à qui parle-t-on ? / musique politique

Quittons dans ce monde insolite
Le bruit des pelles mécaniques
Qui construisent quoi
Faisons taire les mélancoliques
Avec notre propre rythmique et notre joie
Musique
Et que chacun se mette à chanter
Et que chacun se laisse emporter
Chacun tout contre l’autre serré
Chacun tout contre l’autre enlacé

Quand on approche des 80% de personnes qui ne veulent plus prendre part à la démocratie telle qu’elle est, le quotidien ne peut reprendre vraiment sans se poser de questions. Enfin, si, sans doute, pour 80% des gens. Mais moi non. Nous ne pouvons être des grenouilles que l’on plonge dans l’eau froide et que l’on fait cuire doucement, il faut sortir de la casserole de cette nouvelle normalité et couper le feu, essayer tout du moins : être conscients que l’on va mourir ne suffit pas pour se sauver, il faut après, faire un geste.

On ne sait jamais ce qui nous fait comprendre le monde, ce qui va créer les révélations. Mais comme l’a dit une merveilleuse chorégraphe il y a quelques années “La variété française est un monstre gluant”. Je faisais donc ce que la campagne m’avait privée de faire durant quelques jours/semaines : je nettoyais la cuisine en écoutant radio Nostalgie. Ces moments où agir créé une liberté de l’esprit à penser sans contraintes, aka “le ménage comme méditation” (ça coûte moins cher que les retraites en yourte…) Et puis, l’éponge à la main, vint Johnny.

A force d’impasses et de fausses routes,
A force de s’habituer au pire,
A force des mots sans qu’on les écoute
Jusqu’à ne plus même oser les dire,

A force de rêver à des sirènes
Et ne pêcher que des pauvres leurres,
A force de ne parler qu’aux poubelles,
Au petit matin, cassé et tout seul,

Je ne sais pas où les anges arrivent.
Je me doute que tu n’en es plus un.

Je t’attends, je t’attends, …

Ils attendent, mais ils ne savent même plus qui, ou quoi.

La classe médiatico-politique voudrait que ces gens s’intéressent aux macro-problèmes (la planète, le terrorismes dans le Sud Sahel…) ou aux micro-problèmes (les problèmes sociétaux, etc…) alors qu’en même temps ils ont l’impression qu’on ne met rien en place pour leurs problèmes réels et quotidiens lorsqu’on a les manettes en mains, et que quand on le fait, on ne le fait pas vraiment savoir, ou c’est si complexe à mettre en place que ça en devient obscur.

C’est comme si, avec le temps, nous avions réduit notre audience sans y prendre garde : nous ne parlons plus qu’à la France de Dominique A et nous nous étonnons que la France de Jean-Jacques Goldman ne vote plus pour nous, elle qui attend que nous parlions à nouveau à la France de Johnny. Nous méprisons sans même nous en rendre compte la France de Johnny, parce qu’elle ne voterait pas pour nous. Ce n’est pas vrai : les gens qui chantent à tue tête Diego libre dans sa tête n’attendent certes pas la gauche mais au moins des politiques qui les considèrent vraiment, et qui leur semblent justes et vrais.

Johnny Hallyday Pavillon de Paris, Jean-Jacques Goldman Entre gris clair et gris foncé, Dominique A Le Twenty-two Bar.

Vous pensez ne pas faire partie de la France de Johnny ? Vous vous pensez plus haut, plus beau, plus fort ? Ou vous les pensez plus gras, plus gros, plus laids ? Mais vous êtes comme les autres : vous fredonnez sur sa chanson qui passe au supermarché.

La France de Johnny c’est justement cette France qui va au supermarché. Celle qui paie une assurance de voiture, même cher, même si elle remboursera jamais l’accident qu’on pourrait avoir, juste parce qu’elle en a besoin pour aller bosser, cette France-là. Celle qui trouve que les courses de rentrée, c’est galère. Celle qui tend le dos quand la machine à laver fait un drôle de bruit, parce que là, c’est vraiment pas le moment… C’est aussi celle qui n’a pas vraiment le temps de se préoccuper de ce que ne devrait pas permettre la CNIL ou de ce qu’on fait à l’international, mais qui veut qu’on s’en occupe pour elle, consciencieusement. Parfois, on l’appelle le Peuple.

Prenons l’exemple du Mariage Pour Tous (c’est vieux, c’est fait, c’est pratique pour ne pas relancer le débat sur le fond…) On a donné l’impression de passer un an à ne faire que ça : permettre aux homosexuels de pouvoir convoler, faire une fête comme les autres, avec pièce montée, tenues de soirée etc… De dehors, on n’a vu que ça et une bataille entre réacs et progressistes sur des plateaux télé autour du droit à être un couple homosexuel… Comme si, à l’ère du divorce, le mariage était devenu roi.
Ce mariage pour tous était surtout primordial pour les droits de succession des couples homosexuels, c’était non pas une avancée sociale mais de la justice sociale (économique), et on en a fait un fait de société. On a passé un an à dire que les couples avaient le droit de convoler, à parler des wedding planners, et des lunes de miel spéciales gays ou lesbiennes, alors que la société souffrait économiquement des années Sarkozy et que ça ne remontait pas (sauf pour ceux qui sont toujours tout en haut et ne tombent jamais). Moi ce que je retiens du MPT, c’est que le conjoint d’une personne en mort cérébrale peut donner son avis pour le débrancher, ou non (et plus le parent homophobe qui l’a rejeté lorsqu’il avait 17 ans), et que les neveux et nièces d’un défunt ne peuvent plus éjecter son conjoint pour vendre la maison où ils avaient vécu ensemble toute leur vie. Et ça, c’est de la justice sociale, c’est la chose que seul le mariage donne, ce n’était pas (que) un combat sociétal contre l’homophobie, c’était une égalité financière et vitale pour des situations analogues. Égalité. Justice. OK.

Mais notre com’pol dictée par le poids que nous laissons aux lobbyistes nous fait perdre de vue que les lobbyistes eux-mêmes, vont au supermarché, ont une machine à laver, doivent (parfois) avoir une voiture et payer les faux frais qui vont avec. Il nous faut, nous devons retourner la machine. Parce qu’au Karaoké, on arrive plus facilement à faire le chorus tous ensemble sur Toute la musique que j’aime que sur le Twenty-Two Bar, même si on l’aime, ce bar, alors il faut reparler de la qualité de vie au quotidien, partout, pour tous. Egalité. Justice. Toujours. Il faut combattre ce déclassement qui avait déjà débuté avant la pandémie, et qui va être violent, si violent lorsqu’on en sortira. On n’y arrivera que tous ensemble. On n’y arrivera qu’en enterrant les haches de guerre, parce que là, l’ennemi est ailleurs, et il est puissant. La question n’est plus qui est le plus joli courtisan mais qui sont les plus valeureux chevaliers et de les mettre en première ligne.

Et cette France-là, celle qui râle, qui beugle, qui chante “Allumez le feu”, qui klaxonne, c’est aussi celle qui tient la buvette au club de foot ou à la kermesse, celle qui fait la circulation en attendant les flics quand il y a un accident de la route, celle qui sait depuis quand elle n’a pas vu son voisin et s’en inquiète, celle qui casse le nez du mec de sa cousine parce qu’il l’a envoyée à l’hôpital… C’est une France pleine de commun, d’un commun ancestral, à qui nous ne savons plus parler et qui nous demande :

A quoi tu sers? Pourquoi t’es là?
Qu’est-ce que t’espères? A quoi tu crois?

Y’en a qui meurent, qui prient pour un morceau de terre
Y’en a qui risquent leur vie pour passer la frontière
Y’en a qui bronzent et d’autres qui s’font la peau plus claire
Certains s’effraient au fond quand d’autres font des affaires

Mais y’a toujours la lune qui s’méfie du soleil
Et quand tout ça changera, c’est pas demain la veille
Certains smatchent ou labourent, d’autres soignent ou bien peignent
C’est à toi, c’est ton tour, qu’est-ce que t’as dans les veines?

Alors voilà, chers camarades (socialistes ou non) le temps est venu de regarder les gens droit dans les yeux, et de les écouter. On a trop menti, on a trop caché, on a trop pataugé, on a trop hésité, on a trop omis. On les a trop pris pour des imbéciles à leur dire ce que les libéraux voulaient nous faire croire (on les a trop crus) There is no alternative… Oui, il y a d’autres politiques possibles, celles qui prennent en compte les êtres humains dont on a la charge en tant qu’élus républicains et évitent les souffrances évitables, celles qui regardent le prix des choses (du travail comme des produits) et crée une harmonie entre les deux pour une vie décente pour tous, celles qui ne parleraient plus d’investissements à prévoir avant qu’on ait déjà fait fonctionner tout ce qu’on a correctement…

Et puis, cette vieille façon d’être, celle qui sent un peu le vieux, mais qui est si évidente, pourtant… Celle avec laquelle nous savons éduquer nos enfants mais pas diriger nos collectivités : l’exemplarité.

Que chaque lieu qui est géré par la puissance publique (HLM, foyers, transports en commun…) soit aussi bien entretenu que le bureau du préfet [parce que le mépris des pauvres se voit à leurs cages d’escaliers, chaque jour ils le voient comme une piqûre de rappel du désamour que l’État a pour eux]
Que chaque personne travaillant dans le public ou para public ne puisse rencontrer le mépris ou la souffrance au travail impunément [parce que tout se sait, et que nos villes ne sont pas aveugles : harcèlement, hypocrisie, manque de moyens, burn outs en série, cela se sait toujours, même quand la presse le tait]
Que ce qui a été construit par des forces humaines et justes pour le commun, durant des mois ou des années, ne soit plus détruit par le fait du prince à un changement de bord politique, pour un nom en bas de l’affiche [parce que nous ne sommes pas des princes autocrates mais des élus par le peuple, issus du peuple]
Que chacun laisse la place à l’autre d’exister [être élu ne signifie pas tout savoir, tout savoir faire, mais avoir été choisir pour choisir à notre tour ceux qui savent ou font au mieux pour l’intérêt général]

Pour que ces choses ne soient pas de vains mots mais des obligations de moyens et de résultats opposables il nous faut nous rappeler les notions de Justice et de Vérité, et nous les appliquer chaque jour, même quand ça fait mal. Et ça fait souvent mal. Alors, nous redeviendrons dignes d’être écoutés au-delà du cercle des convaincus d’avance. Pas avant.

C’est notre devoir. C’est le travail qui nous attend.
Vérité, Justice, Égalité. Exemplarité.

Leave a comment