[Obs] Ce quinquennat est en train de tuer le PS : les militants doivent reprendre le pouvoir

[LE PLUS. La loi Travail, et plus largement les mesures économiques et sociales décidées par le gouvernement depuis 2012, n’en finissent plus de diviser la gauche et le Parti socialiste. Alors qu’un conseil national du PS se tient ce samedi 18 juin, Charlotte Picard, socialiste proche des “frondeurs”, appellent ses camarades à ne pas se résigner et à demander des comptes à Jean-Christophe Cambadélis.

Édité et parrainé par Sébastien Billard]

Ce samedi, il y a un Conseil national du Parti socialiste. Aujourd’hui, j’avais donc envie de m’adresser à vous, chers camarades socialistes qui n’arrivez jamais à dire vos pensées, ou à admettre en avoir. Et à vous, chers camarades, qui avez admis que ce que nous devions faire c’était une droite en moins pire et non “autre chose” : la gauche.

Vous continuez à briquer l’argenterie alors que le toit s’est envolé, alors que les murs s’effondrent. Un jour, pourtant, vous vous réveillerez – ce sera un jour entre juin et décembre 2016 – et le PS qu’aujourd’hui vous pensez défendre avec ce silence contrit ne sera plus. Il aura été avalé, effacé, oublié. Il sera la “Belle alliance populaire”, ou un alien comme “Hé oh !” ou “En Marche”. Il sera autre chose, ailleurs. Jaurès sera loin, Mitterrand aussi. Et il ne restera dans une main que quelques petites cuillères bien briquées, et dans une autre le chiffon.

Plus que jamais, si vous continuez à suivre silencieusement la “direction” comme vous le faites depuis des mois, vous ne pourrez plus vous définir comme “socialistes”. Socio-démocrates non plus, d’ailleurs, vu le dialogue social actuel. Non, vous ne pourrez plus. Vous ne serez que des “progressistes” ou des “réformistes”, si cela a un sens pour vous. Le poing, la rose, l’Internationale… Ce sera fini.

Ce quinquennat a tué notre militantisme

Il y a quelques jours, notre rose et notre nom ont déjà disparu de la banderole de la Fête de la Rose de l’Yonne, où étaient invités ministres et secrétariat national. Juste un astérisque pour dire qu’on ne sait pas ce que ça signifie vraiment, cette “Belle alliance populaire”. On pouvait reconnaître notre typo, mais on ne pouvait plus se reconnaître. Il y avait des roses mais pas notre rose, un nom mais pas notre nom.

Nous avons adhéré à ce parti tel que nous le connaissions, pour ses idées, ses valeurs, mais aussi pour son mode de fonctionnement. Nous avons adhéré parce que nous avions confiance en lui plus qu’en les autres. Nous sommes sa chair. Il est notre espace de débat, de construction politique et militante. Il est un espace démocratique. Il marche sur deux jambes : coopération et partage. C’est ce qu’on ressent souvent, entre militants : coopération et partage.

Nous y avons adhéré aussi pour ses contours politiques. Nous savions où nous nous engagions, avec qui, pour quoi. Nous savions aussi qu’en adhérant au PS, nous le faisions aussi au Parti socialiste européen (PSE) et à l’Internationale socialiste. Mais ce quinquennat, et le silence du PS sur ses valeurs, ont tué notre militantisme socialiste. Non pas la gauche, mais notre militantisme de socialistes. Nous avons tourné le dos à chacun de nos partenaires historiques, un par un, et aujourd’hui nous faisons en sorte de les faire culpabiliser.

Se taire, c’est soutenir ce qui est fait

Deux cas de figure sont aujourd’hui possibles. Soit nous sommes un grand parti et alors nous, militants, sommes responsables d’une bonne partie de ce qui est fait par nos représentants. Soit nous nous ne sommes que des enfants, donc irresponsables de tout.

Le 18 juin, Jean-Christophe Cambadélis a convoqué un Conseil national pour “décider” des choses qu’il aura élaboré en dehors du PS, dans une “belle” alliance de centre gauche, et qu’il entérinera sans lui et en le faisant culpabiliser… Il a donc décidé de nous déresponsabiliser, de nous infantiliser.

Mais il n’a pas le droit d’agir ainsi. Il n’est pas notre président, il est notre Premier secrétaire. Il est donc chargé d’organiser le parti, et non de décider pour lui. La direction du PS, ce sont les militants socialistes. Sauf quand ils ont peur de dire “non”, et qu’alors, ils laissent faire. On n’a jamais rien fait avec un beffroi qui bout, si ce n’est du thé. On n’a jamais rien fait en regardant le bout de ses chaussures, si ce n’est tomber. Les militants dirigent ce parti comme ils le veulent. Si vous ne réagissez pas, cela signifie-t-il donc que vous voulez ce qui se passe actuellement. Sinon, vous l’empêcheriez.

Aujourd’hui, la situation est simple : ceux qui se taisent construisent la majorité de François Hollande, puisque apparemment à aucun moment ils ne remettront en cause ce qui est fait. La question que je me pose, c’est avec qui construisent-ils cette majorité présidentielle ? Avec quels partenaires politiques ? Allez-y. Faites-le. Je veux voir : à qui vous allez demander de l’appui pour obtenir au moins 22 ou 23% au premier tour, 51% au second ?

En campagne, nous nous entre-tuerons

Avec qui voulez-vous construire ? Avec les associations d’éducation populaire, qui ont de moins en moins de moyens à cause des baisses de budget, auxquelles s’ajoutent la baisse de la dotation globale et donc des subventions territoriales ? Aux associations de lutte contre la misère, réfugiés ou non, qui ont vu le nombre de leurs bénéficiaires augmenter malgré quatre ans de gauche au pouvoir ?

Aux profs ? Mais qu’avons-nous construit avec eux depuis 2012 ? Quelle égalité réelle avons-nous planté dans les murs de nos écoles ? Avons-nous fait plus que les autres durant ce mandat ? Allez donc parler à un prof’. N’importe lequel, de la maternelle à l’université. Je vous souhaite bien du plaisir… Avec qui alors ? Avec les artistes, qui voient depuis 2012 le ministère de la Culture réduire ses moyens économiques et son ambition politique ?

Et même dans le parti, qui restera vraiment à vos côtés ? Qui  sera assez motivé pour aller faire campagne pour se battre contre des écolos et des communistes avec lesquels ils siégeront peut-être dans les mairies, départements, régions ? Ce mandat affaiblit plus la gauche qu’il ne permet de penser la bataille contre la droite. Alors, même en campagne, nous nous entre-tuerons.

Que restera-t-il de notre parti si nous n’essayons de retenir ceux qui veulent partir, ni d’empêcher l’exclusion de ceux qui auraient voulu rester, dans des conditions connues, validées, actées, justes ?

Demandons des comptes à Cambadélis

Je pense ici aux secrétaires de section de territoires où il n’y a pas d’avenir pour les politiciens, juste du travail pour les élus, les militants. Ces territoires où l’appareil n’est pas. Je pense aux militants de si longue date qu’ils ont déjà mangé plusieurs fois leur pain noir au PS. Je pense à ceux de nos “éléphants” qui sont entrés au cimetière en mai 2012 ou janvier 2014 et qui comptent sur la chute, l’explosion, pour éliminer les indésirables et reconstruire ensuite.

C’est pourtant dès aujourd’hui qu’il faut construire l’ensuite. Pas l’an prochain. Aujourd’hui.

Demandons des comptes à Jean-Christophe Cambadélis. Enfin non, ne demandons pas : exigeons. Que fait-il ? Sommes-nous d’accord ? Avec un vrai vote, de vraies possibilités de créer ou non ce nouveau Parti socialiste dont il rêve. Nous avons besoin d’un respect du travail d’écriture du projet et du scrutin (pas comme sur la Convention Europe, et autres consultations pré-écrites…) et alors il nous aura avec lui, s’il reste des adhérents.

Être socialiste, c’est penser qu’un être humain vaut un être humain, ni plus ni moins. Un militant = un militant. Un citoyen = un citoyen. Jean-Christophe Cambadélis = n’importe lequel d’entre nous. Ni plus, ni moins. Maintenant, c’est à tous ceux qui ne veulent ni quitter, ni tuer le parti de parler. Maintenant. Être socialiste, ce n’est pas croire au messie, aux icônes, c’est croire en une utopie et des idéaux : un projet. C’est pour cela que nos statuts ont naturellement prévu une primaire quoiqu’il arrive : parce qu’on ne croit pas à l’homme infaillible, parce qu’on n’est pas sous les ordres d’un seul homme.

Nous, socialistes, nous mettons au service du meneur d’un projet collectif, fait de coopération et de partage. C’est tout, et c’est déjà énorme.

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