[LE PLUS. Qui soutient encore François Hollande ? Plus impopulaire que jamais, le président de la République n’apparaît plus forcément comme le candidat naturel de la gauche – y compris pour les socialistes qui lui étaient fidèles – depuis la publication du livre “Un président ne devrait pas dire ça”. Une forme de “lâchage” qui met mal à l’aise Charlotte Picard, militante socialiste proche des frondeurs.
Édité et parrainé par Sébastien Billard ]
François Hollande à l’université de Caen, le 3 novembre 2016 (C. TRIBALLEAU/AFP).
“Il est difficile de s’interposer face à ses ennemis, mais il l’est encore plus face à ses amis. J’accorde donc 10 points à Neville Londubat.” Albus Dumbledor (citation tirée de “Harry Potter”)
Au PS, c’est l’heure du grand lâchage…
J’ai des camarades. Certains soutiennent la ligne de François Hollande. Enfin, ils la soutenaient mordicus jusqu’à il y a quelques jours. Mais voilà, ils se lèvent maintenant contre ce qu’ils trouvent outranciers : des paroles, légères, dites dans un contexte non-officiel, à savoir dans un livre signé de deux journalistes du “Monde”. Eux, se lèvent donc quand ils ont honte d’une blague. Eux, se lèvent donc quand ils se disent qu’ils vont perdre leur siège à cause d’une légèreté qu’en fait ils ne supportent pas.
Le peuple, pourtant, s’en fiche. Le peuple de droite les trouve ridicule, j’imagine. Le peuple de gauche… aussi, en fait. Ces camarades qui se lèvent contre des grivoiseries, où étaient-ils lorsque le président de la République avait vraiment besoin de la force de leur amitié ? Où étaient-ils lorsqu’il avait plutôt besoin qu’ils l’empêchent de s’enfoncer dans l’erreur, sur le plan économique par exemple ?
Sans doute regardaient-ils alors leur propre pouvoir sur leurs petits tabourets tout en se disant que les pauvres militants qui beuglaient “on va dans le mur, il faut cesser” étaient des fous. Aujourd’hui, ils continuent à mépriser ces mêmes socialistes tout en sachant qu’ils avaient raison. Ils le savaient déjà, mais ils prenaient le peuple pour un imbécile, ils pensaient qu’il n’allait pas se rendre compte que ces militants là, présents et dignes, avaient raison.
Le peuple s’en fiche aussi, de ça : de qui a tort, de qui a raison. Complètement. Les retournements de vestes, il se dit que l’homo politicus n’est bon qu’à ça. D’ailleurs, c’est pour ça qu’après 2012 nous perdons tout. Parce que ces pseudo-légitimistes nous prennent simplement tous pour des imbéciles. Parce qu’ils tuent notre parti en n’en faisant plus qu’un appareil pour le maintien de leurs pouvoirs personnels.
Où étaient-ils pendant ce quinquennat ?
Le peuple se dit – à raison – qu’on est là parce qu’on en a envie et que ce qui importe, ce sont les conséquences de nos actes. Le peuple se dit que si nous voulons le pouvoir c’est parce que nous pensons que nous POURRONS en faire quelque chose. Si on se met derrière un volant, c’est qu’on peut conduire, c’est tout. Ce qui importe les passagers, c’est de ne pas se prendre d’arbre pendant qu’on conduit.
Pendant ce quinquennat, ces camarades m’ont insultée parce que je disais que le président de la République, notre camarade François Hollande, se trompait de chemin en signant des deux mains le traité que l’on surnommait “Merkozy” tellement on le détestait quelques semaines auparavant. Ou en oubliant trop rapidement la promesse d’instaurer le droit de vote pour les étrangers vivants en France. Ou en instaurant le “Pacte de responsabilité” sans aucune concertation avec la majorité parlementaire. Ou encore en imposant un régime budgétaire d’austérité pour les collectivités territoriales (donc nous) en épargnant toujours les grandes entreprises, comme si elles n’étaient redevables de rien à la France.
Ces camarades là m’ont dit que je faisais le jeu du FN quand je demandais une politique qui “alliait le dire et le faire”, quand je me battais durant notre congrès pour qu’eux admettent qu’ils nous mentaient avec leur texte tellement trop à gauche pour supporter la signature de nos ministres. Ces camarades là m’ont dit que je “voulais quoi ? Que les actes terroristes continuent !” quand je disais que la Loi renseignement allait trop loin, et SURTOUT quand je refusais la déchéance de nationalité pour les binationaux ?
Ils ont peur, ils paniquent
Voilà que ces camarades pseudo-légitimistes retournent leurs vestes aujourd’hui, par peur de perdre. Ils comprennent que si nous perdons tout, aujourd’hui, c’est parce qu’ils ne sont pas de vrais hommes de pouvoir. Peut-être des hommes politiques, oui. Mais quand une crise arrive, comme actuellement dans leur camp, ils paniquent, et c’est délétère. Le peuple qu’ils pensent pouvoir prendre pour un imbécile, lui, le sait.
S’ils avaient eu du courage, au cours de ces quatre années, François Hollande ne serait pas à 4% d’opinions favorables. S’ils avaient eu le courage qu’ils ont contre ses “blagounes”, du courage pour leur pays, pour leur nation, pour leur ancien ami, alors la gauche ne serait pas suffocante à se demander qui lui mettra le prochain couteau dans le dos.
Parce que la crise, maintenant, est partout, je n’ai pas confiance en eux. Je n’ai plus confiance en grand monde. Parce que je donne ma confiance en regardant qui a fait quoi, qui est capable de tenir et sa ligne et son équipe, avec loyauté, justesse et justice. Et alors ça, pour eux, c’est juste une grosse grosse grosse blague…
J’ai toujours respecté le président de la République, pour son rang et son intelligence. La seule chose qui me le rend sympathique est son sens de l’autodérision. Il a fait les idioties sus-citées aussi parce qu’ils l’ont laissé faire lorsqu’il pensait que c’était la “seule” chose à faire.
Non, la droite n’est pas pire que nous
Nous ne sommes collectivement plus respectés par les électeurs parce que nous avons, ils ont, abandonné. Et encore une fois, ils abandonnent aujourd’hui : ils abandonnent le président de la République qu’ils chérissaient lorsqu’il pouvait leur amener du pouvoir. Ils savent que c’est fini. En cela, ils tombent donc d’accord avec ce que les “frondeurs” disent depuis que le processus électoral est commencé : en l’état, la gauche ne peut pas gagner en 2017. Mais même ça, ils n’auront jamais le courage de l’admettre. Non, ils jonglent sur la culpabilité de tous, jamais sur la leur. Les autres ont toujours tort et les autres sont toujours pires.
Et pourtant… Non, la droite n’est pas pire que nous. C’est juste autre chose. La droite n’est pas plus mal que la gauche n’est bien. Ce sont deux projets de société (si tant est qu’ils se souviennent ce que cela signifie). Et donc oui, de Nicolas Sarkozy à Jean-Frédéric Poisson, ils portent le même projet de société. Celui que nous ne voulons pas. Mais la droite n’est pas “pire” puisque nous devrions être simplement “autre chose”. C’est ce qu’ils n’ont pas intégré : adhérer au PS – parfois par opportunisme – les ont fait adhérer à la grande famille de la “gauche”. Redistribution, justice, égalité. Partage et coopération. La gauche, quoi.
C’est ballot, hein ?! Oui.
Donc eux – camarades ministres pour certains, simple camarade militant pour d’autres – eux qui jettent seulement leur opprobre contre François Hollande pour des blagues de comptoir, il faut qu’ils sachent qu’ils ne valent pas mieux que le cendrier qu’on se prendra tous dans la tête pour avoir désiré nous réduire à du “moins pire que la droite” et jamais plus nous faire grandir vers “la gauche”.
Je me fiche de savoir si Hollande ira ou n’ira pas
Lorsque j’ai adhéré au Parti socialiste, je n’ai pas très bien compris comment et pourquoi il fonctionnait à reculons. Puis j’ai rencontré des camarades restés lucides malgré le pouvoir, et j’ai trouvé l’espoir donc la confiance. Ces camarades-là existent. Certains sont même restés au PS. Certains méritent toujours notre confiance, parce qu’ils ont (simplement) allié leurs paroles et leurs actes, parce qu’avec eux, au moins, on sait où on va.
Je me fiche royalement de savoir si François Hollande ira ou n’ira pas. Mais il n’a plus la confiance du peuple de gauche qui l’avait fait élire. Il ne l’a plus, pas plus les autres leaders de notre nation depuis quatre ans. La défiance règne en maître et ceux là ajoutent la trahison de leur chef à la trahison de leurs électeurs.
Mais il est dommage que de tous les “légitimistes” – qui trahissent ou non – aucun ne se pose la question primordiale : comment retrouver la confiance du peuple qui a été perdue ? Car ce ne sera pas en le faisant culpabiliser, non. Nous les ferons culpabiliser lorsque nous serons irréprochables, c’est-à-dire jamais. Reconstruire cette confiance, il faudra le faire par des actes.
Le temps est compté et le perdre pour des détails, c’est partir perdant. C’est aussi le contraire d’avoir une stature d’homme d’État.