“Real” du #DirectPR à #Nabilla.
Nous sommes entrés dans un monde où le réel n’existe plus. Il a été remplacé par le real. Real-politic. Real-tv.
Toutes ces acceptions ont en commun aucun sens de la réalité.
Toutes ces acceptions se mélangent.
Elles nous font croire que la réalité serait monolithe.
Elles ont tort.
Un jour, en 1998 ou 1999, un de mes profs de cinéma à la fac nous a dit « ok, la finale de la coupe du monde, on vous dit que ‘tout le monde’ a regardé parce qu’il y avait 18 millions de téléspectateurs devant. OK. C’est énorme, certes, mais nous sommes 60 millions de français. Il y en a donc en gros 42 millions qui n’ont pas regardé. »
Et bien nous vivons comme si nous n’étions que 18 millions.
Nous vivons comme si l’économie n’était que le CAC40.
Nous vivons comme si la politique n’était que gestion.
Nous vivons petits.
Nous vivons sous le regard des autres, et la peur de leurs jugements.
Tout le temps.
Et ça nous rend moches et rabougris.
Je crois que c’était dans un roman de Djian que j’ai compris une chose : une femme est plus belle quand elle danse pour elle, les yeux fermés, sans rien chercher d’autre qu’être elle sur la musique là, à ce moment-là. C’était il y a longtemps. Le souvenir est flou mais son impression reste. Et c’est vrai. C’est quand on ne cherche ni n’attend le regard de l’autre que nous sommes les meilleurs. Vivre dans le présent. Pas dans le real, juste dans le présent.
Vers demain.

L’écran et le zoo. Olivier Razac. Ed. Denoël Essais, 2002.
Remplacez “spectacle” par “politique”. Bienvenue en 2014.
Les hommes politiques d’aujourd’hui ont pris le pli du Zoo Humain qu’est la télé réalité. Ils ne veulent plus être eux-mêmes mais répondre aux critères des sondages, des moyennes, des plans. Aux habitudes. Ils sont enfermés dans des cases, des habitus. Ils prennent les ‘vrais gens’ comme existants réellement. Mais personne n’est un ‘vrai gens’. Le ‘peuple’ c’est les autres.
« Il est toujours possible d’hypostasier ‘le peuple’ en identité ou bien en généralité : mais la première est factice, vouée à l’exaltation des populismes en tous genres ; tandis que la seconde est introuvable, telle une aporie centrale
pour toutes les ‘sciences politiques’ ou historiques. »
Georges Didi-Huberman, ‘Rendre sensible’ in Qu’est-ce qu’un peuple ?
La Fabrique éditions, 2013.
Être soi pour parler au monde. Voilà ce qu’il faut retrouver. Voilà ce que certains cherchent. Et le monde choisira ce qu’il gardera.
Écouter. Imaginer. Vouloir. Essayer. Recommencer.
Notre société change au-delà de ce que nous imaginons. Le Peuple, parce que non monolithe, trouve des solutions alternatives. Les classes moyennes paupérisées ont les ressources intellectuelles pour pallier à la baisse de leurs ressources financières. La société éduquée va vers un monde où la consommation n’est pas une fin en soi. Et jusqu’à présent, c’est la bourgeoisie qui a fait renverser les modèles. La classe ouvrière a construit le monde du travail et de la solidarité, mais c’est la bourgeoisie qui a construit la société.
La bourgeoisie appauvrie peut donc rejoindre la classe ouvrière, si ce n’est dans un partage des habitudes, au moins dans la construction d’un monde commun, fait de partage et de nouvelles habitudes.
La nouvelle lutte des classes peut-être entre les passéistes et les visionnaires. Les pauvres qui voudraient que la richesse ne soit plus maîtresse du monde sont des visionnaires, et les riches accrochés à leurs cassettes… non.
Nous devons laisser le real à sa place : dans la société du spectacle médiatique, du divertissement bourdieusien c’est-à-dire du parler d’autre chose pour ne pas évoquer le fond du problème. Nous devons laisser Nabilla, Closer, et le manque d’ambition (politique) imaginaire pour le monde, au fond de notre tiroir à chaussettes seules. Tout au fond.
Il n’y a pas plus de qualité dans la real-politic qu’il n’y en a dans la real-tv.
Sortons.
Allons voir de la danse contemporaine. Allons voir de la poésie sonore. Allons voir notre paysan, notre boulanger. Trouvons les filières courtes qui rapprochent les gens au lieu de rapprocher les choses. Lisons. Allons là où la masse n’est pas.
Nous verrons le monde.
Et regardons dehors. Là est le réel.