ROUVRIR LES YEUX

« Votre vérité, vos mensonges, pas les miens.

Et alors que je croyais que vous étiez différent et que peut-être même vous ressentiez la détresse qui passait parfois sur votre visage et menaçait de déborder, vous aussi vous protégiez vos arrières de merde. Comme n’importe quel autre stupide salopard de mortel.

Dans mon esprit c’est là trahison. Et c’est mon esprit le sujet de ces fragments troublés.

Rien ne peut éteindre ma colère

Et rien ne peut restaurer ma foi.

Ce n’est pas là un monde où je souhaite vivre. »

Sarah Kane, 4.48 Psychose, 1999

PAROLES sarah kane

Il y a la radicalité de Kane. Il y a surtout son des-espoir. C’est la trahison de l’espoir le pire. Le plus sanglant. Le plus violent. Rien ne peut éteindre ma colère. Nous sommes plusieurs ce mercredi 27 août 2014 à penser cela. Rien ne peut éteindre ma colère d’espérant trahis.

Ce n’est pas un problème de personne. Il n’y a pas de personne qui vaille. La politique, si on est socialistes, c’est une question de ligne, pas de personne.
C’est une question de symboles. Mais pourquoi ? Pourquoi s’attache-t-on tant aux symboles ? Parce que le symbole c’est entendre le non-dit. Et qu’en ce moment, dire est proscrit. Dire est interdit. Dire est mourir.

Je connais des frondeurs, ils n’ont ni fronde ni pierre. Juste une ligne, des paroles, des actes qui bon an mal an vont avec leurs paroles, dans la mesure de l’esprit de corps, de groupe. Parce que lorsqu’on est socialiste, il n’y a pas de personnes, il y a un groupe.

Alors ils ne sont pas frondeurs ? Non. Ils ne le sont pas. Ils sont PARLEmentaires.
C’est tout. Et légitime.
On va leur intimer de taire leur légitimité. On va leur intimer de quitter leur terreau, leurs racines. On va leur intimer de se dédire et de médire.
Et s’ils ne le font pas, on leur mettra les échecs sur le dos.
Tous les échecs.

Ces hommes, ces femmes, prônent depuis 2 ans, 1 an, 6 mois des solutions alternatives, des compromis, des sorties d’impasse au fur et à mesure de leurs ‘raz-le-bol’ et on va dire que la chute, c’est eux.

Votre vérité, vos mensonges, pas les miens.

Le Parti Socialiste est un. Il a un bras gauche, un bras droit. Deux jambes. Une tête, mais deux hémisphères. Un cœur. Un bide. Des tripes.
Les tripes, c’est nous tous. Militants. Du haut et du bas.
Le cœur, c’est nous tous. Tous. TOUS. Parce qu’on s’occupe de tous, même de ceux qui ne nous aiment pas. Même de ceux qui ne nous connaissent pas. Là est notre moteur socialiste.

Aujourd’hui j’ai peur que le bras droit soit en train de couper le gauche en passant sa lame de couteau à travers les joues. Tétanie. La tête ne parle plus, de peur de se blesser. De peur de mourir.

Mais cette gymnastique est périlleuse. La tête devrait le voir. Les va et viens de la lame pour couper le bras gauche tranchent les joues. Atteignent les mâchoires. Pour couper le bras gauche, le droit déchiquète la tête en pièce.
Ça saigne. La douleur vide les tripes.

Il faut stopper la tétanie.
Il faut stopper l’hémorragie.

Il faut se reprendre.
Ce n’est pas là un monde où je souhaite vivre.

Il y a déjà eu, il pourrait y avoir de nouveau des moyens de se parler, de travailler ensemble. Regardons nous bien. Oui, les yeux. Nous n’en avons pas parlé des yeux. Les yeux, c’est notre rapport au monde. C’est ce qui va dans une seule direction, le gauche le droit la même. Les yeux sont là. Ils voient bien ce qui se passe dans le corps. Les yeux, s’ils se passent l’un de l’autre perdent tout relief. Un œil, plus de relief. Un œil, un monde plat. Atone. Amorphe. Deux yeux, un monde qui bouge, qui vit, qui vibre.
Les yeux, il faut maintenant les rouvrir. ROUVRIR LES YEUX.
ROUVRIR
LES
YEUX.

« NE LAISSEZ PAS CA ME TUER
CA VA ME TUER ET M’ECRASER ET
M’ENVOYER EN ENFER

Je vous supplie de me sauver de la folie qui me dévore
une mort hypo-volontaire

Je pensais que je ne parlerais plus jamais
mais maintenant je sais qu’il y a plus noir que le désir
peut-être que ça va me sauver
peut-être que ça va me tuer. »

Sarah Kane, 4.48 Psychose, 1999.

 

 

 

 

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