[Obs] Primaire de la gauche : précaire, je n’ai pas de temps à perdre. Je soutiens Benoît Hamon

[LE PLUS. La liste des candidats à la primaire de la gauche est si longue qu’il peut être difficile pour un militant ou une militante de savoir à qui apporter son soutien. Ce choix difficile, Charlotte Picard, militante PS, l’a fait. Seule. En pesant le pour et le contre et en se posant les bonnes questions. Aujourd’hui, elle soutient Benoît Hamon dans la course à la présidentielle. Elle nous explique pourquoi il est le meilleur candidat pour la gauche.

Édité par Barbara Krief  Auteur parrainé par Sébastien Billard]

 

Benoît Hamon, l’ancien ministre de l’Économie sociale et solidaire, est candidat à la primaire à gauche. (WITT/SIPA).

 

Il y a quatre ans, je m’engageais en politique. Depuis longtemps j’en avais envie, mais j’ai attendu d’avoir du temps pour le faire. N’étant ni riche ni entretenue, j’ai patienté jusqu’à l’entrée en maternelle de mon dernier enfant pour dégager ce “temps pour les autres”. Ma fille cadette faisait sa rentrée en septembre 2012, je me suis donc engagée l’été précédent.

J’ai choisi le Parti socialiste en partie pour Benoît Hamon. Je me disais que je pouvais me rallier à un parti où il était.

D’ailleurs, à l’automne de cette année, j’ai même tenté de rejoindre ses troupes internes au PS, à l’université de rentrée d’“Un Monde d’Avance“, à la Cité universitaire internationale de Paris. Je dis “j’ai tenté”, parce que c’est au moment où j’ai rencontré Benoît Hamon que son message m’a amené à faire un tout premier choix politique – c’est-à-dire à ne pas faire ce qu’on attendait de moi, mais c’est que je voulais faire – à savoir : ne pas m’inscrire à ses côtés.

Il faut prendre part à la primaire ! 

À cette université de rentrée, Benoît Hamon, ministre, nous avait réuni pour nous demander de le suivre au congrès de Toulouse dans la motion 1, celle de ce que nous nommons (grossièrement) la “majo”. Il nous disait à quel point il était primordial, intéressant, fondamental d’aller avec Manuel Valls derrière Harlem Désir. Et j’avais beau voir dans le patronyme du premier secrétaire par intérim d’alors quelque chose d’extraordinaire, je ne confonds pas un patronyme et une aura. Je n’avais aucun poste interne à défendre, je suis donc allée là où mon cœur me disait d’aller : ailleurs à gauche. J’ai donc suivi au congrès de Toulouse celui qui m’était alors encore inconnu : Emmanuel Maurel. J’ai eu raison.

Lorsque le congrès de Poitiers avait (enfin) réuni les frondeurs, Christian Paul a remercié Emmanuel Maurel et les camarades de sa motion d’avoir “gardé le livre du socialisme ouvert”. Parce que, oui, Maurel et son équipe, en militant sans relâche pour une autre politique, une autre manière de gérer ce quinquennat, m’ont appris à être socialiste, à penser par moi-même et à me battre pour mes idées. Hamon m’avait jetée dans leurs bras, de fait, et je l’en remercie.

Je me retrouve aujourd’hui devant un nouveau choix à faire. C’est l’apanage de la vie, et de la vie en politique encore plus : les choix. Prendre ou ne pas prendre part à la primaire ? Mais comment regarder passer le train de 2017, après avoir tant dit que c’était une élection primordiale ? Donc il faut y prendre part. Et y prendre part en choisissant, en soutenant, le candidat dont je me sens la plus proche.

Benoît Hamon est fidèle à lui-même 

Choisir, c’est toujours un déchirement. Parce qu’il est plus simple de grappiller des idées chez les uns et chez les autres, parce qu’on n’est jamais d’accord à 100% avec un programme, avec une personne. On n’est déjà parfois pas d’accord avec soi-même à 100%. Le doute doit faire partie du choix. Je doute. Je doute encore, même aujourd’hui. Alors, j’ai tenté de trouver les questions fondamentales et d’y répondre.

Laisserais-je les autres décider sans moi ? Quel est le programme où rien ne m’énerve ? Quel est le programme où une majeure partie des idées me plaisent ? Quel est le projet qui correspond non pas à des idées, mais à des modes de vie que j’ai envie d’emprunter ? Quel est le candidat avec une attitude de président que je supporte, et que je suis donc capable de soutenir ?

Ma réflexion n’a pas porté uniquement sur les candidats à la primaire citoyenne, non, elle a porté sur tous les candidats en lice. In & out.

Dans les médias, Benoît Hamon est assez semblable à ce que je connais de lui, de la vie militante où j’ai eu la chance de le croiser parfois, sympathique et pugnace.

C’est une bête politique

D’abord, il garde son sens de l’autodérision. Cela n’a pas protégé François Hollande du crétinisme présidentiel. Mais François Hollande est un homme isolé, tout le monde le dit. L’autodérision, c’est ce qui permet de garder la tête froide, parce qu’on garde du recul, même sur soi.

Benoît Hamon a compris que l’isolement ne construit rien sur le long terme. Ceux qu’il avait pris sous son aile à la sortie des organisations de jeunesse ont bel et bien grandi. Ce sont aussi des hommes et femmes politiques solides et émancipés. Ils ont mené la fronde durant le quinquennat Hollande, ils sauront le refaire le cas échéant, même contre un ancien mentor.

Ensuite, il dit “nous” assez facilement, parce qu’il pense “nous”. À La Rochelle, dans notre université de rentrée qui préparait la primaire, il a dit “nous” comme nous en avions besoin. Il sait qu’il doit faire avec ses camarades pour avancer, et vice versa.

C’est une bête politique parce qu’il a su s’entourer et garder une équipe large et fidèle qui ne désemplit jamais vraiment… On le dit apparatchik, il l’est, parce qu’il ne croit pas en la force unilatérale. Benoît Hamon se sait plus fort au cœur d’une équipe : il a donc besoin d’un appareil, d’un mélange savant, pour faire tenir toutes les parties ensemble. Ce n’est pas “sale”, c’est ce qu’on appelle “être organisé”.

Je l’ai écouté, je l’ai lu 

 Sachant cela, je l’ai écouté.

Sur France Inter, il parlait de l’Union européenne comme d’une entité politique existante, et donc modifiable, si on y faisait de la politique. J’habite sur une frontière, et je me sens plus proche au quotidien d’un Wallon ou d’un Sarrois que d’un Breton ou d’un Provençal. C’est de la géographie, des terroirs qui se rapprochent. Et l’UE est un problème, mais la France fermée, rabougrie ne sera jamais la solution. La solution c’est de faire de l’Europe un espace politique, de le forcer de manière supranationale.

Sur France 2, il a fait “l’Emission politique”. Là, je le vois maîtrisant ses sujets, même ceux qui ne sont pas naturellement les siens. Évidemment, il en manque. Évidemment, c’est un travail d’équipe. Mais de celui qui vous fera croire qu’il maîtrise tout, seul, méfiez-vous : il ment.

Voyant cela, je l’ai lu. Et j’ai compris que :
-L’écologie n’est pas un pansement, mais un changement de monde.
-Le travail se partage et ne doit pas être source de souffrance mais d’épanouissement.
-Le passage d’un statut de travailleur à un autre est facilité (public / privé et salarié / indépendant).
-La banlieue fait partie du pays, de notre monde.
-L’économie financière n’est pas l’alpha et l’oméga de la bonne marche du monde.

Militante, j’ai appris à faire mes propres choix

Sachant cela, j’ai rencontré les camarades de Moselle qui allaient le soutenir. Ce sont de bons camarades, qui cherchent une solution pour la gauche, qui ne sont pas idolâtres, mais qui veulent un projet de gauche. Pas un projet de quinquennat, mais une nouvelle vision de société. Parce que d’où qu’on soit, à la campagne, en ville ou en périphérie, on la voit changer. C’est en cours.

Ces camarades ne s’engagent pas parce qu’ils aiment l’image de Benoît Hamon, mais parce que sa vision correspond à la leur. C’est en citoyens libres que nous avons fait ce choix et que nous nous battrons pour ce projet.

Alors aujourd’hui, c’est en tant que militante ayant appris à faire ses propres choix, femme de gauche incapable de penser en chapelles fermées, ayant envie de nouveaux paradigmes de société ; c’est en tant que travailleuse précaire de la culture, au RSA, souvent au chômage, en tant que mère élevant seule deux jeunes enfants à qui je dois donner de l’espoir, que je décide de choisir un candidat qui me rassure sur sa capacité à mener nos combats pour la Justice, avec humanisme et fermeté : Benoît Hamon.

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