peur de sortir de la contrainte imposée par le pouvoir de l’argent : le pouvoir d’achat, ce dieu tout puissant pouvoir qui s’achète avec l’argent que les autres ont, qu’on n’a pas. La contrainte du pauvre, c’est ça, c’est ce qu’on a, là.

Nous sommes tous pauvres de liberté, en ce moment.

Et ceux qui étaient pauvres avant, sont tombés aussi, le même jour que nous. Tombés dans l’hyper pauvreté. Avant ils ne pouvaient pas aller au restau. Aujourd’hui ils ne peuvent plus aller au LIDL.

Si nous pouvions tous, à ce moment où on se dit « ah ben non, en fait je ne peux pas » nous prenions une minute pour ressentir ce que ça nous fait en dedans. Ce sera la graine pour que demain nous soyons tous plus à l’écoute, non dans la charité ni la pitié mais dans l’empathie. Et si nous sommes capables de cette empathie avec l’empêché, le contraint alors elle pourra nous permette de construire une société plus sûre pour tous avec comme seule question, venant du plus profond de nos êtres, de notre expérience contrainte : « Comment faire pour que l’insupportable ne se reproduise plus jamais ? Pour personne ? ».

Pauvres en messe, cherchons la Communion ailleurs…

Jour 29. Confinement 2020.

Mon église. Vide.
Notre Dame, rue de la Chèvre, Metz.

Dimanche 15 mars, nous aurions dû aller à la messe. Le 8 mars, nous nous sommes dit “à dimanche” et que “dimanche” n’advint pas. C’était il y a un mois et Le Jour du Seigneur nous a offert une messe extraordinaire, d’une simplicité rare, dans la stupeur du moment. Une communion dans la stupeur. La fébrilité était des deux côtés de l’écran, la main tendue aussi. Une audience qui crève le plafond.

– Partageons ce moment. Revenez. A dimanche… –

Et puis, la stupeur passant, les curés essaient de reprendre la tête de leurs paroisses. On se demande des nouvelles les uns des autres. On pourvoit. Ce ne sont parfois que de très minces fils qui nous unissent en dehors d’une présence à la messe, c’est vrai, surtout nous les citadins. Nos paroisses sont parfois loin de notre petit kilomètre de liberté horaire actuel. Nous sommes en manque les uns des autres, et tous ensemble en manque de communion. Alors, les messes en live sur Facebook se multiplient avec une étrange particularité : elles sont toutes entre 10h et midi, le dimanche. Une hyper concurrence de messes. Trop de Jésus étouffent le Christ.

Le Jour du Seigneur c’est l’église des pauvres de messe de France, qui le sont toute l’année : pauvres en jambes, pauvres en force, pauvres en curés, pauvres en voiture pour faire les parfois dizaines de kilomètres qui les séparent de l’église la plus proche. Ces pauvres en messe en sont privés tous les dimanches, toutes les année, au contraire de nous. Ils nous accueillent chez eux, avec la bonté du chrétien, dans la paroisse hertzienne qui est la leur. Ils nous accueillent, nous qui avons d’habitude une paroisse à portée de main et de cœur toutes les semaines, nous qui les oublions parfois. Soyons heureux : ils ont gardé la porte ouverte pour nous.

Dieu a fait 7 jours à la semaine. Votre messe n’a pas a être en même temps que celle de tous, qu’elle soit sur France 2 ou sur France Culture. Vous n’aurez jamais la qualité d’image ou de son de l’audiovisuel public, vous le savez. Laissez vivre le culte sur le service public, pour le plus grand nombre, pour Tous afin que les pauvres de messe hors confinement ne perde pas leur paroisse lorsque nous retrouverons les nôtres et quitterons la leur.

S’il vous plaît : arrêtons la concurrence.

Si on me demande ce qui est le plus important pour moi, à la messe, je réponds souvent : le souffle. Oui, nous communions à travers le pain, Corps du Christ. Mais ce n’est pas la seule communion que nous vivons. Chantant et priant ensemble, nous respirons comme un seul corps. Disant le Notre Père en même temps, nos inspirations et expirations se font au même rythme. Cette communion du souffle, nous ne l’avons pas perdue, nous n’en sommes pas empêchés. La messe hertzienne nous permet d’être vraiment ensemble, jeunes ou vieux, pauvres en réseaux ou multi-connectés. Notre chemin, derrière le Christ, est de trouver la voie/x commune. Le Souffle de Vie. L’Amour à partager.

A la maison, combler le vide, trouver l’espace.

Ô, oui, très chers Pères, nous avons besoin de vous : vous êtes le lien entre nous. Donnez-nous ce qui vous porte vers le Christ, vous. Donnez-nous à comprendre la Bible, les Evangiles. Donnez-nous à comprendre les Pères de l’Eglise. Ou donnez nous à chanter, à partager, à comprendre l’histoire de la paroisse, de l’Eglise, les histoires des paroissiens, ou juste des nouvelles des uns et des autres, selon votre coeur, selon celui de vos fidèles… Vous les connaissez. Vous savez ce dont ils ont envie. Donnez-nous à chercher avec vous ce qu’est l’Eglise en ces temps où nous sommes sans églises. Parce que nous le savons : l’Eglise n’est pas l’addition de toutes les églises du monde, elle est bien plus que cela. Mais qu’est-ce ? Cherchons-là ensemble.

Nous sommes pauvres de messe, de Corps du Christ, de quête et d’embrassades. Mais nous devons être riches de cette pauvreté. Car si l’Eglise et l’Amour ne sont que cela, alors gardons nos églises fermées, elles ne sont pas assez ! Nous sommes riches de l’attente vers nos retrouvailles. Mais faire comme si de rien n’était, c’est un leurre. Soyons riches de cette souffrance commune et trouvons un moyen de faire de ce temps une attente réelle, inventive, pleine de l’attente comme l’Avent ou le Carême nous le demandent chaque année. Ce sont des temps hors du temps. Nous vivons un temps hors du temps. Et nous, chrétiens, plus que tout autre, connaissons ce temps du “rien”. Nous pouvons faire de ce temps d’absence un temps d’Amour parce que tous les ans Il nous le rappelle : le Samedi Saint n’est pas un vain jour.

Jour 15. 5è dimanche de Carême / Nous allons bien.

Bonjour !
C’est #Dimanche, alors on fête. On dresse une jolie table, même pour le petit déjeuner. Il fait beau, le soleil entre dans l’appartement. Nous allons bien tous les 3. Alors on fête !
Nous avons un toit, un frigo plein, des rires à foison. Alors on fête. Parce que nous méritons de nous souvenir de ce qui va.

#5eDimancheDeCarême

« Seigneur, si tu avais été ici,
mon frère ne serait pas mort. » Jn 1,21.

[version longue]

Cette année, nous fêterons deux pâques. Celle qui clôture la #Passion qui débute dimanche prochain. Celle qui clôturera le #Confinement.

Nous fêterons #Pâques à la maison. Seuls. Ni #Triduum, ni #VigilePascale à #NotreDame. Ni nids de mousse dans les jardins où les cloches mettront les oeufs en chocolat. Mais nous inventerons. Nous rallumerons la #lumière de la vie.

Et en sortant, nous devrons inventer cette nouvelle façon d’être au monde, dans la #Vie. Croyants ou non, si les vivants, les êtres humains ne se rendent pas compte de leur interdépendance aujourd’hui, alors jamais nous ne sortirons des multiples confinements où nous vivons depuis des décennies. Jamais nous vivrons à nouveau. Jamais nous ne vivrons enfin.

Cherchons en nous où est la Vie. Son sublime et son superflux. Ses bonheurs et ses peurs. Les vraies peurs, les vrais bonheurs. Cherchons en nous ce qui meurt en ce moment, ce que nous lâchons. Et faisons comme Jesus : prenons le temps avant de nous relever. Prenons le temps d’avoir lâché nos poids morts.

Ils partent seuls, en ce moment. La Vie reprend le terrain de nos vies. Et c’est heureux. Ça se fête.

Bon dimanche ❤️

J’aime ce que vous faites avec vos photos de vous petits, ce défi de confinement. Alors on se rend compte de plusieurs choses.
Déjà, comme l’a souligné Vincent Message : “À voir toutes vos photos tirées des oubliettes : nous restons toute notre vie les enfants que nous fûmes.”
Et puis, vous soulignez aussi quelque chose qu’Anne Delrez met en œuvre depuis des années dans son travail d’artiste, avec ces archives d’album photo de famille, avec un sens esthétique et mémoriel fondamental : l’importance de nos photos de famille.

Chacun poste son visage, mais aussi le reste. La mode. Les coupes de cheveux. Ça nous fait rire. Les tapisseries, mobiliers, voitures, décors de quand vous étiez petits, vous. Ça pose une époque. Et puis aussi les gens que vous prenez avec vous. Vos parents, vos amis, vos fratries vous accompagnent dans ce défi, ou plutôt vous les emmenez avec vous, malgré eux, pour nous les montrer.

Et surtout, vous nous montrez quelque chose que rien ne peut effacer : le regard qui s’est posé sur vous ce jour-là pour vous prendre en photo. Ce jour dont vous vous rappelez parfois. Une photo de famille, c’est un regard d’amour qui s’arrête sur un moment.

Jour 13. Les humanités ou le collège.

#Pronote et #ContinuitéPédagogique ?

Parce qu’il ne faudrait pas qu’ils ne travaillent pas, alors il faut devenir géo statège de l’application.
Certaines informations sont dans le travail à faire, d’autres dans les cours, d’autres dans la conversation.
Elles se complètent, se confondent, se répètent ou s’entrecroisent.
(Certaines personnes n’ont toujours pas compris la différence entre répondre à et répondre à tous alors…)

Plus aucune hiérarchie de l’information, ni du travail.

Perdition globale pour enfant en phase fragile de rescolarisation.

L’ordre en désordre du collège me saute au visage. Ça fait mal. Certains tiennent la barque, d’autres se noient. Enfants et adultes. Ne sont considérés par la machine que ceux qui répondent. Ceux qui silencent disparaissent. Comme en cours. Disparition.

Et le pire, ce sont ces messages qui disent, sincèrement, “j’espère que tout va bien.”

Non, tout ne va pas bien.
Le collège est un lieu de broyage de l’unicité des êtres. Il ne peut être que pire lorsqu’il est réduit à une simple application virtuelle.

Mais l’enfant va mieux : il n’y entre plus. Il a le droit d’être lui. D’écrire moche mais de lire des maths trop complexes pour son âge. Il est protégé de la violence de l’abandon. Abandon des adultes face à certains enfants. Abandon des enfants face à eux-mêmes, leurs vies, leurs puissances de rêve. Abandon du système face aux multiples possibles.

Le broyage, c’est pronote qui est, depuis qu’il existe, le seul univers possible pour les rapports humains entre le collège et la vie.

Et on va (encore) me dire que c’est de ma faute. Que je ne comprends pas la vie réelle, la Loi, le Juste, la Société.
J’aime la vie de mon fils en dehors du collège : ses cauchemars de 22h30, quotidiens, ont disparu. Les anxiolytiques ont disparu. Le sourire est revenu. Son esprit est à nouveau vif, plein de jeux de mots. Il est heureux. Sans école, son extraordinaire cerveau est libre. Il vit.

#Confinement
#Jour13