Noir et rouge.
Nuit noire, nuages noirs. Lune rousse et mars rouge. Le ciel ce soir, c’est un roman romantique. C’est Julien Sorel qui court rejoindre Mathilde en abandonnant Madame de.
Si vous savez, vous, où est l’amour de Julien, dites-le.
Le rouge, le noir, la fatigue du jour la fatigue du ciel d’avoir tiré le soleil toute la journée. Trop occupé pour savoir qui suivre. Trop occupé pour tout, le ciel. D’ailleurs, il ne s’occupe pas de nous. Nous le divinisons, toujours, le ciel, là-haut. Les saints, les anges, les dieux, tout est au ciel. Là-haut.
J’envie et je plains ceux qui ne savent regarder le ciel. Je les envie de ne pas savoir lire la pluie qui vient, le froid qui revient. Je les plains de ne jamais s’émerveiller, de ne jamais faire partie de l’univers tout entier. On ne devrait pas vivre de vie sans émerveillement. On ne devrait pas.
Il y a des jours comme ça où la nuit n’arrive pas. Le ciel est rouge, même s’il est noir. L’air est respirable, enfin, alors il faut rester éveiller même si on ne peut rien faire. Rien faire, parce que trop tard, trop fatigué. Faire quand même parce que, enfin, il fait bon. De l’air. De l’air, bon dieu !
La nuit m’embête, parce qu’elle appelle le matin, et le matin c’est l’autre jour, celui où il faudra décider, vivre, faire, construire, avancer, décider. Décider. Avancer. Je veux que ça s’arrête. Que la chaleur nous plombe nos jours et le temps, que cela s’arrête.
Arrêter le jour, le quitter, non aucune envie de quitter ce jour. Aucune envie de sortir de la nuit, jamais.
Voir, c’est difficile. Voir les silences, voir les manques, voir les imperceptibles soupires du ciel qui nous transpercent, qui font vibrer nos muscles sans qu’on s’en rende compte, voir tout et ne rien savoir. Sans fin. Jamais savoir, tout voir. Vouloir disparaître, pour ne plus voir. Ne plus vivre vraiment, vivre dans un monde sans ciel, sans nuage, sans beauté mais sans pluie qui coule sur le visage maquillé, pluie qui fait couler, pluie au rimmel.
Vivre, sans.
Ou vivre avec. Je veux tout, et que ce soit entier ou alors je refuse. Je veux tout. Et que ce soit entier. Ou alors je refuse. Ô, Antigone. Je creuse la terre avec toi ce soir, prendre la nuit pour retrouver les morts pour les aimer vraiment quand on les met en terre. Ô, Antigone. Que ce soit entier. Ou alors refusons.
Prenons Mars. Prenons la Lune. Prenons le rouge, laissons le noir. Brûlons le reste. Le reste n’est pas au ciel. Et ce soir, ce qui importe, c’est le ciel.
