Pourquoi suis-je restée ?
Je ne sais pas pour quoi. Je sais simplement pourquoi.
Je doute. Chaque seconde, je doute. Cette décision a sûrement été la plus difficile et la plus simple à faire. C’est binaire : oui ou non. Rien de plus : maintien ou retrait. Si retrait : désistement ou maintien. J’ai dit “je reste”. Pourquoi ?
Parce que je me suis engagée en politique avec entre autres l’idée qu’il fallait redonner de la valeur à la PAROLE. C’est le nom de mon blog, c’est le centre de ma démarche. Redonner du sens aux mots, arrêter de dévoyer les mots, de les vider de leurs sens. Et redonner de l’épaisseur à la parole donnée.
Cela fait 3 ans que je m’insurge à chaque parole donnée et trahie. 3 ans que je dis, parmi d’autres, peu écoutés en général : “il faut allier le dire et le faire”.
3 ans que je dis qu’on va droit dans le mur. Aucune élection ne m’a démentie. Lorsque je me suis portée candidate à la candidature pour les régionales, je connaissais la situation politique. Je savais.
Il nous l’avait dit.
Début juillet, nous avons eu notre première réunion de candidats et là, Jean-Pierre Masseret nous a dit :
“Ma liste de 1er tour sera ma liste de 2nd tour et il y aura des socialistes au sein du Conseil Régional, quoiqu’il arrive.”
Certes, l’absence de possibilité de rassemblement de la gauche à l’entre-deux tours ne m’a pas fait très plaisir, mais la clarté sur l’absence de fusion avec LR me plaisait. L’un dans l’autre, c’était acceptable : au moins, on ne confondait pas la gauche et la droite.
Début octobre, avant le dépôt de la liste à la préfecture, Jean-Pierre Masseret a recommencé :
“Ma liste de 1er tour sera ma liste de 2nd tour et il y aura des socialistes au sein du Conseil Régional, quoiqu’il arrive. Si vous voulez vous retirer, je le comprendrai, vous pouvez le faire jusqu’au dépôt des listes. Et Solférino et Matignon pourront dire ce qu’ils veulent : je suis le seul à pouvoir déposer la liste, je déposerai la même au 2nd tour.”
Il l’a dit. J’ai signé. Il le fait. Je le suis.
Comment pourrais-je demander aux autres de ne pas abandonner leur parole si je retire la mienne à un homme qui tient la sienne ?
Comment pourrais-je demander aux citoyens d’avoir confiance dans ma présence à leurs côtés si je ne suis capable de rester dans une équipe qui m’a accueillie ?
Comment pourrais-je demander aux gens de se battre avec moi, si quand on me propose de me battre, je m’en vais ?
Je suis fatiguée d’être lasse. Je disais cela avant le 1er tour. Voilà, j’en suis toujours là. Fatiguée d’être lasse, je veux arrêter de dire que “on ne peut pas faire”. “On” n’existe pas. TINA n’existe pas. C’est un croquemitaine. C’est une pensée auto-réalisatrice.
Moi je veux regarder la réalité comme elle est : complexe, et me battre avec les armes qui correspondent à cette réalité-là. On ne peut plus dire que le FN n’appartient pas à la classe politique. On ne peut plus faire de la politique sans l’envisager dans l’équation. On ne peut plus faire semblant : ça nous rend bornés, ça nous rend mauvais.
Bien sûr, le maintien n’est pas LA solution. Mais le retrait non plus. Chaque personne qui, comme un couperet, me dit qu’il pense que je n’ai QUE tort, je ne peux pas l’entendre. Parce que je sais que je ne sais pas. Je sais qu’il n’y a pas de bonne solution.
J’ai de très bons camarades, des amis (et de la famille) en Nord – Pas de Calais – Picardie et en PACA. Je comprends la décision qui a été prise. Complètement. Entièrement. Sincèrement. Mais pour moi, la différence entre les deux, c’est l’action : j’ai entendu la semaine passée à une conférence “et si au lieu de dire que nous allions travailler à, simplement, nous faisions”.
Je refuse de faire de la politique de sondages d’opinion ou de la politique émotionnelle. Je déteste les lois faites dans la période où les nerfs sont encore à vifs. J’ai envie de réflexion, de pensée. Jean-Pierre Masseret m’avait demandé sa confiance, en transparence. Je la lui avais accordée, en connaissance de cause. C’est tout.
Et, pendant la campagne, il m’a plu. Plusieurs fois je l’ai entendu dire “Nous ne sauverons pas la planète dans le capitalisme !” J’ai trouvé ça si juste qu’il m’a fait croire en lui. Je crois déjà à cela : nous ne sauverons pas la planète dans le capitalisme financier et libéral. Nous avons tant de choses à inventer…
J’aimerais que cette élection nous fasse sortir du déni généralisé dans lequel la classe politique est plongée depuis des décennies. J’ai l’impression que Jean-Pierre Masseret, là, n’est pas dans le déni. Je ne sais pas s’il est dans le vrai, mais il a au moins l’honneur d’essayer autre chose que l’échec habituel du forfait d’office.
J’ai envie qu’on sorte de nos carcans, et qu’on recommence (avant de penser) à écouter.
